‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 103 sur 303 · Mais le grand paladin se raidit, et l'assomnae · texte numérisé non relu

Mais le grand paladin se raidit, et l'assomnae

D'un coup prodigieux qui fendit en deux l'homme

Et tua le cheval, et si surnaturel

Qu'il creva le chanfrein et troua le girel.

C'est ainsi que le Roland de ïhéroulde partageait en deux Chermuble et l'échiné de son cheval, « sans y chercher le joint' » et, d'un seul coup, sectionnait intégralement Grandogne, et son destrier Marinore :

« Jusqu'au nasal tout le casque est fendu : corps et haubert sont partagés en deux, et mise en deux est la selle dorée, et mis en deux est le dos du cheval.

« Le comte l'a frappé si vertueusement qu'il lui partage le heaume iusqu'au naseau ; l'acier tranche le nez, la bouche et les dents ; ensuite le corps nonobstant les mailles du haubert ; puis de la selle d'argent les deux aubes dorées, et s'enfonce dans l'échiné du cheval^ ».

Le Roland de la Légende des Siècles emprunte aussi aux héros de la Geste leurs boutades moqueuses. Fier d'avoir étendu à terre Rostabat, cadavre aux hideuses mamelles, Roland raille ses agresseurs :

444- « Du renfort vous serait peut-être nécessaire? » A Chermuble, coupé en deux, le Roland de la Chanson

I . La Chanson de Roland, poème de Théroulde, texte critique accompagne d'une traduction de notes par F. Génin. Paris, Impr. nationale, i85o, ch. II, vers 673.

a. Ibid., III, 207-212.

lançait cette apostrophe : « Drôle, mal t'en a pris; ton Mahomet ne te sauvera pas. A tels gloutons point n'appartient de vaincre, » et sur un ton plus marqué d'ironie, Angelier, compagnon de Roland, devant la poitrine d'Escremiz, ouverte entre les deux fourchelles, gouaillait ainsi : « Vous n'avez pas la chance * ! »

Mais ce sont seulement des attitudes de détail que Victor Hugo emprunte au Roland français ; il doit bien davantage au roman de l'Arioste.

L'Action. — Le Roland français n'est pas un chevalier errant : c'est un guerrier qui combat pour la patrie et pour la chrétienté: il est la personnification d'un héroïsme national; il ne livre bataille que pour Charlemagne et pour la douce France. Il n'est point le paladin libérateur des princesses captives, et défenseur des innocents persécutés. La confusion entre les héros nationaux du cycle carlovingien et les chevaliers de la Table Ronde ne se fera que plus tard.

Elle est accomplie dans l'Arioste. Là, Roland vient en Galice, et pour arracher à l'affreuse caverne de la montagne la princesse Isabelle, il écrase ou pend à lui seul sept brigands indomptables^. C'est aussi dans TArioste, que, sans autre arme que sa Durandal, il défait une troupe de centvingt hommes pour sauver le jeune Zerbin, premier type de Nuno^.

Victor Hugo avait déjà emprunté de l'Arioste l'idée de faire terrasser un géant par son héros, et Rostabat est le frère du Ferragut de VOrlando furioso.

L'action du Petit Roi de Galice est manifestement issue de la même source. Là, Roland chevauche à côté d'Isabelle :

1. Cf. aussi Turpin, tuant le païen Siglorel : « Au diable le félon! » et s'écriant devant un ennemi transpercé par le duc Samson : « Un vrai coup de baron ! »

2. Roland furieux. Traduction du comte de Tressan. Evreux, 1796, ch. XIII. C'est cette traduction que V. Hugo possédait à Guernesey.

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