‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 107 sur 303 · Et, n'ayant plus d'épée, il leur lançait des pierres · texte numérisé non relu

Et, n'ayant plus d'épée, il leur lançait des pierres

Disons plus : il semble qu'Emile Deschamps ait été directement pour quelque chose dans la façon dont Victor Hugo a campé son héros.

On ne saurait évoquer Roland, vainqueur

Du groupe formidable au fond de la vallée, le Roland surhumain qui fait reculer les bandits tremblants 582. A chaque mouvement de son bras redoutable,

sans songer au Rodrigue de la pièce qui porte pour titre : Les Brigands*.

A ce Rodrigue, Emile Deschamps avait déjà prêté le geste de Pelage :

Quoi, lâches, vingt contre un !..

Et vous avez du fer et toutes sortes d'armes Et je n'ai qu'un bâton!..

Et, chargé d'un rameau, noueux débris d'un orme, Rodrigue encor semblait lever sa lance énorme... Et, devant son rocher, comme aux marches d'un trône Les brigands dont la foule humblement l'environne Restaient» muets d'effroi.

Il fait un pas. Tout tremble et fuit. A son approche Tous ensemble mêlés roulaient de roche en roche Comme un sombre torrent...

Rodrigue les poursuit du regard : il ramasse D'une main une épée, et de l'autre une masse

Et, debout sur le roc.

Les écoute bondir et tomber des montagnes

I. E. Deschamps. Études françaises et étrangères, Paris, Canel, 1828. Bibliothèque de Guemesev.

Qu'il y ait lointaine réminiscence, ou mémoire rafraîchie par une récente lecture, la ressemblance est trop frappante pour qu'il nV ait pas un emprunt tout au moins inconscient*.

Le Petit Roi de Galice a donc plus d'une source espagnole : son décor est emprunté directement à une vision précise de la nature de la Biscaye, de la Vieille-Castille et de la Navarre ; quelques traits exacts de l'histoire de Léon et de Galice y transparaissent grâce aux notes prises dans Moreri ; enfin le geste final du chevalier, qu'il ait sa source dans la légende de Pelage ou dans celle de Roland Petit, est un geste familier aux héros du folk-lore basque.

Avec le Petit Roi de Galice^ Victor Hugo n'avait pas encore épuisé tout ce que son imagination pouvait tirer de ses impressions de voyage, projetées sur le moyen âge de l'Espagne.

Trois mois après, il écrivait le Jour des Rois.

I. M. G. Lanson, dans son Étude sur Emile Deschamps et le Romancero, a été frappe du ton hugolien de la pièce des Brigands. « L autre pièce, dit-il, celle des Brigands est une aventure du roi fugitif qui rencontre vingt brigands dans la montagne et, à lui seul, armé d'une branche énorme, les met en fuite, les poursuit :

Et ses deux pieds marchaient du pas des avalanches.

Il y a là une première ébauche de ce grandiose hors nature qui sera le caractère constant de la Légende des Siècles. » [Revue d'histoire littéraire, op. cit., t. VI, année 1899.)

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