‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 119 sur 303 · LÉGENDES ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

LÉGENDES ESPAGNOLES

Gaîffer- Jorge, — L'Hydre,

Gaïf fer- Jorge. — L'un de ces poèmes a pour titre Gaïffer- Jorge. Le roi-bourreau Gaiffer-Jorge oblige durement ses captifs à creuser un puits sans fond. Au cours du travail, on trouve les tombes de Barabbas, de Judas, de Gain, et l'on entend des voix qui avertissent Gaïffer. G'est une des premières traditions espagnoles mises en œuvre par le poète, après le Romancero ; la pièce date du 23-23 décembre i858. Son symbolisme est clair, il s'agit toujours du despotemonstre de la féodalité, écrasant de rudes travaux un peuple esclave et martyr.

Mais le poète s'est interdit tout lyrisme : il fait simplement métier de conteur.

La Légende. — Où donc avait-il puisé cette histoire de tombeaux enfoliis sous le sol, de squelettes lumineux,

98. Un squelette terrible, et sur son crâne énorme Quatre lettres de feu traçaient ce mot : Caïn.

et de voix souterraines s'adressant aux travailleurs ?

Apparemment dans les nombreuses légendes orales qui circulaient parmi les fidèles, si superstitieux, des églises espagnoles. A la date de i843, Hugo est, comme tous les fondateurs des Annales archéologiques (i844)) épris d'art religieux. Il a fait des visites minutieuses et relevé des inscriptions dans les églises de Pasages, de Pampelune, de Luz.

En 1843, un livre contemporain du voyage de V. Hugo raconte qu'à Tolède, au lieu dit maintenant l'Ermitage du Christ de la Lumière, les Espagnols avaient, aux premiers temps du christianisme, enfoui dans la profondeur du sol un crucifix, une statue de la Vierge et une lampe. Nul ne s'en souvenait plus : or on vit, un jour, sans en deviner la cause, Babieca tomber à genoux.

« On creusa la terre en cet endroit, et on y trouva intactes les images qui y avaient été cachées, intacte aussi la lampe, brûlant encore au bout de trois cent soixante -neuf ans, comme si elle eût été allumée peu d'instants avant la découverte*. »

En 1843, lors du voyage de Victor Hugo en Espagne, la légende du Christ de l'Albaycin était plus populaire encore. Tous les Semainiers sacrés de Grenade, publiés en grand nombre depuis le commencement du siècle, et vendus à bon marché au peuple, racontent cette légende si voisine du récit de V. Hugo.

On creusait profondément le sol de l'église Saint-Louis, pour y établir les fondations d'un nouveau sanctuaire. Les

I. Villa -Amil et lîscosura : L'Espagne artistique et monumentale, p. i3, 1842.

ouvriers étaient découragés par la dureté du sol, quand tout à coup du fond de la tranchée souterraine qu'ils venaient d'ouvrir, une voix monta criant aux travailleurs : w Creusez et vous trouverez la lumière. » En effet, on ne tarda pas à découvrir dans les profondeurs du sol une statue du Christ resplendissante de lumière'.

« Creusez et vous trouverez la lumière », n'est-ce pas déjà la formule même de la phrase finale de Y. Hugo :

I iG. « Ne creuse pas plus loin, tu trouverais l'enfer? »

Le Cadre : glanes historiques. — Le sujet paraît donc bien cette fois appartenir aux légendes locales de l'Espagne. Victor Hugo en agença le récit dans un cadre historique, emprunté à Moreri. L'article Aquitaine fournit à la fois le nom du héros, le duc Gaïffer,et les éléments géographiques, nécessaires à la description de sa puissance.

I. Monsieur le Chanoine M. Goisbault, qui rapporte cette légende dans une petite plaquette sur VArt arabe (Paris. Mazo.) a mis entre mes mains un de ces semainiers de Grenade, Al Smo Cristo de la Luz- Granada. Imprenta de D. Juan M. Puchol, 18i5, Reimpreso. A'oici ce qu'on peut y lire :

Erigida la parroquial de San Luis, détermina la devocidn  principio del Sigio XVI ampliarla, y labrarle una Sacristîa mis capaz. Profundizando para abrir los cimientos â la obra, en el sitio que hoy ocupan el arco de la capilla mayor y la nueva Sacristia, se descubriô un ramo de mina, y en su extremidad un hueco tapado, que por el sonido de los azadones, reconocieron serlo. Alborozô los animos de los trabajadores el encuentro, sonândoles â tesoro ; concordàronse por esto en dejar la obra, reservando proseguirla cuando no tuviesen centinclas ; no les permitio el Cielo lograsen su designio, porque estando en la conferencia de la hora, en que se junlarîan aquella noche, oyeron una voz que sorprendiéndoles los discursos, alcgrô sus corazones el eco, que percibieron de « Cavad : cavad : y hallaréis la luz. »

Atonitos los obreros con tal asombro, con tal prodigio, creyeron ser superior providencia. la que habian tenido por casualidad de su fortuna. Rompieron, en fin, el hueco del muro, y descubriendo una boveda de ladrillo, en figura de sepulcro : ô prodigio! Saliô de ella al punto tal reflejo, que quedaron deslumbrados con tan celestial golpe de luz. Reconocieron el sitio. y vieron un hermoso Divino Simulacre, clavado en una Cruz. (P. lo.)

Gaïffer-Jorge. Moreri (Ait. aquitaine.)

La fauve dynaslin, Vers l'an quatre-cent-dix-neuf le

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