Première romance
Les Conseillers libres et probes.
Dans un conseil solennellement tenu sur la place d'Ancône, Ratbert (comme le devaient faire tous les empereurs, d'après le droit public de l'Allemagne) consulte les rois et les évêques ses vassaux, sur le droit qu'il a de conquérir \e fief de Final : il récompense largement les flatteurs qui appuient sa prétention.
Sources de l'action. Ce qui se passe à la diète d'Ancône et ce qui se passait à la diète de Roncales. — Nous ne tenterons pas d'assimiler d'une façon précise le conseil d'Ancône à une diète plutôt qu'à une autre. Ce serait aller directement à rencontre de la méthode du poète et de ses procédés de généralisation.
Le conseil d'Ancône, en tant que thème à développer, a tout d'abord une source générale incontestable.
Ce sont les souvenirs de voyage du poète.
Les réunions des grands électeurs, les assemblées du peuple, les diètes solennelles, les cortèges pompeux du couronnement ont toujours flatté le goût inné de Victor Hugo pour les parades théâtrales.
Il a évoqué ces spectacles avec complaisance chaque fois que les lieux historiques qu'il visitait lui en ont fourni l'occasion.
Avec quelle grandeur ne fait-il pas surgir devant nous
l'assemblée du Kœnigslhul ', où les antiques électeurs, en plein air, sous les souffles et les rayons du ciel, assis dans ces rigides fauteuils sur lesquels s'effeuillaient les arbres et courait Tombre des nuages, se réunissaient, rudes et simples, naïfs et augustes, comme les rois d'Homère, pendant que le peuple de Rhens, contenu par les hacquebutiers, entourait le siège royal! Avec quelle féerie de couleur son imagination ne remplit-elle pas la nef de Saint-Ruprecht'^ des entrées solennelles de papes et d'empereurs :
« Quelquefois tous les deux ensemble sous le même dais, le pape à droite sur sa mule blanche, l'empereur à gauche sur son cheval noir comme le jais, clairons et tibicènes en .tète, aigles et gonfanons au vent et tous les princes, et tous les cardinaux à cheval en avant du pape et de l'empereur, le marquis de Montferrat tenant l'épée, lé duc d'Urbin tenant le sceptre, le comte Palatin portant le globe, le duc de Savoie portant la couronne. »
Entre toutes, à Francfort, cette salle du Rœmer, dont Gérard de Nerval dira qu'elle fait l'effet d'un décor moyen âge de l'Ambigu', a sollicité son inspiration; son imagination l'a désencombrée des baraques de la foire qui l'enlaidissaient, et, devant les quarante-cinq empereurs en buste d'airain, laurés et couronnés, il a noté, au milieu des trompettes, des cymbales, des acclamations et des fanfares, les rites bizarres du couronnement et de la prestation du serment, pendant laquelle le nouvel empereur déjà formidable ôtait la couronne et tirait le glaive \
Le conseil d'Ancône^ est, sans doute et tout d'abord, un tableau général issu de ces croquis de voyage. Mais ce qu'on