I. Le Rhin, leUre XIV
■2. Cf. sur cette sympathie F. Baldensperger : Les grands thèmes romantiques dans les Burgraves de Victor Hugo, Lyon, 1908.
Burgraves. Le Prince-hibou, ce sera Ratbert, Malaspina, Carrara ou Tévêque Afranus ; l'aigle-burgrave, ce sera Fabrice, Welf, porte-parole de Hugo justicier.
Et voilà pourquoi dans Elciis la vieille race des antiques burgraves est idéalisée à ce point déjà. Ces hommes de la guerre franche dont parle le vieux Pisan apparaissent comme les prototypes des Fabrice et des Welf, et les Fabrice et les Welf sont les cousins des Roland et des Eviradnus.
Les Gens d'église. L'anticléricalisme de Hugo. Inspiration nouvelle. — Si, de proche en proche, les sources générales de la première partie du discours d'Elciis remontent jusqu'à Hernani^ et, à considérer seulement la sympathie du poète pour les révoltés, jusqu'aux premiers romans de V. Hugo, il n'en va pas de même des sources de Gens d'Eglise. Elles proviennent d'une attitude relativement récente du poète. En 1837, l'anticléricalisme de V. Hugo est de Traiche date.
Le 1 5 janvier i85o, dans l'Assemblée législative, il avait riposté d'éloquente et vigoureuse manière à l'évêque de Langres au sujet de la loi Falloux. 11 avait résumé, dans ce discours, l'histoire de l'intolérance du clergé en matière de progrès, il avait dénoncé « l'invasion de la France par le « parti clérical, la nuit faite dans les esprits par l'ombre des « soutanes, et les génies matés par les bedeaux ». Le mot de Jules Simon est vrai : « Tout ce que V. Hugo disait à la tribune aurait pu être mis en vers, » et, dans des pièces comme La Comète, dans des ouvrages entiers comme Dieu, VAne, Religion et Religions, l'obscurantisme du clergé fut maintes fois poétiquement flagellé par le satirique.
Mais Hugo avait contre l'Église d'autres griefs que des raisons, pour ainsi dire, intellectuelles. Sa pitié s'était émue devant les exactions et les barbaries de l'Autriche en Italie, couvertes et encouragées par le pape. Comme le discours dé i85o, celui du i5 octobre 1849 sur l'expédition italienne
était devenu pour lui un thème poétique dans la Vision de Dante [iSd'S]. Là, Û avait, dans une scène d'un décor dramatiquement apocalyptique, demandé vengeance de tout le sang versé du consentement et avec l'appui de Mastaï.
Et tout autant que devant les violences, la conscience du poète se révoltait devant le mercantilisme de TEglise : impôts de forme surannée perçus dans les Etats du pape; offrandes bénévoles ou obligées dont s'alimentait grassement la caisse romaine ; taxes autour de tous les sacrements, drainées pour le denier de Saint-Pierre d'un bout à l'autre de la catholicité.
Il parut donc au poète qu'on ne pouvait compléter le tableau d'une Italie au moyen âge, reflet de l'Italie moderne, sans y introduire la peinture des abus simoniaques. Cette peinture exigeait des détails précis, sans lesquels le développement risquait de n'être plus que le lieu commun d'une vague déclamation luthérienne.
La Simonie. Comment Hugo s" est documenté sur le sujet. — Nul doute que V. Hugo ne se soit aussi utilement que possible documenté sur cette question de la simonie.
Tout d'abord, il avait entre les mains V Histoire de la Révolution française de Louis Blanc ' à laquelle il paraît avoir emprunté l'idée générale et le mouvement même de son développement :
Louis Blanc. Elciis.
A quel genre d'impôt l'Église ne de- 333. I.a chaire de Saint-Pierre, autrefois si sublime,
iiianda-t-ellc \>as l'accroissement de son Est aujourd'hui l'obscure et lugubre boutique
opulence ? Où le bien et le mal, la messe et le cantique.
Le Trai, le faux, le jour, la nuit, l'ombre et le vent. Les anges, l'inlini, la tombe, tout se vend !
Elle taxa l'amour: les nouveaux mariés 318. Tant pour vous marier ! ne purent sans permission, passer cnsemlilc les trois premières nuits de leurs noces.
Elle taxa l'entrée de l'homme dans la 315. Péage pour entrer, péage pour sortir : vie, car à peine baptisé... Le baptême, c'est tant I