‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 17 sur 303 · Cf. RicAL, Revue d'Histoire littéraire · texte numérisé non relu

Cf. RicAL, Revue d'Histoire littéraire

souligne dans son article du Journal du Dimanche, une expression caractéristique :

« Sur la gauche, étincelle la rive de la mer, veiie grande onde, qui permet aux navires, nommés dromons, d'arriver jusqu'à la ville. »

Or, des deux manuscrits de la Bibliothèque nationale, le 24369 est le seul qui contienne ces deux vers absents du

Et la grant onde qui molt puet raviner Qui lor amaine quanqu'il sevent vizer.

Jubinal, en adaptant le récit du manuscrit, a commis plus d'une erreur : mais il a, d'autre part, composé avec habileté, un ensemble tout prêt pour le récit épique de Hugo.

Afin de mieux rendre compte de la façon dont Hugo a utilisé la composition de Jubinal, il nous a semblé bon de présenter un tableau d'ensemble, où l'on puisse voir en quoi Jubinal s'est écarté du texte du moyen âge, et en quoi Hugo lui-même a imité directement son modèle ou s'est séparé de lui.

« Charlemagne, l'empereur à la barbe florie, comme dit le texte, traverse les Pyrénées ; il revient d'Espagne. La lamentation est grande, car son neveu Roland, par la trahison de Ganelon, a été tué avec Olivier, les douze pairs, et toute l'arrière-garde de son armée jusque-là victorieuse.

L'Etcheco-Jaûna (le laboureur des montagnes^ est rentré chez lui avec son chien. 11 a embrassé sa femme et ses enfants ; il a nettoyé ses flèches ainsi que sa corne de bœuf, et les ossements des héros qui ne sont plus blanchissent déjà pour l'éternité'.

I. Ces paroles, dit une note du Journal du Dimanche, sont empruntées au Chant basque d'Altabiçar. Jubinal, qui savait l'espagnol, s'est associé ou s'est laissé prendre à une supercherie ; et le Chant d'Altahiçar {nom d'un petit village espagnol) est une composition notoirement apocryphe. Hugo ne soupçonne en rien la supercherie ; comme commentaire au mot : Laboureur des monts, il inscrit en marge de son manuscrit : « Littéralement. l'Etcheco Jaûna : Chant basque d'Altabiçar. »

Le laboureur des monts, qui vil sous la ramée.

Est rentré chez lui, grave et calme, avec son chien .

Il a baisé sa femme au front et dit : C'est bien.

Il a lavé sa trompe et son arc aux fontaines;

Et les os des héros blanchissent dans les plain^.

Le destrier àe Charles, </w/ lui vint de Syrie, est triste luimême, et fait chair marrie*.

II. Le bon roi Gharle est plein de douleur et d'ennui; Son cheval syrien est triste comme lui.

Gharlemagne pleure, mais ce n'est pas seulement d'avoir perdu la bataille, sa pairie et son neveu ; c'est de penser que sa défaite sera racontée après lui pendant 4oo ans et

plus :

Quatre cents ans et plus dès que ma vie De iîo/iczs('a/s sera chanson oîe-

i3. II pleure; l'empereur pleure de la souffrance

D'avoir perdu ses preux, ses douze pairs de France, Ses meilleurs chevaliers qui n'étaient jamais las, ^Et son neveu Roland, et la bataille hélas ! Et surtout de songer, lui, vainqueur des Espagnes, Qu'on fera des chansons dans toutes ces montagnes Sur ses guerriers tombés devant des paysans. Et qu'on en parlera plus de quatre cents ans !

Cependant il chemine toujours. Tout à coup il arrive sur le sommet des Pyrénées, et du revers, aujourd'hui français, de la chaîne, il se prend à regarder dans la plaine : là, vers la

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