Il se refait avec les convulsions sombres
Des nuages hagards croulant sur ses décombres Avec des souffles noirs qui sonnent du clairon Une sorte de vie effrayante à sa taille....
139. Les guivres, les dragons, les méduses, les drées, Grincent des dents au fond des chambres effondrées.
151. Le fôhn bruyant s'y lasse, et sur cette cuirasse L'aquilon s'époumonne et l'autan se harasse, El tous ces noirs chevaux de l'air sortent fourbus De leur bataille avec le donjon de Corbus.
Le Rhin.
Ruines de Velmich. La Souris. XV.
La solitude disperse et hérisst soigneusemen sur le seuil les broussailles les plus féroces, les plantes les plus méchantes et les mieux armées, le houx, l'ortie, le chardon, l'aubépine..., c'est-à-dire plus d'ongles et de griffes qu'il n'y en a dans une ménagerie de tigres. A travers ces buissons revôches et hargneux, la ronce, c? serptnl de la végi'lation, s'allonge et se glisse et vient vous imordreles pieds. Sol inégal, montuenx, formé de voûtes effondrées. Joyeux écolier, je grimpais partout, je dérangeais les grosses pierres, je mangeais les mûres sauvages.
Bruit superbe du vent... Le vent tourne les feuillets de mon livre et m'empdche d'écrire.
De toutes paris, grands murs à fenêtres défoncées dessinant encore des salles sans portes, ni plafonds. Étages sans escalier — escaliers sans chambres.
Samedi passé, il avait plu toute la matinée. Nous remontions le Rhin depuis quelques heures, quand tout à coup, par je ne sais qael caprice, car d'ordinaire c'est de là que nous viennent les nuées, le vent du sud-ouest, le môme qui, sous le nom de fôhn, fait de si terribles ravages sur le lac de Constance, troua d'un coup d'aile la grosse voûte des nuages.
lo5. Aussi, malgré la ronce et le chardon et l'herbe Le vieux burg est resté triomphal et superbe... Le soir, sa silhouette immense se découpe ; H a pour trône un roc, haute et sublime croupe.
1C6. Le pâtre a peur, et croit que cette tour le suit: Les superstitions ont fait Corbus terrible... Car les gens des hameaux tremblent facilement. Les légendes toujours mêlent quelque fantôme A l'obscure vapeur qui sort des toits de chaume : 1/àtrc enfante le rcve, et Ion voit ondoyer L'effroi dans la fumée errante du fover.
Au-dessus de Vclmich s'élève presque verticalement un énorme banc de lave.... Sur cette croupe volcanique, une superbe forteresse féodale ruinée de la môme pierre et de la même couleur so dressait comme une excroissance naturelle de la montagne.
Je connaissais la ruine de Velmich comme une des plus mal famées et des moins visitées qu'il y eût sur le Rhin. Pour les voyageurs elle es d'un abord difficile et, dit-on, même dangereux. Pour les paysans elle est pleine de spectres et d'histoires effrayantes. Elle est habitée par des flammes vivantes qui, le jour, se cachent dans des souterrains inaccessibles et ne deviennent visibles que la nuit au sommet de la grande tour ronde.
Ainsi la ronce, ce serpent de la végétation, le bruit superbe du vent, les chambres effondrées, le fohn terrible, la croupe volcanique du burg, les légendes et la tour éclairée se trouvent à Corbus comme à Velmich; l'on démêle de plus l'effort curieux du poète pour rendre ses notes de voyageur dignes de servir de décor à un héros : Sint consiile dignse. Le lierre remplace l'ortie; Tépine, le chardon; l'aubépine est nommée l'églantier sauvageon : le poète, joyeux écolier, au regret de ne pouvoir figurer là, picorant des mures sur un pierrier, a délégué le moineau dans ces fonctions d'espiègle : le vent qui tournait les feuillets de son livre devient une tempête, sœur fauve de la bataille, qui secoue de son souffle horrible les « tarasques » sculptées sur les ruines. La source première demeure très apparente, malgré le procédé de transposition et d'agrandissement.
La salle des armures. — Comme un assez grand nombre des châteaux de l'Allemagne à l'époque féodale, ainsi qu'à celle de la Renaissance, comme Heidelberg*, comme le donjon de Rudesheim-, comme Erbach, le manoir de Corbus possède un Rittersaal : il existe à Corbus une salle gigantesque où sont rangés, armés de pied en cap, tous les ancêtres de la race de Mahaud.