‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 204 sur 303 · Leno prend un anneau · texte numérisé non relu

Leno prend un anneau

Le tire et le plancher se soulève; un abîme

S'ouvre, il en sort de l'ombre ayant l'odeur du crime.

voilà bien les éléments essentiels du décor intérieur de Gorbus.

Les Armures. Ce qui, dans Eviradnus, distingue la description du Rittersaal de Gorbus, des ébauches incolores d'Elmine de Chézy, et du croquis hàtif dessiné à Rudesheim, c'est la précision et la richesse technique des détails d'armures. En parlant des casques^ Hugo nomme tour à tour le heaume, le crible, le timbre en forme de delta, les pennons ; s'agit-il des armures, il énumère le haubert, la chemise de guerre, le manteau de roi, le gorgerin, les cuissards avec leurschatons barrés de leur clé, les genouillères à boutoir, lesbrassards, les gantelets ; pour les caparaçons^ il détaille la robe de combat, l'arçon, le croc de la selle, le chanfrein, la bride, l'étrier et l'éperon; dans les armoiries, il fait figurer le mortier, le tortil, la triple perle, la feuille d'ache ; dans les boucliers, il distingue la rondache et l'écu; dans les armes, la lance, la pique, la hache, l'épée, la dague et lestrousseaux de poignards.

Toute la brocante de l'armurerie féodale est là, un peu pêle-mêle, puisque le haubert du ix* siècle y côtoie le cuissard du XVI*; c'est tout un bric-à-brac ennobli, haussé à la grandeur épique par la majesté d'attitude des mannequins. Il est entièrement dépouillé de tout aspect vulgaire,.

et le poète à'Eviradnus ne mêle plus à son admiration cette note de persiflage discret qui agrémente parfois les récits du touriste.

Toutes ces pièces d'armures, Y. Hugo les avait aperçues en jetant un regard d'ensemble sur les tableaux et les statues de la cathédrale de Cologne :

« Là abondent ces rois et ces chevaliers aux visages sévères, aux tournures superbes, aux panaches monstrueux, aux lambrequins farouches, aux morions exorbitants, aux épées énormes, armés comme des bourreaux, cambrés comme des archers, coiffés comme des chevaux de bataille * » .

11 les avait retrouvées dans la collégiale de Francfort où il admira « sur les murailles une collection complète « de ces morions fantasques et de ces cimiers eff'rayants « propres à la chevalerie germanique, accrochés à des clous « comme les poêlons et les écumoires d'une batterie de « cuisine- ».

Des poêlons et des écumoires ! Que voilà bien une irrévérence qui ne sera pas de mise dans l'épopée ! Le poète utilisera certes la même vision, mais dans une note toute différente, à la fois noble et précise.

Corbus et sa ruine, Corbus et sa salle des Chevaliers sont donc avant tout des souvenirs rhénans.

Toutefois il est intéressant de se demander si, en ècv\vant Eçiradniis, Hugo n'avait pas sous les yeux des documents destinés à compléter ses impressions visuelles.

Il affecte une science technique toute particulière :

43^. Les chanfreins sont lacés; les harnais sont bouclés; Les chatons des cuissards sont barrés de leurs clés ; Les trousseaux de poignards sur l'arçon se répandent : Jusqu'aux pieds des chevaux les caparaçons pendent ; Les cuirs sont agrafés : les ardillons d'airain Attachent l'éperon, serrent le gorgerin;

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