‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 217 sur 303 · ÏH. Gautier. Préface des Contes d Arniin, p. ii · texte numérisé non relu

ÏH. Gautier. Préface des Contes d Arniin, p. ii

3. Ce rapprochement m'a été signalé par M. E. Droz, professeur à la Faculté des lettres de Besancon.

4. Faut-il ajouter que V. Hugo, lui-même, en marge de son manuscrit,

radnus a repris tout entier le ton à la fois énidit et léger, Tétat d'esprit du touriste du Rhin, aimable et passionnément aimé, et qui, fidèlement accompagné, n'avait pas trouvé dans son absence de France que des satisfactions intellectuelles et artistiques : il y a une source latente de l'allure de certaines parties à' Es>iradnus dans la réminiscence inconsciente peut-être, où fut le poète, de son état moral de 1839, quand il se replaçait en i858 dans le décor de ses voyages, pour écrire la touchante histoire de la délivrance de la belle Mahaud par le grand chevalier d'Alsace.

Cependant, à considérer dans son ensemble l'inspiration d'Eviradmis, il apparaît bien qu'elle est, entre toutes, la plus sincèrement approchée du moyen âge, tout au moins du moyen âge que se figurait le poète : l'intervention de la personnalité de l'exilé de Guernesey altère peu la physionomie de son héros principal, qui reste, dans son cadre teinté de merveilleux, un de ces lointains et mystérieux chevaliers-errants qu'évoquait la pièce liminaire. Peu importe qu'on puisse même, d'un certain biais, assimiler à la vieillesse robuste et chevaleresque d'Eviradnus, la vieillesse du poète, qui se piquait lui-même de robustesse et de galanterie. Xi le détail, ni l'ensemble des actes et de l'attitucle d'Eviradnus n'oblige le lecteur, délibérément transporté dans la légende, à faire un retour constant vers les préoccupations de l'exilé.

Il n'en va pas de même pour la pièce de Welf.

signale que l'épithète de « bijoutière », aUribuée par lui à Mahaud, prorient des Mémoires de la Princesse Palatine ?

Il s'agit, en l'espèce, des Mémoires sur la Cour de Louis XIV et de la Régence. Extraits de la correspondance allemande, de Madame Elisabeth- Charlotte, duchesse d'Orléans, nièce du Régent. Paris, Ponthieu, Palais- Royal, 18.23. C'est dans une note de la page 17 que V. Hugo a rencontré ces lignes :

« La maréchale de Clérambault était fille de Clavigny et l'une des femmes de France qui avait le plus d'esprit et de savoir... du reste riche, avare, bijoutière, et singulière à l'excès. — Notes du Journal de Dan^eau. i»

WELF, CASÏELLAN D'OSBOR

Welf n'est qu'une figure de V. Hugo. — Bien que l'idée du personnage de Welf semble due, pour une part, à la contamination de deux contes de Schreiber, utilisés déjà pour les Burgraves^ et que le poète, pour le cadre de son récit, ait emprunté, comme d'ordinaire, à Moreri, quelques détails précis sur le royaume d'Arles au moyen âge, l'impression qui se dégage tout d'abord de la pièce de Welf^ c'est que Victor Hugo a eu le dessein d'exprimer par la bouche du burgrave-castellan, ses colères contre le despotisme des princes, et ses griefs contre la servilité de la foule. Welf continue les Châtiments : c'est un mangeur de rois qui a lu YAj't d'être grand-père^ et qui s'attendrit devant les petites mendiantes. Le rocher d'Osbor s'apparente à Hauteville- House, où par la voix du Cid, de Masferrer, ou de Welf l'exilé crie à tous ceux qui l'engagent à revenir en France : « Passez votre chemin » et où, touchante antithèse à cette sauvagerie d'attitude, le bon hôte sert de ses propres mains les mendiants guerneysiais, réunis chez lui le mercredi.

On connaît, en effet, la fable très simple de Welf. Welf, loué par la foule, étudiants et bourgeois, résiste dans son burg aux sollicitations du marquis Cyadmis, du roi d'Arles, de l'empereur et du pape qui veulent l'entraîner dans leurs guerres et leurs fêtes. Ceux-ci décident de s'emparer de son burg. Ils n'y réussiraient point si Welf, entendant la voix d'une mendiante, n'abaissait lui-même son pont-levis, par où pénètre l'ennemi qui guettait.

Les événements de l'année 1869. — La pièce de Welf a été écrite le i4 juillet 1869. Précisons tout d'abord les circonstances qui, cette année-là, amenèrent plus particulièrement Victor Hugo à réfléchir sur ses œuvres de charité à Guernesey, et principalement sur son attitude d'exilé, et,

par suite, à utiliser pour IKe//" certains événements contemporains.

Les petits mendiants de Guernesey. — Hugo, de concert avec sa femme, avait eu, dès 1861, Tidée charitable de faire une fois par semaine servir chez lui un repas aux petits indigents de Guernesey; les convives, d'abord au nombre de huit, s'étaient, d'année en année, multipliés; en 1869 ils étaient près de cinquante.

En 1869, l'institution du Dîner des enfants pauvres était à son apogée : elle avait trouvé de nombreux imitateurs ; Hugo s'en faisait gloire ; il faut lire les discours qu'il prononça aux iNoëls de 1868 et de 1869, pour se rendre compte de la place que tenait cette familiale institution de charité dans l'orgueil légitime de l'hôte de Guernesey. « Je trouve l'exil bon : il m'a donné le loisir de réaliser cette idée que j'avaisdepuis longtemps, l'améliorationdu sort des enfants...; je remercie l'exil. » « Exerçons la sainte paternité du présent sur l'avenir — En élevant l'enfant, nous élevons l'avenir. Elever, mot profond ; en améliorant cette petite âme nous faisons l'éducation de l'inconnu. Si l'enfant a la santé, l'avenir se portera bien ; si l'enfant est honnête, l'avenir sera bon Le flambeau dans l'enfant, c'est le soleil dans l'avenir'. » La grandiloquence de Victor Hugo sur ce sujet est intarissable : non seulement dans Actes et Paroles, ses lettres, ses discours de chaque ÎNoël sont donnés in extenso^ mais les articles de journaux, relatifs au rôle de Hugo dans l'institution sont reproduits dans les notes. Ajoutons que des photographies plus nombreuses à cette date, et des dessins publiés dans les journaux anglais popularisaient la vision d'un Victor Hugo grand-père charitable au milieu des petits pauvres anglo-normands. — Pendant que le vieillard de Guernesey souriait ainsi, emphatique M}Tiel, à la misère

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