‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 218 sur 303 · I. Actes et Paroles. Pendant l Exil. 1868. vi. et i86q. vm · texte numérisé non relu

I. Actes et Paroles. Pendant l Exil. 1868. vi. et i86q. vm

ingénue des petits mendiants de Saint-Pierre-Port, il avait Poreilie ouverte au bruit du dehors.

Les étudiants et les élections. — C'était pour Napoléon 111 un instant de crise : Emile Ollivier l'inclinait vers l'empire libéral : les élections avaient été tumultueuses. Pendant tout le printemps, des bandes d'étudiants avaient agité le Quartier latin aux cris de « Vive Rochefort, vive la Lanterne! », et Victor Hugo suivait avec joie le triomphe de son ami et de son hôte bruxellois'. Jules Simon et Gambetta groupaient les Irréconciliables, tandis qu'Emile Ollivier engageait l'empereur à tout tenter pour rappeler à lui la «jeune génération plus intelligente, et surtout courageuse et convaincue- ».

Or, au commencement de Tannée où l'on discutait ainsi sur l'attitude de la jeunesse et où se préparait le groupement des Irréconciliables, Victor Hugo avait reçu d'une femme dont il avait toujours considéré l'amitié comme un honneur, une lettre qui le troubla profondément, si l'on en juge par l'accent de sincérité de la réponse.

Beau geste de refus de l'exilé à la reine Rhodope. — Cette lettre lui venait de la propre cousine de Napoléon 111, de Marie-Lœtitia Bonaparte-Wyse, femme de l'ambassadeur Ratazzi. Depuis 1860, entre ses exils, la « princesse Brouhaha » avait, avec tumulte, promené dans les fêtes impériales et parisiennes l'éclat de sa beauté et de son ironie provocantes. En 1869, elle n'avait pas cessé d'être frondeuse. Quand, aux petits jeux des Tuileries, on lui demandait quel était son poète préféré, elle écrivait: Hugo. Elle rêvait d'être la reine et la protectrice des lettres et des grands

I. Taxile Delord. Histoire du Second Empire, livre V, pp. 464-469- Journal L'Univers, i6, 17 et i8 mai 1869.

a. Darimon. Histoire d'un Parti. Les Irréconciliables. — E. Ollivier. L'Empire libéral, t. X.

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hommes'. Jadis Ponsard avait trouvé près d'elle, à Aix-les- Bains, « ses jardins d'Armide et s'était endormi sous les roses-». Elle ambitionnait maintenant d'attacher à son char la gloire retentissante de Victor Hugo. Elle entreprit de le séduire à distance, et réussit tout au moins à le troubler. Il répondit sur le ton de Ruy Blas à la reine d'Espagne :

<* 11 est bien plus facile de mourir que de vous résister. Quand je songe qu'elle est là devant moi, celle qui est la beauté, la grâce, le courage, l'esprit souverain et charmant, le savoir éclatant, la poésie intense, et qu'elle me dit : Venez! et qu'elle me le dit en termes émus et adorables! Oh! ne pas obéir, ne pas venir, ne pas accourir, ne pas fouler aux pieds la frontière, fùt-elle de feu, et le serment, fùt-il d'airain, savez-vous que c'est là. Madame, un effort surhumain ? Quoi ! cette fleur, c'est vous qui me l'envoyez ! Quoi ! ces vers, c'est vous qui les avez écrits! Ces vers sont de vous, ils sont pour moi. Il est sur votre bouche, ce sourire

d'ange où je crois voir éclore une étoile Suis-je Eschyle

pour être le meilleur ami, comme vous dites, malgré ma l)arbe grise, de la reine Rhodope, de cette éblouissante Rhodope qui était à la fois le génie et la souveraine d'Agrigente et qui était du sang de Jupiter, comme vous êtes du sang de Napoléon .' »

Mais le moment était mal choisi. A mesure que l'empire était plus voisin de sa perte, Hugo se drapait plus stoïquement dans une attitude dont il ne vouloit point perdre le bénéfice. Il concluait donc :

« Quelle sombre chose parfois que le devoir! Je l'ai écrit :

Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là.

La France m'est fermée^. »

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