Ed. Legi.ay, loc. cit
•1 Cf. Le Mariage de lioland, p. 37, et Ratbert, p. 18-
en repoussant Tabbesse devant qui Ton porte un grand crucifix noir :
3^4' Un couvent d'où s'élève une vague oraison Apparaît; on entend une cloche qui tinte ; Et des rayons du soir la haute église atteinte S'ouvre, et l'on voit sortir du portail à pas lents Une procession d'ombres en voiles blancs : Ce sont des sœurs ayant à leur tête l'abbesse, Et leur chant grave monte au ciel où le jour baisse; Elles ont vu s'enfuir l'enfant désespéré ; Alors leur voix profonde a dit miserere; L'abbesse les amène; elle dresse sa crosse Entre l'adolescent frêle et l'homme féroce; On porte devant elle un grand crucifix noir; Toutes ces vierges, sœurs qu'enchaîne un saint devoir, Pleurent sur le vainqueur comme sur la victime, Et viennent opposer au passage du crime Le Christ immense ouvrant ses bras au genre humain. Tiphaine arrive sorabi-e et la hache à la main, Il crie à ce troupeau murmurant grâce ! grâce ! — ■ Colombes, ôtez-vous de là; le vautour passe !
11 est impossible de ne point reconnaître encore dans ce dernier développement des souvenirs du poème de Raoul de Cambrai. Il suffit de lire la page' où Raoul vient mettre le siè ge devant Origny et où « les habitants voyant le danger se disposent à la défense ».
« Les nonnes sortent du monastère dans la campagne. Les gentilles dames ont en main leurs psautiers et récitent de saintes oraisons ; à leur tête s'avance Marcent, la mère de Dernier, tenant un livre des litanies de Salomon....
« — Sire Raoul, nous sommes nonnes, et par les saints de Bavière jamais vous ne nous verrez tenir ni bannières, ni lances.
Nous n'étendons personne dans la tombe.
• I. E. Leclay, loc. cit., p. 4i-
336. Toutes ces vierges, sœurs qu'enchaîne un saint devoir. Pleurent sur le vainqueur comme sur la victime,
— «Vrai, interrompit Raoul, vous êtes une bien méchante flatteuse, vile courtisane de bas-lieu' !
« Sire Raoul, pourquoi m'outrager? Nous ne manions ni Fépée, ni la lance et vous pouvez nous mettre à mort sans défense; mais ce serait grand péché. Toute notre vie, c'est l'autel !... Quel mal faisons-nous- ?... »
Et Raoul, après avoir hypocritement promis d'épargner l'abbaye, y met le feu. « La flamme roule dans le maître autel » et les cloches — ces cloches dont précédemment le son tintait au maître clocher et faisait monter dans le cœur des nobles guerriers le souvenir de Dieu et de sa justice^ — ces cloches, célestes avertisseuses, maintenant fondent, et les charpentes et les brandons tombent avec fracas dans la nef.
On voit nettement la façon dont Hugo a traité la sèche matière empruntée. Tout d'abord, il a lié au drame, au salut espéré d'Angus, l'intervention des nonnes qui, dans la Chanson de gestes, ne supplient le vainqueur que pour elles-mêmes.
Il a parachevé le décor du couvent vaguement indiqué au moment de l'arrivée de l'armée en face d'Origny *, ainsi que dans l'incendie final ; aux cloches qui tintent, il a ajouté le portail, les voiles blancs, les chants graves, le jour qui baisse : autant de sensations auditives ou visuelles. Il a montré la crosse de Tabbesse, et négligeant le détail banal des psautiers, mais par contre empruntant à sa première