Paris, Garnier, i
2. Histoire et Recherches des Antiquités de la ville de Paris, par M.Henri Sauval, avocat au parlement, Paris, 1744. Ch. Moette et J. Chardon. Sur les sources de Notre-Dame de Paris, et sur l'emploi qu'a fait V. Hugo de Sauvai : Cf. E. Huguet : Quelques sources de Notre-Dame de Paris. Revue d'Histoire littéraire, 1901.
faucon qui sert de décor au Mariage de Quasimodo. La description du roman avait suivi presque pas à pas le texte des Antiquités de Paris; l'amplification du poème s'inspira d'impressions pittoresques plus libres, nées de la seule lecture du chapitre de Notre-Danie de Paris. Hugo, en partant pour l'exil en iSSa, s'était séparé de son Sauvai \ et il devint à lui-môme sa propre source.
Les emprunts faits à Sauvai pour Notre-Dame de Paris, avaient été, sauf en ce qui concerne la date de la construction de Montfaucon, assez précis. On peut en juger :
Notre-Dame de Paris.
Monlfaucon était, comme dit Sauvai, « le plus ancien et le plus superbe gibet du royaume. »
Entre les faubourgs du Temple et de Saint- Martin, à environ cent soixante toises des murailles de Paris, à quelques portées d'arbalète de la Courtille, ou voyait au sommet d'une éminence douce, insensible, assez élevée pour être aperçue de quelques lieues à la ronde, un édifice déforme étrange qui ressemblait assez à un cromlech celtique, et où il se faisait aussi des sacrifices humains.
Qu'on se figure, au couronnement d'une butte de plâlrs, un gros parallélipipèdc de maçonnerie haut de quinze pieds, large de trente, long de quarante, avec une porte, une rampe extérieure et une plate-forme ; sur cette plateforme seize énormes piliers de pierre brûle, debout, hauts de trente pieds, disposés en colonnade autour de trois des quatre côtés du massif qui les supporte, liés entre eux à leur sommet par de fortes poutres où pendent des chaînes, d'intervalle en intervalle : à toutes ces chaînes, des squelettes ; aux alentours, dans la plaine, une croix de pierre et deux gibets de second ordre qui semblent pousser de bouture autour de la fourche centrale ; au-dessus de tout cela dans le ciel, un vol perpétuel de corbeaux. Voilà Montfaucon.
SAUVAL. — Antiquités de Paris.
Je laisse là Monlfaucon, afin d'en trailcr à part, comme étant le plus ancien, le plus superbe, et le plus fastueux gibet du royaume. (Volume II, p. 612.)
Montfaucon est une éminence douce, insensible, entre le fauxbourg Saint-Martin et celui du Temple, dans un lieu que l'on découvre do quelques lieues à la ronde. (Volume II, p. 585.)
Sur le haut est une masse accompagnée de seize pillicrs, où conduit une rampe de pierre assés large, qui se fermoit autrefois avec inie bonne porte. La masse est parallélogramme, haute de deux à trois toises, longue de six à sept, large de cinq ou six, terminée d'une plateforme, et composée de dix ou douze assises de gros quartiers de pierres bien liées et bien cimentées, rustiques ou refendues dans leurs joints. Les pilliers gros, quarrés, hauts chacun de trente-deux à trente-trois pieds et faits de trente-deux ou trente-trois grosses pierres refendues ou rustiques, de môme que les précédentes, et aussi bien liées et cimentées, y étoient rangées en deux files sur la largeur, et en une sur la longueur. Pour les joindre ensemble, et pour y attacher les criminels, on avait enclavé dans leurs chaperons deux gros liens de bois qui Iraversoient de l'un à l'autre, avec des chaînes de fer d'espace en espace. (P. 585.)
I. On sait que V. Hugo vendit une partie de sa bibliothèque le 8 juin iS'yj. avant son départ pour l'exil : Cf. Th. Gautier : F. Hugo, ch. lx. Je suis parvenu à avoir connaissance de la minute rédigée parle clerc du commissaire-priseur qui fit cette vente. Le Sauvai y figure avec la cote 3o. Il fut acheté pour la somme de 3o francs, avec trois autres volumes, par un nommé Breuille, domicilié 64, rue Notre-Dame-des-Champs.
A Sa fin du quinzième siècle, le formidable gibel. qui datait de 13:2J, éUit déjà fort décrépit.
I-e massif de pierre qui servait de base à l'odieux édifice était creux. On y avait pratiqué une vaste cave, fermée d'une vieille grille de fer détraquée, où l'on jetait non seulement les débris humains qui se détachaient des chaînes de Montfaucon. mais les corps de tous les malheureux exécutés aux autres gibets permanents lie Paris.
I^s poutres étaient vermoulues, les chaînes rouillt''es. les piliers verts de moisissure. Les assises de pierre de taille étaient toutes refendues à leur jointure, et l'herbe |>oussait sur cette plate-forme oii les pieds ne touchaient pas. C'était un horrible profil sur le ciel que celui de 'ce monument: la nuit surtout, quand il y avait un peu de lune sur ces crânes blancs ou <|uand la brise du soir froissait chaînes et squelettes et remuait tout cela dans l'ombre. Il suffisait de ce gibet présent là pour faire de tous les en» irons des lieux sinisli-es.
Dans ce profond charnier où tant de poussières humaines et tant de crimes ont pourri .ensemble, bien dos grands du monde, bien des innocents sont venus successivement apporter leurs os, depuis Enguerrand de Marigny qui étrenna Montfaucon et qui était un juste, jusqu'à l'amiral de Coligny qui en fit la clôture et 4|ui était un juste.
l.e continuateur de f'icrrc de Nangis nous apprend que Pierre Hemi donna le dessein d'Mii lieu patibulaire, qu'il le tlt faire avec grand soin, et qu'il y souffrit le dernier supplice en 1328. (P. 583.)
(Sauvai u affirma nullement qu'il t'agiste du gibet de iioiitfaucon).
.\u milieu était une cave où se jeltoient apparemment les corps des criminels, quand il n'en resloit plus que les carcasses, ou que lou'.es les chahies et les places étoient remplies. (P. 585.)
Présentement cette cave est comblée, la porte di> la rampe rompue, ses marches brisées, des pilliers, à peine en rcsie-t-il sur pied trois ou quatre: les autres sont entièrement on à demi ruinés : la plupart de leurs pierres entassées les unes sur les autres confusément couvrent de ruines une partie de la plate-forme de la masse: en un mot, de ce lieu patibulaire si solidement bâti, à peine la masse en est-elle debout. (P. 585.)
Presque lous ceux qui en ont fait quelque mention veulent que ce soit un ouvrasc d'Enguerrand de Marigni, d'autres de Pierre Rémi, seigneur de Montigni ; tous prétendent que Montigni, et Enguerand de Marigni, y ont été exécutés, tantôt les premiers, tantôt après d'autres, tantôt à l'endroit le plus éminent.
Dans ce roman de Notre-Dame de Paris, une première esquisse de Montfaucon {Paris à vol d'oiseau) avait précédé cette description détaillée, et le romancier y comparait le gibet à un temple grec.
« Entre la Courlille et Saint-Laurent, votre œil avait déjà remarqué au couronnement d'une hauteur accroupie sur des plaines désertes, une espèce d'édifice qui ressemblait de loin à une colonnade en ruines, debout sur un soubassement déchaussé. Ce n'était ni un Parthénon, ni un temple de Jupiter Olympien ; c'était Montfaucon*.
En écrivant la pièce de Montfaucon, Hugo semble avoir eu sous les yeux les deux textes de son roman que nous