Lugubre vision ! Au-dessus d'un mur blanc
Quelque chose d'informe et qui paraît tremblant Se dresse ; chaos morne et ténébreux jbroussaille De silence, d'horreur et de nuit qui tressaille ; On ne voit le nuage, et l'ombre aux vagues yeux. Et le blêmissement formidable des cieux. Et la brume qui flotte, et l'astre qui flamboie. Qu'à travers une vaste et large claire-voie De poutres dont chacune est un sanglant barreau.
i35. C'est, dans l'obscurité lugubrement émue.
De la terreur, bâtie en pierre, et qui remue ; C'est délabré, croulant, lépreux, désespéré ; Les poteaux ont pour toit le vide ; le degré Aboutit à l'échelle et l'échelle aux ténèbres ;
La comparaison : « un édifice de forme étrange et qui ressemblait assez à un cromlech celtique*, et où il se faisait aussi des sacrifices humains » a donné naissance à la nomenclature des colonnes célèbres et des divinités fameuses, devant lesquelles la tradition veut que le sang humain ait été répandu :
80. Ses piliers bruts, ruines d'un dogme atroce, Semblent des Irmensuls livides, et ses blocs Dans l'obscurité vague ébauchent des Molochs. Baal pour les construire a donné ses solives Où flottaient des anneaux que secouaient les dives, Saturne ses crochets, Tentâtes ses menhirs. Tous les cultes sanglants ont là leurs souvenirs.
Enfin les pendus, qui dans Notre-Dame de Paris avaient fourni à l'écrivain l'ébauche d'une évocation pittoresque*, provoquent ici des traits d'un réalisme qui dépasse en horreur les visions macabres de Villon :