‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 39 sur 303 · Comparaison fréquente : Cf. Châtiments : Nuit du 4 août · texte numérisé non relu

Comparaison fréquente : Cf. Châtiments : Nuit du 4 août

Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies ?

L'Histoire. Contamination de Légendes. Absence de documentation et d'érudition. — Pour encadrer son invective épique contre les étouffeurs de la pensée, Hugo a fait choix d'une entrevue de Philippe le Bel et de Clément V, et il a peint ce monarque et ce pape tels que les présentaient à son imagination deux livres où il se complaisait et que nous retrouverons plus d'une fois au cours de cette étude. Il s'agit des livres de La Vicomterie, ce pamphlétaire de la Révolution, ennemi, comme Hugo, des papes et des rois.

La Vicomterie, dans ses Crimes des Rois et dans ses Crimes des Papes\ applique aux actes de Philippe les épithètes d'horribles et d'exécrables : il qualifie Clément de pape barbare et scandaleux. Les livres de La Vicomterie n'offrent pas de point de contact précis avec le texte du poète, mais on les sent animés du même esprit, et il les faut probablement compter au nombre des lectures préparatoires faites par Hugo.

Le choix de ces deux personnages permettait à V. Hugo d'utiliser un cadre de légende, plein de pittoresque : Lin rendez-vous secret d'un évêque et d'un roi dans une forêt Par surcroît, il trouvait là l'occasion de conter l'histoire de la construction du lieu de supplice le plus fameux dans toutes les traditions populaires de l'histoire de France. Les livres qu'il pouvait consulter dans sa bibliothèque : le Dictionnaire de Moreri- (article Clément V) le Grand Théâtre

1. La Vicomterie : Les Crimes des Papes, Paris, 1792, p. 376. — Les Crimes des Bois, pp. 172-175, Paris, Havard, i834- Hugo possédait à Guernesey ces deux volumes.

2. Nous citons ici pour la première fois le nom de Moreri : Le grand dictionnaire historique ou le Mélange curieux de Ihistoire sacrée et profane de Moreri a été la source constante et presque unique de l'érudition de Victor Hugo. Il possédait à Guernesey l'édition de Jean Giriu, Lyon, 1683, très différente à bien des égards des éditions du xviiie siècle. Pour me borner, dans cette note, à un petit nombre d'exemples, on chercherait vainement dans les autres éditions de Moreri, l'histoire des pre-

historique^ V Histoire de France de Mézerai^, l'Histoire du Moyen (îge de Michelet' s'accordaient tous pour raconter comment Philippe le Bel eut, en mai i3o5, une entrevue mystérieuse dans le bois de Saint-Jean-d'Angély avec Tévêque Bertrand de Got, auquel il offrit la papauté moyennant six conditions restées pour la plupart inconnues.

Un évêque et un roi qui, pareils aux sorcières de Macbeth, choisissent pour comploter la clairière d'une forêt, voilà qui est bien shakespearien et romantique. Comment Hugo n'eût-il pas été tenté par cette fantaisie ? Si quelqu'un lui avait conseillé de lire le livre de Lacurie* qui avait paru neuf ans auparavant et où il est démontré que ce rendezvous est une pure imagination de l'Italien Villani, que la rencontre n'a jamais eu lieu et qu'elle était matériellement impossible, sans aucun doute Hugo eût rejeté le conseil, ou traité le livre d'imposteur. Il se pique, ainsi qu'il Taffirme dans la préface de ses poèmes, de présenter l'histoire sous son aspect légendaire : par principe, il a cure de la tradition, non de la vérité.

De plus, partout où la tradition offre une lacune, il aime à la compléter. Pourquoi n'aurait-il pas compté au nombre des conditions secrètes, imposées par Bertrand à Philippe,

miers rois de Hongrie qui a fourni une lisle de noms aux cnuméralions d'Eviradnus dans les détails sur l'ordre du Saint-Esprit Ratbert et le poète Ericus d'Auxerre cité dans Welf'A propos d'Arles.

Je ne suis pas le seul à avoir constaté la présence de Moreri à Guernesev. Depuis mon voyage aux îles anglo-normandes, j'ai eu connaissance d'un feuilleton d'Henri Houssaye qui déclare l'avoir vu. dans une visite qu'il fit au logis du poète, sur le divan du look-out, auprès du dictionnaire de Du Cange et de l'Encyclopédie de Diderot. J'ai moi-même trouvé ces trois dictionnaires côte à côte.

1. Nicolas Gueudeville. — Le Grand Théâtre historique, ou Nouvelle Histoire universelle. Leyde, 1703, 5 tomes en 3 vol. in-fol., I, p. 392.

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