‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 4 sur 303 · I. V. 4io · texte numérisé non relu

I. V. 4io

n'est-elle pas comme la matière succincte de la description de l'armée impériale, dont nous rencontrerons le dénombrement dans Welf?

Les Burgraves contiennent donc en germe une grande part du décor moyenâgeux de la Légende des Siècles.

Pourquoi Victor Hugo s*est-il orienté du côté de l'épopée. — Mais, si Victor Hugo ne pouvait ignorer la richesse de la veine qu'il ouvrait, il dut être embarrassé pour savoir comment il l'utiliserait, une fois que le théâtre lui eut été fermé par l'insuccès un peu bien imprévu de sa pièce.

S'adresserait-il de nouveau au roman ?

Xotre-Dame de Paris, le Rhin avaient été pour lui de grands succès.

Discrédit du roman moyenâgeux. — C'en était fait du roman médiéval qui avait suivi le sort de tout le roman historique. Fantaisiste, impudique et gouailleur avec Balzac [Cloiilde de Lnsignan, 1822}; relativement assagi avec Mérimée [Chronique de Charles 7X, 1828), ou Viennet (/a Tour de Mont- Ihéry, i833); prétentieusement et maladroitement érudit avec le bibliophile Jacob [Les deux Fous, précédés d'un Essai historique sur V histoire des fous des rois de France^ i825) ; enfin frénétique et licencieux avec Roger de Beauvoir [L'Écolier de Cluny, 1832), le roman historique médiéval commençait en 1843 à sombrerdans les bas-fonds du roman-feuilleton, pêlemêle avec les autres conceptions des Sue, des Soulié et des Dumas. Aucun artiste véritable n'eût songé, pour l'instant, à livrer le meilleur de son inspiration à ce genre discrédité, qui allait devenir exclusivement un article d'exploitation commerciale (Dumas et G").

Bien au contraire, on pouvait tout attendre de la poésie.

L'épopée est un genre libre, où depuis longtemps aucun talent ne s'est imposé. — L'époque impériale avait largement usé du moyen âge, mais elle en avait usé à contresens.

D'innombrables épopées, du genre troubadour, avaient alors, dans la sèche monotonie de leurs vers de dix pieds, distillé des fadaises inélégantes et froides, et lassé le goût du public, sans le satisfaire.

Malgré Toriginalité de son talent, et bien qu'un jour il ait comparé romantiquement la féodalité à une hydre, dont les châteaux féodaux sont les têtes, Népomucène Lemercier avait trop souvent accordé son luth au ton de ces « naïves romances ». Ses Ages français (i8o3) sont un manuel à l'usage des écoliers, qui rivalise avec la manière archaïque et pédante des Jardins de Lancelot.

Parny le dépasse en fadeur :

Parny, demi-TibulIe, écrivit mollement Des vers inspirés par les Grâces Et dictés par le sentiment ;

Et, défait, ses Rose-Croix (1808) vont de pair avec ses Déguisements de Vénus et ses Galanteries de la Bible (i8o5).

Les impropriétés, les termes noblement vagues et généraux, les épithètes vides, les négligences, les chevilles, et, pour tout dire, l'absence de toute vision de la réalité caractérisent la Rosemonde (18 17) de Brifaut, toutes les fois qu'il quitte le récit prosaïque des aventures galantes pour tenter quelque tableau. Voici des héros qui reviennent de la chasse :

La salle antique a recueilli les braves :

A les sécher, le lin est diligent.

Là, tour à tour dix pages vêtus d'or

Portent des mets les odeurs succulentes '

D'un lin neigeux dix vierges éclatantes

Servent le prince et lui Versent encor

Les vins fameux des coupes écumantes '.

Faut-il évoquer en comparaison le festin de Hatbert'.' A' cette date, tout poète épique éprouve, à chaque page

Page 1