‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 41 sur 303 · Tour de Nesles, acte I, scène v · texte numérisé non relu

Tour de Nesles, acte I, scène v

titude dans un roman qui avait des prétentions à l'érudition solide : à plus forte raison, dans une pièce tout allégorique, écartera-t-il le souci de toute recherche précise.

Il eût pu sans faire dévier en quoi que ce soit la destination de sa pièce, recourir à des sources exactes pour énumérer les victimes pendues à Montfaucon : il en est plus d'une qui dut, en réalité, son supplice au libéralisme prématuré de ses idées. Le poète eût pu trouver dans la liste des pendus de Montfaucon des « répliques » des exilés et des transportés de Napoléon IIP.

Il a inventé sans scrupule le nom de ses pendus :

i5o. Celui-ci, c'est Tryphon, qui voulait

Fêter le jour de Pâques autrement qu'Irénée;

i5/|. Cet autre, c'est Glanus, traducteur de Platon ;

i55. Celui-ci, que des lois frappa la prévoyance, Osa propager l'art du sorcier de Mayence. Et jeter à la foule ua Virgile imprimé. C'est Pierre Albin* : l'oubli sur lui s'est refermé;

Balbin.

Cet autre est un voleur, cet autre est un poète.

C'est le dictionnaire de Moreri, qui l'a renseigné sur Irénék et les conflits historiques survenus à propos de la célébration de la fête de Pâques ; mais ces conflits datent de la fin du second siècle.

Glanus, Johannes-Baptista a Glano, docteur de l'Université de Liège et Pierre Albinus (xvi^ siècle), sont deux écrivains cités par le dictionnaire de Watkins^, où l'on trouve également un Balbinus. Le dictionnaire de Ghaudon et Delandine' donne, lui aussi, des Albins, un Balbinus et un Tryphon (m® siècle).

I. Le livre de F. Maillard : Le Gibet de Montfaucon, Paris, 1867, cite dans ses notes plus d'un ouvrage antérieur à i858, où il eût été possible de puiser pour faire un travail de ce genre.

1. Watkixs (iohn). Dictionnaire biographique. V&rïs.Tiesraiy, i8o3.

3. Chaudo> et Delasdise. Nouveau dictionnaire historique. Caen, i8o4- J'ai vu ce dictionnaire et celui de Watkins à Guernesev.

On ne connaît aucun personnage portant ces noms au début du XIV* siècle.

On peut donc conclure que les événements et les personnages historiques du moyen âge ne créenidans Monifaucon qu'un fond de décor assez confus. Montfaucon eût pu figurer dans les Châtiments : il eût été mal à sa place à côté (TAymerillot et du Mariage de Boland, et c'est pour cette raison sans doute que Victor Hugo Ta rejeté dans la seconde Légende des Siècles.

Pourquoi V. Hugo n'a point dans la Légende des Siècles utilisé plus de sources du moyen âge français. — Les sources précises du moyen âge français se réduisent donc dans l'ensemble de la Légende des Siècles à deux extraits de nos chansons de geste : Aymei-illot et Le Mariage de Roland., et à une imitation d'une partie de Raoul de Cambrai dans Y Aigle du Casque^.

11 y a lieu de se demander pourquoi Hugo n'a pas utilisé d'autres sources de notre histoire médiévale. Il semble, au contraire, qu'après Aymerillot et le Mariage de Roland., il s'en soit désintéressé : la bibliothèque de Guernesey est très pauvre en ce qui intéresse la France du moyen âge.

Les raisons de cette abstention sont assez nombreuses.

La première est que le moyen âge français, malgré son apparente renaissance dans la littérature de i85o, était un genre stérilisé en poésie par l'abus des romances et des épopées troubadour, et en prose par le développement du roman d'aventures. Hugo se contenta de montrer ce qu'on pouvait faire de nouveau ; mais il n'insista pas auprès d'un public déjà saturé.

La deuxième, c'est que le second empire avait accaparé le moyen âge français : le goût de Napoléon 111 pour les reconstitutions de Yiollet-le-Duc, l'intérêt pour les cathédrales et les mœurs religieuses médiévales, trop bruyam-

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