I. Cf. p. 338 cl sq
ment manifesté dans les Revues soumises, dans les Annales archéologiques en particulier, détournait Hugo d'une source où puisaient un grand nombre de ses détracteurs.
La troisième, c'est qu'il lui était difficile de cheminer, sans montrer ses faux pas, sur un terrain où l'érudition commençait à jeter d'évidentes lumières.
La dernière enfin, c'est que de tout temps, Hugo, auteur des Orientales^ a eu le goût de l'exotisme. Moyen âge et exotisme, c'est la formule même du romantisme, et l'exotisme prédomine souvent. On a beaucoup écrit sur le mobilier de Victor Hugo à Guernesey, ce mobilier dont il fut le créateur et l'ouvrier, et où il a reflété pliîs d'une fois, dans 4ine menuiserie ingénieuse, sa méthode d'invention et de mise en œuvre littéraires. Je m'étonne qu'on n'ait pas autant parlé de sa manie d'exotisme que de sa manie de moyen âge'.
Sans aucun doute, le souci de célébrer, même par le mobilier, la gloire de Notre-Dame de Paris, et la facilité aussi avec laquelle on trouvait chez les brocanteurs de Guernesey des meubles et des faïences d'origine normande, ont entraîné Hugo à s'entourer d'un décor de moyen âge français. Mais avec persistance, aussi bien chez lui que chez Juliette Drouet, a prédominé le goût du meuble et de l'art exotique. Dans le salon d'Hauteville-House ce qui frappe,
I. H. HoussAYE. — I)e Marine- Terrace à Hauteville-House. Déhais, i8 sept. i885.
E. BiRÉ. — Victor Hugo après 1852. Didier, 1894, p. 99.
Larroumet. — La maison de Victor Hugo. Champion, 1895, p. 53.
A. Barbou. — Victor Hugo, sa vie, ses œuvres. Charpentier, 1881, ch. x.wi, p. 291 et sqq.
G. Rivet. — Victor Hugo chez lui. Paris, Dreyfus, s. d., p. 119.
J. Claretie. — Victor Hugo : Souvenirs intimes. Lib. Molière, s. d., p. 66.
M°" Richard Lesclide. — Victor Hugo à Guernesej: Lecène et Oudin, 1905, p. 32.
P. Cuenay. — Victor Hugo à Guernesey. Juven, s. d., p. 21.
W. Wack. — Le Roman de Juliette et de Victor Hugo. Librairie universelle, s. d., p. 43.
c'est Taspect chinois des détails : panneaux de laque rouge, soieries de provenance orientale, grande pagode en jade vert olive (nous la retrouverons dans les Sept Merveilles), magots enfin, peints par le poète lui-même sur les panneaux des portes, des fenêtres, des plinthes, des encadrements. Et ces chinoiseries abondent, non seulement dans le salon, mais encore dans le look-out, cette fameuse cage de verre qui lui servait de cabinet de travail.
Quant au moyen âge, il n'est nullement français : Venise et Gênes s'y coudoient. Quatre grandes statues dorées, quatre Mores soutiennent un dais sous lequel un doge célébra son mariage avec la mer: les tentures sont des tapisseries de Gênes, lamées d'or et de verre. Toutes les contrées sont représentées : voici un curieux brasero espagnol, un monte-plats fait sur le modèle des roues des sonneurs de Nuremberg, une table d'ivoire provenant du mobilier de Charles II d'Angleterre. La grande galerie de chêne est une collection de boiseries des maîtres-gougeurs allemands et suisses : la porte à deux battants sculptés de l'entrée est de style anglais, et quand Hugo évoque la bizarrerie des dispositions de toutes ces boiseries qui dissimulent des secrets et des trappes : « Ma maison, dit-il, est machinée comme le palais à^Angelo ».
Le goût de Victor Hugo le porte donc autant vers l'art de l'Orient et vers celui du moyen âge étranger à la France que vers l'art français médiéval.
Toutes ces raisons nous semblent expliquer suffisamment le petit nombre des sources françaises auxquelles Hugo voulut puiser.
Un autre moyen âge l'attirait, moins rebattu, plus coloré, plus mystérieux, un moyen âge que des essais maladroits n'avaient pas compromis, que l'histoire n'avait pas éclairé, et qui gardait, dans un décor de soleil, tout l'attrait du mystère.
Je veux parler du moyen âge espagnol.