La Muse française, I, p
moment où Abel écrivait cette note? La communiqua-t-il à son frère'?
On ne peut douter que Victor Hugo ne se soit intéressé (le très l)onnc heure au Romancero général et aux Romances du Cid, en particulier.
Il nous conte dans Choses vues- que, voyageant avec Nodier en iSaa, il acheta chez un chiffonnier de Soissons une édition du Romancero. Nodier avait emporté avec lui le Roi Jean de Shakespeare. Pendant le séjour que les deux amis firent à Reims, Nodier traduisit à haute voix pour \'ictor Ilugo, les beautés romantiques du drame anglais. Victor Hugo le paya de retour.
« Dans les intervalles, quand il se reposait, je prenais le bouquin
« conquis sur le chiffonnier de Soissons, et je lisais du Romancero.
« Gomme Nodier, je traduisais en lisant. Nous comparions le livre
.( anglais au livre castillan. Nous confrontions le dramatique avec
u répique. Chacun vantait son livre. Nous mettions en présence, lui,
u le bâtard Falconbrige, moi le bâtard Mudarra. Et peu à peu, en
« nous contredisant nous nous convainquions, et l'enthousiasme du
« Romancero gagnait ^Nodier, et l'admiration de Shakespeare me ga-
<< gnait. »
Cette collaboration de lecture porta ses fruits. Il y a précisément, dans le Mudarra des Orientales, un souvenir du Roi Jean :
a Your word is bright, sir; put it up again ! — Not, Avill I skeath it in a murderer's skin ! »
Si, jusqu'à l'heure venue, J'ai gardé ma lance nue.
C'est que je voulais, bourreau.
Que, vengeant la renégate.
Ma dague au pommeau d'agate Eût ta gorge pour fourreau.
1. Les épigraphes de plusieurs chapitres de Ilan d'Islande sont empruntées à la traduction des Romances historiques. (Cf. Ilan d'Islande, ch. XXIV, xxviH, XXXII, XXXV, et conclusion.)