V, XI
Le lion, vers lui prenant sa route, Humblement les mains lui lécha ; Lions sont tous deux, mais à bien dire Mon Gid est le plus vaillant * !
(II. p. i6.)
I. Regxaud. Les Romances du Cid, traduction libre de l'espagnol. Paris, Auselin, i v. i83o.
La comparaison d'un héros et d'un lion est banale et ces rencontres peuvent être fortuites \
La vérité paraît être que V. Hugo n'a directement imité personne.
Il n'y a point dans le Romancero d'imitation directe, mais utilisation de souvenirs lointains sur lesquels l'imagination du poète a travaillé. — Mais il avait des souvenirs lointains de lectures : il avait été jadis en relations suivies avec des espagnolisants, son frère Abel, Charles Nodier, Jubinal, professeur un instant de littérature espagnole à ^Montpellier et l'auteur d'un Alonzo de Eveilla (1846), le Madrilène Ochoa, traducteur à'Hernani et de Notre-Dame de Paris^ Roger de Beauvoir et bien d'autres. Il lut la traduction définitive ou ébauchée de son frère. Il fut certainement, par ce groupe d'érudits, tenu au courant des travaux qui se faisaient sur l'Espagne, et, au gré de sa fantaisie, selon le caprice des conversations et des lectures, il jeta, comme il avait coutume, quelques vers sur le papier
A en juger par l'écriture, une de ses premières notes est celle du fragment 238 - :
Alors, sans s'irriter, et sans savoir pourquoi Le Gid vit qu'il n'était pas bien avec le roi.
Elle peut provenir de la traduction du Poème du Cid^ publiée par Jubinal, dans la France littéraire. Le Cid trouve toutes les portes fermées à Burgos : seule, une petite fille ose lui adresser la parole, et lui apprendre que c'est l'ordre du souverain :
Alors le Gid vit bien qu'il n'avait pas les bonnes grâces du roi''.
Mais là s'est borné l'emprunt direct de V. Hugo.
1. Il y aurait peut-être un rapprochement intéressant à faire entre ce passage et la pièce I, XIV de Toute la Lyre, le Cid et le Lion, si la date de cette pièce nous était connue.