Tome XV, i885, p. 3io. Petit de Julleville
2, L'on jugera du ton acrimonieux des Annales archéologiques à l'égard de l'autre camp, par ce début d'un compte rendu de i858 sur la Chanson de Roland de Génin : « Il est étrange que V étroit et le voltairien Génin ait compris, exalté, admiré ce poème qui est plus épique et certainement plus chrétien que celui de Dante. »
« Vous faites une œuvre noble et utile, et j'applaudis de tout cœur. « Vous Hes du petit nombre de ces esprits élevés et patients qui expli- « quent, savamment et poétiquement, à l'Europe son architecture, « à l'Eglise son symbolisme, au prêtre sa cathédrale, à tous les peuples « leur passé, à tous les arts leur avenir, à tous les hommes le mystère « qui est au fond de tous les temples.
« Continuez. Ayez courage. Ce que vous faites est bon et beau. « Dans le temps où nous vivons, tôt ou tard les grandes pensées sont « récompensées par les grands résultats et les grands succès. L'en- « semble de vos travaux embrasse l'art chrétien tout entier. Le livre, « si intéressant et si complet que vous allez publier, ajoute un titre « nouveau à vos titres anciens déjà si nombreux. C'est grâce à vous, « c'est grâce à quelques hommes comme vous que l'Europe voit se « tourner aujourd'hui, vers l'art si profond, si étrange et si admirable « du moyen âge, non seulement tous les antiquaires» mais encore tous ■ « les penseurs. »
Victor Hugo.
Paris, 24 novembre i844-
De son côté, Didron adressait des éloges, pleins de respectueuse admiration, à l'auteur de Notre-Dame de Paris et du Bhin, « y;è/7?, disait-il, de tous les archéologues ». L'entente était cordiale sur tous les chapitres et principalement sur celui de l'érudition.
En dehors des Annales archéologiques^ les travaux de vulgarisation aux allures scientifiques se multipliaient.
En 1845, Delescluze, dans ses études sur Roland etla Chevalerie^ publiait, entre autres, une traduction de la Chanson de Roland et de Lancelot du Lac. L'année même où, selon toute vraisemblance, Hugo composa Le Mariage de Roland et Aymerillot, Charles Magnin dans la Revue des deux Mondes analysait longuement l'ouvrage de Delescluze et citait la plupart des travaux, achevés en France à cette date, sur nos vieilles épopées. Devant la liste des publications françaises relatives à la littérature du moyen âge, Victor Hugo dut être, ce qui lui était coutumier, pris d'émulation.
En 1846, Hugo se remet avec plus dardeur au travail. — Précisément, en .1846, au moment de la plus belle période
des Annales, Hugo venait de se remettre au travail. Des préoccupations étrangères à la poésie l'avaient absorbé depuis les Burgraves. Il avait voyagé en Espagne, il avait perdu sa fille Léopoldine : Thiver de 1 843-44 avait été rempli parla cour assidue qu'il fit chez Louis-Philippe'. En i845 il avait été nommé pair de France : une aventure privée avait failli faire sombrer toute sa gloire dans le ridicule. Remisa flot, il avait, pendant la première partie de i845, prononcé trois discours à la Chambre des pairs. Enfin, en septembre, il revenait à la poésie et composait la plupart des pièces de Pauca /nese.
Influence de Jubinal. — A cette date, A. Jubinal avait quitté sa chaire de la Faculté de Montpellier, il était de retour à Paris, il devenait, de concert avec Hugo, souscripteur des Annales archéologiques et fréquentait assidûment le salon de la Place Royale.
Achille Jubinal, ancien auditeur libre" de TEcole des Chartes, était plus un vulgarisateur qu'un savant. Louandre et Bourquelot, dans la Littérature française contemporaine, ne parlent pas, sans une nuance de malice, de ce littérateur auquel on reconnaît généralement plus de savoir-faire que d 'érudition . Jubinal ne se spécialisait pas : il avait publié des mystères et des fabliaux du moyen âge, des notes sur les armures et les tapisseries ; il avait enseigné l'espagnol et Titalien à Montpellier ; il avait abordé l'histoire contemporaine et il finit dans la politique.
Son influence sur Y. Hugo semble avoir été grande.