Son nom ne figure pas sur les registres d'élèves
Vf.)
Cas(jue, mais encore des idées générales, des tendances et des procédés.
Dans le Journal du Dimanche, Jubinal ne fait pas seulement œuvre de traducteur, mais encore de propagandiste et de critique.
Là, Jubinal explique à sa façon la formation de l'épopée carlovingienne, issue, croit-il, de Tœuvre du moine de St- Gall. Il juge les différentes œuvres de cette épopée, et rend un compte suffisamment exact des beautés qu'il admire avec ferveur et des faiblesses qu'il pardonne avec excès. Il excuse par avance les fantaisies historiques et géographiques de Fauteur de la Légende des Siècles, et, entraîné par une admiration qui ne s'offenge d'aucune bévue, il formule sans s'en douter, à l'usage de Y. Hugo, la plus dangereuse des poétiques :
« Les trouvères, écrit-il, ont eu beau confondre les lieux, les rois, « les époques, ils rapportent s: fidèlement les détails, que Pasquier, qui « s'y connaissait, appelle leurs poèmes de i'iaies uuages des mœurs « qui lors étaient observées et que le l'oraan de Lancelot était an- « cienneraent nommé le grand couturaier. »
Quelle exacte image du trouvère va devenir, en ce sens, le disciple de Jubinal !
Ce sera sa méthode constante : insérer çà et là des détails exacts d'érudition curieuse, puisés dans de vieux dictionnaires, et traiter, pour le reste, la géographie et l'histoire avec le plus imperturbable dédain.
L'article du Journal du Dimanche se terminait par un appel pressant aux sentiments admiratifs du public:
« Y a-t-il dans aucune langue, concluait Jubinal après l'analyse de « Raoul de Cambrai, sans en excepter Homère, quelque chose de « plus fortement accentué que cette longue et interminable course, « presque aussi fantastique que celle de Lenore, à travers monts el « vaux? Connaît-on quelque tableau de la vie féodale plus frappant, (' plus vrai, mieux rendu ? Je ne le crois pas.
« Eh bien, il en est ainsi dans tous nos anciens romans, et l'on
« peut affirmer qu'il n'y en a pas un seul où l'on ne retrouve vingt « scènes pareilles, que tout le moj»de connaîtrait en France, si au lieu « d'avoir le malheur d'être écrites dans la langue de nos aïeux, que « nous n'entendons qu'à moitié, elles l'avaient été dans celle de Tasse, « de Shakespeare, ou de Lope de Vega, que nous ne comprenons pas « du tout. »
Pour faire entendre cette langue obscure de nos aïeux, Hugo, conquis, décida de donner à ces vieux récits tout le prestige de son art.
— Donc, après Téchec des Bui-graçes, le théâtre et le roman médiévals étaient désormais fermés à Victor Hugo : un mouvement récent orientait le goût du moyen âge du côté d'une vision plus historique, et Didron et Jubinal étaient auprès du poète, avec des rites différents, les apôtres du culte nouveau.
Ainsi s'explique que Victor Hugo, en se remettant au travail, après un silence de près de trois années, soit allé directement à une adaptation de nos Chansons de gestes. 11 persistait dans son inspiration des Burgraves^ il l'accommodait au goût du jour.