‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 94 sur 303 · Cf. Le Jour des Bois, p · texte numérisé non relu

Cf. Le Jour des Bois, p

Le Baron Taylor avait, dans ses Pyrénées^ planté par avance le décor du Petit Roi de Galice et de Masferrei\ en évoquant :

« la sublime horreur des sommets, la terrible aspérité des montagnes, les gorges qui les sillonnent, les abîmes qui s'y ouvrent de toutes parts, les gouffres qui gardent leurs sombres passages, les profondes cavités où les vents soufflent avec des bruits effrayants, les torrents écumeux qui se précipitent du haut des rochers en nappes d'eau, tantôt noires comme les sapins qui les entourent, tantôt bleues comme l'azur qu'elles reflètent, avec une indomptable agitation, ou un sourd mugissement dont l'écho va mourir dans les profondeurs de la terre ; le vague amphithéâtre de rochers sans nombre qui, sous toutes les couleurs et sous toutes les formes, s'élève des plus humbles collines aux cimes les plus inaccessibles, les glaces éternelles amassées par les siècles, les grottes de marbre et les ponts de neige '. »

Plus loin, Taylor indiquait nettement Tordre d'inspiration dans lequel travaillera l'imagination de Hugo, en traçant ce tableau du moyen âge espagnol qui servira au poète de thème d'amplification dans le Petit Roi de Galice, dans Masferrer et dans le Jour des Rois.

li. Au milieu de ces monts austères, s'élevèrent des châteaux et des tours sans nombre. Chez un peuple fort et aimant la liberté comme tous les montagnards, les luttes entre les seigneurs féodaux et les vassaux durent être terribles. Sur ces rochers où les vieux manoirs semblaient une partie de la montagne, taillée et façonnée pour donner refuge à des hommes de fer, qui vivaient habituellement à la hauteur où les vautours font leurs nids, tous ces barons protégés par leurs épaisses murailles durent facilement, et plus d'une fois, diriger leurs traits sur la poitrine du paysan insoumis, ou, descendant dans la vallée, frapper rudement de leurs épées tranchantes sur la tête de cette plèbe sans casque, qui préférait un coup de sabre à une humiliation. »

Idées familières à Hugo : car le poète était parti pour l'Espagne, en i843, la tête pleine des Burgraçes^ et il en projetait la vision sur les Castillos pyrénéens. Qu'on en juge par cette assimilation qu'il fait entre la vallée du Rhin et celle de Lourdes :

Lourdes, arrivée magique, donjon du treizième siècle sur un rocher. Lourdes est la perle des Pyrénées. Ce réseau central des Pyrénées était gardé au moyen âge. Chaque articulation des vallées avait son château, qui apercevait les deux châteaux des deux vallées voisines, et correspondait avec eux par des feux. On en voit aujourd'hui les ruines qui ajoutent un immense intérêt au paysage : rien n'est plus poignant que les ruines de l'histoire mêlées aux ruines de la nature. Le donjon de Lourdes voyait les trois tourelles du château de Pau, qui apercevait la tour carrée de Vidalos, laquelle pouvait communiquer par des signaux avec l'antique castrum Emilianum bâti par les Romains, et relevé par Charlemagne sur la colline de Saint-Savin, qui se rattachait à travers les montagnes à la forteresse féodale de Beauçens. Les signaux s'enfonçaient ainsi de tour en tour dans la vallée de Luz, jusqu'au château de Sainte-Marie, dans la vallée de Gavarnie, jusqu'à la citadelle des Templiers. Les châtelains des Pyrénées, comme les burgraves du Rhin s'avertissaient les uns les autres. En quelques heures, les bailliages étaient sur pied, la montagne était en feu. Les paysans, chose remarquable et toute locale, ne haïssaient pas les châteaux; ils avaient le sentiment que la forteresse, tout en les dominant, protégeait la frontière. C'est le peuple des montagnes qui a donné à l'un de ces châteaux, près du col d'Ossau, le nom de Bon- Château qu'il garde encore : Casteloubon^ .

Victor Hugo a donc pu quelquefois, mais rarement, confronter avec ses souvenirs personnels certains textes des œuvres contemporaines sur l'Espagne.

C'est surtout dans ces souvenirs, qu'il a puisé largement, grâce aux notes de ses albums.

Mais si quelques lectures et ses propres impressionslui fournissaient une vision féconde du décor de la nature, cette vision des paysages, par contre, n'était nullement liée à des connaissances historiques précises. Victor Hugo, voyageur en Espagne, préoccupé des sites, des femmes, des monuments artistiques, et au hasard, de quelques détails

I. Album XI, 46, verso de V-, après Cauterets. — Casteloubon est évidemment une prononciation patoise que V. Hugo orthographie ainsi, la forme espagnole estCastello-bueno et la forme française Castelbon,

curieux d'archéologie, ne s'est point documenté sur l'histoire du moyen âge espagnol: il ignore tout autant la géographie de la Péninsule. Il aura vite épuisé la liste des noms rencontrés sur son itinéraire, au reste si court: il est allé de l'Ile des Faisans à Saint-Sébastien, en faisant en cours de route quelques excursions dans le Jaïzquivcl ; de Saint-Sébastien, il est descendu à Pampelune en passant par Ernani et par Tolosa ; de Pampelune il est remonté en France par Roncevaux. Nous signalerons, à propos de chaque pièce, les villes de sa route dont il a utilisé les appellations. Ces noms, cueillis au hasard du chemin, ne pouvaient suffir à la variété onomastique qui est dans le goût du poète.

En réalité, la documentation précise au sujet des dénominations géographiques, aussi bien qu'au sujet de l'histoire du moyen âge espagnol, n'avait pas été au cours de son voyage I suffisamment ébauchée par le poète, qui ne prévoyait pas à cette date les Petites Epopées.

En ce sens, quand il entama à Guernesey, après le Romancero^ les pièces médiévales du Petit Roi de Galice^ (12-20 décembre i858), de Gaï/fer {^'i-%5 déc. i858), de Rivar (16 février i858), du Jour des Rois (21 fév. 1809), *out restait à faire.

Hugo ouvrit ses dictionnaires, et il y prit tout d'abord des notes avec l'exactitude mécanique d'un écolier.

Les notes prises par V. Hugo dans les dictionnaires. — Moreri fut son fournisseur coutumier, et là où Moreri était en défaut, il eut recours à YEncyclopédie moderne de Renier. Ces notes nous ont été heureusement conservées * et nous avons la bonne fortune d'assister au travail du poète, qui non seulement choisit au cours de sa lecture des noms, comme autant de couleurs de sa palette, mais encore improvise des vers et semble ébaucher ainsi

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