‹ Le moyen age et la réformeChapitre 14 sur 35 · I. ALHAOLD Dl BRESSK BT LIS 0IBII.IR · texte numérisé non relu

I. ALHAOLD Dl BRESSK BT LIS 0IBII.IR

Les attaques des hérétiques contre le pouvoir temporel de TÉglise partent de TÉvangile; ils ont en vue de rétablir TÉglise dans sa pureté primitive bien plus que de rendre à TÉtat une souveraineté usurpée par le sacerdoce. A côté des sectes religieuses se produit un mouvement analogue, mais plus large : il procède des hommes qui se préoccupent de FÉtat plus que de la religion. L'Église les appelle les hérétiques politiques ; car, à ses yeux, c'est une hérésie de reconnaître la souveraineté de l'État sur le clergé ^

Telle est la doctrine de celui que le cardinal Baronius appelle le patriarche des hérétiques politiques. Amauld de Bresse n'est cependant pas le premier qui ait revendiqué les droits de l'État contre l'Église; ses sentiments étaient partagés par tous ceux qui, dans la lutte du sacerdoce et de l'empire, combattaient dans les rangs des empereurs. C'est aux papes et à leurs excès qu'il feut rapporter l'origine d'une doctrine qui leur est devenue si funeste. L'État existait à peine au neuvième siècle; Grégoire VII, en foulant aux pieds la majesté impériale, provoqua une vive réaction en faveur de l'empire; ce fut le premier germe de l'idée de l'État et de sa souveraineté. Les évêques , partisans de Henri IV, de-

I Le cardinal Baronius traite toujours les défenseurs de la souveraineté de TÉtat, d'hérétiques, di impies, de novateurs.

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œandèreftt à Grégoire VII, où les papes puisaient le droit de déposer les empereurs; ils lui rappetëreot que Jésus-Christ et les apdlres nous commaftdent d*obéir aux puissances établies. On invoquait pour Grégoire le pouvoir spirituel; les évèques allemands répondirent que le pouvoir d'absoudre les pénitents n'autorisait point le pape à délier les sujets de leur serment de fidélité. Quand l'empereur serait hérétique, cela ne dispenserait pas les fidèles de lui obéir, de même que saint Paul obéit à des princes idolâtres et persécuteurs ^ Les défenseurs de Tempire concluaient que TÉglise n'avait droit à aucun pouvoir temporel ; les plus osés allaient jusqu'au bout et soutenaient que l'Église étant purement spirituelle, n'avait pas même droit à la possession de la tarre; ils ne lui laissaient que les dîmes *. Àmauld de Bresse se fit l'apêtre de cette croyance, qui tendait à revendiquer la puissance souveraine ai profil de l'État.

Nous avons apprécié ailleurs ' cet homme hors ligne, cet esprit ardent et dévoué à ses convictions, comme un martyr l'est à sa foi. Le pape fit jeter ses cendres dans le Tibre , croyant étouffer dans le sang d'un homme la dangereuse hérésie qui menaçait son pouvoir temporel; mais les sentiments qui s'étaient incarnés dans le réformateur italien existaient avant lui et ils lui survécurent; il trouva des vengeurs dans les descendants de l'empereur qui l'avait livré an bûcher. Dès le douzième siècle, les Hohenstaufen et les Gibelins attaquèrent le fondement juridique de l'usurpation cléricale, la fameuse donation de Constantin; ils nièrent que le César romain eût donné le pouvoir temporel à Sylvestre; TÉcriture même s'opposait , d'après eux , à ce que l'Église exerçât la puissance souveraine ; car Jésus-Christ dit à ses disciples qu'ils doivent rendre à César ce qui est à César *. Frédéric II continua ta poli-

> Voyez mes Études sur la Papauté et i: Empire, pag. 353, 359.

* Ptacidi Nonantnii liber de honore Ecelesiae, Prolog. {Pez, Tbesaur. t. Il, part. H, 75] : « Eeclesia spiritualis est et ideo el oiàil terrenarum rerum pertinet. »

» Voyez le t. VI» de mes Études»

* Cest Godefroid de Viterbe, secrétaire et chapelain de Conrad III, de Frédéric I» et de Henri VI qui rapporte ce fait {Muralori, Scnpior., t. VU, pag. 360).

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tique (les Hoheostaufen, eo la couvrant du voile de la religion ; à entendre Tempereur incrédule, il voulait ramener TÉglise à la pureté apostolique ^ Les Gibelins adoptèrent ce mot d'ordre et travaillèrent à ruiner l'Église au nom de la foi.

L'héroïque race des Hohenstaufen succomba dans la guerre du sacerdoce et de Tempire, mais la papauté succomba avec elle. Les droits revendiqués par les empereurs eurent des défenseurs sur tous les trônes; les prétentions des papes eurent un ennemi dans chaque roi. Organes des nations, les rois reprirent la cause qui paraissait vaincue dans la personne des empereurs, et Philippe le Bel réussit là où les Hohenstaufen avaient échoué. Quand on s'en tient aux dehors, la lutte entre le roi de France et Boniface VIII semble brutale; mais au fond il y avait la lutte des idées, et elle trouva un organe plus digne que la personne de Philippe de Valois. Un philosophe , Anglais de race , prit parti pour la royauté contre rÉglise ; cependant le hardi penseur appartenait lui-même au clergé; c'est Occam. Selden a fait un magnifique éloge du frère mineur; il dit que ses écrits sont les meilleurs qui aient été faits avant la Renaissance sur la puissance ecclésiastique. C'est trop dire : il y avait en lui du sectaire et du philosophe politique. Dans la lutte de Philippe contre Boniface, Occam fut le défenseur de la royauté contre le sacerdoce ; mais il était engagé aussi dans le parti des cordeliers spirituels; comme tel, il partageait toutes les illusions des frères mineurs sur la pauvreté de Jésus-Christ '. C'est un exemple mémorable des contradictions qui peuvent s'unir dans un même esprit; heureusement, dans ses écrits politiques, la haute raison du philosophe domine les tendances étroites du sectaire.

Occam rejette la toute-puissance spirituelle et temporelle du pape. « Si nous sommes tous , dit-il , clercs et laïques , soumis au pouvoir divin d'un homme, l'Évangile n'est pas une loi de liberté,

> Voyez le tome VI de mes Études.

* Voyez le tome Vil de mes Éludes,

mais une loi d'intolérable servitude. > Pour ruiner le pouvoir réclamé par le pape , le philosophe anglais démontre que Jésus- Christ, en tant qu'homme, n'a pas été appelé par son père à exercer une autorité quelconque sur les princes. L'Église n*a qu'une puissance spirituelle. Ce n'est point le pape qui exerce cette puissance, mais la chrétienté représentée par les conciles généraux. Que sera alors le pontife romain? Il n'est plus qu'un simple évéque, soumis à Tempereur, comme tous les évéques ^

Tout en contestant au pape le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, Occam maintient la fameuse distinction des deux puissances. C'est un grand danger pour TÉtat, à cause de la suprématie que le pouvoir spirituel réclame sur le pouvoir temporel. Nous allons voir comment le philosophe anglais échappe à cet écueil. Le tout est de s'entendre sur le sens de ces mots qui jouent un si grand rôle au moyen âge. « Les choses spirituelles, dit Occam^ sont celles qui se rapportent au gouvernement des fidèles, en tant qu'ils sont éclairés par une révélation divine; les choses temporelles celles qui concernent le gouvernement du genre humain dans l'état de nature, abstraction faite d'une loi révélée '. > Cette définition ne laisse aucun pouvoir proprement dit à TÉglise; en effet, la révélation ne se rapporte qu'à la foi, tandis que l'état de nature comprend la souveraineté avec tous ses attributs. Occam, en bon logicien qu'il est , ne recule devant aucune conséquence de ses principes. L'Église n'a pas d'autorité de coaction ; elle ne peut donc pas exercer de juridiction; ce qu'elle appelle son pouvoir spirituel ne s'étend qu'au for intérieur, au péché, mais non au for extérieur, au délit. Il est vrai que l'Église prétendait que , par cela même qu'elle connaissait du péché, elle pouvait connaître du juste et de l'injuste. Occam répond que l'argument prouve trop : il en résulte, en effet, que l'Église devrait juger ^ outre les causes civiles, les causes criminelles et de sang, ce qui ne se peut soutenir. Après avoir réduit l'Église à l'absurde, le philosophe anglais établit qu'il

1 Voyez les témoignages dans le tome VI* de mes Études ^ pag. 39i, s. * GuU. Occam. Dialogus, lib. ii, cap. iv {Goldast, Monarchia Imperii Romani, t. U, pag. 004).

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ne peut y avoir qu'un seul juge, de même qu'il n'y a qu'un seul législateur, c C'est à celui qui fait ta loi, à l'interpréter et à l'appliquer; la connaissanee du juste et de l'injuste n'appartient donc qu'aux seigneurs temporels. Si Ton donne ce même pouvoir aux clercs , il pourra arriver que les juges laïques et les juges ecclésiastiques décideront qu'une seule et même chose est tout ensemble juste et injuste : cela n'est pas rendre la jusliee, c'est la déchirer^ »

On voit que le philosophe ne reconnaît pas plus une juridictiou civile qu'une juridiction criminelle à l'Église; il lui dénie hardiment toute compétence, même en matière de mariage '. Restent les immunités. L'Église réclamait une liberté complète au nom du droit divin. Occam convient qu'il peut y avoir de bonnes raisons pour exempter les personnes des clercs de telle ou telle charge publique ; mais c'est une question de droit positif qui n'a rien de commun avec l'Écriture ; en tout cas, l'immunité personnelle ne justifie pas l'immunité réelle. Partisan sévère de la pauvreté évangélique, Occam ne pouvait voir de bon œil le luxe et les débauches du clergé; il adressa, dès le quatorzième siècle, à l'Église les reproches que lui ont faits la réforme et la révolution pour justifier la sécularisation de ses biens. « Dans quelle intention les princes et les seigneurs ont-ils donné leurs biens à l'Église? Afin que les clercs prient pour l'àme des donateurs et qu'ils nourrissent les pauvres. Or ils ne font ni Tun ni l'autre : ils emploient leurs bénéfices pour eux et leurs enfants ou leurs neveux, et trompent ainsi les morts et les vivants. Puisque le clergé ne remplit pas les charges attachées aux donations, il appartient aux princes d'y pourvoir, car le vassal qui ne fait pas le service qu'il doit à son seigneur, doit perdre son fief K »

Les écrits d'Oceam, philosophe renommé, eurent un grand retentissement chez ses contemporains. La postérité Ta presque

1 Occam ^ de Potestate ecelesiastica et sseculari disputa tio {Goldast, Montrchia. t. I, pag. i4). — Le Songe du Vergier, traduit presque liuéraiement , part. I, ch. VIII et ix [Traités des libertés de V Église gallicane, t. II, pag. iSet 19).

* Occam, de Potestate ecelesiastica (Goldast, 1. 1, pag. 17).

• Idem,, de Potestate ecelesiastica (Goldast MoDarcbia, t I, pag. 15, s. ). Le Songe du Vergier, part, i, cb. xxii-xxiv, pag. 22, s.

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oublié, et c'est à un écrivaio anonyme qui 8*est paré de ses dépouilles» qu'elle a réservé son admiration. Les gallicans sont fiers du Songe du Vergier; ils lui ont donné place parmi les documents qui consacrent leurs libertés S ih Texaltent comme un livre d*or ; cependant, le Songe du Vergier nVst pour ce qui r^rde la question des droits de TÉlat et de TÉglise , que le développement et souvent la traduction des dialogues d'Occam.

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