La rApQbllqne de VeniM et Paul V
Paul y fut nourri dès son enfance dans la doctrine qui donne au pape la monarchie spirituelle et temporelle du monde, et qui soustrait l'Église à la puissance des princes, pour l'élever au dessus de la royauté. Esprit étroit, il prit au pied de la lettre ce que disent les canonistes : que le pape a, par droit divin, le pouvoir de commander aux princes, et que les princes lui doivent obéissance.
* Févret, Traité de TAbus, liv. i, chap. vm, n*6.
* Ca5r27/o,GontroYersiar.,t.TI,cap.cxin,n»i9;deTertii8,cap.ix, n«32.
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L'élude des lois, qui fut sa première occupation, le confirma dans son étroilesse; comme tous les légistes de bas étage, il crut que les textes dominaient la vie réelle; or les textes ne manquaient pas aux prétentions de TÉgiise ^ Élevé à la papauté, il s^imagina qu*il était appelé à rendre au saint-siége les droits que lui reconnaissaient les décrétâtes; il ne comprit pas que ses prédécesseurs avaient subi la plus impérieuse des nécessités, celle des changements qui s'opèrent dans les sentiments et dans les idées. Il n'y avait place dans son esprit que pour une idée, le droit divin, pour un sentiment, Forgueil clérical ^. Il se mit immédiatement à Tœuvre, et chercha querelle à tous ses voisins. Naples, Gènes, Lucques, crurent qu'il était prudent de laisser passer la bourrasque pontificale; elles ne firent aucune résistance. Cela enhardit le pape; il s'attaqua à Venise, mais ici sa puissance divine se trouva en défaut.
Les Vénitiens avaient pour devise : Soyons Vénitiens d'abord^ puis nous serons chrétiens '. C'est dire que , loin de subordonner la république à .l'Église , ils voulaient au contraire soumettre l'Église à la république. II n'y avait pas de plus grand crime aux yeux des ultramontains ; le cardinal Baronius n'hésite pas à flétrir comme hérétique la doctrine des partisans de la souveraineté civile. Aussi Venise avait-elle une mauvaise réputation à Rome : le cardinal d'Osma disait que les Vénitiens se souciaient plus de quatre pouces de terre que de Dieu *. Il est certain qu'ils veillaient avec un soin jaloux au maintien de leur indépendance à l'égard de l'Église; ils acceptaient le catholicisme avec toutes ses conséquences, même l'inquisition, mais ils eurent soin de sauvegarder le droit de FÉtat, en statuant que trois sénateurs siégeraient dans le saint-office; quand les décisions du tribunal empiétaient sur la puis-
* Fra Paolo Sarpi, Sloria particolare delIe cose passa te lra*l somme pontefice Paolo y e la serenissima repubblica di Venezia (Opère, 1. 1, pag. 1, 4).
• Khevenhiller dit que Paul V ne songea, dès qu'il fut élu, qu'à son autorité [grandezza) et à 4a liberté de l'Église (Annales Ferdinandei, t. VI, pag. 2903). Les ambassadeurs vénitiens s'expriment dans le môme sens (Mnkey Fûrsten nnd VOlker von Sûd-Europa, t. III, pag. 321, note).
» Siamo Veneziani, poi Christiani.
« Heine^ Gorrespondenz Kaiser Karrs, pag. 323.