‹ Le moyen age et la réformeChapitre 24 sur 35 · L ITALIE · texte numérisé non relu

L ITALIE

sance temporelle, ou quand il en pouvait résulter un danger pour la tranquillité publique, les juges laïques en empêchaient ^exécution^ Il en résulta qu'il y avait plus de liberté d^esprit sous le gouvernement ombrageux de Paristocratie vénitienne que partout ailleurs. Les livres qu'on n'osait publier sur le continent, trouvaient un éditeur à Venise. Ce mouvement intellectuel fit suspecter les Vénitiens de pencher vers la réforme, il n'en était rien ; ils sentaient parfaitement que leur position en Italie les obligeait à rester catholiques, mais ils n'étaient plus catholiques à la façon des ultramontains ; ils cherchaient, comme les gallicans, à concilier le catholicisme avec la liberté civile et surtout avec la souveraineté de leur république.

Tel était l'état des esprits à Venise au commencement du dix-septième siècle : les sentiments qui y régnaient étaient en tout l'opposé des sentiments de Paul V. Une collision était inévitable. La querelle éclata sur l'immunité ecclésiastique. A Venise, comme partout, l'immunité avait produit l'impunité ; tes désordres et les crimes débordaient parmi les oints du Seigneur. Nous lisons dans une proclamation adressée par la république à ses sujets : « Grand nombre de prêtres et de religieux sont devenus si audacieux et si débauchés, qu'avec très grand scandale ils troublent et tourmentent, non seulement les citadins, mais les cités mêmes, ravissent les biens, l'honneur, la vie du prochain, et se licencient à cela pour assouvir leurs appétits insatiables, outre les litigieuses et cauteleuses plaideries , leurs meurtres et leurs empoisonnements ^.•. » Néanmoins la seigneurie de Venise respectait Timmunité des clercs pour les délits ordinaires; mais quand ils compromettaient l'ordre public, elle croyait de son droit et de son devoir de punir les coupables, < quoiqu'ils se nommassent clercs, la justice étant permise par les lois divines et humaines '• »

Tel n'était pas l'avis du pape : un abbé et un chanoine ayant été poursuivis et emprisonnés par l'autorité séculière, Paul V prit parti

* Per antica deliberazione, dit Fra Paolo^ Discorso délia inquisizione (Opère, t. I,pag. 331).

* Pièces du mémorable procès entre le pape Paul V et les seigneurs de Venise, pag. 19.

> Proclamation de la Sérénisslme république (Pièces, pag. 20).

47Î l'église et l'état.

eD faveur des criminels. P^ur apprécier la conduite du souverata pontife, il est bon de cooDattre les crimes que Ja notoriété publique imputait à ces spirituels : « L'abbé Brandolino Valdemarino était accusé d'avoir fait mourir par poison plusieurs personnes, eatre autres son père, son frère, et un prêtre; d'avoir entretenu charnel lement sa propre sœur, et d'avoir fait autres actes qui ne se peuveut particulariser sans horreur. » Scipion Saracino, chanoine de Vicence, était inculpé d'avoir rompu le sceau public appose, durant la vacance du siège épiscopal, aux partes de la chancellerie de Tévé* ohé. Davantage, on Taccusait d'avoir indignement traité « une demoiselle, veuve et de bonne maison, après avoir tenté tous les moyens de corrompre sa chasteté, au grand scandale de tout le monde, attendu même que jusque dans les églises, il continuait publiquement ses déshonnètes poursuites '. > Ces élus de Dieu furent emprisonnés en vertu des lois de Venise. Qui croirait aujourd'hui qu'un pape ait réclamé contre la poursuite de ces malfaiteurs oifUs^ en présence de faits aussi honteux, aussi criminels? Paul Y intervint, et avec violence, d'après son habitude; il ne se souciait ai des lois de la république, ni du scandale, ni de l'ordre public; il ne voyait qu'une chose, la liberté de l'Église violée : « Les lois contraires à cette liberté étaient nulles, dit-il, et ceux qui les avaient portées, excommuniés de plein droit : les clercs, n'étant pas sujets des princes, ne pouvaient être punis par eux, quand même ils seraient rebelles. > Ces énormités sont de droit divin ; or devant le droit divin toute considération humaine doit se taire K

Il y avait à Venise un moine, libre penseur, et comme tel, peu disposé à plier sous le joug de Rome. Fra Paolo Sarpi n'eut pas de peine à montrer, l'histoire à la main, que le droit divin de l'Église était une chimère : « Veut-on une preuve bien évidente, dit-il, que l'immunité des clercs n'est pas de droit divin? Nous avons les lois qui leur accordent l'exemption de la juridiction séculière à titre de privilège, lois portées successivement^ et d'après les circonstances^

« Fra Paolo, Considerasioni (Opère, 1. 1, pag. 485); Storia parUoclare (Op., 1. 1, pag. 8). -- Pièces du procès, pag. 98. • Idem, storia particolare (Op., 1. 1, pag. 8, 12,16).

Page 1