TROMPETTES ANGLAIS
D'après un ms. du British-Museum (Londres)
I;T la IIENAISSANCE.
iiioiivoiiionts (les chevaliers ou hommes d'armes; les cornets, aux mouvements des bannièies ou gens de i)iod; les buisines ou clairons ne sonnent que si Vosl entier se met en niarclio. Les hératils d'armes, (pii (aisaieiil les proclamations et les cr/s sur les places publi(|ues, avaient de 1oii[i;iks Iroiiiiiclles « jjolcnce , ainsi nommées du bâton loui'chu qui en soulenail l'cxlréinité. Ils se servaient *iu<'li|uerois, pour le même usage, de trompettes à tortilles, c'est-à-dire de trompes tortillées. Au reste, le son de la trompe ou celui du cor accompagnait la plupart des actes de la vie privée des seigneurs : à leurs repas, on curnait l'eau, le vin, le pain. Dans la vie publique des bourgeois, le cor ou la (rompe était conmie la voix de l'autorité miuiicipale ou seigneuriale: on corwrtiV l'entrée et l'issue du marché, l'ouverture et la fermeture des portes, l'heure du couvre-feu, jusqu'à ce (\ue la cloche eut remplacé le cornet ii bouquin et la trompette de cuivre.
Les Gaulois et les Germains, dès la plus haute antiquité, avaient la passion des grandes tronqjeltes qui rendaient des sons rauques, terribles ou effrayants, comme nous l'apprennent Polybe et Amn)ien Marcellin; ils empruntèrent, aux Sarrasins d'Espagne sous Charlemagne, et aux Arabes de Palestine pendant les croisades, le goût et l'usage des trompettes à sons éclatants et stridents : les cors san'asinois en cuivre lemplaccrent les cornets en bois et en corne; les buisines, qui avaient été, chez les anciens, des trompettes recourbées en cercle, comme nos cors de chasse, se changèrent en grosses trompes d'airain à lige droite et h. pavillon évasé; les trompes, également en métal, se replièrent sur elles-mêmes et développèrent leurs tuyaux mobiles, sous le nom
de saquebutes ou sambules. C'étaient de véritables
trombones qui, déjà connus en Italie dès le neuvième siècle, essayèient diverses formes, et se divisèrent, au seizième siècle, en quatre parties : premier dessus, second dessus, bourdon et basse. L'Allemacfne se montra surtout amoiireuse des trompes et des cornets, (jui prirent aussi leurs quatre divisions harmoniques et furent percés de trous, ainsi que les tlùles.
Mais de tous les instrumeuls à vent, celui qui eut le caractère le plus imposant et la destinée la plus glorieuse, au .Moyeu Age, ce fut l'orgue. L'antiquité ne connaissait que l'orgue hydraulique (hydraula), dont TertuUien attribue l'invention à Archimède. Cet orgue (organon) se composait, en général, de vingt-six tuyaux que faisait vibrer un clavier de vingl-six touches, qui mettaient en jeu les soupapes placées au-dessus d'un réservoir d'eau. Il y eut souvent des perfectionnemi'uts ingénieux dans le mécanisme des orgues hydrauliques. Celui qu'on voyait à Home, du temps de Néron, était
ïl
Troiiipplle rerourlup (XI'" ei^c'e Ms de lu Itihl l)i>IloDniciinc.
Sambote ou saqacbute (\\<^ siècle). — Ms. de Iloulogne.
si compliqué et si extraordinaire que l'empereur passa tout un jour à l'admirer. Dans ces instruments, l'air rendait, sous la pression de l'eau, les sons les plus variés et surtout les plus aigus. L'orgue hydraulique, que Tertullien nous montre « composé de tant de pièces, de tant de parties distinctes, d'un si grand nombre de tuyaux, ■> était toujours remarquable par ses proportions énormes. Eginard parle d'un orgue de cette espèce, fabriqué en 820 par un prêtre de Venise nommé Georges, pour Louis-le-Débonnaire, qui le fit mettre dans son palais h Aix-la-Chapelle. L'orgue hydraulique, néanmoins, quoique décrit et recommandé par Vitruve, n'était pas d'un usage très -répandu en Occident. On le voit figurer pour la dernière fois, au douzième siècle, dans l'église du monastère Malmesbury, et encore, cet orgue-là était-il plutôt un orgue h vapeur, car les sons si puissants qu'il rendait (modulatos damores) sortaient de tuyaux d'airain dans lesquels s'engouffrait la vapeur de l'eau bouillante. C'était l'orgue pneumatique qui avait fait abandonner l'orgue hydraulique comme étant d'un appareil plus coûteux et plus embarrassant, d'un jeu moins sûr et moins facile, d'une harmonie moins agréable. L'orgue pneumatique était connu dès le quatrième siècle. <> On appelle organa, dit saint Augustin , tous les instruments de musique; on appelle organurn , non-seulement ce grand instrument dans lequel l'air est introduit par des soufflets, mais encore tout instrument qui est propre h exécuter une mélodie, o Ces orgues primitives devaient être d'un mécanisme fort simple, suivant la description qu'en fait saint Jérôme : il se composait de quinze tuyaux, de douze soufflets et de deux peaux d'éléphant jointes ensemble servant de réservoir d'air. Ce sont deux orgues de ce genre qu'on reconnaît parmi les sculptures de l'obélisque érigé à Constantinople sous Théodose -le -Grand : l'un a sept tuyaux de même hau-
Orjjuc pneumaliqop (IV'" BJécIel- — .'culpturc à CuiislantirMipii'
leur; l'autre en a huit, dont les ouvertures présentent un plan vertical. Des soufflets que met en mouvement le poids de deux enfants font pénétrer l'air dans le sommier sur lequel repose le jeu d'orgue. La position de ces deux instruments empêche de voir le clavier, dont les langues de bois, pour employer les expressions de Cassiodore, artistement comprimées sous les doigts des mu.siriens, produisaient une puissante et délicieuse harmonie. Il faut cependant remonter jusqu'au huitième siècle pour constater l'introduction de l'orgue pneumatique en Occident, ou du moins en France. En 757, l'empereur d'Orient, Constantin Copronyme, envoya des présents MU roi Pépin, et, parmi ces présents, il y avait un orgue qui fil l'admiralion de la
cour (le Compiègne. Le même emperoiir, pou d'anncos apri'S, envoya oncdic un ori,nie h Cliarlemagne , et Cliarlcmagno on fil faire plusieurs autres d'après ce inodèlo, 0 dont les tuyaux d'airain, animes par des soufflets en poau de taureau, raconte le moine de Saint-Gai! , imitaient le rugissement du tonnerre, les accents de la lyre et le cliquetis dos cyudjalos. » Ces premières orgues, malgré la force et la richesse de leurs sons, étaient d'une dimension tout h fait porlalive. Ce fut par suite de son application presque exclusive aux solennités du culte catholique, que l'orgue se développa sur une échelle gigantesque. Dès l'année 951 , l'évêque Elfège avait fait construire, pour son église de Winchester, un orgue qui surpassait en grandeur toutes les orgues qu'on avait vues jusqu'alors. Cet orgue se divisait en deux parties, ayant chacune sa soufflerie, son clavier et son organiste : douze soufflets en haut, (|uatorzo on })as étaient mis en jeu par soixante-dix hommes robustes, et l'air se distribuait, au moyen de quarante soupapes, dans quatre cents tuyaux rangés par groupes ou chœurs de dix,
à chaque groupe desquels correspondait une des vingt-cpialro louches de chaque clavier. On a peine ii croire cependant que le son d'un pareil orgue s'entendait par toute la ville (undiquv per urbem), comme le dit un poète contemporain.
Depuis le neuvième
Graod orgat? â Boaniets et à double clavier (\U« eiécle). — Ms. de Cambridge. sil'ClC ICS îllCllldirS
facteurs d'orgues étaient en Allemagne. Le pape Jean VllI écrit à un évèquc do Freising pour lui demander à la fois un bon orgue et un bon organiste. Gerbert, devenu pape sous le nom de Sylvestre II, parait avoir créé dans le monastère de Bobbio un atelier pour la facture des orgues. Cet atelier en fournissait même aux églises de France, et Gerbert en donne un à sa ville natale, Aurillac. Tous les traités de musique rédigés du neuvième au douzième siècle entrent dans les détails les |>lus circonstanciés sur les proportions des tuyaux d'orgue, ce qui prouve que cet instrument était généralement répandu en Europe. Cependant sa présence dans les églises et son emploi pendant les cérémonies sacrées rencontraient çà et là, de la part du clergé ou des évêques, une opposition fondée sur l'autorité des conciles. Au douzième siècle, Ealred, abbé de Rieval, se plaint du tonnerre des orgues et du grondement de leurs soufflets. Balderic, h la même époque, prend leur défense et les met sous la protection du roi David et du prophète Elisée : « Nous permettons, dit- il, l'usage de Sciences et Arts. INSTRUMENTS DS MDSIQUE Fol. Vil
(Ujjuc à cliivier simple (XIV BÎPolel.
MiDÎalare d'uD Psautier latin . a° 173 , Bibl. K&t. de Pai
l'orgue, à l'exemple de ces grands personnages; mais nous ne faisons pas un crime aux églises qui n'en ont point. •> Enfin l'orgue triompha de tous ses ennemis, et
régna presque sans partage dans la maison de Dieu, à partir du treizième siècle. Ces instrumenls, en général très-compliqués, occupaient beaucoup de place ; mais leurs différences résultaient moins de leurs proportions que de la sonorité de leurs tuyaux : les uns étaient en bronze, les autres en cuivre, d'autres en bois, quelques-uns en verre. 11 y avait à Milan un orgue à tuyaux d'argent; il y en avait un à Venise , dont les tuyaux étaient en or pur. On adopta de préférence un alliage de plusieurs métaux combinés ensemble. Quant au nombre des tuyaux, il varia sans cesse, selon que le facteur d'orgues voulait ajouter le jeu de tel ou tel instrument à son clavier. Le mécanisme était aussi plus ou moins simple et ingénieux; les soufflets néanmoins, quel que fût leur procédé, n'étaient jamais faciles à mettre en mouvement, et les claviers, dans les grandes orgues, présentaient des palettes larges de cinq ou six pouces, que l'organiste, les mains garnies de moulles ou gros gants de paume, frappait h coups de poing pour en tirer des sons.
On avait inventé aussi, dès les premiers temps, l'orgue portatif, qui prit successivement les formes les plus commodes. Il se composait, d'ordinaire, d'une caisse renfermant les tuyaux debout sur deux rangs, avec un clavier devant et un soufflet derrière. Tantôt on manœuvrait le soufflet au moyen d'une pédale, tantôt de la main gauche, tandis que la droite seule parcourait le clavier. Cet orgue se posait sur les genoux de l'exécutant ou bien sur une table. Souvent la dimension et la forme de cet instrument ne dispensaient pas l'organiste de recourir à l'aide d'un souffleur. Bientôt la boîte à tuyaux se ferma, et le musicien put se la suspendre au cou.
Au commencement du seizième siècle, Martin Agricola, dans sa Musica inslrumenlalis , et Ottouiarus Lusciniiis, dans sa Musurgia, donnent la description et la figure de trois espèces d'orgue de chambre : le portatif, la regale et le positif. Ce dernier est représenté dans le célèbie tableau de Raphaël, qui a peint sainte Cécile jouant du positif. Pour la regale , qu'on désignait sous le nom de regales au dix-septième siècle et de ninfali en Italie, il en est (juestion souvent dans les écrivains facétieux du temps de Louis XllI. La Satyre ménippée, qui nous montre le Charlatan ei^pagnol jouant des regales sur son échafaud du Pont-Neuf, avait perpétué
Orgue portatif (XV'- siècle'. — Hinialure du Miroir historial de ViDCeut de llejuvais. — Mb.
B-O.'itr, Kibl. .Val. do Paris.
i;t la henaissance.
le souvenir de ce petit jeu d'orgues, que la Flandre métamorphosa de la façon la plus bizarre, au dix-septième siècle, en composant sous ce nom un instrument à percussion , avec dix-sept bâtons de bois résonnant, de diiïérentes grandeurs, qu'on martelait en cadence.