‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 2)Chapitre 21 sur 84 · XIII» SIÈCLE — CONCERT · texte numérisé non relu

XIII» SIÈCLE — CONCERT

Fac-similé d'une niiiiiolurc d'un ms. conservé o la Bibl. Nal. de Paris

F. Spre dirpiil.

KT I.A RENAISSANCli.

Tous instrumens passe, Quand sagcmAit bien en joue et compassé.

Que le roi des ménétriers eût seul le droit de jouer de la harpe, nous ne le croyons

Ilitrpeare ou liarpisles (XII*' aiècle'. — D'apros ooe mÎDiâlure d'uue Bible, ms. de la Itibl. Nal. de Parif

Harpe de mi'neslrel (XV"" Bièclei.

— Ml. (lu Miroir htstor'tat dv Vincoiil do Bi'auvâie.

Joaear de bnrpe (XV^ siècle). — Tiré d'an plal omaillé trnu\é près deSoisa<iue , et conservé à la U. \. d(> Par.

pas, malgré certains exemples tirés du roman de Perceforet : tout ménétrier pouvait

harper, pourvu qu'il sût bien manier la harpe.

Ce bel instrument était en décadence au seizième siècle, ou plutôt on lui préférait

le luth et la guitare, que l'Italie et l'Espagne avaient mis à la mode en France. Le

luth, en latin laudis, leulus et Maria, avait été d'abord presque confondu avec le cislre ou cUrCy la citole , cislole ou cuitole, et la pandore, bandorc ou mandore. Mais le seizième siècle, qui classa les instruments par familles distinctes, accorda une attention particulière au luth et à la guitare, qui tirent les délices des cours et des ruelles. Tout grand seigneur voulut avoir son joueur de luth ou de guilerne , à l'instar des rois et des princesses. Bonaventure des Périers , poête-valet de chambre de la reine Marguerite de Navarre, avait composé, [)our cette grande princesse , la Manière de bien et justement entoucher les

lues el guilernes , curieux traité, pidjlié après sa mort avec ses Discours non plus

ÎIV

CÏBlre ù 4 cordes. Luth a 0 curdt-c.

(XIII" liécle.)

Us. de U Bibl. Nar. de Pirii.

mélancoliques que divers. Le luth et la guitare n'ont presque pas changé de forme depuis ce temps- là; seulement, le luth était monté de quatorze cordes doubles nommées chœurs , et la guitare , de quatre chœurs seulement. Ces deux instruments furent en pleine faveur, deux siècles environ, dans ce qu'on appelait la musique de chambre. Us se modifièrent à peine durant ce temps-là, et ils introduisirent dans le monde instrumental le léorbe et la mandoline, qui n'eurent jamais qu'une existence isolée et obscure. On les touchait à volonté, avec les doigts ou avec une plume, comme la bandore et la citole du Moyen Age.

Les instruments à cordes frottées ou à archet , qui n'étaient pas connus avant le cinquième siècle, et qui appartiennent incontestablement aux races du Nord, ne se répandirent en Europe qu'à la suite des invasions normandes. Ils furent d'abord grossièrement fabriqués , et ils ne rendirent que de médiocres services à l'art musical; mais, depuis le douzième siècle jusqu'au seizième, ils changèrent souvent de

forme et de nom , en se perfectionnant, à mesure que l'exécution des musiciens se perfectionnait aussi.

Le plus ancien de ces instruments est sans doute le croul, qui renferme dans son nom gallois crulh ou crwlh la constatation de son origine, et qui devait enfanter la raie, si chère aux ménestrels et aux trouvères du treizième siècle. Le poëte-évêque de Poitiers, Venantius Fortunatus, avait donné une date précise à cet instrument breton , en disant : ChroUa brilanica placet. Le crout, que la tradition

place dans les mains des bardes de l'Armorique , de la Bretagne et de l'Ecosse, se composait d'une caisse sonore, formant un carré long, plus ou moins échancré de deux

Croul à 6 cordet Al

Ms. anglais.

Croot à 3 cordes (XI'' eiècle]

côlés, avec un maiithe acllu'-ianl au corps dt; rinslrunioiU cl accompagné de deux ouvertures qui perinollaicni de le tenir de la main gauche, en agissant à la fois sur les cordes comme sur celles d'une lyre. Ces cordes étaient au nombre de trois; elles lurent portées à qualie, puis à six, dont deux se jouaient à vide; le musicien les frottait doucement au moyen d'im archet long ou court, droit ou convexe, muni d'un seul fd d'archal ou d'une mèche de crins. Le crout ne subsista pas au delà du onzième siècle, excepté en Angleterre, où il était national. Mais il fut remplacé ailleurs par la rôle, qui n'était pas, ainsi que certains archéologues ont voulu le prouver, une vielle à roue, ou sijmplionic ^ non plus qu'une viêle à archet, ou violon. 11 n'y a donc pas même à débattre si le nom de rôle est dérivé de rola plutôt que de crotta.

Dans les premières rôles qui furent fabriquées au treizième siècle, on ne peut se méprendre sur l'intention de réunir en un seul instrument les cordes pincées de la lyre et les cordes frottées du violon ; la caisse, sans échancrures de chaque côté, et arrondie aux deux extrémités, est beaucoup plus haute dans le bas, à la naissance des cordes, que dans le haut, près des chevilles, où elles doivent résonner à vide, sous l'action du doigt, qui les attaque dans le rayon d'une ouverture circulaire, tandis que l'archet les anime à l'endroit des ouïes pratiquées en forme d's auprès du cordier. Il devait être difficile, en jouant sur une rote de cette espèce , d'atteindre avec l'archet une corde isolée ; mais, à cette époque, la beauté d'un instrument à archet consistait à former des accords par consonnances de quartes , de quintes et d'octaves. Bientôt la rote fut presque un nouvel instrument, en prenant la forme que le violoncelle a conservée; la caisse sonore se développa , le manche s'allongea hors du corps de l'instrument; les cordes, réduites au nombre de trois ou de

Rote sans manche libre (XII^ siècle 1. — Scnlpturn de la cathédrale d'Amiens.

quatre, se tendirent sur un chevalet: les

ouïes s'ouvrirent davantage en croissant ou en dé. De ce moment, la rote eut un caractère spécial qu'elle ne quitta même pas au seizième siècle, quand elle devint la basse de viole (viola di gamba). C'était là sa vraie destination. L'exécutant, le roleor, la tenait perpendiculairement par le manche avec la main gauche, et promenait, de la main droite , sur les cordes, un long archet soyeux qui en tirait de graves et lentes consonnances. La grandeur de l'instrument indiquait la manière de le placer, soit sur les genoux, soit, à terre, entre les jambes. C'est donc par erreur ou par ignorance que certains auteurs du quatorzième siècle ont appliqué le nom de rolevt des harpes portatives et à des psaltérions triangulaires; c'est également par erreur que des archéologues ont voulu découvrir des rotes à cordes

Riil.- ,1 4 corrttJ ;XIV« lièclf).

Ml. de 11 Bibl. de Gand.

Le roi David jonant de la rôle (XIII'' sièch'). Vitrail de la chapelle de la Vierge, catbédrale de Troycs.

Glande rote (XII« niécle).

Sculpture àa portail de Xotre-Dame de Chartres.

Grande rote (Xll-^ fliécle).

Portail de l'abbaje Ce Ssiol Déni».

GroBse vièle à 5 cordi's (XIK- siècle) -Sculplare do portail df l'obbaye de Iraiot Denis , coDstrait tous l'abbc Soger.

Grosse ïiéle ovale allongée {XII<^ siée \'itni! à l'abbiiye de Saint-Denis.

pincées , de viole ,

i:t la renaissance.

depuis le douzième siècle. Il est certain que les noms de rôle, de vièle ou désignaient indifféremment tous les insdumenls à cordes, et les joueurs de

vièle et de 7'ote en jouaient simultanément avec les doigts et avec l'archet.

La vièle ou la viole, qui n'avait aucun rapport, sinon de forme, avec la vielle de nos jours, lui d'abord une petite, rote, que le viéleux, troubadour ou trouvère, tenait en l'air comme le violon actuel, en l'assujettissant sous son menton ou eoiUre la poitrine. La caisse de la vièle, au lieu d'être carrée , aplatie et plus ou moins échancrée de chaque côté, était d'abord conique et bombée; elle devint insensiblement ovale, et le manche resta très-court et fort large. Nous croyons que ce manche, qui se terminait souvent par une espèce de trèfle orné, semblable h une violette (viola), aura |)u motiver le nom générique de l'instrument. La vièle était montée de trois ou quatre cordes; elle avait deux ouïes, en forme d'oreille, placées en regard du cordier; l'archet, long et léger, ne portait qu'un fd d'archal. La vièle, de même que la rote, était l'accompagnement obligé de certains chants; et, parmi les jongleurs qui en jouaient, il n'y avait

Joueor de j^rosse vièle (XII'" sièclei.

Scalptor? au portail de I abbaye de Saiol-Denî?.

Viéte ovale à 3 cordes i^XlIlf si<'clc). Scalplare a la catLédrale d'Amiens.

Vièle ovale à 3 corde» (XUl' •ièclr).

Scalptore â la cathédrale d'Amicoi.

pas beaucoup de bons viéleux. Guiraud de Cabrera dit dédaigneusement au jongleur Cabra : « Tu sais mal jouer de la vièle; mal l'a enseigné celui qui t'a montré à conduire les doigls et l'archet. » Cet instrument, que les poêles du treizième siècle citent sans cesse h côté de la harpe, s'appelle viole ou viula chez ceux du Midi, et

lïi

viele chez ceux du Nord, sans que l'on puisse dire quel est le premier qui en a fait

mention. Il est à présumer cependant que c'est au Midi que l'on doit celte imitation de la rote (lu Nord. En tout cas, les perfectionnements de la vièle, que Lanfranco nommait violelta di braccio au seizième siècle , vinrent la plupart de l'Italie, où le violon exerça l'industrie d'une foule de luthiers habiles. Avant que le fameux Duiffoprugar, né dans le Tyrol italien à la fin du quinzième siècle, ei!it donné le modèle de ses admirables violons, la vièle avait allongé son manche, échancré ses flancs et donné aux cordes un champ plus étendu en éloignant le cordier du centre de la table sonore; dès lors, le jeu de l'archet étant plus libre et plus facile, l'exécutant put toucher chaque corde aisément, et faire succéder aux consonnances certaines mélodies plus compliquées. Le violon fut créé, du jour où le hithier s'aperçut qu'un léger changement dans la forme de la vièle suffirait pour mettre en valeur chaque corde isolément, et pour lui donner une àme, une voix, une vie à part. Si l'Angleterre avait inventé le crout, la France la rote, l'Italie la viole, l'AIieuiagne

Vieleai (XIl> siècle). —M», n" 681'J, Bibl. Xol de Paris.

Viéleaie (XH^ sièclei.

Tirée da plat émaillé de Soiasoas.

JuDgleor joaant dp In vièle il pcliancrares (XU^ siè de). — Heures dtt roi Reyié , ml. n* 159 de la Dibl. de l'Arsenal.

Viole à cheviller renversé ( XV^ siècle) — Miroir hisloriat de Vinrent de Iteanrais, ms. n" 6.731 .

Uibl. Nat. de Par.

Vit'lp avfc ec lia n dures sur les côtt'8 (XHi'*^ siècle I. — Bibl. Nat.

Je Paris , manuscrit 00 7,^78 A.

inventa la gigue ^ qui était une variété de ces instruments à cordes frottées. La gigue se

Page 1