‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 2)Chapitre 26 sur 84 · CH. LABITTE · texte numérisé non relu

CH. LABITTE

Professeur au (JoUr'ie de France ,

et CH. LOUAiNDRE.

J. R. JoLv. Histoire de la prédication. Paris, 1707, in-12.

AuG. Valf.hii, episcopi Veroncnsis, De rhetorica ecclcslastica ad dericos libri très, aiicii studio l'et. Moriiii. Veronw, Seb. et Jo. à Donis, 1674, in-8.

Plusieurs fois réimpr.

JoAN. BoTEBi, Benensis , De prœdicatore verbi Dei libri quiiique , jussu D. Caroli Boroma'i conscripti. Parisiis, G. Chaudière, 1585, in-s.

Voy. aussi d'anciens traités de l'Éloquence de la chaire, par Pauigarola, Lonis de Grenade, André Valladier, Pu'jlo Areii , etc.

Thomas de Trugillo, ordiiiis Praedicatorum. Tbesanriis Conoionatoruni, in quo traduntur documenta ad concionandum, setl etiam fontes indiianlur copiosissinii, etc. Lugdmii, C. Pesnot, 1584, 2 vol. in-l'ol.

Kibliotheca Patrnm concionatoria, lioc est, evangelia totius anni, testa dominica, solennia ss. Dcipar» , illnstriorumque sanctoruni; Patrum s>iubolis , trattalibus , panesylicis illiistrata et exornata, opéra et studio Franc. Combelis. Parisiis, 16G2, 8 vol. in loi.

Cette ample collection , qui avait été pTecédée de celle de P. DIaochot, augmentée pur Mich. de l.anoue et P. Pbart ( Trecis. 1G.'>4, in-fol.), contient tous les sermons des Pérès de l'Eglise , sermons qui se trouvent dispersés dans leurs œuvres e( dans une foule d'éditions partielles qu'il serait impossible d'enumérer ici.

Albebti Macni Sermones notabiles de tempore et de sanctis. Coloniœ, Am. Thcrhoerhen, 1474, in-fol. gotb.

(Macrice bf, Sullv, évêque de Paris.) Exposition des Evangiles. Chambénj, Ant. l\'eijrel, I4»4, in-fol. gotb.

Dans cette édit. el les suivantes , le tevte original de la traduction française du treiriéuie siècle a été rajeuni.

Jac. de Voracine. Mariale sive Sermones de beata Maria Virgine. Parisiis, J. Petit, 1503, in-8. — Sermones di' sanctis , pcr anni totius circulum. Ventliis , J.-li. Somaschus, 1580, in-8.

Souvent réimpr.

Belles-LelUts.

GiiLLELMi, Lugduncnsis. Sermones super epistolas de tempore. Parisiis, rda/riciis Gcriiig et May. Ilcrlholdus Remtiotdt, 1494, in-8 gotb.

Leo.n. de Utino. Sermones aurel de sanctis. .S n. et s. a. (Coloniœ, J. Veldener, circa 1475), in-fol. gotli.

— Sermones quadragesimales de legibus, et seruio primus de peccato gula?. yenetiis,per Fr. de Hailbrun et Nie. de Fran/ifordia, 1473, in-fol. gotb.

Souvent réimpr , ainsi que le précédent, au quioiiéme siècle.

(.FoAN>ES Hebolt. ) Sermones discipuli. Rostocli , 147*; , in-fol. };otb.

Très-souvect réimpr. am qoiiiriéme et seizième siècles.

Ron. Cabaccious de Litio. Sermones quadragesimales. Coloniœ, J. Colhoff, 1473, in-fol. gotb.

Souvent réimpr. à la fin du quinzième siècle.

Sermones ibiminicalcs et de sanctis, Dormi securè nuncupati, eo quod absque magno sluilio possunf incorporari et populo pra^dicari. Parisiis, Pet. Levet, 1503, in-8.

C'est une des premières édit. de ce recueil célèbre . cooDo lous le litre de Dormi secuvé.

Gabb. Babelete, ordinis Prœdicatorum, Sormonum (quadragesimales et de sanctis) tomi duo. Yencliis, J.-B. Somasclim, 1571, '2 vol. in-8.

Dernière edil. de ces sermons, souvent réimpr. depuis l'édil. de Bresci.i, 1.197, in-1 jjoth.

RoE. Messieb. Quadragesimales sermones. Parisiis, Cl. Clievullon, 15'2i, in-8 golli.

Micii. Me.miti, ordinis Minorum. Sermones quadragesimales Tnronis dedamati. Parisiis, Cl. Cherallon , 15i5,in-S gotb. — Sermones quadragesimales Parisiis declamati. Ibid.,id., 1526,111-8 gotb.

Souvent réimpr. Les première! édIliODS iodI de 1517 et lôlO.

— Sermons sur la Madeleine, avec une notice et des notes par J. Labouderic. Paris, 1833, in-8.

Umm SiCRKE. ïol. Xlll,

Oliv. M»iLL*BDis. Sermones de adventu, quadragesimales, dominicales, et de peccali slipeiidio et gratlae praemio , etc. , Paiisiis declamati. Luyduni , Stepli. Gueijnard, 1503, in-8. — Opus qiiadragpsimale , in ci\itate Nannetensi declamali. Parisiis, J. Petit, 1506, in-8 goth. — Opus quadragesimale Paiisiis declamatum. Ibid., id-, 1508, in-8 gotli.

SoQveot réimpr. \\ 'j & encore trois ou quatre aatreo recueils différents du même prédicateur.

— Seimon presclié à Bruges en 1500, et autres pièces du raâmc auteur, avec une notice par J. Labouderie. Paris, 1826, in-S goth.

La 1"^ pdit. de ce Sermou fraocais est celle de Bruges, saus date, io-4 gotb. de 12 lî.

Voy. aussi Chanson piteuse composée par frère Olivier Maillard, en pleine prèiiicalion... et chantée à Toulouse, luy estant en chaire , i'nn lôOî (s. n. et s. d., in-S de 3 IT.).

GiiLL. Pépin , ordiuis Prœdicatorum. Rosarium aureum mjsticum, continens sermones quiuquaginta quinque : item aliud parvuniP.osarinni aureum, continens sermones septem. Parisiis, Cl. Chevallon, 1519, in-8.

Souvent réimpr., ainsi que d'autres recueils du mî'me prédicalenr.

JUDoci Clicutotei Homiliae. Coloniœ, Matemus Cholinits, 1572, 3 vol. in-8.

Frater Thomas iLLïnicis , de Aiiximo. Sermones aurei, in aima civitate Tolosana proclamati. Tolosœ, J. de Gitcrlius, 1521, in-4.

Plusieurs de ces Sermons ont été trad, en français , entre autres le Sermon âe charité, avec tes probalions des erreurs de Luther (trad. par Me. Volkyr de Serouïille. Saint-Nicolas-du-Port , Jér. Jacob, 1625, in-4 gotb.).

HiERON. S.4V0SAB0H. Pfediclie sopra la quaiesima. Firense, Lorenzo Viuvoli, 149fi, in-l'ol. — Prediclie ne' giorni dalle feste. S. n. et s. a. (1496), in-fol.

Sonvent réimpr. L'édit. complète de 1519, Venelia , Cesaro Arrivabeno , în-4 , est revue sur les anciennes éditions et sur les manuscrits. Qnelques-ons de ces sermons ont été publiés en latin.

LiDov. PiTTORio da Ferrara. Homilario quadragesimale. Venelia, Bernard, di Bindoni, 1537, in-fol.

CoBN. Misso da Piacenza, vescovo di Bitonto. Prediche, faite in diversi tenipi ed in divers! luoglii. Venelia, Gabr. Giolilo di Ferrtm, 1554 et 1564, 3 vol. in-4.

Souvent réimpr.

Aimé Meigriit. Sermon en frant/ois presché à Grenoble, le jour de saint Marc l'évangéliste, l'an de giàce 15-24. Voy. ce .sermon à la suite de .son É pitre en latin à mcsseigneurs du parlement de Grenoble (s. n. et s. d., in-lG de 47 ff.).

Cy commence le Livre intitulé le Fagot de Myerre, presché en l'église de Sainte-Croix en la cité d'Angiers (par un religii'ux de l'ordre des Cordeliers). Paris, Ynland Bonhomme, 1525, in-8 goth.

Clebici S'i>nsuit nng traicté des l'ondemens du temple spirituel de Dieu (c'est la personne chrestienne) : contenant les XII articles de la foy, figurés par les XII fondemens XII pierres précieuses dont raension est laicte en l'Apocalipse ou XXI chapitre : presché en forme de sermon par moj frère Jehan Clerici, disciple de théologie en la ville d'Atlie , l'an 1.^27. Imprimé à Paris, pour Jehan le Messacjier, demourant à Bdhune, s. d., in-8 goth. de 102 ff.

Franc. Le Picakt. Recueil de sermons. Lyon, B. Riijaud, 1674, in-16.

Les premières édit. de ce recueil ont paru presque simultanément à Lyon, à Reims età Paris, en 1Ô67. après li mort de laulenr.

Jean de MdNTLUc, évéque de Valence. Sermons sur certains points de la religion et sur les commandemens de Dieu : avec un .sermon du mesme , tait à son clergé. Paris, Michel Vascosan, 1659, p. in-8.

Le même prédicateur a publié plusieurs autres sermons, en 1561 ; ils ont été rassembles sous le titre d'Instructions chrestiennes (Paris, Vascosan, 1565, io-8).

Franc de Richardot , évêque d'Arras. Quatre sermons du

sacrement de l'autel et un des images. Louvain, 1567, in-S

Voy. aussi trois on quatre antres sermons dn même, en français; ils ont été trad. en latin et publ. par Franc. Scbott , dans cette langue 1 Duaci , Bosrard, 1608, in .4).

Arnaud SoRBiN, dit DE Sainte-Foï. Huict sermons sur la résurrection de la chair, prononcez au cbasteau du bois de Vincenues, durant le temps de parade et de deuil de Charles IX, roy de Fiance. Paris, G. Chaudière, 1574, in-8.

René Benoist. Sermon sur le cantique : O salutaris Nos-

lia , récité en une procession de Saint-Eustache Paris ,

Nie. Chaudière, 1577, in-8.

Voy., dn même prédicateur, Xotables résolutions des présents différends de la religion, prononcées par diverses prédications (Par.. P. Cbelalier, 1608, in-8).

SiM. Vigor. Sermons sur le Symbole des apostres et sur les Évangiles, etc., rev. par J. Chiisti. Paris, G. Buon, 1585- 88, 5 vol.iu-8.

Jean Boucheb. Sermons de la simulée conversion et nullité de la prétendue absolution de Henry de Bourbon, prince de Béain..., prononcez en l'église de Saint-Merry, à Paris, depuis le U'"' jour d'aoust jusqu'au 9<^ dudict mois. Paris, G. Chaudière, 1594, in-8.

Voy. aussi son Oraison funèbre sur le trépas de Philippe 11 . roy d'Espagne (Amers, 1600, in-8) , et le Mémoire de Cbarles Labitte sur les prédicateurs de la Ligue.

PniL. ou Bec, évéque de Nantes. Sermon de la Samaritaine ou de notre vocation en la gr;\ce, à quoy ce saint jubilé nous appelle : avec un sermon de la paix... Paris, Léger Delas, 1600, in-8.

Voy. aussi le recueil de ses Sermons {Pai-is, d. Chaudière, 1586, in-8).

J. Bebtald, évêque de Séez. Sermons sur les principales restes de l'année. Paris, Seb. Mabre Cramoisi/, 1613, in-8.

Poil. Iîosqiier. Sermons sur toute la parabole de l'Enfant prodigue. Paris, Oliv. de Varennes, 1612, 4 vol. in-8.

André Valladieb, abbé de Saint-Arnoul. La saincte philosophie de l'àme, sermons pour l'Advant, preschez en 1612. Paris, P. Chevalier, 1614, in-8.

Voy. aussi, du même, ttoîs ou qaatre recueils de sermons, proDOncés et publiés postérieDremeut.

P, Coton, jésuite. SermoDS sur les principales et plus difficiles matières de la foy, Paris^ Seb. Huré, 1617, in-8.

J.-P. Camus. Premières homélies eucliaristiques preschées à Paris, en 1617. Paris^ Cl- Chappeht^ 1618, in-8.

Voy. dix ou douze autres recueils de sermuos plus ou moins éttaoges du même auteur, notaiumeut sa Metaneacarpie (Par.. 1620, in-S).

Jean C.\lvin. Sermons. Genève, 1565, in-S.

11 exisie plusieurs iiutres volumes de Serœous de Jean Calvin, eu français, imprimés à Gcnèie vers la même époque, entre anlres le Sermon si/r le cantique que fait le bon roi Ezècliias, puhl, par J. Rom {Genève, Fr. Eslienne . 1562). On ea a publié nn cboii dans te Bectieil des opttscules , c'est-à-dire petits traitez de M. Jean Calvin (Genève , Bapl. Piuereul , 1566 , 3 vol. in-fol.). Toqs ces sermons oui été trad. en latin dans l'edilion complète des œuvres de Calvin.

R. Le IVUçoN, dit L\ Fontaine. Le^ funérailles de Sodome et de ses lilles , décrites en vingt sermons sur l'histoire de Moyse en Genèse, chap. 18 et i9. Londres, Rich. F'icld, 1610, in-8.

Il serait trop long de citer les innombrables sermonnaires hétérodoxes , parmi lesquels Luiber occupe le premier rang. Voy. les œuvres de ce réformateur, en latin {Witebergœ . 1552-67, " vol. in-fol.), ou en allemand {Leipzig. 1729 34, 23 vol. in-fol.).

FiiANC. Co>roEFis. Recensiti auctores ex quihus coniposita Rihiiotheca Patrum concionatoria , ordlne alphaiietico ac hreve cujusque cum temporis fere notatione judiciiuii, etc. ParisiiSj 1662, in-8.

Vuy. aussi la Hibl. ecclésiastique de I,. Elies Dupin. et le Diet. portatif des prédicateurs français (par Aut. Albert). Lyon, 1757, in-8.

Vuy , dans le Catalogue de la Bibliothèque du roi , par les abbés Salher et iloudol. Théologie, I. Il, les nombreui sermonnaires que nous avons été forcé d'ometlie , eu citant senlemeut les plus célèbres et les plus singuliers.

C£(fi>«aM€U€€ C3l13ir€.

e culte que tous les grands esprits (le l'antiquité ont, pour ainsi dire, rendu à l'ÉUxjuence; le prestige historique qui s'attache au nom des orateurs païens; les victoires reuiportées par les généraux qui savaient parlei' aux soldats; l'inlluence con- (juise par les trihuns qui savaient parler à la foule, tout atteste que, dans le monde antique, ce n'était pas seulement la gloire littéraire , mais, en quelque sorte, la direction souveraine des affaires d'État, (pii appai tenait à l'(//7 de bien dire. Cet art, élevé, comme la poésie, à'son plus haut degré de puissance e! (Kbeauté dans les jours lloiissants de la Grèce et de Rome, s'abaissa parallèlement à la grandeur politiqu<' des Grecs et des Romains; et, dans la décadence universelle du courage, des mœurs et des lois, ou vit la rhéloritpu' renqtlacer l'Éloquence, le précepîe se subslituei' ii liuspiratiou , connue on vit les versilicateuis remplacer les poètes. A la lin du premier siècle ou dans les premières années du second siècle de notre ère, lallaiblissement de l'art oiatoire était déjà signalé dans le traité célèbre : De cuiisis conuplœ lùloqucnlicv ; et connue les progrès dans le mal sont toujours rapides, les deux siècles suivants n'ollVent plus que des déclamateurs couipiéleuient demies de talent. Tout ce t}ui reste de celte époque se conqjose de panégyriques et de remcrcimeuts. Flatter les [iriuces, obtenir leurs laveurs, piéveiiir les disgrâces, auuiser les esprits par les jeux Etlles-lil'j.s IWMl CIVILS Fol. I.

stériles de la phrase et du mot, tel est le but que semblent se proposer uniquement les rhéteurs de cette période, tels que Cl. Mamerlinus major, Eumène, Nezarius de Bordeaux, Publius Optatianus Porphyrius, Mamertinus minor, et Lalinus Pacalus Drepanius, qui tous ont vécu entre les années 293 et 380 de l'ère moderne.

Les Gaulois, qui, pour symboliser la puissance de la parole, représentaient Hercule attachant des hommes aux chaînes d'or qui sortaient de sa bouche; les Gaulois, comme les conquérants romains, se plaisaient aux luttes oratoires, et l'empereur Claude avait institué à Lyon des jeux littéraires, oîi les vaincus devaient, sous peine d'être jetés dans le Rhône, effacer avec leur langue les discours qui n'étaient point couronnés. Juvénal, se plaignant de ce que l' éloquence était négligée à Kouie, envoya dans les Gaules ou en Afrique ceux qui voulaient se perfectionner dans cet art. Suivant le même poète, ce fut la Gaule qui forma les premiers avocats que l'on ait vus dans la Grande-

Bretagne

Gallia eausidicos docuit facunde Britannos.

Saint Jérôme, comme Juvénal, rend un éclatant témoignage aux talents oratoires des Gaulois; aussi, voyons-nous que, pour développer ces talents, des écoles publiques d'Éloquence étaient ouvertes dans les principales villes, telles que Toulouse, Bordeaux, Marseille, Trêves, Lyon, Besançon, Autun. Le rhéteur Eumène, qifi dirigeait l'école d'Autun, fréquentée au temps de Tibèie par quarante mille étudiants, recevait un traitement annuel de 600,000 sesterces. Titianus, qui brilla vers le même temps à Lyon et à Besançon, n'était pas moins bien payé; et conmie il excellait dans les pas tiches des grands maîtres, on l'appelait le singe des oraleurs.

Cet enseignement , tout populaire qu'il fut, ne devait cependant produire rien de sérieux ni de durable. Une Éloquence nouvelle, inconnue des anciens, parce que le paganisme, religion essentiellement cérémonielle, ne pouvait l'inspirer, s'était révélée avec la foi du Christ. Les rhéteurs firent silence en même temps que les oracles. La chaire catholique s'éleva seule, passionnée et puissante au milieu des ruines du forum -, et c'est de ce côté seulement qu'il faut chercher la véritable Éloquence. Pendant de longs siècles, l'histoire de l'art oratoire, dans la vie civile comme dans la vie politique, est, pour ainsi dire, une histoire négative ; et cela , pour plusieurs causes : d'abord , parce que la société, par sa lorme même, laissait rarement aux orateurs l'occasion de se révéler dans de grandes assemblées publiques; ensuite, parce que l'on ne s'inquiétait pas de recueillir des discours qui ne s'adressaient qu'aux intérêts temporels.

L'Éloquence militaire, qui occupe une si grande place dans les historiens de l'antiquité, occupe à peine quelques lignes dans les historiens des premiers âges de la monarchie française; et si l'on s'en rapporte à ce sujet au témoignage de Grégoire de Tours, on a tout lieu de penser que de son temps les hommes de guerre étaient plus pressés d'agir que de parler. Que dit, en effet, Clovis à ses soldats pour les encourager à d'audacieuses conciuêles? Il leur dit ces simples mots :

r.T LA m; NAISSANCE.

(' J(" supporte avec çtiiind clingriii (]ii(' les Arions possèdent iiiio partie des (iaules. Marclions avec l'aide de Dieu, et, après les avoir vaincus, réduisons le pays en notie pouvoir. »

Que (lit Miuîimole aux Saxons qui vont traverser le Rliône pour se rendre dans le royaume de Sigebert, après avoir tout dévasté sur leur route? 11 leur dit avec la même simplicité (|ue Clovis : « Vous ne passerez point ce torrent. Voilà que vous avez dépeuplé les pays du roi mon maître, recueilli les épis, ravagé les troupeaux, livré les maisons aux llanunes, abattu les oliviers et les vignes; vous ne remonterez pas sur ce rivage, que vous n'ayez d'abord satisfait ceux que vous avez laissés dans la misère. Et si vous ne le faites, vous n'échapperez pas de mes mains sans avoir senti le poids de mon épée sur vous , sur vos femmes et sur vos enfants, pour venger l'injure du roi mon maître. »

Les concpiéranls germains, ijui metlaient leur gloire à prendre le langage et à imiter les mœurs de ceux qu'ils avaient vaincus, en trouvant au sixième siècle dans les Gaules l'exercice du barreau porté au plus haut degré de considération n'eurent garde, dit avec raison Fournel dans son excellente llisloire des Avocats, de contrarier une institution qui offrait l'image d'un combat en champ clos : « Envisageant cette lutte judiciaire sous ses rapports avec la chevalerie, les plus grands seigneurs ne dédaignaient pas de descendre dans l'arène pour y partager l'honnenr d'un exercice qui ne leur présentait rien que de glorieux. Ils furent les premiers à proclamer le ministère d'avocat un ministère noble, qualification qui lui est restée jusqu'à ce jour; et on les vit eux-mêmes accepter et solliciter l'emploi i\avocal ou A'avnué des églises et des monastères. Or, il ne faut pas croire que le ministère iXavoué d'une église se réduisît h défendre à main armée les po.ssessious territoriales de l'Église... La nomination à Yavouerie, en pareil cas, embrassait la défense dans les tribimaux, à l'instar des autres plaidoiries entre particuliers. Le haut baron, avoué d'une église, était un avoccU dans toute l'acception du terme, consullanl , écrivant, plaidant. C'est ce cpii est prouvé par une quantité de capitulaires , qui exigent que les avoués d'église .soient versés dans la connaissance des lois, qu'ils soient doux et pacifiques , qw'ih craiqneni Bien et qu'ils aiment la justice. L'avocat, est-il dit dans l'un de ces capitulaires, (jui , après s'être chargé d'une cause, sera convaincu de ciq^idité et de mauvaise foi, sera séparé des honnêtes gens et cessera tout rapport avec les officiers de justice. »

Tout ce que nous savons du barreau fi-ançais durant la période carlovingienne se borne à quelcpies articles régiementaiies , et aucun monument n'est arrivé jusqu'à nous. Fournel, après avoir donné les détails que nous venons de rapporter, ajoute que depuis Charlemague jusqu'à saint Louis, c'est-à-dire pendant cpiatre siècles, le barreau se trouve comme perdu au milieu de l'épaisse obscurité qui couvre cette époque de notre histoire, ou que du moins on n'y trouve que quelcpies faibles traces de son existence. Celte remarque est parfaitement juste; mais ce que Fournel ne dit pas. ce que personne même n'a dit, c'est que cette décadence, ou plutôt cette annihilation du

barreau était la conséquence inévitable de lois barbares; les accusés, en effet, n'avaient pas besoin d'avocats, lorsque , pour prouver leur innocence, ils étaient contraints de se soumettre aux épreuves du feu, du fer chaud ou de l'eau bouillante; ceux qui plaidaient n'en avaient pas besoin davantage, quand les procès se décidaient par le duel; et, en raison de ces deux laits, nous pensons que ce n'est pas seulement h la renaissance du droit romain, considéré uniquement comme science spéculative, mais aussi à l'abolition des duels et des épreuves judiciaires, qu'il ftiut attribuer ce qu'on pourrait appeler la résurrection du barreau.

Dans le coui-s des dixième et onzième siècles, la France , ainsi que les autres États de l'Europe, n'offre aucun monument remaïquable de l'Éloquence civile. On faisait lire, il est vrai, dans les écoles Ghrysippe, Cicéron, Quintilien.Victorin le rhéteur; mais tous les esprits qui se sentaient quelque vigueur s'appliquaient invariablement à l'Éloquence de la chaire; on ne peut guère citer h celte date queGiibert, évéque d'Évreux, qui fut choisi entre tous les prélats de la Normandie pour prononcer l'oraison funèbre de Guillaume-le-Conquérant, et le comte Maurice d'Anjou, frère de Foulques Nerra > savant jurisconsulte, qui se signala dans une foule de circonstances par l'habileté avec laquelle il savait, dans les assemblées publiques et dans les plaids, captiver tous les genres d'auditeurs; el quœ essef erudila , quœ popularis oratio docebaf.

Le grand mouvement politique et intellectuel du douzième siècle dut nécessairement exercer une certaine iulluence sur le développement de l'art oratoire dans ses rapports avec la politique, la jurisprudence el l'enseignement : l'établissement des communes; la rédaction des chartes d'affranchissement, dont le texte était définitivement arrêté dans des assemblées générales auxquelles assistaient les nobles, les prêtres, les bourgeois; l'avènement d'un droit nouveau, les luttes de la liberté naissante, tout cela donna lieu nécessairement à des discussions vives et animées; mais, par malheur, il n'en est resté dans l'histoire aucune trace écrite. Il en est de même de ce que nous appellerons l'Éloquence universitaire : un immense succès accueillil à celte époque, dans les écoles de Paris, l'enseignement philosophique d'Abélard , sa parole émouvante et pathétique produisit un enthousiasme extraordinaire ; et elle attira de toutes les parties de la France et même de l'Europe une si grande multitude d'auditeurs, que « les hôtelleries ne suffisaient plus à les loger ni la terre à les nourrir. » Mais la renommée de cette parole est seule arrivée jusipi'à nous; et si nous savons par les écrits de l'amant d'Héloise ce qu'il valait connue philosophe, comme orateur chrétien, comme épistolaire, nous ne savons ce qu'il valait comme professeur que par l'admiralion de ses contemporains. Les avocats, à leur tour, ne nous sont connus que par les satires violentes dont ils sont l'objet. Un des théologiens les plus éminents de l'Église gallicane au douzième siècle, Pierre le Chantre, leur reproche de rançonner leurs parties, de négliger la cause de la veuve et de l'orphelin, d'employer leurs lalenis h prolonger les procès, à les multiplier, à inventer de nouvelles chicanes pour obscurcir la vérité et empêcher le bon droit de triompher : « Ce qui leur est

i;t l\ rknaissanci:.

(raillant plus l'aiilo, ajoiile-t il, qu'ils se loiuleiil sur les luis pu.silives cl humaines, lois puremcnl arbiliairos el sujcllos à diverses inlcrprélalions. » Un autre ihéologien du même temps n'est pas moins sévère : « L'avarice, dit Pierre de Blois, est leur niii(|ue mobile. Ce nom si respectable autrefois, celte prol'cssion si glorieuse, sont présentement avilis par une insigne v('nalilé. L'avocat aujourd'lnii ne rougit [las de mellre à prix son Élo(iuence. Il achète les |)rucès, lait dissoudie les mariages les [)lus légitimes, met la discorde entre les amis, fait revivre les contestations assoupies, rompt les accords, se joue des transactions, abolit les privilèges; et habile à tendre des pièges pour attraper de l'argent, il intervertit et dénature les droits les mieux établis, » etc.

Pierre de Blois, comme Pierre le Chantre, jugeant exclusivement les clioses en casuiste, ne prend aucun souci de la manière dont plaidaient les avocats de son temps. Il ne s'inquiète point de leur parole, mais seulement de l'inlluence (ju'ds exercent autour d'eux; el, par la critique même qu'il en fait, il nous autorise h conclure que les avocats du douzième siècle, pour arriver à de pareils résulials, quelque fâcheux (pi'ils fussent, devaient nécessairement apporter dans les affaires comme jurisconsultes une certaine habileté, el comme parleurs une certaini; faconde.

Sagement réformateur, Louis IX essaya de mettre un lerme aux abus signalés par les théologiens: les juifs, les hérétiques, les excommuniés furent exclus du barreau, ainsi que les catholiques décriés pour leurs mœurs ou frappés par des condamnations infiunantes; le saint roi règle, en même temps, la police des plaidoiries; il ordonne aux avocats d'exposer les causes avec le plus de clarté et de brièveté possible, sans paroles inutiles, sans redites et sans répétitions; de ne se charger que d'afl'aires loyales; d'user de modération et de courtoisie envers leurs adversaires, sans laisser échapper rien d'injurieux, soit dans les paroles, soit dans les gestes, comme on le voit par ces mots d'une ordonnance de 1270 : « Et toutes les resons à destruire la partie adverse, » si doit dire courtoisement, sans vilenie dire de la bouche, ne en fait ne en geste. » Tout avocat qui dans sa plaidoirie alléguait un fait faux en le connaissant comme tel, ou qui dénaturait par une citation infidèle les règlements et les coutumes, s'exposait à la peine de l'interdiction, quelquefois même à la perle de son titre. Cette discipline sévère, dont la tradition s'est en quelques points perpétuée jusqu'à nos jours, rendit un certain éclat au barreau français, et parmi les membres de ce barreau qui se signalèrent particulièrement au treizième siècle on cite Pierre de Fontaines, qui travailla à la rédaction des Ekiblissemenls et delà Pragmalique ; Gui Foucaud ou FouUjues, qui, après avoir plaidé avec un grand talent, entra dans les ordres, et finit par occuper le saint-siège sons le nom de Clément IV; Philippe de Beaumanoir, bailli de Clermont en Beauvoisis, cl Yves, qui, né aux environs de Rennes d'une famille noble, vint se fixer h Paris, oîi il acquit une giande rèpulalion par son Éloquence et ses vertus, qui le firent placer par l'Église au nombre des saints el adopler par les avocats pour leur palron. Du reslc^, loiil en rappelant le nom de ces hommes vraiment distingués , nous ferons remarquer (ju'ils doivent leur célébrilé à leur science connue jurisconsultes

plulôl qu'à leurs talents comme orateurs : car, ainsi que l'a dit justement M. Daunou dans un remarquable tableau du treizième siècle, a l'empire de la scolastique s'étendit sur toutes les productions en prose, à l'exception tout au plus de l'histoire et des romans; l'étude de la jurisprudence ecclésiastique et civile s'él;»it renouvelée sans ramener l'Eloquence. A l'exemple dos professeurs dont ils avaient suivi les leçons, les avocats discouraient sans grâce et sans véritable méthode. »

Depuis les ordonnances de saint Louis, qui lurent rigoureusement maintenues par ses successeurs, les institutions judiciaires ne firent que gagner en force et en puissance. L'importance de la profession d'avocat grandit dans une proportion égale. Pierre de Cugnières, Jean Lefèvre, GuiilaïuTic Dnbreuil, Pierre de Belleperche, Raoul de Presles, Arnaud de Corbie, Regnault d'Acy, Jean de Dormans, Jean Desmarets, Jean d'Orléans, François Bertrandi, Jean de Méheyé, Pierre Dupuiset, exercèrent sur les afl;iires publiques du quatorzième siècle une très-grande influence. Jean de Méheyé, dans le célèbre procès d'Enguerrand de Marigny, remplit l'office de procureur du roi devant la commission du bois de Vincennes; il commença son discours par ce texte : Non nobis. Domine, non nobis, sed nomini fuo da gloriam; voulant faire entendre par là qu'en soutenant l'accusation il ne voulait point servir une haine personnelle, mais seulement assurer le triomphe des droits de la royauté. François Bertrandi fut choisi en 1329 par le clergé pour défendre les juridictions ecclésiastiques contre les prétentions de la noblesse , et il plaida cette cause avec tant de chaleur que la cour de Rome le récompensa par le chapeau de cardinal. Pierre de Cugnières, de son côté, plaida en présence du roi pour l'ordie de la noblesse, et, afin de se venger des sarcasmes dont il fut l'objet de la part du clergé, il porta un coup terrible à l'autorité temporelle des évêques par l'introduction de l'appel comme d'abus.

En se mêlant ainsi aux grandes questions qui agitaient la société, les avocats devaient nécessairement exciter par leur parole une vive curiosité; et cette curiosité ne leur fit pas défaut : « La lutte des orateurs du barreau , dit Fournel , était un spectacle intéressant dans un temps où il n'y en avait pas d'autres. L'auditoire était le foyer d'une nombreuse affluence des personnes les plus distinguées. Les seigneurs abandonnaient leurs châteaux et leurs chasses pour écouter les plaids. Le public se passionnait et prenait parti pour tel ou tel orateur. L'avocat ne devait rien offrir aux regards du public, qui rabaissât l'importance de sa cause; et lorsijue l'orateur lançait au milieu du parquet le gant du combat, il fallait que la noblesse de sa personne fiit en harmonie avec celle de l'action. Celte considération était si puissante qu'elle fit la matière d'un chapitre particulier dans le style du parlement : Que l'avocat au parlement soit doué d'une prestance imposante; que sa physionomie soit ouverte, franche, affable et débonnaire ; qu'il n'affecte pas, dans l'habitude de sa personne, une assurance présomptueuse; que sa pose devant les magistrats soit décente et respectueuse; qu'il évite les grands éclats d'une voix glapissante; qu'il sache régler ses intonations, de manière h les tenir h une égale distance du grave et de l'aigu; que sa voix soit pleine et sonore;

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