I:T I.A KENAISSANCE
qu'en déchiiuaiil il s'allache à une exacte prononciation; (lu'il ait ^uiu <i<' t<iiir son style en harmonie avec le sujet (Hi'il traite, et qu'il évite le ridicule de mettre l'emphase oratoire à des objets de modique importance; ijue les mouvements soient combinés et appropriés au discours, en évitant avec soin une gesticulation désordonnée et triviale. »
Les avocats, (|ue l'on trouve toujours au premier rang dans les épofpies agitées, se mêlent tiès-aclivenient à la politique durant les sanglantes querelles des Bourguignons et des Armagnacs; et, dans ces temps de troubles et de désordres, on voit naître un genre nouveau qu'on peut appeler \e plaidoyer polilique. Du reste, ce ne sont point seulement les gens du barreau qui descendent alors dans l'arène des partis; on y rencontre aussi des membres du clergé aux prises avec des avocats. C'est ce qui arriva en 1408 lorsque le duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur , après avoir lait assassiner le duc d'Orléans, convoqua, le 8 mars de celle même année, une assemblée générale dans son hôtel de Saint-l*ol, pour présenter la justiûcalion du meurtre qu'il venait de commettre. Le discours prononcé en cette circonstance par le cordelier Jean Petit est resté célèbre dans l'histoire, et le texte en a été conservé comme pour témoigner de l'égarement des passions politiques et de l'abaissement de l'art oratoire quand il est au service dune mauvaise cause. Après avoir fait dans son exorde un pompeux éloge du duc de Bourgogne, Jean Petit explique les motifs qui l'ont déterminé à se charger de la justilication de ce prince. Le premier de ces motifs, dit-il, « est que je suis obligé à ') le servir par serment à lui fait il y a trois ans passés; le deuxième que lui, regardant » que j'étois très petitement bénélicié, m'a doiuié chacun an bonne et giande pension ') pour moi aider à tenir aux écoles : de laquelle pension j'ai trouvé une grand' partie » de mes dépens et trouverai encore, s'il lui plaît de sa grâce. Mais quand je considère ') la très grand' matière dont j'ai à parler et la giandeur des personnes dont il nie «conviendra et faudra toucher en si très noble et solennelle compagnie, je me » regarde et me trouve de petit sens, pauvre de mémoire et foible d'engin, et très )) mal orné de langage ; un très grand' [leur me (ierl au coeur, voire si grand' que mou » engin et ma mémoire s'enfuit, et ce peu de sens que je cuidois avoir ma jii du tout « laissé, si n'y vois autre remède, fors de moi recounnander à Dieu, mon Créateur et » rédempteur, à sa très glorieuse Mère, à monseigneur saint Jean l'évangéliste , le » maître et prince des théologiens, qu'ils me veuillent enseigner, conduire et garder » de mal faire et de mal dire , en ensuivant le conseil de monseigneur saint Augus- 0 tin. »
L'orateur établit ensuite la division de son discours, qui conq)rend une majeure en quatre parties, prouvant : 1° que la convoitise est la source de tous les maux; 2° qu'elle fait des apostats; 3" qu'elle fait des sujets déloyaux et infidèles à leur prince; 4° qu'il est licite à chacun de tuer les apostats, les traitres et les sujets déloyaux. Ce quatrième point, conqiosé de huit vérités principales, de huit corollaires et de douze syllogismes en l'honneur des douze apôtres, forme comme le point capital de tout le discours,
et l'on devine à combien de subtilités, à combien d'hérésies historiques et théologiques, Jean Petit est obligé de recourir pour démontrer non-seulement l'innocence, mais môme le mérite de l'assassinat. Lucifer, Absalon, saint Thomas, Athalie, Boccace, sont invoqués pêle-mêle à l'appui de ces abominables doctrines. Après avoir ainsi établi sa majeure, Jean Petit, dans sa mineure, applique les diverses propositions, qu'il vient de soutenir, à l'événement particulier qui lait l'objet de son discours. Il démontre à sa manière que le duc d'Orléans était tombé dans le péché de convoitise, en voulant s'emparer de la couronne de France; qu'il était apostat, traître, sujet infidèle, coupable de crime de lèse-majesté, et qu'en le tuant, on avait fait une action méritoire. Il termine en ces termes :
n Ainsi , d'après ce que j'ai déclaré, il appert que ledit duc d'Orléans a commis le crime de lèse-majesté, non pas seulement au quatrième degré, mais aux troisième, second el premier, pour parvenir à sa mauvaise et damnable intention. El par ma mineure , jointe à ma susdite majeure , s'ensuit clairement el en bonne conséquence, que mondil seigneur de Bourgogne ne doit être en rien blâmé ou repris de ce qui est advenu en la personne dudit criminel duc d'Orléans; que le roi notre sire, non seuseulement ne doit pas être mécontent, mais doit avoir mondit seigneur de Bourgogne, ainsi que son action, pour agréable, et l'autoriser en tant que de besoin. De plus, il doit le récompenser et rémunérer en trois choses, savoir: en amour, honneur et richesse, à l'exemple des rémunérations qui furent faites à monseigneur saint Michel l'archange et au vaillant homme Phinées. J'entends en mon gros et rude entendement, que notre sire doit plus qu'auparavant faire prononcer et publier sa loyauté et bonne renommée, en tout le royaume et hors du royaume, par manière de lettres patentes ou autrement. Dieu veuille que cela soit ainsi fait et que son nom soit béni dans tous les siècles! Amen. »
Le discours de maître Jean Petit eut un très-grand succès; et, pour satisfaire la curiosité publique, qui s'en préoccupait vivement, l'orateur le répéta le lendemain, du haut d'une tiibune que l'on avait dressée sui' le parvis Notre-Dame. La duchesse d'Orléans, de son côté, voulant venger son mari, obtint de faire répondre, par l'avocat Cousinot, à l'apologiste du duc de Bourgogne. Cousinot prit pour texte ces mots de l'Écriture : « Hœc vidua eral, quam ctim vidissel, Dominus misericordiâ commolus est super eam. » Le défenseur de la duchesse, dans sa réplique, trouva souvent une véritable émotion; et, après avoir lappelé la malédiction qu'attire sur les méchants celle voix du sang qu'ils ont versé et qui monte de la terre vers Dieu, il s'écrie, en s'adressant au roi de France : c La voix du sang de ton frère, c'est la voix de la dame d'Orléans el do ses fils, criant el requérant à toi justice. Hélas, sire roi, pour qui voudrais-tu faire justice si tu ne la faisais pour l'amour de ton frère? Si lu n'as été ami h ton sang, à qui seras- tu ami? Donc, attendu qu'on ne te demande fors justice, oh ! très noble piince, considère que ton frère germain à toi est ôté, dorénavant lu n'auras point de frère; car partie adverse a occis ton seul frère cruelle-
KT LA HKNAISSANCE.
meut cl ûlé di' loi. Aie tonsidéralioii «iii'il :iiniail tn'-s parfailcniml la leinc de France et tes enliiiits. » Le roi (1(^ Franco resta sourd à ce cri de la pitié, et le duc de Bourgogne fut absous par lettres patentes.
0"el(jues années plus lard , un procès plus tristement célèbre encore vint révéler une Éloipience nouvelle, non plus celle des cleics et des avocats, toute hérissée de citations hébraïques, grec(iuos el lalines, mais la simple et forte Éloipience de l'héroïsme et du nialheui' : nous avons nommé Jeanne d'Arc. Dans ce [)rocès, où il n'y avait qu'une vi( lime et des bourreaux, les formes ordinaires de la justice furent complètement méconnues. La défense fut enfermée dans les interrogatoires; mais jamais paroles plus touchantes ne tombèrent d'une lèvre innocente et pure. Les docteurs, endurcis dans les soj)hisnies de l'école, restèrent souvent confondus , el la nohh? lille pouvait dire encoie à ses geôliers, comme aux bourgeois (pii s'agenouillaient devant elle dans ses jours de triomphe : « N'ayez crainte, je ne m'envolerai pas; je ne suis pas un ange! « Cette défense, dans lacpu'lle éclatent avec une puissance sans pareille les plus hautes inspirations d'un grand cœur et d'une grande raison, est un phénomène au milieu du Moyen Age, comme Jeanne elle-même est un phénomène dans l'histoire. Cependant, déjà, dans le procès des Templiers, leur grand maîlre, Jacques Molay, avait montré combien une parole simple, qui s'inspire unicpiement de la conscience et du bon droit, est supérieure à celle qui n'a pour stimulant que les ardeurs de la chicane, et qui s'adresse au pédanlisme de l'esprit, au lieu de s'adresser aux ihslincts généreux du cœur. Jacques IMolay songeait moins à lui-même qu'à ses fières d'armes et il exprima en termes formels ce noble sentiment, dans son exorde : c 11 serait injuste que l'Église mil tant de précipitation à exiger la défense de 1) l'Ordie, lorsque la sentence relative à l'empereur Frédéric a été suspendue pendant )) trente-deux ans. Je n'ai pas assez de lumières ni assez de talent pour défendre » rOnlre; cependant je le ferai selon mes faibles moyens. Ne serais-je pas vil et ') méprisable, à mes yeux el aux yeux des autres, si j'abandonnais la défense d'un ') Ordre qui m'a procuré tant de précieux avantages? » Celle délènse, du reste, éUiit inutile, el ici , comme dans le procès de Jeanne d'Arc, il n'y avait que des victimes et des bourreaux.
A côté des accusés qui se montrent parfois des orateurs véritables, les avocats lestent toujours des parleurs plus ou moins dilliis. En l'iiO, une ordonnance royale leur enjoint « d'eslie bricfz le plus que faire se pourra , » sous peine d'amende arbitraire , selon l'exigence des cas, a tellement que ce soit exemple à tous. » Celte ordonnance est renouvelée en 1434; et « pour ce, ajoute l'édil royal, (ju'ils ont » accoutumé dire plusieurs injures et opprobres de leurs parties adverses, et qui ne » servent de rien en leur cas, ce qui est contre toute raison et contre toute bonne '1 observance el de grande esclande de justice, leur défendons, sur peine de priva- ') lion de postuler el d'amende arbitraire, de procéder désormais par paroles inju- ') rieuses et contumélieuses à rencontre de leurs parties adverses. »
Belles-leUres. ÉLCQUtES CIVILE. Fol V.
L'habitude et rignorance ëlant plus fortes que les lois, les avocats, malgré la sévérité des peiucs, n'en continuèrent pas moins, durant tout le quinzième siècle, h parler longuement et à s'injurier; et tous ceux qui se distinguèrent à celte époque, tels que Saint -Romain, Jacques Maréchal, de la Vacquerie, Antoine Duprat, Nicole Bataille, furent plutôt des jurisconsultes que des orateurs.
Au seizième siècle, la Renaissance classique ne laissa pas que d'influer sur le barreau; mais l'Éloquence judiciaire, dans ses progrès , ne m;ircha point du même pas que les autres branches de la littérature. Cependant, vers 1530, ou vit paraître un genre nouveau, qu'on peut appeler la harangue parlementaire. Ces harangues avaient lieu deux fois l'an, et elles étaient ordinairement prononcées par les avocats du roi. Etienne Pasquier, qui nous a transmis de curieux détails h ce sujet, nous apprend que le premier discours de ce genre date de 1550. En 1557, Baptiste Dumesnil, qui, suivant l'expression de Pasquier, y apporlail de la façon, paila une demi-matinée sur Asconius Gedianus. L'année suivante, ce fut le tour de Guy du Faur de Pibrac. Brisson , Jacques Paye, le célèbre historien de Thou , se signalèrent également dans ces solennités parlementaires. En 1586, Despeisse fit une harangue à l'antique sur l'Éloquence. L'année piécédente, Jacques Mangol avait parlé pendant trois heures continues; mais, diufttsquier, rien ne lui était plus facile , « et il étoit aussi frais , au sortir de là, qu'au commencement. » Ces harangues furent imprimées pour la plupart, et l'on trouvait qu'elles étaient encore c< plus belles à lire qu'elles n'avoient esté h prononcer. » Dumoulin, Séguier, les premiers des Lamoignon, Lemaître, de Thou, Poyet, Cujas, Chopin, Brisson, Bodin , Ayrault, Loiseau, Pithou , Loisel, on l'a dit avec raison, se placent, dans notre barreau, dont ils sont l'éternel honneur, à côte de tout ce (]u'il y n de plus grave et de plus illustre dans l'histoire. Si les monuments qui nous sont restés de lÉloquence de ces hommes éminents laissent à désirer sous le rapport de l'art, du moins, et cela vaut mieux que h rhétorique, comme sentiment, comme logique, comme science, ils sont souvent dignes de toute notre admiration. Il y a là une tradition constante d'honneur et de vertu qui ne se dément jamais, depuis Jean de la Vacquerie, qui répondait aux menaces de Louis XI par ces belles paroles : « Sire, nous venons mettre nos charges en vos mains et soufl"rir tout 0 ce qu'il vous plaira, plutôt que d'offenser nos consciences, » jusqu'au chancelier Olivier, qui, dans la séance tenue au parlement de Rouen, le 8 octobre 1550, disait aux magistrats normands, en leur montrant un christ doimé par Louis XII : « En 1) somme, messieurs, souvienne-vous toujours, en la fuuclion de vos charges, que 0 Celluy qui ne peust estre déceu est au milieu de vous, auquel vous rendrez compte » de tous vos jugements, cl duquel la main est inévitable , encore que icy vous eus- » siez évité la main du roy et de la justice. »
Vers l'époque h laquelle nous sommes parvenus, comme dans les âges précédents, c'est encore parmi les accusés qu'il faut chercher l'inspiration la plus haute. Le triste el odieux procès d'Anne Dubourg en olïre un nouvel exemple. Membre du parlement de
i:t la I{l•NAISs\^cE.
Paris, Diiboiirj,' avait inaiiircsté ses sympathies pour les doctrines de Calvin, et dans un discours prononcé le 10 juin 1559, il s'ôtail |)rononcé pour l'indulgence à l'égard des partisans de la rél'orme. C'était là, au milieu des violentes passions religieuses (|ui agitaient la société, un crime irrémissible. On instruisit son procès, et le 21 décembre 1559, il l'ut condamné à être brûlé vif. On lui re[)rochait entre autres griefs d'avoir, en commandant la tolérance, désobéi au roi de Franco, (\\\\ couunandail la rigueur. Dubourg, après avoir n'Iuté dans un discours magnifique les [)riiicipales accusations dirigées contre lui, s'écrie :
« Est-ce désobéissance et desloyaulé h son prince et seigneur, que de lui bailler ce « qu'il nous demande, voyre jusques à nos chemises, s'il avoit besoin en cela de nous ! >' Est-ce désobéissance à iiostre roy, que de prier Dieu pour sa prospérité, que son lègne » soit gouverné en paix, et (jue toutes super.>>titious soient bannies île sou royaume? >' De requérir à Dieu qu'il le rem|»lisse, et tous ceux qui sont sous lui nos supérieurs, » de sa connaissance, en toute prudence et intelligence spirituelle, afin qu'ils cheminent " dignement au Seigneur et lui soient agréables? N'estimera-t-on point plustost eslre » obéissance : de déshonorer Dieu, le courroucer par tant de manières d'impiétés, )> endurer que l'on transfère sa gloire aux créatures, et au reste nous accommoder aux » inventions des hommes qui ne sont que mensonge? » Dubourg, résigné à mourir et fort de sa conscience, termine sa défense par ces phrases : » Je suis chrétien! Que lardé-je! Happe-moi, bourreau, mène-moi au gibet! » Ces derniers mots furent seuls écoutés.
Au Moyen Age et h la Renaissance , c'est parmi les victimes qu'il faut, dans les fastes du barreau , chercher des orateurs; et l'on peut répéter, après Guillaume Duvair, que l'Éloquence, qui s'apprenait dans l'école, « est demeurée si belle qu'il n'y a rien à eu dire. » Complètement stérile dans les harangues que la vieille Université adressait aux rois, plus stérile et plus ridicule encore dans celles que débitaient à l'en tréc des princes les magistrats des villes, la parole humaine ne se révèle avec un certain éclat que dans les luttes de la vie politique. Quoique des (piestions très-importantes aient souvent été débattues dans les échevinages, aucun monument notable de ce qu'on pourrait appeler l'Éloquence municipale n'est arrivé jusqu'à nous; car, sur les registres où sont consignées les délibérations des communes, on ne trouve dans les procès-verbaux que le simple exposé des faits et la formule même des décisions. La partie polémique et délibérative est toujours fort sèchement analysée, et les discours ne sont jamais reproduits textuellement. Il n'en est pas de même des états généraux, l't dans ces réunions solennelles, où se débattaient, à côté de la question des impôts, dimporlants problèmes d'économie sociale, l'art oratoire eut plus d'une fois occasion de paraître avec éclat; si d'ordinaire les trois ordres délibéraient séparément et à huis clos sur la rédaction de ces cahiers célèbres, qui , sous le titre de plaintes, doléances, remontrances, étaient destinés à être mis sous les yeux du roi , on s'écartait cependant quehpiefois de ce mode de délibération, pour discuter conmie aujourd'hui du haut de la tribune les ijuestions à Vordre du
jour. La plupart des cahiers rédigés par les états au treizièuie et au quatorzième siècle sont arrivés jusqu'à nous, mais pour la partie oratoire et délibéralive les documents sont beaucoup plus rares; et, comme cette partie est la seule qui doit nous occuper ici , nous arriverons de suite aux états qui, au point de vue de notre sujet, nous intéressent le plus directement, c'est à-dire à ceux qui furent tenus à Tours du 15 janvier au 14 mars 148i. Il s'agissait de régler la minorité du fils de Louis XI et les attributions du conseil de régence, hnbus de l'esprit despotique du règne mémorable qui venait de finir, les membres de la famille régnante donnèrent à entendre que ce n'étaient ni des leçons, ni des ordres, qu'ils demandaient aux états, mais un simple avis dont ils se réservaient d'apprécier la valeur. Quelques députés protestèrent contre cette prétention, et il s'engagea une polémicjue dans laquelle furent discutés les plus hauts problèmes politiques. Philippe Pot, seigneur de la Koche, qui représentait la noblesse bourguignonne, et qu'on appelait le père de la pairie à cause de ses vertus, cl bouche de Cicéron à cause de son Éloquence, se jette au phis fort de cette mêlée oratoire, et prononce en latin un discours oii éclatent avec une verve singulière des pensées dont les révolutions modernes elles-mêmes n'ont point dépassé la hardiesse. H La royauté, dit l'orateur, est une charge et non une chose héréditaire, et elle ne 0 doit pas toujours passer, comme les biens d'un héritage, aux tuteurs naturels, qui » sont les plus proches parents. Mais, dira-t-on, l'État, privé de tout chef, doit il res- )> 1er exposé au hasard et au désordre? Non! car le soin de son salut sera remis à "l'assemblée des états, non pas pour qu'elle gouverne par elle-même, mais pour
» qu'elle choisisse des gens capables de gouverner Dans l'origine , le suffrage du
)> peuple, qui était le maître, créa les rois, et le peuple adopta de préférence les plus )) vertueux et les plus habiles; chaque nation, en élisant un roi, a agi d'après son inlé- » rêt et cherché son avantage; car les princes sont princes, non pour exploiter le 0 peuple et s'enrichir à ses dépens, mais pour le rendre lui-même plus riche et rendre 0 sa condition meilleure. Ceux qui n'agissent pas ainsi sont des tyrans et d'indignes 0 pasieurs, parce qu'ils mangent leurs brebis, et que c'est là le fait des loups et non » des pasteurs. L'État, vous l'avez lu souvent, est la chose du peuple. Comment alors » pourrait-il négliger ce qui est sien? Comment les flatteurs peuvent-ils s'abuser au 0 point d'attribuer l'omnipotence au prince, qui n'existe que par le peuple? A Rome, » tous les magistrats n'étaient-ils point électifs? Pouvait-on promulguer une loi, quand le » peuple ne l'avait point approuvée?.. Je désire que vous soyez bien convaincus que >' la chose publique n'est que la chose du peuple; que c'est lui qui l'a confiée aux rois ; )' que, quant à ceux qui l'ont possédée de toute autre manière, sans avoir eu le con- » sentement du peuple, ils n'ont pu être réputés que des tyrans et des usurpateurs du )) bien d'autrui. Il est aussi évident que notre roi ne peut point gouverner la chose 0 publique par lui-même; il est donc nécessaire qu'il la conduise par les soins et le » ministère d'autrui. Mais la chose du peuple dans un tel cas ne doit point revenir, » ou à quchjues-unsdes princes en particulier, ou à plusieurs : elle appartient à tous.
» C'est au peuple qui l'a donnée, que la chose du peuple doit revenir, pour qu'il la 0 reprenne comme étant sienne, d'autant plus qu'une longue suspension du gouver- 1) nementou une mauvaise administration oceasiomient toujours la ruine du peu|)le... » Or, ]i\\)\n'\W peuple, non point la populace ou seulenieul les sujets du royaume, mais ') les lioiuuies de tous les étals; aussi, sous le nom d'états généraux, j'entends <|ue les » princes eux mêmes sont compris, et que, entre tous ceux (jui lialtilent le royaume, » aucun n'est exclu de ce litre. En eflot, personne ne nie, je pense , que les princes 0 sont compris dans la noblesse, dont ils sont seulement les membres les plus dis-
» tmgues. ■)
A côté de PliiIi[»pL; Pot, qui pose en quelque sorte dans l; discours dont nous venons de donner des cxlraits la base du principe de la souveraineté du peuple, on remarque encore, parmi les orateurs des étals de 1484, Jean Canlies, qui dressa contre la politique de Louis XI un violent réquisitoire. Placée siu' la limite indécise encore du Moyen Age et de la société nouvelle, cette réimion de Tours, une des plus célèbres de notre histoire, semble mettre aux prises les idées de l'avenir et celle du passé; tandis que les uns invoquaient le droit populaire comme source de tout pouvoir politique, les autres invoquaient encore, comme un droit seulement, les privilèges de la noblesse, et un des députés s'écrie, au nom des immunités féodales : « Nous ') demandons, redoutable seigneur , moi et les nobles qui sont avec moi , lorsque tant n de raisons puissantes, l'ordre de la nature et la coutume la plus enracinée nous » apprennent que le devoir du peuple est de payer l'impôt ; nous demandons que vous )) lui ordonniez de payer encore et de |)ayer seul. »
Les états généraux ainsi que les états provinciaux et les assemblées de notables s'ouvraient ordinairement par un discours de quelque haut dignitaire. Voici un fragment de celui qui fut prononcé en 1484, par le grand chancelier : « Le roi a voulu ') vous voir, vous ses sujets, qu'il aime et de qui il est aimé, vous connaître person- » nellement et se montrer à tous vos yeux , afin que l'union et la fermeté de votre » amour réciproque s'accrût, et qu'il eût une preuve évidente de son extrême affection » à vos personnes. Ce motif, même unique, semblait justement suffire pour vous engager » à venir vers lui sans être appelés. Nous lisons que Py thagore et Platon (juittèrent leur ') pays, et entreprirent aussi de longs et pénibles voyages, dans le but de contempler » quelques hommes, simples particuliers, qu'ils ne connaissaient que de réputation. » Mais combien mieux vous convenait-il de subir la fatigue de la route (pie vous ave/. )) parcourue, vous qui venez, non des contrées étrangères, mais de tous les côtés du » royaume, pour visiter, non un simple particulier, mais un roi; non un roi étran- » ger, mais le vôtre; et celui en qui seul résident le salut et la gloire de l'ÉUit, votre » salut et votre gloire , celui qui, sans contredit, est le plus digne comme le plus puis- » saut de tous les rois! Considérez donc avec joie son visage. De (|uelle beauté, de » quelle sérénité il otfre l'image éclatante! » Ici , c'est encore un courtisan qui parle; c'est un bel esprit (pii cherche l'elVet de la phrase, et pour juger de la distance (pii
vu
sépare le rhéteur de l'homme politique, et le fonctionnaire qui accomplit une obligation (le sa charge du citoyen qui se dévoue aux intérêts de son pays, il suffît de i-approcher la harangue, dont nous venons de rapporter un fragment, de celle que le chancelier de l'Hôpital prononça dans une solennité pareille. « L^Hôpital, dit M. Villemain, se hâta d'ouvrir l'assemblée par un discours plein de force et de simplicité; il parla des étais comme d'une institution utile à la monarchie.
» Après avoir rappelé l'antiquité de cet usage , interrompu depuis quatre-vingts ans, il combat en peu de mots l'opinion de ceux qui ne croyaient pas utile et profitable «aux rois de consulter ainsi leurs sujets : w 11 n'est, dit il, acte tant digne d'un roi, et tant propre à lui, que de tenir les états, que de donner audience générale h ses sujets et faire justice à chacun. » Ensuite, le chancelier expose les maux du royaume, les dangers de l'esprit de secte, la nécessité de combattre par la sagesse et la réforme des mœurs plutôt que par les supplices. « Nous avons fait, dit- il, comme les mauvais capitaines qui vont assaillir le fort de leurs ennemis avec toutes leurs forces, laissant dépourvus et dénués leurs logis; il nous ftuit maintenant, garnis de vertus et de bonnes mœurs, les assaillir avec les armes de la charité, avec prières, persuasion, paroles de Dieu, qui sont propres à tels combats. » Puis, il ajoutait : « Otons les mots diaboliques, noms de partis et de séditions, lulhériens, huguenots, papistes; ne changeons le nom de chréliens. »
Les rois, dans plusieurs circonstances, présidèrent en personne h l'ouverture des étals. L'histoire a conservé le souvenir des discours prononcés h Blois, en 1576 et en 1588 , par Henri III, d qui se plaisoit, dit Mézerai, aux grandes assemblées et aux actions d'apparat, où il se trouvoit que sa harangue estoit toujours la plus belle, et que mesme les réponses qu'il faisoit sans préméditation aux députez et aux ambassadeurs valoient mieux que leurs pièces préparées avec beaucoup d'art et de peine, o
Dans l'assemblée de Blois, Henri, après avoir dit qu'on ne reconnaissait plus en France cet attachement pour la religion, cette union entre les sujets, cet amour et ce respect pour le prince, qu'on y admirait autrefois et dont il restait à peine le moindre vestige, ajouta : qu'îi la vue de cette corruption générale, il ne pouvoit s'empêcher de déplorer son sort, surtout lorsqu'il comparoit son règne avec ces heureux temps des rois son père et son aïeul; qu'alors toutes ces vertus sembloient être propres aux François; qu'aujourd'hui, au contraire, elles étoient éteintes dans tous les cœurs...; ijue ce qui le touchoit davantage, c'est que le peuple, toujours aveugle..., impute ordinairement aux princes la cause de tous ses malheurs, et a l'injustice de les rendre responsables de tous les événements; que cependant le témoignage de sa conscience suffisoit pour le rassurer au milieu de tant de sujets de larmes... ; que le ciel n'avoit pas permis que ses bonnes intentions réussissent; (ju'il avoit été forcé, malgré lui, d'en venir aux dernières extrémités...; qu'au lieu de soulager ses sujets, comme il l'auroit souhaité, il s'étoit vu obligé de les charger de nouveaux impôts; que c'étoit là la cause principale de ses chagrins, et qu'il avoit souhaité souvent mourir plutôt à
ET LA lUîNAISSANCE.
la lleiir de son Age, (|iie de se voir obligé delre témoin, sous son règne, des mêmes mallieiirs qui avoieiil affligé le royaume sous celui du roi son frère... Il icrmiiia rii disant: qu'il prioit tous ses sujets, en général et en particulier, par rallachemenl (]ue Dieu leur counnandoil d'avoir pour leur prince, pai' l'amour (juils dévoient avoir pour leur patrie, d'oublier leurs intérêts, de faire trêve ;i leuis ressentiments et de réunir tous ensemble leurs soins el leurs aireclions, pour travailler, conjointement avec lui, à trouver les moyens les plus propres de rendre à l'Élat cette paix si utile el si nécessaire, d'éteindre jusqu'aux moindres semences des guerres civiles cl de la discorde.
Celle belle liaranguc, dit Mézerai, prononcée par la boucbe d'un roi, avec une action vraiment royale et une grâce merveilleuse, lut reçue de toute l'assistance avec un applaudissement général. Le même succès accueillit Meni-i III aux états de I.088; et un des députés des étais, qui l'avait entendu, dit que la barangue de ce prince, (' la plus belle et la plus docte qui fîit jamais ouye, » n'était pas d'un roi mais 0 d'un des meilleurs orateurs du monde; « et h ce brillant éloge il ajoute ces mots : c Et eut le roy telle grâce, telle assurance, telle gravité et douceur à la prononcer, qu'il tira des larmes dos yeux à plusieurs, du nombre desquels je ne me veux exempter. » Bayle, méfiant en toutes choses, se montre disposé, après de Thou, à croire que Henri III ne composait point ses harangues lui - même ; mais il ajoute que cela n'em pécherait pas qu'il dût passer pour très -éloquent, vu la manière dont il haranguait. Henri IV, avec moins de prétention au bel esprit, ne parlait j)as moins bien dans les assemblées publiques; il avait, de plus, le mérite de parler sincèrement, témoin le discours qu'il prononça dans la réunion des notables de Rouen en loîitj : « Je ne » vous ai point appelés, dit-il aux notables, counne faisoient mes prédécesseurs, pour » vous faire approuver mes volontés. Je vous ai assemblés pour recevoir vos conseils, ') pour les croire, pour les suivre, pour me mettre en tutelle en vos mains, envie » qui ne prend guère aux rois, aux têtes grises, aux victorieux. »
Les divers fragments que nous venons de citer constituent, dans l'Élocjuence politique , ce qu'on peut nommer le genre officiel et adminislralif. Le genre populaire v est également représenté; mais les monuments en sont plus rares, parce que les chroniqueurs ne prêtaient aux gens de petit étal qu'une attention fort secondaire. Parmi les grands personnages qui se signalc'rent dans les troubles publics par l'habileté et l'ascendant de leur parole, on doit placer Charles-le-iMauvais, roi de Navarre, dont l'Éloquence natuielle agissait avec tant de puissance sur la multitude, que ses discours étaient souvent interrompus par les sanglots des auditeurs, et le prévôt Etienne Marcel, qui parut rivaliser, par l'audace el l'habileté, avec les plus célèbres tribuns de l'ancienne Rome. Parmi les personnages populaires, nous mentionnerons l'ouvrier marbrier Jean de Troies, qui joua comme orateur un rôle notable de lill à 1H4, dans la révolte des cabochicns, ces hardis représenlanls de la démocratie parisienne du quinzième siècle, qui ne craignaient point de dire au
Dauphin on lui présentant, pour qu'il los porlàt Ini-même, les insignes de leur parli :
<' Les méchants vous ont rendu fort indévot envers Dieu, fort lâche en l'expédition » des aflaires de l'Estat, fort négligent en la conduite du royaume que vous dirigez » en la place du roi votre père; et la France, qui voit avec beaucoup de douleur 0 que vous faites du jour la nuit, et que vous consumez votre temps à des danses 0 dissolues, en festins et en toutes les débauches malséantes à une naissance royale, I) délesie justement ceux qui vous ont dépravé par leurs damnab'.es instigations. » Bien des discours de ce genre ont été prononcés sans doute au milieu des luttes sans nombre qui ont éclaté, au Moyen Age, entre le peuple d'une part, l'église, la noblesse et la royauté de l'autre. Chaque parti politique eut ses tribuns, comme chaque secte religieuse eut ses apôtres. Mais les harangues populaires, improvisées au milieu des carrefours et des cris de l'émeute, n'ont point laissé d'échos dans l'histoire.
L'Éloquence militaire, qui joue un si grand rôle dans l'antiquité, n'a pendant le Moyen Age qu'une inqjorlance tout à fait secondaire. Ordinairement, ce n'était point le général qui excitait les soldats, mais les soldats qui s'excitaient eux-mêmes, soit par des chants guerriers qui rappelaient les bardes des Germains, soit par des cris de guérie qui n'étaient souvent qu'une variante de la devise du seigneur sous la bannièie duquel ils combattaient. La harangue des généraux grecs ou romains, préparatif indispensable des batailles antiques, fut remplacée dans les armées chrétiennes par des processions et des prières. Il y a cependant (jnelques dérogations à cette règle à peu près générale, et les discours dont nous voulons parler se rattachent à des événements trop importants dans notre histoire pour qu'il nous soit permis de les omettre. Nous nous attacherons seulement à ceux dont l'authenticité n'est point contestée, en écartant avec soin les harangues apocryphes qu'on trouve en si grand nombre dans les histoires modernes de l'école monarchique.
La première exhortation militaire dont notre histoire ait conservé le souvenir exact est celle que Philippe Auguste prononça avant la bataille de Bouvines, et nous ferons remarquer qu'elle ne ressemble en rien au discours consigné dans les compilations. Hiilippe, en parcourant les lignes de ses soldats, leur dit simplement :
(' Voici venir Othon l'excommunié et ses adhérents; l'argent qui sert à les entretenir est de l'argent volé aux pauvres et aux églises. Nous ne combattons, nous, que pour Dieu, pour notre liberté et notre honneur. Tout pécheurs que nous sommes, ayons confiance dans le Seigneur, et nous vaincrons ses ennemis et les nôtres. ■> Alors il parcourut les rangs. Quelques gens d'armes s'attiistaient d'être obligés de se battre un dimanche : « Les Machabées, leur dit- il, cette famille chère au Seigneur, ne craignirent pas d'aborder l'ennemi un jour de sabbat, et le Seigneur bénit leurs armes. — Vous, l'élu de Dieu, bénissez les nôtres! o s'écrièrent alors les gens d'armes, et l'armée entière se précipita à genoux. Jeanne d'Arc parlait avec la même simplicité.
« Le duc d'Alençon, avec Jeanne d'Arc, dit M. de Barante, et tous les vaillants chevaliers qui avaient défendu Orléans, assiégeait Jarjeau, où les Anglais, commandés
ET LA HKiNAlSSANCE.
par le comte de SulTolk, avaieiil élé conlrainls de se renfermer. Il y avait bri-che siif- (isanle. Le comte demanda à traiter, promeltanl de rendre la ville dans quinze jours, s'il n'était pas secouru. Ou lui répondit que tout ce qu'on pouvait ac< ordcr aux Anglais c'élail la vie sauve. « Aulremenl, ils seront pris d'assaut ! » disait la l'ucelle. Kn ell'et, on s'apprêtait à le donner : u En avant, gentil duc, à l'assaul! » cria Jeanne, au duc d'Alençon. Le prince pensait qu'on devait attendre encore un peu : « N'ayez doule, répliipia t-elle; l'heure est pi-èle, quand il plail à Dieu; il veut que nous allions en
avant et veut nous aider Ah! gentil duc, as lu peur? Tu sais que j'ai promis a la
femme de te ramener! » L'assaut commença... La Pucellc, perlant son étendard, (il planter une échelle, à l'enili'oit où la défense send)lail la plus âpie , et monta hardiment. Une grosse [)ierre, roulée du haut de la nmraille, tomba sur sa lèle, se brisa sur le casque et la renversa dans le fossé. On la crut morle, mais elle se releva, au même moment : « Sus, sus, amis ! criait-elle ; notre sire a condamné les Anglais : à celle heure, ils sont h nous! » Et, sans larder, la ville fut emportée. »
Ce langage calme et fort, qu'inspire aux grands cœurs l'approche du danger et d'une lutte suprême, se retrouve encore, à un très haut degré, dans les allocutions de Henri IV à ses troupes. En 1587, peu d'inslants avant la bataille de Coulras, le roi de Navarre, s'adressant au prince de Condé et au comte de Soissons, leur dit:
« Il n'est pas besoin ici de longues paroles j souvenez -vous que vous êtes Bourbons, et vive Dieu ! je vous montrerai (jue je suis voire aîné. —Et nous, repartit Condé, nous vous montrerons que vous avez de bons cadets. » La bataille commence : l'avant-garde des protestants plie, mais parvient à se rallier. Le roi de Navarre s'élance avec ses deux cousins; il aperçoit Joyeuse, et court au grand galop à sa rencontre : « Écartez-vous! crie-t-il h ses compagnons, ne m'olfiisquez pas! je veux paraître! » Trois ans plus tard, avant la bataille d'Ivry, il prononçait encore, .sans plus de recherche et de prétention, quelques phrases entraînantes, qui sont restées dans notre langue comme la plus haute expression de l'Élo pience chevaleresque :
(I Mes compagnons, si vous courez aujourd'hui ma lorlume, je cours aussi la vôlre. Je veux vaincre ou mourir avec vous. Gardez bien vos rangs , je vous prie , et si la chaleur du combat vous les fait quitter, pensez aussitôt au ralliement; c'est le gain de la bataille. Vous le ferez entre les trois arbres que vous voyez là-haut, dans ce champ, à main droite; et si vous perdez enseignes, cornettes et guidons, ne perdez pas de vue mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire. »
L'Éloquence profane, au Moyen Age et à la Renaissance même, ne brille que par éclairs. On n'y trouve nulle part celle tradition, qui dans l'antiquité se perpétue à travers toutes les grandes périodes de la vie des peuples; car, la science, monopolisée par le clergé, resta durant de longs siècles exclusivement théocralique, et, aussi longtemps que les intérêts temporels furent dominés par les intérêts de la foi, l'Éloquence civile fui nécessairement dominée à son tour par l'Éloquence religieuse. Les discussions des Belks-Letttes. ÉIOQUEHCÏ CIVILE. U IX.