I. AMEUBLEMENT CIVIL
liisloiie (le rAmeiil)lonK'iil, considéréo sous le point do vue de Inrl, peut se partager en cinq grandes périodes iiiii sont : I" la période latine, 2° la période byzantine, 3° la période romane, 4" la période ogivale, 5° la période de la Renaissance. Cette classification nous parait rigoureusement exacte, en ce que les meubles, grands ou petits, reproduisent dans leur forme, à toutes les épocpics du Moyen Age, les types de l'arcliilocluie, et, dans leur ornementation, l'ornementation même des monuments.
Ce premier point une l'ois établi, nous ajouterons, comme l'ait général, que le luxe de la civilisation anli(iue resta po- |)ulaire jusciu'à la lin du sixième siècle; qu'à partir de cette épocp.e jusqu'au (piinzième siède, les riches mobiliers se rcnconliiMU exclusivement chez les rois, les princes et les personnages les plus distingués de la noblesse et de l'E.ulisej que, dans ces mobilieis eux-mêmes, la richesse des matières premières et la beauté de lexécution se concentrent principalement dans la vaisselle et le service de table; et que, chez les bourgeois et même dans les châteaux des petits feudalaires dissémim-s h travers les campagnes, l'Ameublrmenl est ordinairement très simple : de même que , dans les mœurs, l'extrême barbarie touchait à l'extrême charité, de même, dans l'aménagement des habitations, la sompluosité la [ihis grande touchait au dénùmenl le plus complet. Cela tenait non-seulement au manque d'argent, mais encoie aux Sc.encts el Ans. ASiEUBLEL'iNI. Fol i.
disliiiclions que les lois sonipluaires établissaient entre les diverses classes, pour les meubles comme pour les habits. A la fin du quinzième siècle et dans le cours du seizième, en même temps que l'art se perfectionne, le confortable tend à se répandre de plus en plus, et l'on peut dire sans exagération, que, à parties objets qui sont dus aux découvertes de la science moderne, l'Ameublement de cette dernière époque ne le cède en rien, pour l'élégance cl la commodité, à ce que nous possédons aujourd'hui de plus élégant et de plus commode.
Tels sont, sommairement i-ésumés, les points principaux et, pour ainsi dire, historiques du sujet qui nous occupe; nous allons maintenant procéder à l'inventaire.
Sièges et bancs. — La paille et les nattes paraissent avoir été chez les Gaulois, comme chez tous les peuples primitifs , les premiers sièges et les premiers lits. La conquête romaine y substitua rapidement les meubles élégants et confortables, où brillait, dans sa régularité sévère, le goût pur de l'antiquité , et les Gallo-Romains adoptèrent, avec les lits de table, les sièges garnis de coussins, qui offrent avec nos canapés et nos divans une complète analogie. Les modes de Rome, altérées par le goût barbare, persistèrent durant la péiiode mérovingienne, et l'on essaya de racheter par la richesse des matières premières ce qu'on avait déjà perdu dans l'élégance des formes. On prodigua les métaux précieux. Saint Éloy exécuta pour Clotaire deux sièges d'or massif, et pour Dagobert un trône du même métal. Durant la période romane, les fauteuils et les sièges reproduisirent les formes architecturales. Les dossiers furent divisés en plusieurs étages, ornés de colonnades h plein cintre, et l'on adopta l'usage des cou.ssms cylindriques, dans le genre de nos traversins modernes. Au treizième siècle, on emprunta \\. l'Orient l'usage de s'asseoir sur des tapis; c'est ainsi que saint Louis est représenté dans quelques monuments contemporains, mais, selon toute apparence , ce ne fut là qu'une mode exceptionnelle, et, dans les réunions d'apparat, on continua à se servir de fauteuils ou de bancs. On connaît, de cette époque, le siège royal de la reine Marguerite. Ce siège , désigné sous le nom de vieil banc de monseigneur saint Loys , était orné de sculptures représentant des oiseaux et des animaux fantastiques. Les tapis, les moulures, les blasons émaillés, ornaient les fauteuils des grands personnages , tandis que les gens de moyen étal s'asseyaient sur des tréteaux, des escabelles de bois , ou sur des bancs décorés de colonnettes torses. Dans le siècle suivant, et même jusqu'au seizième siècle, on trouve encore l'usage des bancs, des escabeaux, des sellettes, des cofires couverts de cuir colorié; les chaises et les fauteuils sont, en général , réservés pour la cour, les grands seigneurs, les appartements de luxe; ces meubles sont travaillés avec beaucoup de délicatesse. Ce qu'il y a de plus parfait en ce genre est l'œuvre des tourneurs parisiens. La réputation de ces ouvriers était si grande, (jue les commissaires-priseurs ne manquaient jamais de mettre dans leurs inventaires, h l'article de ces meubles, pour leur donner plus de valeur : Ceci est de la fabrique de Paris {ex operagio parisiensi). Les bijoux, les cristaux , les étoffes précieuses, les dessins, tout était employé pour donner aux fau-
Ameublemeni civii. PI.
P. Sére del.
XV SECLE.
A. Bisson SI Cotiard exo.
Miniatures de la ChRONiQUE CE ha Naut en 2 vol. in-fol. et d'OTHEA. N" 9392. Bibliothèqus royale de Bruxelles. — Section des Manuscrits.
r. SERE, DISEXIT.
LE MOVK.N A(.E Kl \A l.l-\ \{<.-ii,\i ^■
Ameublement civil.
F. Seré del.
Hissou l'I Couard eic
MEUBLES DIVERS (.\i\' el xv« siècles).
Calques de miniatures des mss. dO//.ea, de lT,/o.r« do la Ulte Hélaine et des C/.ron.-,„« rf. Ha„.aut
fBibl. royale de Bruxelles.}
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louils (le luxe le plus d'échil cl de liciiesse possible. On en lioiiv*,' la pieuve dans le documcnL suivant emprunté aux comptes d'Etienne de La Fontaine, argenlier du roi de Fiance en 1352 :
« l'our la façon d'un fauilesteuil d'argent et de cristal, gai-ny de pierrerie, livré audict seigneur (le roi), du (piel le dicl seigneur (it l'aire au dicl orlî'vre la charpenlerio, et y mist et assis |)lusieui's cristaux, [)ièces d'enluniineures, de [)lusieurs devises, perles et autres pièces de pierreries vu" lxxmij*
Les parties de vif Lxxiiii" d'ur, (jue Jehan le Brailler, orfèvre, printcy dessus pour faudesteuil, etc.
Premièrement, pour la cliarj)enle du dict faudesteuil xx"^
//em , pour ij' xii pièces d'enluniineures mis dessous les cristaux dudicl fauteuil dont y a xl armoiries des armes de France, Lxj h prophètes tenant rouleaux et est le champ d'or, cxij demy images et demy bestes et est le champ d'or, et iiij grands histoires des jugements Salemon et servent aux meyeux (milieu) du dict faudesteuil, et furent faict par la main Guill. Chastange vi""
llem, pour xij cristaux pour le dict faudesteuil, dont il y avoil v creux pour les basions, vi plats et un ronc plat par le meyeu , et furent faict par la main Pierre Cloct iiij"" VI escus. »
Les chaises garnies en paille, les pliants en forme d'X, les fauteuils à bras rembourrés, les sièges à dos sculpté, se montrent à la fin du quatorzième siècle et dans le cours du quinzième. A cette époque, les bois le plus ordinairement employés sont le chêne et le bois blanc. Les montants, les traverses, les dossiers .sont peints de<liverses couleurs, et quelquefois même ils sont dorés.
Tables a manger et sièges de table. — Dans certaines parties de la Gaule , les tables, suivant la description qu'en a laissée Possidonius, étaient très-basses, el les convives s'asseyaient sur des bottes de foin ou de paille. Pour les festins d'apparal, ces tables étaient rondes, et la place du milieu appartenait au plus considéré pat- son courage, sa naissance ou sa fortune. Les usages romains ayant détrôné, dès les premiers moments de la conquête, les vieilles habitudes nationales, les Gaulois, comme leurs vainqueurs, s'assirent pour manger sur des lits disposés autour de tables rondes, carrées ou semi-circulaires. Selon quelques archéologues, cette mode ne dura que peu de temps, et les lits furent remjtlacés pai- des sièges et des escabeaux. Mais on ne peut, ce nous semble, rien dire d'absolu à ce sujet, caries documents sont souvent contradictoires, et nous trouvons encore dans la chronique du Moine de Saint-Gall la description d'un repas sonqjtueux , où l'amphitryon est assis sur des coussins de plume. Quoi qu'il en soit, les escabeaux , sous le règne de Louis-le-Gros, étaient d'un fréquent usage; mais, suivant Legrand d'Aussy , on ue s'en servait que dans les réunions inti- UK^s; lorsqu'on donnait un festin d'apparat, on faisait asseoir les convives sur des bancs, et c'est de là qu'est venu le mol banquel. \ la fin du onzième siècle, on mangeait quelquefois par terre sur des tapis, et l'on se servait aussi de tables circulaires,
paivilles à celles que l'on désignait dans l'antiiiuité sons le nom de sigma. Les tables, comme la vaisselle, étaient un très grand objet de luxe. Saint Rémy possédait une table d'argent ornée de figures. Fortunat parle d'une table, du même métal, très artistement travaillée, sur laquelle était représentée une vigne; enfin, on voit dans Eginhard , que Charlemagne, non content de posséder une magnifi:]ue table d'or, en fit faire trois autres d'argent massif, dont l'une représentait Rome, la seconde Constantinople , et la troisième les régions de l'univers alors connues.
Sans atteindre à ce degré de richesse, les tables, au quatorzième et an quinzième siècle, se distinguaient encore par leur élégance. Celles qui servaient à la cour et chez les grands dignitaires laïques ou ecclésiastiques étaient élevées sur des gradins couverts de tapisseries ou d'étoffes de velours. Un dais très-riche indiquait la place des personnages de distinction, comme on le voit par la description du repas donné à Paris, en 1378, par Charles V, h l'empereur Charles de Luxembourg, dans la grande salle du Palais.
« Le service, dit M. Frégier dans son excellente Histoire de l'administration de la police, se fit à la table de marbre. L'archevêque de Reims, qui avait officié ce jour-là en présence des princes, prit place le premier au banquet... L'empereur s'assit ensuite , puis Charles V et le roi de Bohème, fils de l'empereur... Chacun des trois princes avait au-dessus de sa place un dais distinct, en drap d'or semé de fleurs de lis; ces trois dais étaient surmontés d'un plus grand, aussi en drap d'or, lequel couvrait la table dans toute son étendue et pendait derrière les convives. Auprès du roi de Bohème, s'assirent trois évêques, mais loin de lui et presque au bout de la table. Sous le dais le plus proche, était assis le Dauphin, à une table séparée, avec plusieurs princes ou seigneurs de la cour de France ou de l'empereur... La salle était décorée de trois buffets couverts de vaisselle d'or et d'argent; ces trois buffets, ainsi que les deux grands dais, étaient entourés de barrières destinées à en défendre l'approche aux nombreuses personnes qui avaient été autorisées à jouir de la beauté du spectacle... On remarquait enfin cinq autres dais, sous lesquels étaient réunis les princes et les barons autour de tables particulières, et un grand nondjre d'autres tables. »
Dressoirs. —Ce meuble, dont l'usage parait remonter au douzième siècle, était une espèce de buffet ouvert, taillé en gradin, sur le piel on plaçait dans les salles à manger la vaisselle, les coffrets et d'autres petits objets précieux. Chez les souverains et les grands feudataires, les dressoirs étaient de métal et quelquefois du même meta! que la vaisselle qu'ils portaient, c'est-à-dire d'argent, d'argent doré ou même d'or. Chez les personnages moins élevés en dignité ou moins riches, ils étaient de bois, et alors on les recouvrait d'étoffes brochées et de tapisseries précieuses. Les simples bourgeois s'en servaient comme les rois et les nobles, et on les trouve aussi chez les dignitaires de l'Église; l'auteur des Vigiles de Charles VII, Martial d'Auvergne, en parle dans les reproches qu'il adresse aux évêques de son temps au sujet de leur luxe , et parmi les redevances que les habitants de Chaillot payaient chaque année à l'abbaye de Sainl-Germain-des-Prés, figurent une demi-douzaine de petits bouquets
-m tTLA RENAISSANCE.
AMEUBLEMENT CIVI
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EN CH Cl Geisenl^
LE MOYEN-AGE Fî LA RENAISSANCE
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Rivaud del.
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Acileriiorcn lilli
MEUBLE en cliènc 5cu\]>\c /M' J/éc/e/ Colleclion de M™Bertdul,a Paris.
F. Sdré Jirexit