DOUZIÈME SIÈCLE
Vers le milieu du douzième siècle, on commence h voir paraître le plastron de fer, qui annonçait le rétablissement de l'ancienne cuirasse de fer ou d'airain portée par tous les peuples de l'antiquité classique. Ce plastron était porté sous le haubert pour
Chevalier, lire d„ Psautier * Louis-le-Cro.i . cilé plu. baul fol. VI i,r.o. SOUlCVCr aU "dCSSUS dC Kl
poitrine, sa pression sur cette partie du corps ayant été trouvée nuisible h la .santé.
A la fin du même siècle, les cottes de mailles, d'origine orientale, étaient déjà généralement portées par les chevaliers tant en France qu'en Allemagne ; on les mettait sous une veste , dans le genre du hoqueton que nous venons de décrire , et qu'on appelait en Fiance gambison.
ET l.A lU: NAIS SAN ci:.
A rt'|iO(|iie (II' l'liili|t|>(^-Aiimislc, pliisicuis (.haii^'cmctils ciirciil lifii ihiiis les .iiiih- *'l dans le ('osliiiiif militaire.
I.'aihalfle, dont l'usaj.;!' avait ('-k' (KHciidu [lar le |i:i|»r Innocent II en I i:VJ, fdt reprise dans la troisième croisade sous Pliilippe-Aiijiuste. ("est ii toit t\\\r (|iieli|ucs auteurs ont attribué à Hicliard Cœur-de-I.ion l'inveiilion de cette aime; il est certain (lu'olle (itiiit déjà employée pour la (ha.ssc, en France co^nine en Angleterre, .sous le ri'gne de IMiili]»|)e I". On en lit usage h la guerre, sous Louis-le Gros et sous l.ouis-le-Jeune jus- (pi'en i 1151), année dans laipielle elle lui prosciite par le saint-siége. Kicharil contribua probablement à la l'aire adopter de nouveau dans les guerres religieuses, cl c'est sjms doute [)ar celle raison que quelques auteurs lui en ont attribu('' l'invention. Depuis cette
époque, l'arbalele n'a cessé d'être employée dans les armées françaises, et elle ne lui supprimée définitivement qu'en 1560.
Le casque changea conqilc'leniiiil de forme .sous l'liilip[ie- Auguste :
de conique qu'il était, il devint cylindriipie.
et on y ajouta une visière que l'on appela renlail. Le vi.sage, que le casque normand avait laissé découvert, fut désormais garanti des coups de l'ennemi. Les chevaliers du Temple , dont le costume fui déterminé par le [lape Eugène en I18G, sont représentés, dans leur sceau odiciel, coiffés de ces casques cylindriques avec ventails.
La chemise de mailles, quoique généralement répandue à l'époque de la troisième croisade, n'avait pas cependant l'ail entièrement abandonner les hauberts à antieaux de fer. à inailles, à rustres, ni les hoquetons asiatiques.
Richard 1", roi d'Angleterre, est représenté sur son ^ceau (voy. .Meyrick, [d. Mil i couvert d'un haubert à anneaux, au-dessous duquel on voit dépasser une luni(iue de drap. Ses cuisses, ses jambes et ses pieds sont garantis par des chausses couvertes de ces mêmes anneaux. Il porte le casipie cylindricpie avec un bandeau de fer ou ventail qui lui couvre le visage. Au niveau des yeux et à la hauteur de la bouche, on remaiipie
'lier de Louis-te^Gros , cilf plus Imut fol. VI verso.
deux lentes horizontalc^s qui permettent au guerrier de voir et de respirer. C'est la forme primitive des casques cylindriques , qui fut ensuite modifiée de bien des manières. Un contemporain de Philippe-Auguste, Alexandre II, roi d'Ecosse, est représenté sur son sceau, au dire de Meyrick , avec une armure h màcles; pieuve que l'armure h mailles de fer n'était pas encore généralement adoptée en Europe. Ce sceau olîre le premier exemple d'une cubilière, pièce d'armure destinée h garantir le coude et dont l'usage ne devint commun en France que sous le règne de saint Louis.
Les boucliers, sous Philippe- Auguste, continuèrent d'être pointus à leur partie inférieure, et coupés horizontalement à la partie supérieure, comme les boucliers normands-, mais on les courba dans leur hauteur pour mieux envelopper le corps et parer les coups.
La cotte d'armes prit aussi naissance pendant la troisième croisade. Le sceau de Jean -sans-Terre présente, d'après Meyrick, le premier exemple d'une cotte d'armes
portée par un roi d'Angleterie. Ce vêtement est appliqué sur un haubert à anneaux, qui dépasse la cotte d'armes de quelques pouces à sa partie inférieure et à l'extrémité des bras. En couvrant les armures de cette espèce avec une dalmatique, qui était de drap ou d'étoffe de soie, on n'eut pour but que de rafraîchir les armures, qui devenaient insupportables sous les rayons du soleil d'Orient ; mais bientôt ce nouveau vêtement servit à distinguer, au moyen de diverses couleurs, les différentes nations qui marchaient sous l'étendard de la croix. D'abord, ces cottes d'armes n'eurent aucune marque distinctive, aucune figure peinte ou brodée; elles furent d'une seule couleur ou bigarrées. Mais, pendant la troisième croisade, autant pour préserver des effets du soleil l'armure des croisés que pour les mettre à l'abri des pluies, on imagina de se couvrir le corps d'un ouvrage de pourpointerie dont l'usage s'('tendit beaucoup sous le règne de saint Louis : c'était une espèce de grande veste matelassée et piquée, qu'on appela colle gamboisée. Les plus riches étoffes étaient souvent employées pour ces vêtements, qui se portaient en même temps que l'habillemenl de mailles; l'un et l'autre avaient, à cette époque, un capuchon sous lequel on mettait une calotte de fer qui couvrait la partie supérieure de la tête, et qu'on appelait chapel de fer. Ce chapel fut porté comme casque, après la suppression du capuchon.
Il faut noter ici que la grosse cavalerie, composée entièrement de chevaliers, ne porta jamais la coite gamboisée; elle fut toujours couverte de mailles depuis l'importation de ce vêtement oi-iental. En résumé, à la troisième croisade, les guerriers étaient
/,'• roi (iiiiilauvie. ainsi représenté sur »oii scenH . cOD&erve en Anyleleire et cite plas liant, loi. UI.
Jean-sunS'Terrf , ainsi représf^Dtê sur son sceau .
rpproduil par Meyrick.
F.T I. \ i; i:\Mss \\rr„
mitMixaniK's cl plus discipliiK's (\{U' ceux (|ni Icsiiv.iioiil |ii'<'(('(l<''s en Palestine : les l'ant.issiiis s<^ scrviiiciit tlo l'arlKilt'Ic, nt''i;liL;(r dans la (Iciixii'iiic f'X|t<''ilili(>ii : Iciiis niiiasses cl [cuis lioiiclicis, recouvcils (ruii cuir (''pais, i(''sislaienl hicii aux liailsdcs Sarrasins; aussi, sur les eliamps de bataille, voyait -ou (|uel(|uefois des soldats, tout hérissés de flèches et (pie les Arabes com[>arai('iil ii des pores-épics, eouserver leurs rangs et continuer à comballre.
Le bouclier rond . (pi'on appela rondaclie , succéda au bouclier iionnaiid ;i poiiilc, (pii avait de eu usai^e jus(ju'au reloue de Philippe- Aiigiislc. Les pieinicres loiidaches n'avaient pas plus de deux piedsde diami'tre, et souvent beaucoup moins : elles étaient plates ou pres(pie plates; mais on ne (arda pas ii les faire convexes du côlr di l'ennemi et «pudcpiefois même concaves. Sous Louis IX, les boucliers pointus reparurent, el ne furent complètement oubliés que sous le règne des successeurs immédiats du saint roi.
Le costume des liuudeurs, vers le milieu du treizième siècle, n'est autre cpie ( dui de la class(? inféiieure du peuple, dans laquelle on recrutait ce genre de eombattiiiiLs. Du reste, il n'y eut plus de frondeurs dans les armées françaises après le règne de saint Louis. Quant aux archers, ceux d'Angleterre portaient, à cette époque, sur leur hau bert, une veste de cuir que les archers fraïu^-ais adoptèrent (iuel(|U(\s aiuK-es plus lard cl qu'As ^lipeVcrcnl Jacques -(('Ingldis ,- U'inoin ces vers d'un vieil auteur du quinziiiiic siècle nommé Cotpiillait :
C'étoit un pourpoint de chnmois
Farci de bourre sus el sous,
Un grand \ilain ja(iue-d'Anglnis
Qui lui pendoit jus([u'aux genoux.
Non -seulement les archers mais encore les seigneurs portaient de (es vètemeiil> courts et étroits, taillés en étoffe plus ou moins riche. Lors du voyage t!e Charles VI en Bretagne, il portait un jaque en velours noir.
Pendant le règne de saint Louis le casque de guerre subit une modification de l'orme, (pi'il importe de signaler. La moitié supérieure du heaume piil la foruie d'un côiw tronqué; la moitié inférieure, restée d'abord cylindrique, devint, un peu plus tard , de la forme d'un (("me tronqué renversé. Ainsi, le heaume avait la figure de deux c(^)nes tronqu('s réunis par leurs grandes bases. Les croisés avaient tracé sur le devant de leur heaume une croix dont la braïuhe verticale prenait du front au menton et dont la branche horizontale était à la hauteur des yeux. Un exemple de ce génie de casque se voit dans iMontfaucon {Monarchie Françoise, pi. XCI, lig. 5), qui l'a tiré du monument de Hugues, vidauie de Chàlons, mort en 127!).
B™-Ans. ABMMBiE. Fol IK.
C4»<|ut< lie lluj^urt , \iJaiiicdr CbâIoDi.
Outre le lieaiiiue, qui l'ut d'abord cylindrujiie et ensuite tronconique , on portait à cette époque le chapel de fer : c'était d'abord une simple calotte qu'on plaçait sous le capuchon du haubert; on attacha ensuite ce capuchon, dont on retranchait !a partie supérieure, aux bords du chapel ; on ajouta enfin un rebord à la calotte de fer, et le chapel prit une forme dans le genre des chapeaux ronds en feutre que nous portons encore.
Au milieu du treizième siècle, les Allemands employaient déjà de grands espadons à doux mains. Ils en ont conservé l'usage jusqu'au temps de .^laximilien 1". Dans quelques ordonnances de la vilîe de Paris, il est fait mention des grandes épées de Lubek, ville où on les fabriquait mieux qu'ailleurs.
Sous le règne de l'hilippe-le- Hardi, successeur de saint Louis, le costume guerrier épi'ouva quelques modilicalions importantes qui se maintinrent jusqu'au temps de Philippe de Valois, l'aimi ces changements, le plus remarquable est celui que présente l'adoption des grèves en fer plein ou demi-jambières qui couvraient seulement le devant de la jambe. Dans les premiers temps, ces grèves élaient faites en peau ou en toile rembourrée, sui laquelle on fixait des anneaux de mêlai, comme sur le haubert; mais cette partie de l'armure n'ayant pas besoin de ilexibilité, onfinit par faire la grève d'une seule pièce d'acier. Nous avons déjà vu qu'à l'époque de la troisième croisade on avait commencé à faire usage de pièces d'acier qui protégeaient le coude, c'est-à-dire de cubitières; on vit paraître, peu après, les genouillères; et enfin, sous Philippe-le-Hardi , nous trouvons quelques exemples de demi-jambières. Ainsi, peu à peu et progressivement, le harnais de 1er parvint à couvrir loules les parties du corps.
On commença, vers cette époque, à abandonner le capuchon dont le haubert avait été uuuii depuis son origine , et , pour garantir le cou et la partie inférieure de la tête qui n'était pas couverte par le chapel, on attacha au bord de la calotte un tissu de mailles de fer qui retombait sur les épaules comme une palatine, et qu'on appela camail par analoi^ie avec une partie du costume desGrecs de Constantinople. La calotte métallique, à huiuelle était attaché le camail, prit alors le nom de coiffe de fer ; les Italiens l'appelaient cervelliera ou copelletto di fèrro; plus tard, on lui donna aussi en France le nom de cervelière.
De plate qu'elle était à l'origine, la cervelière devint pointue à sa partie supérieure, et prit !e nom de bassinet; mais il était bien différent du casque, qui, dans le siècle suivant, conserva ce même nom, puisque celui-ci arriva, par des modifications successives, à être le casque complètement fermé, qui fut le plus généralement porté à la fin du quatorzième siècle et au connnencement du quinzième.
On trouve encore sous Philippe-lc-Bel quelques cottes gamboisées. Entre autres témoignages, nous citerons une miniature d'un manuscrit du temps, reproduite par .Meyrick. Elle représente un chevalier portant une de ces cottes gamboisées qui remplaçaient un lort haubert, et des chausses gamboisées de même. Eïle ollre le premier exemple du ganlelel de fer à doigts séparés. Le bassinet à camail , que le chevalier poi'te
â«M..l i,-ut l'Iiilir
il'uii m», dii Ipinpi,
Kl LA UK.NAISSANCF.
sur i:i If'lc, ;i un vciilail iiiuhilf : c'esl une des premières niuilificalions <lii bassincl |)(iiii(ii.
]a\ collr ^';iiiili()is('e on [i()iir|i(mili'f t'iail employi'e aussi pour les clicvaux. L'ne ordoriiiance de l'Iiilippe-le-Bel, datée de l.'iO.'J, porle i\\\' to.is ceux (|iii auroiil 500 livres de renie devroiil fournir un homme hirii armé, monte'' sur un cheval couvert d'ime armure de fer ou d'une couverture pour- [toinlée.
L'époque lie transition entre l'ancienne armure de mailles et la nouvelle armure en fer p'ein ou eu acier, (|u'on a appelée aussi armure plaie, (laie des trente premières années du ijiiatorzième siècle.
Kn Italie, l'armure plate était généralement porl(''e en 1315. Les annales llorentines contiennent, pour cette année, un règlement qui prescrit à tout cavalier, à son entrée en campagne, d'avoir un casque, un plastron, des gantelets, des cuissards et des jambièrcL^, le tout en 1èr; mais, eu fiance et en Angleteire, ces parties de l'arnuire plate commençaient seulement il s'introduire, et le costume militaii-e le plus coninum était encore l'ainnire de mailles, le hassinet coni- (|ue a camail, et des plaques de fer appliquées sur les bras, les coudes, les cuisses et les jambes, d'où se formèrent bientôt les brassards, les cuissards et les jambières, ("e costume de guerre, composé de (|uelques pièces en mailles et d'autres pièces en plaques de fer, était communément ap pelé en France armure de fer. D(> li
vieiil probablement l'erreur dans laquelle sont tombés tant d'aitistes qui ont donné aux personnages de celte époque, et même des époques antérieures, des harnais de guerre tout en plaques de fer, tandis que ces harnais n'ont été adoptés en France que vers le milieu du quatorzième siècle.
Sous Philippe V et Charles IV, on fit quelques pas de plus vers l'adoption de l'armure pleine. On voit, dans les monuments de cette époque, le bassinet prendre la forme de la tête ; le camail ne couvre plus que le cou , tandis qu'auparavant on l'attachait au casque à la hauteur des oreilles. Au lieu d'un haubei't h mâcles, plusieurs morceaux d'acier sont successivement fixés sur une tunique de drap qui descend jusqu'aux genoux. Sur l'épaule on met des plaques mobiles, et les aisselles sont défendues par des rondelles. L'arrière-bras au-dessus du coude et l'avant-bras au-dessous sont garnis de plaques demi-cylindriques attachées par des courroies et des boucles. Les gantelets sont composés de plaquettes rivées sur des gants de daim : les pieds sont couverts de la même manière; les jambes et les genoux sont protégés par des jambières et des
genouillères.
Quelques pièces de l'armure de fer du cheval commençaient aussi à être en usage à celle époque. Ainsi, on trouve \m cli an frein nommé dans l'inventaire des armes de Louis- le -Hutin en 131G.
Les casques de celte époque étaient le heaume et le bassinel. Le premier était cylindrique; le ventail à grille et la visière s'ouvraient à charnière. Le bassinet, plus léger que le heaume, était porté par le chevalier qui ne s'attendait pas à être attaqué; on ne larda pas à y ajouter la visière, et alors il devint, dans les combats, d'un usage aussi général que le heaume, qu'on finit par abandonner vers la fin du quatorzième siècle pour le bassinel à visière.
A cette époque l'arbalète était l'arme dont on se servait le plus en France et même en Europe, parce qu'elle avait deux avantages qui lui donnaient une grande supériorité sur les simples arcs : elle se tendait plus follement et lançait ses traits bien plus loin et avec beaucoup plus de précision. A la bataille de Crecy, en 1346, il y avait, dit-on, dans l'armée française, quinze mille arbalétriers. Les Génois étaient renom mes comme les plus habiles arbalétriers; ceux de Paris venaient après. On peut voir leur costume dans un manuscrit de la Bibliothèque Britannique : ils portent des chapels de fer et des armures de plaques sur les bras et les jambes; leurs corps sont protégés par des jaquettes à longues manches pendantes. Des pavoiseurs étaient chargés de gaiantir les arbalétriers en tenant devant eux de larges boucliers, sur lesquels plus tard on traça des armoiries.
Deux monuments encore existants, et du milieu du quatorzième siècle, nous donnent une idée exacte du costume militaire de celte époque : ce sont la statue équestre de Bernardo Visconti, qu'on voit à Milan, et le tombeau de sir Guy de Brian à Tewkesbury. Ces deux monuments oll'rent deux précieux exemples de l'armure de transition de celte époque. Les deux guerriers portent des hauberts qui ne dépassent pas le haut
i:r l-A IIKNAISSANCK.
ili' l:i ciiisso : (.olui de Visroiili i-sHeniiiiK' par iiiic (Icnteliirc en lésion; n-lui de Brian est nui. Ils porlenl tous denx des jii|»oiis ou (jniiions, de soie ou de velours, plus courts que le haulierl. Le jupon ('lail assujelli |iar lui ceinlin'Ou, auipiel ('taienl suspendues, ii gauche l't'pée, l\ ilroilc la daij;ue. Guy de Hriau porte des plaques de coude, qui ont été les premières cubilières, et au-dessous d'elles, plusieurs lames d'aeier placées lon^iludinalement jusqu'au poignet et qui paraissent allacliées sur l'étoile. Il a aux mains des gantelets h doigts séparés. Ses chausses sont garnies, par-devanl el sur le côté, de plaques d'aeier (jui tenaient lieu de eui.ssaiil. La même disposition se n'-pèle pour les jandx'S. Les genoux sont aussi délentlus par des phupies qu'on appelait prohahlement déjà genouillères. Le bassinet à camail rouvre sa tète.
Visconti porte, sur les manches de son haubert, des cubitières surchargées de pièces ovales ornées de sa devise, et des demi-biassards pour l'avant- bras. Sur le devant des cuisses .sont des demi-cuissards; et veis le derrière, des pièces d'acier parallèles aux premières et conliguës. Les genoux sont couverts par des genouillères ; les jambes, par des jambières ou bolles d'acier, comme on les appelait alors, et des solerels (ou chaussures de fer), qui avaient une pièce attachée par une charnière [)our couvrir le talon. H poite des éperons h larges molettes. Ce genre d'armure fut en usage pendant tout le règne de Philippe de Valois. La selle de Visconti est l'emar.juable en ce qu'elle donne au cavalier un siège élevé, el, par consé(|uent, un grand pouvoir pour diriger les mouvements de son cheval; les étriers sont de forme elUplique , garnis, juste audessous du cuir, de petites plaques saillantes dont l'usage n'est pas bien connu : les étriers se nommaient h cette époque saulouers, et Ducange prétend que de lii dérive le mot sallier, ou sautoir, usité dans l'art héraldique.
C'est sous rhilippe de Valois, en 1338, qu'on commença à faire usage des premières armes à feu en Fiance.
Sous Jean-le-Bon, l'armuie plate était généralement en usage; le long haubert, plus pesant el moins commode que l'armure plate, fut presque entièrement abandonné, mais on continua à garnir de mailles certaines parties qu'on ne couvrait pas encore avec les plaques de fer. Le bassinet, qui ressemblait à un bonnet pointu, avait une garnituie de mailles, qui couvrait le cou et une partie des épaules : la partie supérieure du bras était garantie par un demi-brassard qu'on appelait èpauleltc; mais le dessous du bras était garni de mailles.
On peut fixer à la même époque l'adoption du faucre, espèce de crochet placé au côté droit du plastron de la cuirasse et qui servait h soutenir la lance en arrêt. Froissart parle de celte pièce sous l'année 1356. Eustache d'.\mberlicourl portait à la bataille de Poitiers une cuirasse à faucre. (Voy. , PI. XI, fig. 1 , une armure allemande portanl le faucre.)
CH.VULES V.
Meyrick dit que, du temps de Charles V, on avait coutume de s'armer d'un bassi-
!iel, de forme coiii(jiie, ayant un camail avec une large broderie d'or et d'argent salles épaules. Qiiclqi'Pfois les bassinets avaient au sommet un ornement en forme de feuillage, qui présentait l'inconvénient, dit la Chronique de Duguesclin, d'offrir une poignée pour saisir le porteur d'un tel casque. Chaque chevalier avait sa hache de bataille, attachée à la ceinture. Enfin, on voit, par un rôle de la chambre des comptes de Paris en 1432, que le jamboison continuait à être porté à celle époque.
CHAULES VI.
Sous Charles VI , on ajouta pour la première fois, au bas de la cuirasse, des plaques mobiles, appelées faites, qui couvraient la partie inférieure du ventre sans gêuer les mouvements du corps. A la fin du règne de Charles VI , cet usage était devenu général ; on ne voyait plus guère de cuirasses sans falt's, composées de trois, quatre et cin([ lames.
Les artistes milanais étaient déjà renommés à cette époque pour la fabricalion des armures, et ils conservèrent toujours lear supériorité. Froissarl rapporte (tom. V' , pag. 507) que le comte de Derby (qui devint roi d'Angleterre sous le nom de Henri IV), dans ses préparatifs de combat contre le duc de Norfolk, envoya des messagers en Lombardie pour demander desarmes à Galéas, duc de iMilan, qui lui adressa, en outre, quatre armuriers milanais. Les épées et les lances fabriquées à Toulouse et \\ l?oideaux avaient aussi une grande réputation; enfin, les casques d'acier de Montaubaii étaient fort renommés.
Le iabard était une espèce de colle d'armes qu'on portait à celte époque et qui continua d'être en usage jusqu'au temps de François 1". C'était une espèce de tunique, qui couvrait le devant et le derrière du corps, et qui était ouverte sur les côtés. Ces vêtements, appelés aussi renones parce qu'ils couvraient les reins, servaient à cacher li dague que l'on portait des.sous; ils étaient oinés d'armoiries, comme les colles d'armes.
Les monuments qui nous restent de cette époque, quoique en petit nombre, prouvent qu'à la fin du quatorzième siècle l'armure entière était en fer; le casque généralement porté alors était le bassinet à visière; le Musée d'artillerie en possède six; partout ailleurs ils sont extrêmement rares, et ce sont les plus anciens qui soient parvenus jusqu'à nous.