QUINZIÈME SIÈCLE
Dès les premières années du quinzième siècle l'élégance des formes et le luxe des ornements commencèrent à .s'introduire dans les armures, qui jusque-là avaient été simples et unies.
Un perfectionnement important marqua aussi cette époque : des goussets en lames (le fer furent ajoutés aux épaulièies ou épauletles, et remplacèrent les goussets de mailles, pour couvrir l'aisselle au défaut de la cuirasse. On ajouta des plaques de même
[:t la nr:N\iss.\iNCE.
j,'ciii(' à l;i pallie oxlérieiirc de la <^eii(»iiillcr(', el on les appela t'-^^alenieiil j,'oussels : les |)liis anciens <,'onssels d'éijaiiles Curent coniposi's de ciiiti ou six lames (|ni couvraioni une paitic de la [loiliine, les l)ias et les ('paulcs; un peu plus lard, on les lil d'une seule pièce.
La statue qui décore le tombeau de Georges Feidhrid^e, en Angleterre, porte des goussets à plusieurs lames; sculptt'e au commencement du quinzième siècle, elle oUVe le |)remi('r exemple de ces pla(iues [lendaulcs (pii couvraient la naissance des cuisses et qu'on a|»pela losscllcs ou tuiles.
A celle époque, une autre espèce de Ujssette, qui fut ajoutée à la genouillère, était attachée sur le liant de la jambe; mais celle innovation ne fut pas de longue durée et disparut peu d'années après.
Ou trouve encore dans les monuments de ce temps le premier exemple de jambières sans solercls ; L elle partie» ilerarmurc était alors rem|ilacée par un ('trier cf)uveit, qu on appelait, à ce (juil parait, étricr à pied Cet usaye devint assez générai dans les temps |)ostérieurs, parce (jue, en elîet, le pied restait plus dégagé pour marcher; cl il était siiflisammenl défendu par l'étrier couvert, quand le guerrier était à cheval.
Un des types les plus remarquables de l'armure de ce temps se trouve dans les deux statues qui étaient placées autrefois à l'entrée de l'église de Sainte Catherine à Paris, et dont le dessin nous a été conservé par le P. Wmk'\ (Milice franc., iom. 11, [il. ii). L'inscription (jni était au bas de ces statues prouve qu'elles dataient du coniinenceiiieiil du quinzième siècle; et, quoiqu'on ait voulu représenter des sergents d'armes du temps de saint Louis, on sait qu'autrefois on dormait toujours aux personnages (jiron représentait, soit en sculpture, soit en peinture, le costume de l'époque où vivait l'artiste, et non celui du temps où avaient vécu les personnages.
Les armures de fer avaient été jusqu'alors dénuées (roniements gravés, ciselés ou damasquinés; on se contentait de donner an métal un beau poli , et quelquefois on le couvrait de peinture. Vers la fin du règne de Charles VI on commenta à voir les premiers essais d'ornements gravés à l'eau-forte; ils ne consistaient qu'en de simples lignes, tracées surtout vers le haut de la cuirasse.
Les engins de guerre, l'artillerie du temps, avaient reçu, à cette époque, divers perfectionnements. Loisqi'.e le duc de Bourgogne, Jean -sans- Peur , marcha sur Paris en 1411 , il avait un nombre considérable de machines nommées ribaudequins , espèces de grandes arbalètes (jue traînait un cheval , et qui lançaient au loin des javelots avec une force terrible. Il avait été fait aussi, pour le siège de Dun-le-Hoi, une grande machine qui, à force de pondre, lançait des pierres énormes et faisait de cruels ravages chez les assiégés. On se servait déjà beaucoU|) des nouveaux canons à main : c'était un tuyau de fer, à l'aide duquel on lançait des balles de plomb. L'artillerie, sous Charles VII, étiiit fort reinanpiable, et jamais dans la chrétienté on n'en avait vu une si belle et si complète.
Au commencement du règne de ce [>rince, le plastron de la cuirasse était composé
(le deux parties : la partie supérieure couvrait la poitrine; la partie inférieure s'élevait depuis les hanches, couvrait le ventre, et venait, en formant un angle, se superposer au bord inférieur de l'autre partie, à laquelle elle était retenue par des courroies. Deux armures de ce genre, mais sans courroies ou attaches, se trouvent au Musée d'Artillerie de Paris.
Cette forme n'était pas la seule adoptée à cette époque, les monuments nous présentent aussi des cuirasses à plastrons bombés. Il paraît que ces plastrons furent usités d'abord dans les Pays-Bas; on les remarque pour la première fois dans les portraits des comtes de Hollande peints h cette époque et que l'on voit encore h Utrecht.
De I4i0 à 1450 les armures de guérie conservèrent la forme élégante et légère
,1rmurc du W' Biecic. — N" I ilu Miisie d .Arlilli'ne île Pans
(jue l'on admire dans l'armure de celte époque, qui se voit au Musée d'Artillerie de
i:t Iw\ iîenaissance.
Paris, sous le nimiôro 1. Qiiel(|iK's (aniicluios <(tiiiiii('ii(t m (If'-jii :i par.iilro sur la fuirasse el les cuissards; la moitié iiilV'rieuiiî du plaslroii est IcruiirM'i' |iar nu (V-slon soigiiousonienl c'X(''Cii(é. A celle ('|>0(|U(', ou irua,niua aussi de j,'ariiir le lias de la eui rassc deeiiKjou six liiiK'tli\s ou lasselles, plus ou luoius lougucs, qui peudaieiil autour du corps. C'est ainsi iprélaient habillés Cliailes VII cl Jcainie d'Arc, dans le inonuineiil (jue ce roi (il ( rigcr ii Orléans pour perpéluer la iiiéinoire des services que lui avait rendus l'héioine de Donireniy. Jeanne, dans ce monument, porte une armure (riiomnie; et, en elTet, nous savons (|ue ce fut une armuic de soldat (|u'<'lle endossa, puisque ce lut la la [»l us forte charge qu'on éleva contre elle pour l'envoyer au supplice.
Charles VII, instruit par l'horrible défaite d'Azincourt et témoin des bons services que les archers rendaient dans l'armée anglaise, institua en France le corps des francs-archers. Ceux-ci poitaienl la salade, la dague, l'éjtée, l'arc, le carquois ou larbalète garnie , el la jacque ou liu(pie de brigandine. Ces archers étaient francs de la taille du roi , de la taille des gens d'armes, et de toule autre subvention; leur équipement était déclaré insaisissable pour dettes, et ils recevaient à la guerre une solde de quatre livres par mois. On levait un ariher |iar cinquante feux. Montfaucon {Mon. franc., III, pi. ci.xxxvii) donne le portrait de Guillaume du May, caj)itaine des archers du roi , moit environ trente' ans aprJs la date de cette ordoiuiance : il porte un casque fermé, des pièces d'armure plates aux jambes et aux bias, une brigandine terminée par un bord uni de mailles, et un gorgerin sendjlable.
Le jasseran ou la brigandine était, sous le règne de Charles VU, l'habillement des archers. Ces deux costumes de guerre étaient composés de plaquettes d'acier ou de fer, disposées sur une forte toile ou sur du cuir, h la manière des écailles d'un poisson, et bien cousues ou arrêtées avec du fil de fer. L'ordonnance de Pierre, duc de Bretagne . publiée en 1 ioO , prescrivait aux nobles, entre autres choses, de se tenir en habillement d'archer ou brigandine , s'ils savaient faire usage de traits, et, dans le cas contraire, d'être pourvus de guisarmes, de bonnes salades, de harnais de jambes, et d'avoir chacun un cousiitlier au moins et deux bons chevaux. Lti guisarme était une arme d'hast, une espèce de javeline h deux fers tranchants et j)oinlus. Le coustillier était un cavalier ii la suite du gendarme : outre le couteau, il portait aussi la couslillc ovk cuulille , épée longue, déliée, triangulaire ou carrée.
La salade est le casque caractéristique de l'époque de Charles VII; ce nom a été pourtant appliqué à des casques de formes bien dilférentes. A l'époque dont nous parlons, la salade était un casque composé simplement d'une calotte ou timbre qui couvrait le haut de la tète, avec un couvre-nu<iue plus ou moins allongé (pii garantissait le cou par derrière et quelquefois le haut des é[)aules. Vers la fin ilu cpiinzième siècle, on ajouta à la salade une petite visière qui ne couvrait que la partie supérieure du visage : une fente horizontale était pratiquée à la hauteur des yeux ; cette visière, qui ne couvrait d'abord que la moitié du visage, augmenta peu à peu de grandeur et Bdui-Arls. AEitURHUL U Xlll
arriva jiiS(]u'au-ilessous de la bouche. Ce nouveau casque, appelé salade à visière, a été en usage eu Allemagne plus que partout ailleurs.
Le caraclore distinctif de la salade du quinzième siècle, c'était d'être indépendant de la cuirasse. Sous Louis Xll, ou ajouta h la salade h visière une mentonnière, ayant à sa ])attie inférieure une gorge qui enveloppait et protégeait le cou; on termina le haut de la cuirasse, du collelin ou de la collerette, par un cordon; la gorg(> du cascpie vint s'emboîter dans le cordon de la collerette ou collelin , et ce casque, si diflérent de la première salade, continua encore à porter ce nom,
La statue monumentale du comte de Warwick (qui mourut en 1439) se voit à Londres; elle oiïre un spécimen très- remarquable de la forme du costume de guerre de cette époque. Le sculpteur a placé h côté du comte un casque qui n'a pu être employé que pour les joules ou les touinois. On en voit un semblable au Musée d'artillerie de Paris. Cette forme de casque a pu commencer à être en usage, du vivant du comte de Warwick; mais il n'a été généralement usité dans les joutes et tournois que trente ou quarante ans apri'S.
On a porté aussi, sous le règne de Charles VII, un casque de forme particulière, qu'on appelait casquel; il était orné d'une plaque saillante sur le front, au-dessus des yeux, espèce de garde-vue qui, dans nos casques modernes, a reçu improprement le nom do visière.
A cette époque, les seigneurs français déployaient beaucoup de magnificence dans les ornements du chanfrein de leurs chevaux. Ainsi, nous savons que le comte de Saint-Pol, au siège de Ilardeur, en 1449, avait mis sur la tête de son cheval de bataille un chanfrein évalué à vingt mille couronnes : il était non-seulement d'or massif, mais du travail le plus exquis. Dans la même année, au siège de Bayonne, le comte de Foix, en entrant dans la ville soumise, était monté sur un cheval portant un chanfrein d'acier poli, enrichi d'or et de pierreries précieuses, d'une valeur de quinze mille couronnes d'or.
La forme gracieuse, légère et svelte, donnée aux armures sous les rois Charles VI et Charles Vil, fut presque généralement abandonnée sous Louis XL Elle fut remplacée par des armures bombées, qui avaient déjà commencé à pai-aitre sous le règne de son prédécesseur; cette forme, modifiée et ornée de cannelures artistement faites, devint cependant assez élégante, comme nous le verrons par la suite.
Sous Charles VII et Louis XI, la mode de terminer les souliers par une longue pointe ornée défigures grotesques, fut }iorlée aune (xagéralion qui |)Ourrait paraître fabuleuse, si tous les monuments de l'époque n'en attestaient pas la réalité; les pointes de ces souliers à la pimlaine avaient une demi-aune de longueur et plus. Nous aurions de la peine à concevoir comment on pouvait marcher avec cette singulière chaussure, si les historiens ne nous disaient que ces longues pointes étaient relevées et souvent attachées au genou par un cordon ou une chaînette. Cette mode en vint au point, que les évêques excommunièrent les souliers à la poulaine, les traitèrent de péché contre
i;t i.\ iîi:NAissANf;E.
nature el les (K-claiôrcnt invcnlés en dérision du Créaleur. Oi'>'"i<l l'<'<''t <!'' Cli;irles NUI stippiinia ces souliers ridicules, on donna dans l'excès contraire , et on en ado[tla d'aud'cs très-arrondis (ju'on appelait à bec (la canard. La l'orme des arnuircs de pied suivit les vicissitudes de la mode, (pu variait alors autant (jue de nos jours : les lioiits des solerels devinrent extrêmement larges et arrondis. Celle forme, d'ailleurs, con venait assez bien à celle des cuirasses bombées, et les cannelures s'y adaplaieiii aussi à merveille.
Au temps de Louis XI, les ainnnes ilc tournoi Curent assez diirt'rentes des arnnires de guerre, (pi'un liiisait alors excessivement bombées. Klles étaient gainies de la |)ièce qu'on ap|)elait grand'garde, qui couvre la poitrine du côté gaucbe; de celle cpi'on nommait pièce volaille, qui couvre la visière, et du garde-bras, qui s'attachait sur la cubitière gauche. Ces pièces enlevées, l'armure était propre h être portée à la guerre, el vice versd, les armures de gueire des chevaliers étaient disposées de façon (|ue, par l'addition de quel(]ues pièces, elles pouvaient servir aux tournois et aux joutes. Cette espèce d'armuies simples, (pii admettait souvent des pièces additionnelles, forme une série à part dans l'histoire des costumes de guerre du Moyen Age. Dans ces armures, encore plus que dans celles de bataille, les jambières se terminaient à la cheville; un élrier couvert garantissait le pied, et portail souvent un garde -cheville ou plaque de fer, qui s'élevait h la partie extérieure de chaque étrier pour fournir mie défense de plus à la partie inférieure de la jambe.
La planche CXXXIX de IMonll'aucon, qui représente la bataille de Rosebec, montre plusieurs combattanls (jui portent la jazerine, ou jasseran , au lieu de cuirasse, ce qui prouve que ce genre d'armure était encore en usage à celle époque; mais, plus g(''néralement encore, on portait l'armure plate. Ce tableau mérite d'être étudié attentivement, parce qu'il lenferme une grande variété de heaumes, salades et capelines, ainsi que des épées et des aiinures.
Les arbalétriers à cheval de Louis XI se nommaient craneguiniers ; ils portaient la briganline, sorte de cuirasse composée de petites pièces de fer carrées, rembourrées en dessous.
Ce fut vers la fin du règne de Louis XI ()ue l'arquebuse fut inventée en Italie, où on substitua \c déclic et le chien, au lieu de uk ttre le feu avec la main, connue cela se |)raliquait jiour les canons à main; les anjuebuses, qui en sont un perfectionnement, ne furent inventées que près de cent ans après la découverte des canons.
La forme bombée des armures, peu gracieuse en elle-même, surtout lorsqu'elle était exagérée, comme au milieu du ipiinzième siècle, hit modifiée pendant le règne de Charles VIII , et on conunença à l'orner de cannelures, (pii produisaient le plus bel etlet. il y eut cependant encore, sous le règne de (c prince, quelques exemples des formes élégantes et légères du tem|)s de Charles VIL On en voit un exemple dans le tond)eau de sir Thomas Peyton, qui lait le sujet de la planche LV de Meyrick. Les cubilières ont, surtout dans celle statue, un développement qu'on ne trouve que très-
rarenienl ailleurs, et qui, par leur exagération, marquent le mauvais goût de l'ouvrier bien plus que celui de 1 époque, qui annonçait déjà, au contraire, les heureuses conceptions des artistes de la Renaissance.
Rien ne prouve mieux la vérité de cette observation que la manière dont on s'appli- (liiait, sous le règne de Louis XII, h embellir, par des cannelures plus ou moins larges et toujours régulièrement exécutées, l'armure que les chevaliers portaient à la fin du quinzième siècle. Des spécimens assez nombreux et d'un beau travail sont arrivés jusqu'à nous; le Musée de l'artillerie de Paris en possède une douzaine à cannelures variées, qui, dans quelques-unes de ces armures, sont intercalées de bandes gravées à l'cau-forle par des artistes allemands ou italiens. Notre planche XII représente une armure allemande de cette époque.
On voit, sur un manuscrit du temps, que les chevaux portaient souvent sur la tète le chanfrein; sur le cou, le manefuire; sur le devant, le poitrail, et de plus, la croupièie, composée d'une plaque pour le dos, de trois autres pendant sur chaque flanc, et d'une cincjuième sous la queue.
Outre les armures cannelées, on en faisait aussi, en Italie et en France (au temps de Louis XII), qui, au lieu de cannelures, avaient des méplats et des côtes repoussées. Ce travail, mêlé à la gravure , produisait le plus bel eflèt; on en trouve de nombreux exemples au Musée d'artillerie de Paris, et, entre autres, les deux belles et raies armures d'hommes de pied qui y sont conservées; la première porte la date de 1513.
Une gravure sur bois, exécutée par Hans Burghmair en 1508 et qui représente l'empereur Maximilien à cheval, nous donne l'idée la plus complète de l'armure bombée et cannelée de la fin du quinzième siècle et du commencement du seizième, telle (\yie nous venons de la décrire; on y voit aussi la forme des bardes de cheval qu'on poi tait avec les armures de guerre. Cetle représentation du Triomphe de Maximilien uUïe une foule de détails curieux et fort intéressants pour l'histoire des mœurs et coutumes de l'époque. Les planches de Montfaucon, de CXCV à CC, représentent aussi des armures du même temps; la planche CCXII représente celle du comte Gaston de Foix.
Notre planche XI, fig. 1, représente une armure de tournoi, en usage en Allemagne vers la fin du quinzième siècle. Toutes les pièces sont d'une pesanteur extraordinaire; outre le cuissard habituel, on y remarque un second cuissard très-lourd, attaché à la sel'e; au dos de la cuirasse, on voit une femme debout sur un globe, tenant à la main un drapeau aux armes de Bourgogne; à la partie inférieure, est gravée une aigle impéiiale, et au-dessus, deux MM, initiales des noms de Maximilien et Marie.
L'armure bombée et cannelée n'était pas la seule en usage en France et en Italie, à la lin du quinzième siècle et au commencement du suivant. Les monuments du temps de Louis XII , tant dans notre pays qu'au delà des Alpes, nous montrent comme étant
I;T I.\ llE^AISSA^CE.
aussi en vogue un <^oimo d'ai niiiro unie, dont la cuirasse, un pt'U plus allongc'e de tailli' que les ainnncs liondxjes et cannelées, avait um- aivle on (ôlc sur le milieu; celte cuirasse ('tait teiniintr (uirciuatre ou einc; lames, appelées /f<//t'.v, dont la dernière retenait • deux tassettcs pointues ou arrondies. Une des deux armures, (|ui ont lon^trmps passé, au IMuséede l'artillerie de Paris, pour avoir app;ii iiim ii Louis XI, alTccte cette l'orme, tandis (jue l'autre est du i^enre des ai mures cannelées et bombées.
L'armure à côte (pie nous venons de (K'ciirc parait se rattacher aux armures de tournoi du (juinzième siècle; c'est une continuation de cette loime, même sous l'empire de la mode des formes bonibc'es et cannehics, qui, du reste, sous le règne de François I", cédèrent la place aux cuirasses, dessinant mieux les formes du corps, et présentant sur le devant une côte qui se prononça de [dus en [)lus à mesure qu'on arrivait au dix-septième sii^cle.
Sous l'empereur .Maximilicn, il parut en Allemagne une mode fort peu décente et qui s'introduisit bientôt en Italie et en France, dabord dans le costimic civil, puis dans le costume militaire. Toutes les classes l'adoptèrent à l'envi, depuis le dernier artisan jusqu'au souverain; tout le monde porta brayelle ou gmulipisse, comme l'appelle malicieusement Rabelais, et toute l'Furope civilisée suivit bientôt cette mode, qui ne blessait pas la délicatesse des mooins du temps. On vit paraître, au bas des faites des armures, sur le devant, une brayctte en fer, destinée à contenir et à protéger [es, géniloires , laissés jus([u'alors un peu trop à découvert.
Sous le règne de Louis XII, on commence h faire usage d'une arme d'hast, nommée perluisane ou parlisane. La lame en était beaucoup plus large que celle de la lance, et ressemblait assez h l'esponton, avec cette dilférence que la partie de la lame qui avoisinait le manche avait la forme d'un croissant.
Les petites armes offensives de cette épofjue étaient le canon à main , l'arquebuse , les demi-piques et les pistolets. Ce fut alors que le fusil à rouet, d'invention italienne, commença h s'introduiie en France et en Angleterre.
Louis XII fut le premier qui admit dans ses armées des mercenaires grecs, nommés siradiols, qui se louaient pour le service militaire, aussi bien aux Turcs (ju'aux chrétiens. Leur armure se composait d'une cuirasse avec des manches et des gants de mailles et une jaquette par-dessus; et pour la tète, d'une salade ouverte. Ils porlaient un large sabre, appelé braquemart , assez semblable à celui des Turcs, mais avec une barre qui, de même que la bouterolle et les agrafes du fourreau, était ornée de devises grecques. En outre, ils portaient au pommeau de leur selle une masse d'armes et se servaient d'une zagaije, espèce de lance (ort longue, garnie de fer aux deux bouts.
Il y avait, à cette époque, deux sortes d'arbalètes, l'une pour lancer les carreaux, l'autre les balles. La crosse en était courte et n'excédait pas deux pieds; l'arc se tendait au moyen d'un moulinet, comme on en peut voir dans les collections d'armes.
Sous le règne de François I", les armures bombées et cannelées continuèrent d'ètie portées, ainsi que les armures h côte. Notre Musée de l'artillerie possède l'armui-e que
François I" portail à la bataille de Pavie. Le harnais, qui est d'un beau travail, doit servir de type pour la forme des armures de son époque ; la taille y est plus allongée
que dans les arnmres du siècle précédent; l'arête du milieu y est plus prononcée; les goussets de l'épaulicre sont à plusieurs lames mouvantes et de dimension plus étendue que dans les armures des temps piécédents; le casque, nom générique que l'on donna , depuis le commencement du seizième siècle, à toute armure de tète, prit une forme commode et élégante que les hommes d'armes conservèrent jusqu'à la fin.
La forme la plus remarquable de la cuirasse, sous le règne de François I", est celle qu'on voit au Musée d'artillerie, dans les trois armures comprises sous le n° 5. C'était une modificalion , une réunion des deux armures qui avaient été poitées jusqu'alors, depuis le milieu du quinzième siècle : l'armure bombée et l'armure a côte. Mais cette côte, appliquée sur la partie bombée de la cuirasse, prit une saillie plus OTande encore et en vint à former une véritable pointe, à laquelle on dut l'avantage de pouvoir détourner les coups de lance. Cette forme bâtarde n'eut cependant pas une longue durée; elle n'avait rien d'agréable à l'œil et entraînait quel- (|ues difficultés de fabrication, qui durent la faire promplement abandonner.
Un troisième genre d'armure fut en usage dans les pren)ières années du règne de François I", ou peut-être même sur la fin du règne de Louis XIL La taille de celte armure est très-longue, et son extrémité inférieuie se relève sur les côtés et s'abaisse au milieu du corps pour dessiner les contours des hanches et du ventre. La cuirasse était généraiemenl formée par des lames mobiles se recouvrant de bas en haut, et qui permetlaient au corps de se courber, chose presque impossible lorsque le plastron et le dos de la cuirasse étaient chacun d'une t-eule pièce. Quelquefois ces lames mobiles ne sont qu'au nombre de trois ou quatre sur le ventre, et
Aniiure «la XVI