QUATORZIÈME SIÈCLE
Nous possédons des dessins manuscrits qui représentent des pièces, employées un
l'ï LA hKNAISSANCr:.
peu avant l'an ItiOO, c'est-à-dire dans la seconde moitié du ijualorzii ine siicli'. Il y avait déji» plus do ciniiuimte ans que l'on avait songé à utiliser la roire projective de la poudre, et cependant l'artillerie à feu était encore tellement imparfaite, qu'elle était certainement moins redoutable que les anciennes machines enqiloyées concuin-irimenl. Les dessins des bouches à feu, tpii se trouvent sur un manuscrit latin de la lîibliolhJvpie Nationale , monlreul bien toutes les diniciilti-s (\\\\\ \ eut à surmonter, avant d'arriver ;i un em|ik)i ellicace de la poudre.
Les plus anciennes pièces sont appelées bombarda, ou bombarde; ce mot vient du grec (3op.6o;, h cause i\\\ bruit que faisait cette pièce, et il indique à peu près quel peuple fut le premier à inventer ce genre d'engin. Elles sont de médiocre grosseur et paraissent être m métal loudu, probablement un alliage de cuivre et d'étain; la partie qui reçoit la poudre est une chaud)re d'un calibre beaucou|) moindre cpie celui île l'âme, qui est conique, forme nécessaire poui- tirer des projectiles de diflérentes grosseurs. Ces bombardes sont fixées invariablement h des adùls à roulettes; on peut varier leur inclinaison sur l'horizon, par le mécanisme très simple, qui permet d'élever plus ou moins la crosse de cet allïit grossier, lequel n'aurait pu suppoiler un choc violent. Ces pièces devaient donc tirer, avec une faible quantité de poudre ou du moins avec une poudre lente, et [)ar consétpient, on ne pouvait donner aux projectiles qu'une faible vitesse. Ces bombardes envoyaient de simples boulets de pierre ou d'autres auxquels on attachait un aitificc, soit pour incendier, soit pour voir où portait le coup pendant la nuit. Au reste, l'action de ces bombardes était si peu puissante, qu'on avait encore recours, quand on voulait lancer des masses très-pesantes, à des machines à fronde, qui ont joué un grand rôle dans la guerre de siège, au IMoyen Age.
La bombarde cerbolana marque le premier perfectionnement, qui consiste surtout dans les moyens de pointage. La pièce porte de petits tourillons coniques, autour desquels elle peut tourner. La longue queue trouve un point d'appui sur la barre plus ou moins élevée qui la soutient. Le plateau de l'affût est sans roulette et n'a donc aucune mobilité. Nous devons remarquer ces tourillons donnés à nue pièce fondue dès le qualorzième siucle, car nous verrons que celte disposition fut h peu près abandonnée pendant longienips et ne reparut guère que cent ans après, mais avec bien plus d'edicacité.
Nous venons de décrire une pièce tournant autour de ses tourillons : en voici une qui semble h peu près du môme calibre et qui varie d'inclinaison , d'une autre manière. Elle porte dans le manuscrit le nom de bombarda cerbolana anibulaloria. On voit que la partie antérieure de la pièce repose sur une fourche, qui permet de lever plus ou moins la partie postérieure. Ici le plateau roulant porte, en même tenqis (pie la pièce, un manleau en planches, qui sert à couvrir la bombarde et le canonnier. On voit celui-ci occupé à mettre le l'eu, au moyen d'une tige de fer rougie au feu. Nous retrouvei'ons longtemps encore l'usage de ce procéilé.
On employait aussi, à la même époijue, d'autres pièces (pie l'on peut regarder connue
des armes à feu porlatives, bien qu'elles ne se tirent que sur appui. Ici, un homme, revêtu d'une aimure , et placé au haut d'une de ces petites tours mobiles en usage alors dans les sièges, lance une pierre avec une arme h feu, formée d'un simple lube de fer muni d'une chambre. Cetle arme est appuyée sur le parapet. A côté, se trouve une fronde munie d'une pierre de la raèuie grosseur : l'arme h feu et la fronde sembleut devoir servir allernativement, et cela donne la mesure de l'efficacité de la première.
On voit aussi une arme h feu, portée par un cavalier : elle est soutenue par une fourchette qui s'appuie sur le pommeau de la selle. La vue du dessin suffit pour montrer le peu d'effet d'une arme, qu'on ne pouvait pas pointer et qui n'avait qu'un champ de lir fort limité.
On peut apprécier le poids des petits canous à queue, appelés cerbotana, par le dessin, qui en représente trois portés par un âne.
Il n'est pas douteux qu'on ait tiré, dans le quatorzième siècle, des projectiles en métal. On lança quelquefois des boulets en plomb, en fer ou en airain. Il n'y avait là, du reste, rien de nouveau, car on lançait, avant l'invention de la poudre, de petits projectiles en plomb, avec les frondes îi main, et de gros projectiles en fer, et même de gros boulets rouges , avec les machines à fronde.
Dans un manuscrit du quatorzième siècle, conservé au Musée Britannique, on voit le dessin d'une pièce pour lancer des pierres, laquelle a beaucoup d'analogie avec celles que l'on a vues précédemment, mais elle est montée sur un train qui la rend plus mobile.