I:T L\ IIEN.MSSANCE
nous avons ilctrilc anlériLMircnionl, c'est la grosseur des calibres. A celle i;(iO(|ue où les projecliles élaienl en pierre, par consé(iuent d'une densité peu considérable, et lancés avec une vitesse initiale médioeie, ces projectiles, qui se brisaient facilement, ne |)ouvaienl agir (pie par leur niasse. Les eiïorls des bomnies de l'art eurent donc pendant loiigleui|)s pour unicpie objet d'arriver à lancer des j)ierres de Irès-grande niasse. Ce lui seulement lorsipi'ils eurent réussi, i\iw le canon put rivaliser avec la macbine à Ironde. Au commencement du tpiiiizieme siècle, la grosse ailillerie à leu avait conquis une supériorité marquée sur l'ancienne, et cependant Cbrisline de Pisan met encore des macliincs à fronde et de grandes arbalètes dans les aiiin-menls, mais en quantité beaucoup moindre que les canons.
La grosseur du calibre était, comme nous venons de le dire, une nécessité pour arriver à une action etïicace contre certains obstacles malériels. Aussi, Christine de Pisan, parlant de l'approvisionnement des places , dit-elle : « A tout le moins douze canons, dont les deux seront plus gros que les autres pour rompre engins, mantcaulx et autres liabillements, se besoing est. »
Le livre de Vaiturio, ayant pour titre De re mililari, fut imprimé pour la première fois à Vérone en 1472, mais il est probable qu'il fut composé vers la fin de la |)remière moitié du quinzième siècle. Cet ouvrage représente tous les engins et machines de guerre alors en usage; l'auteur y a joint les inventions qu'il attribue à Sigismond Pandolfe IMalatesta; parmi ces inventions, beaucoup d'écrivains ont cru voir celle de la bombe.
Les bouches à feu, représentées par Vaiturio, intéressent l'histoire de l'art, el nous allons en repioduire quebiues-unes.
Ces bouches à feu lançaient des boulets de pierre; cependant elles semblent indiquer que l'art de fondre les métaux était alors assez avancé en Italie. Ces pièces n'ont plus de boîtes formant une chambre mobile , ce qui annonce un perfectionnement important dans l'art de les fabriquer. Mais, d'un autre côté, il ne semble pas qu'elles fussent devenues plus redoutables. Reliés par des cordes à un bloc de bois posant à terre ou sur des chantiers, ces canons devaient être difficiles a remuer.
Pendant le quatorzième et le quinzième siècle, chaque canonnier baptisait souvent d'un nom particulier la pièce dont il faisait usage. iMais, indépendamment de ces noms, on retrouve, soit dans les chroniqueurs, soit dans les inventaires, un grand nombre de noms désignant les classes et dont on ne sait malbeureusemenl pas la signification précise. Ou peut cependant donner, sur diflérenls termes généraux, des indications utiles.
On s'est longtemps servi des trois mots bombarde, canon et baslon à feu, pour désigner une bouche à feu quelconque.
Le mot bombarde paraît être le plus ancien. Cette dénomination parait avoir été appliquée, avant l'iiiventioii des armes à feu, à des machines de guerre, (pii lançaient des projectiles : elle provient du bruit qui en résultait. Le mot canon était donné à un
lubc, avant qu'on l'employât à lancer des projectiles. On s'est souvent servi des termes canon à main, pour indiquer de petites armes à feu, soit qu'elles fussent tout à fait portatives , soit qu'elles dussent se tirer sur appui.
Avant l'invention de la poudre, on désignait souvent sous le nom de basions les lances et les épées. Ce nom était devenu générique, pour exprimer des armes quelconques. 11 résulta de là, qu'on donna souvent aux armes h feu le nom de basions à feu. Ces mois sont restés très-longtemps dans les ordonnances de nos rois: ils désignent parliculièrement des armes de main; ceux de gros basions sont usités pour indiquer les grosses Louches à feu.
Les canons et les bombardes étaient en cuivre; les uns et les autres avaient, un peu au-dessus de la culasse, une longue et large ouverture, par laquelle on introduisait dans la pièce un gros cylindre de même métal, rempli de poudre; c'était ce que Ton appelait alors une chambre ou une bolle à canon. On y introduisait la poudre avec une cuiller, et on la refoulait avec des tampons en bois. Il y avait deux ou Irois boîtes à canon, pour le service d'une même pièce. Tandis que l'on déchargeait l'une, les autres se chargeaient, en sorte que la pièce pouvait lirer sans discontinuer. Chaque boîle à canon avait une poii'née, pour qu'on pût la saisir : elle était aussi percée d'un trou , auquel on adaptait un petit tuyau de fer-blanc qu'on remplissait de poudre communiquant avec celle de la boîte h canon , et c'était là qu'on mettait le feu.
On voit au Musée d'artillerie de Paris plusieurs petits canons à fourche, en fer forgé; ces bouches à feu du quinzième siècle se chargeaient aussi par la culasse, au moyen de boîtes mobiles, assujetties par des coins de fer.
On donnait beaucoup d'épaisseur aux chambres à canon , pour qu'elles résistassent aux efforts de la poudre , mais les parois des bombardes et des canons étaient fort minces, et devaient être exposées à crever promptement. On remédiait à cet inconvénient au moyen d'espèces d'affûts, de charpenleries , comme on les appelait, et dans lesquels ils étaient encastrés. C'était un gros morceau de bois que l'on creusait de manière à y enchâsser la pièce, de la moitié de l'épaisseur de son diamètre, en sorte qu'il n'y avait d'apparent que l'autre moitié supérieure. La pièce était, du reste, fixée sur son affût, au moyen de boulons en fer passés dans des anneaux qui y étaient cloués ; ces boulons étaient retenus par des clavettes. Outre l'affût, il y avait encore la maison ou plate-forme de la bombarde, c'est-à-dire la table en charpente, accompagnée de roues, sur laquelle la bombarde et son affût étaient posés. Tout cet attirail rendait la pièce extrêmement lourde.
Les tubes qui avaient autrefois servi à lancer le feu grégeois, ayant la gueule en forme d'animaux, donnèrent naissance aux histoires de dragons de feu, basilic, etc. De là, vint aussi le nom que l'on adopta pour les différents calibres de l'artillerie, à cause des bêtes représentées dessus. 11 y avait en Angleterre un basilic (bombarde), qui portait un boulet de 200 livres.
Les coulevrines étaient beaucoup plus petites que les bombardes et les canons.
ET LA IILNAISSANCI'.
Klles ii';i\;iiciit [las de boilcs el se chargoaioiU avec des balles de |iluiid), i|iie lOii lefoidail, ainsi que la poudre, avec une baguelle de fer. Les coulevriiies avaient aussi IriM-aOTu, cl se plaçaient sur \\\\ clievalet.
A répoipie oii nous sommes parvenus, c'est-à-dire dans la seconde moitié du t|iiinzième siècle, on appelait le plus souvent bomluink'S les [)liis j.';rosses bouches à feu, qui lanraient des pierres; morlïers, des bouches à feu très-courtes, lançanl presipie toujonrs des |)rojectiles incendiaires; canons, des pièces de calibre moyen, ipii lan- Vaient déjà des projectiles en fer; coulevrines, des pièces longues, qui lançaient des boulets de métal; enfin, canons à main ou basions à feu, des armes portatives, tirées (>resque toujours sur appui.
On voit au Musée d'artillerie de Paris deux armes, auxquelles ce nom semble particulièrement convenir. Le premier de ces bastons à feu est en ïcv; le second, en bronze : ils ont donné naissance au mousipiet à croc.
A la fin du quinzième siècle, 150 ans après l'invention des premières bouches à feu, on se servait, au lieu des échafaudages informes, sur lesquels on les montait dans l'origine , d'affûts à roues, qui, à la vérité, différaient beaucoup de ceux dont on se sert aujourd'hui, mais qui rendaient cependant possible leur enq)loi dans la guerre de campagne.
Le perfectionnement le plus important qui se soit jamais produit dans l'artillerie est certainement celui qui a consisté à placer une pièce à tourillons sur un allùt à flasques, monté sur des roues, et permettant de faire varier les inclinaisons de la pièce par le simple mouvement d'un coin en bois placé sous la culasse. Chose étrange, ce perfectionnement est celui dont il est le plus ditlicile de constater ou plutôt de [)réeiser la date. Cependant, tout porte à croire que ce fut entre les années li"(> et 1494, e'est-à-dirc durant le règne de Louis XI et de Charles Vlil, que l'on parvint à lidjriquer des pièces de tous calibres, capables de lancer des boulets de fer, et à y fixer solidement des tourillons qui supportèrent non-seulement le poids de la pièce, mais tout l'effort du recul. Les affûts cpii reçurent ces pièces furent portés sur des roues; ils furent composés de deux (lasques, entre lesquels la pièce put se mouvoir pour changer d'inclinaison. C'est à partir de cette époque, que l'art de la fortification a dû subir la révolution qui en a complètement changé la face.
Lorsqu'en 1494 Charles NMll pénétra en Italie pour faire la conquête du royaume de Maples, l'artillerie française excita l'admiration générale. Les Italiens n'avaient que des canons de fer, qu'ils faisaient traîner par des bœufs, à la (pieue de leur armée, plus pour la montre que poui' l'usage. Après une première décharge, il se passait des heures entières avant qu'on lût en état de tirer un nouveau coup. Les Français avaient des canons de bronze, beaucoup plus légers, traînés par des chevaux, et conduits avec tant d'ordre (jue ces pièces ne retardaient presque point la marche de l'armée ; ils disposaient leurs batteries avec une promptitude incroyable, et leurs décharges se succétlaient avec autant de célérité que de justesse. Aussi, les écrivains it;iliens de cette
un
époque font-ils le plus grand éloge de notre artillerie. Ils rapportent qu'elle se servait presque exclusivement de boulets de fer; que ses canons de gros et de petit calibre se balançaient sur leurs affilils d'une manière admirable. On n'a pu parvenir h retrouver en France aucun dessin de l'artillerie de ce temps : h délaiit d'autres renseignements plus comj»lets, voici le dessin d'une petite pièce de Charles VIII, donnée au Musée d'artillerie de Paris par M, le marquis de Pins. Entre les tourillons et la culasse, elle porte l'inscription suivante : Donné par Charles VIII à Barlemi, seigneur de Pins, capitaine des bandes de l'artillerie en 1490. S'il n'est pas bien certain que ce canon ail été pointé en tournant sur ses tourillons, cela devient inconlestable pour de gros canons, coulés sous Louis XII et François I", que possède le Musée. Un de ces canons en bronze est du temps de Louis XII. La volée est parsemée de lleurs de lis, et le premier renfort porte un porc-épic. Les tourillons, cintrés à la hauteur de l'axe, sont assez forts pour supporter le recul. Il porte, sur la partie antérieure, une salamandre surmontée d'une couronne. Les canons de celte époque n'avaient généralement pas d'anses. Ces deux canons proviennent d'Alger, où ils ont été retrouvés en 1830.
A partir du commencement du seizième siècle, apparaît l'espèce d'artillerie qui est encore en usage aujourd'hui. Nous allons en indiquer très-biièvenient les progrès jusqu'à l'époque de Louis XIV.
L'artillerie avait acquis depuis Charles VHI une importance toute nouvelle, qui conduisit h donner plus d'extension à. son service. Ce fut François F' qui créa ses institutions fondamentales; il établit des arsenaux, des fonderies, des poudreries et des magasins, qu'il répartit dans les provinces. Le grand-mailrede l'artillerie en dirigea tout le .service.
Charles-Quint fit des essais considérables sur l'artillerie. Sous son règne, on exécuta à Bruxelles, en 1521 , des expériences qui firent adopter pour les bouches h feu une longueur d'âme de 17 à 18 calibres. Jusque-là, on avait donné aux canons des longueurs démesurées, pensant ainsi accroître de plus en plus les portées. On étudia aussi les épaisseurs, et d'après les résultats des expériences, on fit couler à Malaga douze canons modèles, appelés les douze apôtres, qui lançaient des boulels de fer pesant '«o livres.
Sous Henri II et vers 1545, d'Estrées, grand maître et capitaine général de l'artillerie de France, introduisit un grand nombre de notables améliorations. Il n'y avait, avant lui, rien de réglé, quant aux calibres, aux longueuis et épaisseurs des pièces : on en comptait de toules grandeurs. Parmi les noms qu'on leur donnait, ceux de basilic, serpentin, double canon et canon renforcé, seivaienl à exprimer les très-gros calibres. On avait, parmi les calibres moyens, le canon simple , la grande coulevrine, la baslarde , lu moyenne. Les plus petits étaient \e faucon, le fauconneau, le passevolant; ensuite, venait une arme presque portative, la hacqueboulle à croc. Les pièces en fer, qui restaient encore, élaienl appelées berges, saccres, spirales, esmérillons, elc. D'Estrées réduisit tous ces calibres à six, qui furent appelés les six calibres de France; il détermina les dimensions et les poids de ces pièces.
Toule l'arlillciie do Fniiice fut coinposce sur lo module de six pil'fps, à savoir :
r Le canon, posaiU .';,()00 livres, laiirait un Unûrl de :{.'{ livres. L'atlùl avec .ses roues pesait 3,000 iivies. Il lallail 23 chevaux allelés à la liiuonicro pour traîner celte pièce;
2° La grande coulevrine, pesant 4,000 livres, lançait un boulet de l.'i livres un (piarl. Dix-sept chevaux, attelés comme pour le canon, traînaient cette pièce;
3° La coH/('»rr//)6' fc«5/ffrr/e, appelée souvent par abréviation la basiardc . lançant un boulet de 7 livres un (piarl, était traînée par treize chevaux;
4° La coulevrine moyenne, ou la moyenne, lançait un projectile de 3 livres el demie; elle était traînée par neuf chevaux;
5" Le faulcon avait un boulet de 1 livre el demie : cinq chevaux le traînaient monté sur son affût ;
G" Enfin, \c fauconneau lançait un boulet de 1er de 3 quarterons; il était aussi monté sur un alFùl à rouage.
Toutes ces bouches à feu étaient en bronze. Le Musée d'artillerie de Paris en possède deux qui portent le chiffre de Henri IL On y remarque que le boulon de culasse est percé d'un Irou, pour y passer une lanière, qui servait à retenir le coin de mire et qui l'empêchait de se perdre pendant les marches.
Outre ces six calibres, l'artillerie employait encore une arquebuse à croc , en bronze, du poids de VJ livres; elle lançait une halle de plomb, pesant un dixième de livre : on y mettait le feu comme aux canons. Dix de ces arquebuses étaient souvent placées en travers d'un chariot, qui prenait le nom d'orgues, el qui portail, en outre, douze piques el six corselets.
Les pièces en bronze, fondues anlérieuremenl à la détermination de ces calibres, ne pouvaient, en général, tirer qu'iui petit nombre de coups, h cause du prompt évasemenl de la lumière percée dans le métal de la pièce. Pour éviter une dégradation trop prompte des pièces, on laissait de grands intervalles d'un coup à l'autre. D'Estrées remédia h ce grave inconvénient, en faisant mettre dans le moule une clavette en acier, dans laquelle on perça la lumière. Une autre innovation, ayant aussi pour but la conservation des pièces , fui la suppression d'un usage assez singulier qui s'était conservé jusque-là, celui de les rafraîchir avec du vinaigre, auquel on substitua l'eau, qui n'attaquait plus le métal.
Un équipage d'artillerie de cette époque avait déjà des baquets portant des bateaux, destinés à construire les ponts, quand l'armée pouvait avoir une rivière h franchir.
A la fin du seizième siècle, vers 1500, les bombes furent inventées par un artificier lioUandais. Les grenades commencèrent aussi à être mises en usage, à celle époque. On voit dans V Armurerie de Meyrick, un petit mortier h main, pour lancer des grenades : il a deux pieds, y compris la crosse, cl porte un chien à mèche el un rouel.
Les guerres civiles et religieuses , qui divisèrent la France pendant toule la seconde Beaui-Arts. ARliUREPlI. Fol. HIll.
moitié du seizième siècle , jetaient la perlurbalioii dans les constructions de l'artillerie et l'on fabriqua souvent des calibres, différents des six calibres adoptés précédemment Elles ne reprirent que sous Henri IV, et par les soins de Sully, la régulante que les troubles publics leur avaient fait perdre. Sous Louis XIII, l'artillerie commençait a abandonner les trois derniers calibres, qui tombèrent entièrement en désuétude sous Louis XIV, où l'artillerie reçut la plupart des perfectionnements qui ont lait depuis les succès de nos armées.