FRAGMENTS TIRES DE DIVERS MANUSCRITS
F. Spfe dii
Kl I.A UliNAISSANCE.
se subdivisa on une loiilc de systèmes qui eurent pour interprètes des hommes vraiment éminenls.
Nombre d'esprits euiieux s'occupèrent de ciiironiancie au (piinziènie et au sei/ii-nic siècle; on reproduisit conuiieii l'envi les lii>nes sii^'nificalives dont on [»r(''tendait avoiireconnu la valeur infaillible. Les mains marciuées de signes lieiueux ou l'unesles l'urenl gravées dans une l'oule de traités spéciaux, ou curieusement peintes dans de beaux manuscrits. Un esprit investigateur a dressé un compte exact de cette iconographie chiromancienne, et il la divise ainsi, en spécifiant les noms des auteurs. Belot, esprit précis, en a donné (piatre seulement , comme (ieorges Cuvier ne compte «pie trois races humaines en présence des inlinies variétés ipie présente la science moderne : Hmnphilius en donne six; Compotus, huit; Jean Cirus, vingt; ludagine, ti(Mite-sept; Taisnerus, quarante; Jean Kimker, soixante-dix; Tricassus, quatre-vingts, et Corvoeus, centcinqnante. Dans cette énumération rapide, nous avons la certitude que plus d'un nom est oublié; mais elle suffîia pour faire comprendre jusqu'à quel degré de persévérance poussèrent leurs vaines recherches certains esprits, d'ailleurs sérieux.
H existe une chiromancie simple et une chiromancie astrologique. Selon Cardan, le médecin mi'anais, les lignes delà main et même celles des doigts ont un rapport direct avec les sept planètes des astrologues. Les chiromanciens sont divisés sur cette question de savoir si c'est la main gauche ou la main droite qu'on doit soumettre au calcul; la plupart n'hésiient pas à trancher la difficulté en déclarant que les lignes des deux mains sont c'galemeut significatives. Le triangle formé par ces lignes est attribué à Mars par les uns, à iMercure par les autres. Nous ajouterons, d'après un excellent traité des Sciences occultes, que i> la lettre A majuscule formée et ûgurée dans le quartier de la main, (lui est dominé par Jupiter, est un pronostic de richesses ; dans le quartier du Soleil , d'une grande fortune ; dans le quartier de Mercure , des sciences; dans le quartier de Vénus , de l'inconstance; dans le quartier de Mars, de la cruauté; dans le quartier de la Lune, de laiblesse. Les petites marques blanches qui se manifestent par une altération passagèie de la substance de l'ongle ont une signification réelle aux yeux d'un chiromancien perspicace; Cardan y attachait une importance extrême, et voici comment s'exprime à ce sujet un écrivain antérieur de plus d'un siècle : « Après » te diray des ongles, maistre Aubert... Le saige Aristote dit que ongles blancs et cleres » tenus luisans et rougeaux sont signes de très bon engin... Item les ciromanciens » disent que les ongles creux est signe d'abondance de pécune. » (Voyez le curieux manuscrit de laRibliolhèque Nationale sous le n° Supp. franc., 1 116.)
Pour établir la légitimité de leur doctrine, les chiromanciens se basent sur deux passages des saintes Écritures : Qui in manu omnium honiinum signal, ut noverinl singuli opéra sua (il met un signe dans la main de tous les hommes, afin qu'ils connais sent leurs ouvrages); et : Lril quasi signum in manu luù el quasi monumentum anle oculos tuos (ceci sera comme un signe dans ta main et comme un monument devant tes yeux).
La première citalion esl tirée de Job; l'autre nous est fournie par l'Exode. Malgré ces origines saintes, qui ne peuvent pas même faire arguer de l'antiquité de la chiromancie, l'Église mit de bonne heure cotte prétendue science au rang des superstitions (juelle condamnait avec énergie.
Ouelles que fussent son origine et l'influence qu'elle avait exercée, cette branche des Sciences occultes prit une nouvelle extension à partir de l'époque où les Bohémiens apparurent en Occident, c'est-à-dire vers l'année 1417. Ces hommes, venus de l'Asie et connus sous tant de noms divers, firent réellement de la chiromancie, et comme on dirait de nos jours, leur véritable spécialité; les prétendus Égyptiens ou Bohémiens appelés tour à tour Zingari, Gypsi, Zigeuner, Gilanos , Ciganos, selon les localités qu'ils visitaient, furent les chiromanciens populaires que partout on consultait et dont on recevait de préférence les oracles intéressés. (Voy. le chapitre Bohémiens.) Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'art divinatoire, sous quelque forme qu'il se présentât, avait un caractère bien moins solennel au Moyen Age que dans l'Antiquité; de très -bonne heure cependant, et à une époque qui se rapproche des bas siècles, les temples chrétiens rendirent des espèces d'oracles muels, tolérés s'ils n'étaient permis, et, dans l'origine, la sévérité du christianisme n'alla pas jusqu'à refuser aux grandes espérances ou aux grands repentirs ces sortes de lumières venues d'un monde ignoré , ces indications presque divines qui relevaient un cœur abattu. Il y eut, en un mot, les Soris des saints, les oracles empruntés aux livres sacrés, qui, commençant avec l'origine de la monarchie , se perpétuèrent durant le Moyen Age tout entier. Un seul exemple fera comprendre au lecteur comment, dans l'origine, se pratiquait ce genre de divination, o L'an 577, Mérovée, poursuivi par son père, vivait réfugié dans la basilique de Saint-Martin. Un jour, qu'il avait invité Grégoire de Tours à sa table, et qu'après avoir raconté beaucoup de crimes de Chilpéric et de sa marâtre il demanda à l'évêque de lui lire quelque chose pour l'instruction de son âme, Grégoire, ainsi qu'il le rapporte lui-même, ouvrit le livre de Salomon et prit le premier verset qui s'offrit à sa vue; il était ainsi conçu : « Que l'œil qui regarde son père en face soit crevé par les corbeaux de la vallée. » <> Mérovée, ajoute l'historien, ne comprit pas , et je considérai ce verset comme un avertissement du Seigneur. Peu de jours après, Mérovée, pour connaître sa destinée future, plaça sur le tombeau de Saint- Martin les livres des Psaumes, des Évangiles et des Bois, passa la nuit en prières, suppliant le saint de lui faire connaître par la voix de Dieu s'il pourrait ou non arriver au trône, et continua pendant trois jours ses jeûnes et ses prières. Ensuile, il alla ouvrir les livres l'un après l'autre; partout s'offrirent des présages sinistres. Mérovée, confondu, pleura longtemps, puis il sortit de la basilique. » Les sorts, durant la Renaissance, se pratiquaient aussi au moyen des poètes : il y avait les sorls homériques, les sorls virgiliens; les diverses combinaisons qui naissaient du jet des dés indiquaient également certains présages.
Après la chiromancie et ce qu'on appelait les sorls des saints, le Moyen Age s'assimila plusieurs autres modes de divination connus de l'antiquité, et en introduisit
i:t l.v uknaissanck.
<luol{|iies autres, parliculiers au chrisliauisinc; les plus anciens furent iinparf'ailernciii connus du douzième, du treizième et du (jualorzième siècle. La Uenaissance, imi Taisant revivre des chefs-d'œuvre oubliés, ranima certiiines branches de la magie auliqne. I, 'interprétation des mouvements divers iniprinn-s aux ('■léments, les divcises combinaisons de ces l'iémenls eux-ruèmes, l'obseivalion iui[)arraite des [jliénoniènes (ju'ils pn'sentaient, agirent alors sur les imaginations, couime jadis ils avaient agi; seulement, le principe scientificpie fut plus fréquemment méconnu et se trouva, pouiainsi dire, écarté. Le Moyen Age eut son Aërninancie, son llydromancie, sa Pijromancie et sa Géomancie. Nous n'essaierons pas de grouper ici les scènes fantastiques (|ue l'âme guerrière de nos aïeux transportait de la terre désolée au milieu des nuages; nous ne décrirons ni les batailles célestes, ni les chasses mystérieuses, (pie créait, parmi les nues, un rayon du soleil couchant, ou que nuiltipliaient . dans les cieux. les lueurs plus vagues de la lune. Il suffît d'ouvrir le livre écrit par le pseudo-Lycosthènes, sur les prodiges, pour voir combien ce genre de présages fut n'-pandu au Moyen Age, et aussi pour se convaincre que ces terribles splendeurs des batailles célestes n'offraient pas une grande variété : c'était, à vrai dire, le lot de la foule ignorante. (Voy. le livre de TbéobakI Woldliart, connu sous le titre de Prodigiorum ac oslenlorum chronicon conscripl., per Conradum Lycoslhenem. Basilea;, lo'JT, in -fol.) L'érudition vint, au contraire, en aide, avec ses innondjrables prestiges, à ceux qui prétendaient consulter les eaux. La Lécnnomancie , entre autres, n'était, à bien dire, qu'une /ujdromancie perfectionnée et à laquelle on joignait certaines incantations kabbalistiques. Au seizième siècle, elle était encore pratiquée par les Turcs, qui l'enseignaient aux chrétiens. Des lames d'or ou d'argent, des pierres précieuses marquées de certains caractères, devaient être plongées dans un bassin rempli d'une eau parfaitement pure; puis, certîiins mots saciamentels étaient prononcés, conjurant l'Esprit de donner ses réponses, et une petite voix parlait du fond du vase, dont l'eau bouillonnait; mais il fallait une oreille attentive pour saisir ce funèbre murmure d'un esprit qui ne voulait être repris de mensonge, nous dit un naïf conteur. On sent que la Gastromancie ^ ou, si on l'aime mieux, VEngaslrymisme, pratiqué si fréquemment de nos jours, mêlait ses prestiges fort naturels à ceux de la lécanomancie. Il y avait cependant un genre d'hydromancie connu sous le nom de gastromance , que décrivent VVierus et l'eucer, qui semblent mettre ici de côté l'étymologie i)rimitive, ou qui l'appliquent aux bouteilles h large panse employées pour l'enchantement. Les vases qui devaieut révéler l'avenir étaient remplis d'eau limpide, des cierges allumés autour d'eux; un jeune garçon vierge, une femme enceinte, prononçait l'évocation, et le démon faisait connaître ses réponses par des peintures que l'on distinguait au milieu des lueurs du cristal.
La Doclyliomancie , que l'on pratique si innocemment encore, ('tait également une variété de l'hydromancie; selon quelques auteurs, c'était l'bydromancie proprement dite. Un petit vase devait être rempli d'eau; puis, un anneau était suspendu à un fil.
Ali moinent de l'évocation, l'Espril complaisant rendait sa réponse en faisant retentir les parois du vase de petits coups frappés par l'anneau. La dactyliomancie du seizième siècle paraît plus condamnable au docte Wierus , parce que l'on faisait usage d'un ann(>au constellé « selon certaines constitutions du ciel, ou consacré par cérémonies (iiaholiques. » Ce digne médecin du duc do Bavière, ordinairement forl indulgent, n'a pas tl'expressions assez sévères pour qualifier la dactyliomancie. « Il y en a plusieurs qui s'aydent, dit-il, de ce démoniacle devinement qui est deffendu , lesquels toutefois, sans estre punis, demeurent parmi les chresliens. » Puis, le bon docteur raconte l'histoiie d'un seigneur (lui, ayant acbeté de certain compagnon un tel anneau pour gagner perpétuellement au jeu, gagna d'abord, paya bien cher la bague qu'on lui proposait, et vit bientôt, grâce à des pertes énormes, ce que valait son anneau constellé, il le lit rompre, heureux sans doute de cesser ainsi tout pacte avec Satan.
i.a Pyrunumcie reposait sur des bases si anciennes, que les érudits en découvraient les sources dans Homère. Les formules magiques de l'antiquilé sont parfaitement étrangères à notre travail ; cependant nous dirons que'hLébanomancie , ou la divination parla fumée de l'encens, fut pratiquée par le Moyen Age, et qu'une autre variété de la pyromancie fut usitée pendant longtemps sous le nom de Céphaléonomancie. Pour accomplir cette espèce d'incantation, renouvelée aussi des temps anciens , on faisait rôtir une tète d'âne sur des charbons ardents en prononçant certaines paroles, et l'on pronostiquait en suivant du legard les mouvements sinueux de la fumée.
Pour exposer les vertus attribuées aux quatre éléments, telles que nous les présentent les invariables formules adoptées par le Moyen Age, nous devons placer ici la Géomancie, dont l'étytnologie révèle suffisamment la première origine. Ce mot, en ellèl, signifie proprement l'art de deviner par la terre (des mots grecs yn et ^j.oLvctiot.). Hâtons-nous de le dire : si cette science vraiment compliquée fut une des branches les plus cultivées des Sciences occultes durant l'époque dont nous nous occupons, elle n'eut pas seulement pour but les pratiques simples de la divination, mais pai' les calculs nombreux, variés, difficiles même, sur lesquels elle se basa, elle se lia bientôt .uix combinaisons les plus déliées de la haute kabbale. En réalité, les géomanciens ne firent pas faire de moindres progrès à la science que les astrologues, dont plusieurs, du reste, pratiquèrent aussi la géomancie. Le Dictionnaire de Géomancie, conservé en manuscrit h la Bibliothèque Nationale, définit ainsi cette branche des Sciences occultes : « La géomancie est une correspondance des êtres intellectuels avec les matériels. »
Il y eut au Moyen Age, en dehors de tous ces genres de divination, des moyens de lire dans l'avenir, des livres prophétiques étrangers à l'astrologie et à la géomancie, et que nous voulons mentionnei-. h'Art Angélique , que ne condamnait pas toujours l'Ég'ise ou du moins qu'elle semblait excuser, procédait par l'invocation de l'ange gardien. VArl notoire s'adressait directement h Dieu et aux intelligences favorables; il mêlait cependant, à ce principe excellent, de coupables superstitions que l'Église