MARINE. V
CCS galions enonnos. sonl-re là tles barques méprisables"? Faul-il que j'allègue tlaulres t'xenqiles? J'ai rembarras du choix.
(itiillauuie de Tyr parle du naufrage, sur la côte d'Egypte, en 1182. d'une nef qui portait quinze cents pèlerins à la Terre Sainte. Les Statuts de Marseille (treizième siècle) mentioimenl des navires qui portaient mille passagers et plus. Au temps où se rédigeaient ces statuts, tous les peuples qui bordaient la Méditerranée étaient en admiration devant une nef que sa grandeur avait fait nonnner le Monde. Saint Louis revint de sa croisade sur un navire qui, outre le roi et sa cour, outre l'équipage ordinaire aux vaisseaux de sa taille, avait h bord huit cents passagers. En 1172, Venise avait fait cadeau à l'empereur Manuel Comnène d'un navire, le plus grand qu'eussent encore reçu les eaux de Byzance. Il était si vaste, que Dandolo l'appelait d'un nom qui signifiait Vingt nefs; et cependant il était si rapide, que les galères grecques ne purent latleindre quand il transporta au milieu d'une nuit tout ce qui était Venise à Constanliiiople, tout ce qui fuyait la colère et la perfidie de l'empereur, c'est-à-dire au moins quinze cents personnes. Geoffroy de Villehardouin mentionne cinq nefs qui portaient sept mille hommes d'armes, et il ne prend pas la peine de remarquer qu'elles étaient grandes, bien qu'en effet chacune, avec son équipage, portât environ quinze cents hommes. La chronique de don Pedro de (bastille mentionne , à la date de 1331 . la Rosa, nef castillane de douze cents tonneaux, (|ui appartenait à Castro de Urdiales. Mathieu Grimaldi fit construire, à Gènes, en 1364, une nef de neuf cent soixante-quinze tonneaux , longue de cent trente pieds. Un autre Génois mit en chantier, le 31 mai 1367. une nef de quinze cents tonneaux qui reçut les noms de Sainte- Marie , Saint-Jean-Bapliste et Saint-Nicolas (Arch. des notaires de Gênes). Aux premiers siècles de l'ère chrétienne, où la tradition antique se conservait assurément, les très-grands navires n'étaient pas plus rares qu'au milieu du Moyen Age. Citons un seul fait : Ylsis, vaisseau égyptien, avait, au rapport du poète Lucien , cent quatre-vingts pieds de longueur, quarante-cinq pieds de largeur et quarante-trois pieds de hauteur, de la quille au pont supérieur. Lucien se donna-t-il le plaisir d'inventer un monstre merveilleux? Non; les détails dans lesquels il entre prouvent sa véracité. Et ce navire, voulez-vous une échelle comparative pour vous en faire une juste idée? Pouce pour pouce, ou à très-peu de lignes près, il avait les dimensions d'un vaisseau moderne de quatre-vingts canons. Ce rapprochement en dit plus que tout ce que je pourrais avancer sur les prétendues barques du Moyen Age et de l'antiquité.
Ces navires, si grands, si hauts, si bons voiliers, étaient-ils faits sans art, comme on l'a tant dit? La construction de Vlsis suffiiail à prouver que non. N'esl-il pas singulièrement curieux de voir le charpentier égyplieii du deuxième siècle construire un navire qui a justement les mêmes proportions et dimensions que le meilleur des vaisseaux du dix-huitième siècle? Est-ce le hasard qui a fait cela? Le hasard serait trop spirituel. Le deuxième siècle continuait ses prédécesseurs; le Moyen Age, continué par Tart moderne qui ne s'en doute guère, continua le deuxième siècle. :De tout temps, je veux dire depuis (jue l'antiquité eut une marine de guerre puis-
santé avec une marine de commerce active, et cela date des Phéniciens, les proportions des deux espèces de navires, le vaisseau rond et le vaisseau long, ont été les mêmes.
Quand les premiers constructeurs ont observé les formes de l'oiseau aquatique et celles du poisson, pour passer, du radeau et du monoxyle creusé, au navire véritable, le vaisseau rond et le vaisseau lonff sont inventés. Le vaisseau rond s'asseoit sur l'onde connue le cygne, le vaisseau long glisse dans l'eau comme le thon; le vaisseau rond devient trois fois plus long que large; le vaisseau long, six, sept ou huit fois moins large que long. Depuis, on a souvent modifié ces rapports, mais on y est toujours revenu. Les nefs contemporaines de saint Louis, dont nous connaissons les dimensions, les navires de la Renaissance, sont construits d'après le principe qu'avait mis en pratique, après mille devanciers peut-être, le constructeur de Ylsis.
RESQUE tous les dcvis de galères du Moyen Age reviennent h peu près à celui-ci, que Marin Sanuto proposait au pape comme le meilleur. Il s'agit, non pas dune galère comnmne , ayant un homme poiu' chaque rame et ses rames réunies au nombre de trois sur chaque banc, mais dune galère plus grande, à quatre rames par banc. « Elle aura, dit le Torsello, vingt-trois pas, et deux pieds vénitiens (ce qui fait environ cent vingt- <in([ pieds fiançais' ; sa plus grande largeur sera de seize |>i(Mls et demi, et sa hauteur, du fond de !a cale jusqu'à la couverte, de se{)l et demi. A la proue, elle sera haute de dix pieds, et de onze à la poupe. » Les galères moins importantes et munies d'un moindre nombre de rames étaient presque aussi longues, mais un peu moins larges et moins hautes. Les choses restèrent ;» peu près les mêmes aux qualorzii'me, quinzième et seizième siècles. La galère de Lépante, qui dillt'rait de celles qui l'avaient précc'dée {)ar la di'-coration i)ien pluscpit* |iar les domiées Kjudamentales , resta traditionnelle jus(pi;i la fin du dix-huitième siècle; elle avait pour aïeule la Trirème, fille du navire à 1 âmes des Phéniciens. .l'ai dit plus haut (jue, morte, elle a eu sa résurrection, et qu'elle vil encore dune vie toute nouvelle.
On le voit, l'ait n'est point barbare au Moyen Age; il garde les rt'ceples de l'arl aini(|ue et pii-pare l'art luoderne, qui ne s'écarleia liut de ses princi[)es dans la construction des navires de lune cl de l'autre famille. Tout se tient ; la tradition va d'un siècle à un autre, et le charpentier du poit y reste lidi'le. Ce n'est pas que le respect pour la tradition soil rimrnobililé: non, le constructeiu' naval cherche toujours. H rétrécit ou élaigil un peu le navire, il le fait plus ou moins plat, plus ou moins large à avant ou ii l'arriére; il làloime. mais ses essais ne peuvent renq)orler loin
vu
Li: MOYEN AGE
fil dehors flos prinniios posés pai' lanliquili', qui avait porfedioiiiK' le navire aussi Itieii que le (oinplc ci le palais. Dans la dccoralion cxléiieuro cl inlériourc du vaisseau long ou rond, il fail de larcliilecture, connue l\)uvrier qui conslriiit les cathédrales el les
manoirs.
Si le Moyen Age a de bons et beaux navires, s'il a de nobles el grands vaisseaux, il a aussi des Hottes considérables. Jai cité Théodoric, qui fit construire mille dronions pour la défense el l'approvisionnement de l'Italie. Nicéphoie porte h mille le nombre des navires de toutes sortes envoyés contre Genseric. La Hotte qui porta Guillaume le Bâtard en Angleterre était, selon Joseph Strult, de Imit cent qualre-vingl-seize navires, et de six cent quatre-vingt-seize seulement, selon le poêle normand Wace, contemporain de la Conquête, et dont le père avait passé la Planche avec Guillaume. Mais, de ces bâtiments, aucim ne jieul se comparer aux grands vaisseaux qui couraient les mers de la Grèce et de l'Italie. Ils ressemblaient, en général, ii ces nefs des pirates du Nord, que Saxo Grammaticus réunit, liv. 9, au nombre de dix-sept cents, el. liv. 8, au nombre de deux mille cinq cents, la tapisserie de Bayeux nous a transmis une forme imparfaite de ces navires.
Les Génois, pour combaltre cent dix galères pisanes et im[)ériales. armèrent, en 1242, quatre-vingt-treize galères, treize tarideset trois grandes nefs. En 12i8, Louis IX traversa la Méditerranée avec une flotte de « dix-huit cents vaisseaux, que grandz que « petitz, » selon l'expression du naïf et iidèle sire de Joinville. On sait que, dans celt<; flotte, étaient de très-grands navires, dont les uns portaient plus de mille passagers et les autres jusqu'à cent chevaux. Quaranle-cinci ans avant la croisade de saint Louis, les chrétiens étaient allés attaquer Constantinople avec une armée navale de trois cents navires, au rapport de Dandolo, et de quatre cent quatre-vingts, au dire de Bamusio. qui en fail ainsi le dénombrement : cinquante galt'res, soixante-dix nefs el autres navires pour le transport des vivres, deux cent quarante pour les troupes, et cent vingt pour les chevaux. Nicétas, qui n'est d'accord ni avec Dandolo ni avec Ramusio, compose l'armée chrétienne de cent dix galères et soixante-dix nefs, dont la plus belle, par sa masse imposante, sa force et la richesse de son architecture, était le Monde, que je nonunais tout à l'heure.
Vax 121).^, la flotte française i|ue Philippe le Bel préparc dans les ports de Normandie contre Edouard 1", compte cinquante-sept galères et galiots avec deux cent vingt-trois nefs de diverses grandeurs. Éric XII, roi de Norvège, arme en même temps deux cents galères et cent grandes nefs qui doivent aider les vaisseaux de Philippe. Le 8 septend)re 1298. Land»a d'Oria, conuuandant cent dix galères génoises, rencontre sur la côte d'Esclavonie, non loin d(^ l'île de Scolcola, cent vingt galères vénitiennes, dont soixante-dix ton»bent en son pouvoii". Pressée par les menaces de ses ennemis, Venise répare et arme cent galères en cent joui's. En 1.^570. Séliuï expédie pour Rhodes une flotte de cent seize galères, trente galiotes , treize fustes, six grosses nefs, un galion, huit mahones, quarante passe-chevaux cl un grand nombre de caramoussats chargés de vivres, d'arlilleiie et denumilions de toutes sortes; et les chrétiens, sous le conunan-
dément de Marc-Antoine Colonne, vont opposer à l'amiral de Sélim cent quatre-vingtquatorze galères, douze galéasses, un gros galion et quatorze nefs. Celle campagne fui le prélude de celle que couronna la bataille de Lépanle. livrée le 5 octobre 1571, entre deux armées : l'une aux ordres de Don Juan d'AutricIie, où condxitlirent six galéasses. deux cent sepl galères et quelques bâtiments de charge; l'autre commandée par Ali- Pacha, (pii couqitait deux cent quatre-vingt-dix navires, dont deux cents galères et cinquante galiotes.
Uali-re lin •ciiième •i^flc, *ue par l'urrièrt- ; d'aprr» un demiii de R-ipIuM , ciin»<-T»f dan* la cnllcclinn de l'Aradmiii! dos Beaui- Arli. N VeniKn. I) nVit pa« «ant iiilvr^l dd fjiru connailrc cctti: TinUino du ^r.ind .irliiks r|iij,<l.in» la »^r^l^tl(•do la rallii-drilie di; Sienne, pci^fiiil JU)tî i|iii>l<]ui:f galorc>.
Je pourrais citer encore la flotte envoyée, en l'iOl , jiar Louis XII contre Naples et l'Ile de Mé-telin: la llollc (|u'«'n l'ISS l'hilip|ic II ('-(luipa cduli'e l'Angleterre. Arnunld de cent (•in(|u;ml(' gros iiavii'cs. doiil I'imikIs Dr'akc (diila viugl-Iinis dans le poi't de Cadix, cl
LK MOYEN AGE
iiui . malgré l'orgueil du tilre qu'elle affectait, fut vaincue par Charles Howard , qu'à la vérité secondait la lonipète. Mais pourquoi multiplier les preuves? Celles que j'ai produites ne sont-elles pas sufïisantes?
Ces grandes flottes n'étaient point entretenues par les gouvernements, aux noms desquels elles agissaient. Les rois, les républiques avaient bien des vaisseaux, niais géuéialcmcnt en trop petit n()nd)re pour entreprendre des expéditions importantes, pour porter la guerre à une nation rivale, et disputer un archipel ou une mer à un compétiteur redoutable. La féodalité avait ses navires comme elle avait ses châteaux. Les barons qui
Galorc du seiiiéiue siècle, vue par r.iv.uil; d'après le dessin de Rapliiél.
possédaient des terres sur le rivage, possédaient, selon leur fortune, leur goût ou leur ambition , un ou plusieurs bàtiuKMits faits pour la guerre et le commerce. Les riches marchands, et les armateurs qui fondèrent l'espoir de cette spéculation, faisaient construire aussi des galères et des nefs. Dans le temps où une dévotion sincère, bientôt dégé-
nérée en une mode passionnée, jetait tles populations entières sur les rivages de la Terre Sainte, des seigneurs puissants, qui vivaient loin de la mer, firent édifier pour eux, leurs familles et leurs vassaux, des navires que devait utiliser la guerre. Le moment venu de combattre, ces bâtiments s'allaient ranger sous la bannièi'e de famiial qui commandait pour le souverain dont ces seigneurs étaient les liommes. On n'avait cpie peu à ajouter à leur armement pour faire nefs et galères de guerre les galères et les nefs qui servaient au transport des marcbaudises , des chevaux ou des passagers. Quelques machines ;i lancer des traits ou des pierres, quelques soldats suffisaient h celle transformalion, car toujours le navire marchand étail armé pour sa défense personnelle. Chaque matelot v étail soldat, et, outre l'équipage que le condjat couvrait de fer. il y avait, à bord, des arbalétriers et des gens d'armes dont le devoir était de sauter les premiers il l'abordage du vaisseau ennemi, ou de repousser ses attaques lorsque l'abordage pouvait être fatal.
Un armateur n'était pas toujours assez riche pour faire construire loul seul un navire, même d'une médiocre importance; alors une compagnie se formait, el les actionnaires supportaient, en raison de leur intérêt, la dépense de la construction el de l'armement. Tf>us les risques de mer el de guerre se partageaient . comme la dépense, entre les portionnaiies et. queKjuefois. entre les marchands (jui louaient le bâtiment pour porter d'un lieu à un autre les produits, objets de leur trafic. Dans les villes mai'ilimes cpie le négoce grandissait en les enrichissant. les navires de loulcs les espèces, apparienant soit à des compagnies, soit à des princes, seigneurs, ou riches bourgeois, éiaicni loujours très-nombreux; et, comme la [lopulation naviguante augmentait en proportion des chances de profit oITeilcs aux lionuncs (jui prenaient paili sni- ces vaisseaux, la guerre avait, dans tous les ports, d'excellenls éléments en mariniers el en navires.
Quand la guerre était inuniuenle el qu'il fallait préparer mi grand armement , le souverain signifiait à ceux de ses vassaux qui étaient propriétaires de navires, d'avoir à équiper les nefs, galères, tarides, coques, etc., qui leur ai)partenaient. Voici comment, aux treizième, quatorzième et (piinzième siècles, à Marseille el dans les poils du rctvaume d'Aiagon. ('-laieiU annoncés les annemenis. L'amiral ipii devait commander la Hotte ordonnait de lever le cartel des engagi'uients dans tous les ports où son maître avait autorité. O cartel était nn tableau conq)Osé de quelques planches qu'on tixail au bout d'un iiilier ou diine I;im( c. Sur le fonil noir on i)lanc du laiileau. une légende ('tait peinte ou gravée, annonçant (jue. par ordre de tel prince ou de tel roi, tant de navires de telles espèces allaient èlre armés, pour aller en tel endi'oil. Le cartel lev('' sur le port, il la porte de la ville ou sur le rivage de la mer. on lOrnait île guirlandes de lèuillat;e et de jKiremenls d'étoffes aux couleurs éclatantes. Puis, la bannièie royale, ou celle du prince au nom (iu(iu('l se pré-para il lainiemenl. ayant été bénie pendant une messe solennelle célébrée j)our le succès de l'enlreifrise, on la plantait ii côte du ( arlei. en la luillanl ;i la garde de deux ou liois honnues (fai'iiies. Quehpies Ironqielli's sonnaient des fanfares au pied du carlel. el un lit'i'aut fé'|i(''lail ii baule voix ce (|ui ('lait écrit sur le tableau.
Sciences et AriB. 3. MARINE. Kol. IX.
niainloiui debout laiil que les engagements étaient insuffisants. Les niarinieis, les arbalétriers, les gens de tous les services, s'approchaient d'un écrivain qui prenait leurs noms et stiindait les conditions de leur accord avec le représentant de l'amiral ou du prince qui armait. In contrat était ensuite passé par-devant le notaire royal, pour servir de garantie et d'obligation à l'une et à l'autre partie.
Les navires des [)iiuces et ceux des nobles et bourgeois de leur obéissance, si nombieux qu'ils fuss(Mil, ne sufiisaient pas toujours ii la composition des grandes Hottes. On s'adressait alors aux alliés. Pour les armements pacifiques, et, par exemple, pour les passages à la Teire Sainte, on demandait des moyens de transport à toutes les marines. Gènes et Venise étaient les principaux nolisaleurs des Croisés. Saint Louis leur demanda des navii-es en même temps qu'à Marseille. Le roi de France envoya en Provence, à Venise et à Gènes, des mandataires chargés de traiter, avec les armateurs, du nolis et de la construction des navires nécessaires au transport des pèlerins armés (pii devaient le suivre.
La commune de Gènes par son podestat, Venise par son duc, Marseille par ses syndics, firent des propositions en réponse aux demandes du roi. Marseille rédigea, sous le titre (}i Informations pour le passage du seiyneur roi de France, une sorte d inventaire d'une nef-type à laquelle toutes les autres jjouvaient être rapportées; cet inventaire détaillait tout le gréement , toutes les pièces de l'armement, les proportions du navire, son équipage, le nondjre de places réservées aux passagers, et l'espace qui pouvait être occupé par les chevaux. La nef proposée pour modèle était un beau et bon vaisseau, appelé la Comtesse de fllôpilal, sur lequel, par malheur, nous manquons de renseignements, les Informations ayant brûlé dans l'incendie de la bibliotht'que de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, à Paris.
C'était en f24(). Frère André, « j)rieur de la sainte maison de Jérusalem,» et deux autres envoyés, l'un chevalier, l'autre clerc , convinrent avec Guillaume de Mer et Pierre de Temple , syndics de la conunune de Marseille, que la ville représentée par eux fournirait au roi Louis vingt nefs gréées et équipées. Les commissaires de Sa Ahijesté ne seraient tenus d'accepter ces navires qu'après l'inspection faite par quatje houunes honnêtes, ou prud'honmies [Probi viri) à ce connaissant. Chaque nef, grande conmie la Comtesse de /'Hôpital, devait être louée au prix de « 1,300 marcs de steilings bons et loyaux; » tout navire plus ou moins grand devait être payé plus ou moins, selon sa capacité.
Doje de Venitt, d'aprùs une jraTure sur boi., De- ^li liabiti tinlichi cl inodcrni lia Ct'..irii W-celIiiï. 1590. — Pog, iî, Cab. des K*/.. Bibt. roy. de fat,,.
Marseille laissait, au reste, les envoyés du roi libres de noliser les navires en entier ou à la place. Les places étaient payées en proportion du lieu où elles étaient réservées. Dans les châteaux d'avant ou d'arrière, dans les grandes chambres appelées Paradis, et les autres chambres où les passagers étaient également défendus contre les intempéries de l'air et de la mer et conire les dérangements causés par le service du bord, chaque place était louée pour le passage quatre livres tournois; sous le pont supérieur et le pont du milieu (dans les nefs qui avaient trois j)onts), la place valait soixante sous tournois; sous le pont inférieur, c'est-à-dire au-dessus de la cale, où était l'écurie, quand la nef portait seulement cinquante chevaux, la place ne valait que quarante sous tournois : l;i. le passager élait assez mal, en effet; il recevait peu d'air et voyait peu de jour, parce que les fenêtres latérales étaient rares et étroites: et puis, il avait l'odeur nauséabonde de l'écurie, la pire des odeurs à la mer, après celle qu'exhale une cale remplie de sucre.
Indépendaunnent de ces vingt navires que Louis IX pouvait louer ;i la place ou en entier, Marseille promettait de fournir à ses propres frais, et pour témoigner de son zèle religieux, dix galères très-bien armées, et portant chacune au moins vingt-cinq bons arbalétriers.
Les propositions de Gènes et de Venise, quant ;i la location des navires, ne différaienl pas trop de celles qm se débattaient à Marseille entre frère André et les syndics de la commune.
En 1268, les choses se traitèrent pour la seconde croisade de saint Louis connue elles s'étaient traitées vingt-deux ans au[)aravant. Nous connaissons les conventions passées à Venise et à Gènes poui' la construction et le nolis des nefs qui portèrent à Tunis tous ceux des chevaliers de France (|ue le lesiiect et le dévouement aveugl(> puui- leur seigneur eiUrainaient sur les pas du roi. dans celle fatale expédition où Joinville refusa de suivre son maître bien-aimé. Venise dut fournir cpiinzc nefs, dont huit étaient alors à Ilot. La plus grande, nommée le (hâlcau-forl, avait cent pieds vénitiens de longueur, trenteneuf pieds de hauteur, quarante-un pieds de largeur au milieu, et neuf pieds et demi au fond de la cale. Cent dix uiaiinicrs ('taient inscrits sur sou rôle déipiipage. Pour le loyer de ce navire, le doge demandail (juatorze (ents marcs d'argent. Le Saint-Mholas et la Suinle-Marie, un peu moins grands, mais armés et gréés de même, étaient promis aux mêmes conditions. Douze navires, dont sept devaient être construits de 12(18 ii 1270, étaient longs seulement de cpiatre vingt-six pieds et larges de dix-huit; ils avaient un é(|uipage de cincpianle niarinieis, et ne coûtaient que sept tents maics d'argenl. La Hépubli(pie stipulait direcirnicnt pour les se])t navires à construire; elle s'engageait pour les si'pl auli'es ipie proposaient des nobles veniliens, [iroprietaires de bàtimenis qui l'emplissaient les conditions de grandeur et de sécurité exigées par les représentants du roi de France.
La comnume de Gênes faisait comme Venise; elle contractait direclenient pour elle, et s'engageait p<»iir cerlaiiis armateurs. Irailant en leurs iiropres noms. Ainsi. Guido de (iorrigia, podeslal de la Nille, Guiliaiini<' l'orlo cl les sejil autres nobles coniposanl le
LE MOYK^' ÂGE.
conseil. ronvmaiciU avec Henri de Clianip-Repus et Jean de Poilvilaiii, chevaliers, el le cleic Guillaume de More, que la ville de Gènes ferait construire pour le roi de France deux navires, acceptés par Sa Majesté pour le prix de quatorze mille livres tournois lun. Les autres nefs devaient être louées, sous la responsabilité du podestat, par Obert Franconi André de Roclielailléo et le comte Guilienzo. qui s'engageaient ii faire construire des bâtiments neufs; par Pierre d'Oria, qui affrétait sa nef le Paradis, sur laquelle le roi devait prendre passage; Joliannin de Maiino et Conrad Panzani, qui nolisaient la Bonavcnture ; Boniface Papi, qui prêtait le Saint-Sauveur : Vivaldi Buge, les frères Eml)riaci et Jacob de Rollando, qui donnaient h loyer le Sainl-Nicolas, le Saint-Esprit et la Charité. Quatre sélandres devaient être mises en chantier par Henri dOria, Jean de Momardino. Obert Cigale, Symon de Curia et le comte Guilienzo.
Nous retrouvons les Génois dans « larmée de la mer. faite, l'an de grâce 1293, » par Philippe le Bel contre Edouard I". roi d'Angleterre; dans la flotte éipiipée, en 1337, par Philippe de Valois contre Edouard III ; dans l'armée de 1 340, que l'amiral français, Nicolas Béhuchet, perdit à l'Écluse; dans l'armée de 1346 ; nous les retrouvons encore, deux siècles après, dans l'armement Hiit ])ar François I" en 134.'). Cette fois, ils louent au roi dix carrariues; ces carraques arrivent dans les eaux de la l)asse Seine, et là plusieurs périssent par la faute des pilotes. En 1346, ce sont trente-deux galères que Gènes fournit à la France ; elles partent de Nice le 6 mai, conmiandées par Charles de Grimaldi, pour venir rallier dans les ports de la Manche les bannières du roi de France et de « monseigneur Floton de Revel , chevalier, admirai de la mer.» Ces galères, quels sont leurs capitaines? Sont-ce d'obscurs mariniers qui acceptent avec joie la solde étrangère dont ils ont besoin pour vivre ? Non ; ce sont les plus dignes chevaliers, les marins les plus illustres, les plus grands noms de la République ; ce sont neuf Grimaldi, deux Di Negro, un Piclro Barbavera, qui eût vaincu h l'Écluse sans la résistance insensée de Béhuchet, habile trésorier de
1,-^ , . , Aiuiroa Dnria, ir.ijtrcs un ]iorir lit (iii temps.
'lance ])PUI— cire, mais assure- CoUrcl,oni,,dogtsiiGtne,;Cab.de>E,l.,BM.roy.dtFaru.
nient auiiral incapable; ce sont deux Malocelli , un Use di Mare, un Lomellini, un
Lercario, que sais-jo? Sur les quaranlc galères de 1337 fournies par Gènes et Monaco, que voyons-nous? Parmi les vingt capitaines génois, un Lanfianchino Grimakli, celuilà même qui fut conseiller et chambellan de Charles V, puis amiral de la mer Méditerranée et général des armées du roi en Provence, — un Génois presque Français! — cinq Spinola et neuf d'Oria ! D"Oria, ce nom appartient pour un instant à la marine de France. Le grand André est pendant quelques mois l'amiral de François l" dans la Méditerranée, mais son inconstance et son intérêt personnel le poussent bientôt dans un camp rival.
( « 3ri Andréa Doria principe.* ) Fac-siinile des premiers mois du teslimenl olographe que le prince André IVOria érrivil l'année de sa mort, c'i'sl-.\-dire la qualre-viiipt-doiizit-me annéu de sa vie. Cet aiMc Irî^sciirifiis e>l Ciinscrvè au palais D'Oria, à Gl'mcs, paruii les trêsurs anciens de celle maison Le tcstiinient est ûcril sur un rouleau de |ijrcliemin, large d'un mclre environ cl lon^' d'à peu pri-s deux mcirc^.
Les aventuriers qui prennent parti sur les navires loués à un roi étranger pour une campagne, sont les fds, les frères, les parents des capitaines. L'amour de la gloire les emporte, et l'on peut dire d'eux ce que Vander Ilanmien a dit des aventuriers vénitiens qui, en l.")70, sélaienl cnd)arqu(''S sur les galères de Géronimo Zani pour passer en Chypre: « Ventureros, nobles por nacimiento, y deseosos de senalarse en las armas.»
C'est de ces nobles coureurs d'aventures que les capitaines de galères composaient. en général, leurs retenues de poupe pour les jours difliciles où il fallait garder It'lcudai'd des insultes d'un ennemi. Disons ce qu'on appelait «Retenue de poupe. » Parmi les honunes d'armes ((ui. dans chaque galère, étaient end)arqu('S pour le combat, le caj)itaine choisissait un certain nond)re des plus vaillants. Ces guerriers, cpi'il avait retenus pour ses compagnons et les défenseurs de sa bannière, plantée au côté droit du navire, à l'entrée de la poupe, ne devaient point, pendant l'action, s'éloigner de leur poste sans l'ordre du capitaine. La galère, attaquée par l'avant, pouvait être envahie jusipi'au milieu, mais la poupe ('lait connue un lieu sacré (jue la présence de l'ennemi ne devait point prolimer. et doiil. au jn-ril de leur vie, il fallait (pie ses gardiens interdissent feutn'e aux assaillants.
On a vu de beaux désespoirs sauver (juclques galères que leurs retenues de poupe n'auraient pu soustraire ii l'audace heureuse des assaillants. On vil à Lépanle un vieillard septuagénaire, l'in'nmpie Sc'basiien Veniero, reprendre tout seul sa Capitaue, dont les Turcs, apiès avoir enlevé les deux rdnporls. dresst'S en travers, menaçaient la poupe. Pendant (pie les V(''nitiens Inllaienl vaillanunent coiUre les janissaiics (pii. du navire, avaient d(''jà (fMupiis jusipi'ii Varbre du milirii, Veniero s'était l'ail dépouillei' de son armure de fer et avait revêtu un simple pourpoini de ImlUe piipu'; il avait laii ruloiirer ses pieds de lisières cl de cordes pour ne pas glisser dans le sang, et s'était aime d'un longglai\e il deux mains; puis, les yeux au ciel, se recommandant ;'i Dieu . ;i son pa-