I.i: MOYEN AGE
pagne, comiiio inédocin ou tliirmgien, lel chef crarinée. Or. ii'v a-l-il jias lieu de supposer qu'en loutc expédition où devaient s'échanger des coups d'épée, figurait nécessairement au moins un personnage idoine aux pansements, lequel oiganisait et dirigeait le service de sanlé, selon les besoins? Des frères hospitaliers, des sœurs enrôlées sous la baïuiière de la charité chrétienne, exécutaient les prescriptions du maître et l'on Irans- |»orlaitdans les monaslèiesles plus voisins lousceux auxquels un long traitement devenait nt'cessairc. Ce l'ut ainsi que le comte Robert, fils de Guillaume-le-Conquérant. et tant d'autres héros, sortis inguéris de la Palestine, débarquèrent h Malte, au Monte Cassino, il Salerne, pour trouver à leurs blessures un remède efficace.
L'oiganisalion intérieure des petits Etats démocratiques, des villes impériales et des conuuunes , le droit de lever des troupes, d'avoir une armée et de faire la guerre, amena nécessairement un changement considéraljle dans l'attitude sociale de la Chiruigie. C'était surtout contre le despotisme temporel de l'Eglise que luttait l'esprit d'indépendance urbaine ; ou voulait en toutes choses s'affranchir du vasselage imposé par les prêtres, et. pour ne |)lus avoir à réclamer l'assistance des moines ou frères guérisseurs, l'autorité, peut-être l'instinct populaire éleva les barbiers au titre de Chirurgiens de second ordre ou servants. On fil plus : dans chaque ville importante, on en solda quelques-uns, à la condition qu'ils soigneraient les pauvres et qu'ils suivraient à la guerre les gens d'armes (pion y envoyait. Certaines villes populeuses, assez riches pour s'imposer de grands sacrifices, ne se contentèrent pas d'avoir des chirurgiens-barbiers. Elles s'attachèrent un ou plusieurs Chirurgiens habiles, clercs ou lettrés, formés presque tous dans les écoles monastiques, mais principalement à l'école de l'expérience. Tels furent à Bologne, à Parme, à Vérone. Hugues de Lucques, qui toucha, pour le sacrifice complet de sa vie entière, 600 livres une fois payées, et Guillaume de Sçalicet dont nous parlerons plus loin. Voilà l'origine des Slads Physicus de l'Allemagne, des médecins ou chirurgiens stipendiés de la France et de l'Italie. Après avoir été, pendant deux siècles, les rivaux des moines thérapeutes, ils finirent par exercer sans contrôle , el par se constituer, à leur tour, en confréries auxquelles le magistrat donna des statuts et des privilèges.
L'ère d'émancipation de la démocratie européenne ayant coïncidé avec les croisades, avec l'agitation fébrile qui poussait alors l'humanité aux expéditions lointaines, on apprit à connaître l'Orient; les lettrés d'Europe méprisèrent beaucoup moins qu'ils ne l'avaient lait, la science musulmane; et bien que la Chirurgie, chez les Arabes, par suite des préjugés religieux, fût demeurée fort en arrière des autres arts, on retira de leurs livies quelques notions utiles. Avicenne, qui résuma l'encvclopédie médico-chirurgicale du onzième siècle, rendit d'importants services. Malgré la faiblesse de sa Chirurgie, on consulterait encore avec fruit les traités qu'il a composés sur les maladies des paupières et sur les hernies.
Nous ne nous arrêterons pas davantage au delà des Pyrénées, quand l'art nous rappelle en Sicile; (juand maître Gariopontus, venu des îles de l'Archipel à Salerne, y intronise la Chirurgie et compose plusieurs ouvrages devenus les Itases de l'enseignement salerni-
ET LA RENAISSANCE, nilaiu. l'ontus n'est pas, rommc le témoigne Haller, nn conipilalour inutile. iniili/i>compilator. Il avait, ponr son siècle, une érudition remarquable; il ronnaissait Galien. Oribase, Plictonicus, Âcrisius, Éléotales et d'autres médecins grecs, tandis qu"il méprisait les doctrines arabes. Dans un traité de médecine pratique, appelé Passionarmm. dans une matière médicale connue sous le titre de Di/namùlies, ouvrages demeurés inédits. Ponlus parle souvent d'après sa propre expérience, et ne laisse point ignorer qu'il exerçait la Chirurgie en même temps que la médecine. C'est à lui qu'on doit la création d'une foule de mots latins, francisés depuis : clijsterisare, caïUerisare, gargarisare, cicalrisatr, etc. Plusieurs de ses conseils ont dominé, jusqu'à la lin du dix-huitième siècle, renseignement des écoles.
A. côté de Pontus, dWlbiicius. d'un moine appelé Rudolphe. (jui jouissaient alors ;i Salerne d'une prééminence chirurgicale non conlesiée. marchait d(^ front la matrone Trotula. C'était dans ce cercle dérudils praticiens, que se concentrait . que se préparait l'action scientifique de la Sicile ; c'était là qu'autour du code sanitaire. Regimcii sanitatis, couq)osé par un poète sans mérite, apjielé Macer, allait éclore et bientôt lesplendir une école. L'homme nécessaire ne tarda point à paraître, car jamais l'homme n'a fait défaut aux circonstances: il arriva des plages africaines : il se nommait Constantin.
.Après de profondes éludes commencées en Afrique, continuées sur les rives de l'Euphrale, puis dans llnde, puis en Egypte; après un séjour de courte durée sur la terre natale que ses ingrats compatriotes l'avaient forcé d'abandonner. Constantin était venu sous le ciel liospilaliei- de Sicile chercher le calme et le repos. Il fut reconnu par un frèn^ du roi de IJabylone qui s'enqiressa de le signaler au fameux Robert Guiscard. Ce dernier le prit pour secrétaire; mais le médecin. <ievenu homme d'État, n'en coiuiniia pas moins de <ultiver les lelties, eu traduisant des ouvrages ignorés jnsipià lui de lEuro|icoc(identale, et de lasorle iljetadansSalerne lesgermesd'uneilhislialion scientiiicpie qui allait grandir avec les croisades. Sa retraite au mont Cassin, où il termina ses jours i'U 10S7. ne lit <]u'ajouter à la réputation qu'il s'était ac(]uise. On le décora du surnom de <« Nouvel lli|ipocratei>. du titre de « Mailie de l'Orient et de l'Occident»; on 1 offrit à fadmiralion du monde incline devant lui connue devant une merveille. El cejiendanl. Couslanlin ne fut pcul-èlic jamais cpic (onqiilaleur et traducteur, é( onome de ses propres idf'-es, prodigue d<' la scieiucde ses devanciers, habile à faire [tasser dans la langue latine, langue usuelle des écoles, les principes enfouis parmi les livres d'Isaac. d"Ali-.\bbas. de Galien et de Sextus Placitus. Mais, à cette époque d'ignorance profonde, le gé^nic (|ui cn''e eût été moins apprécié que la patience révélant la pensée d'aiilrui. Conslanlin ouvrit une voie nouvelle on le siiivii'enl limideinenl quél(|ues aili'jiles. jusipi'.à (c (|ue Gt'iard de (Crémone eût franchi d'im seul bond linimense inlervalle (|ui se|iarail le .Moveu .Vge des grands siècles de l'aiiliciuilc'.
Ne cherchez pas le nom de (ietard dau^ les diclionnaires liisloii(pies, vous ne l'v Irouverez |ias : sinq>le ouvrier de la pensée, il ve(iil sans faste, presque sans gloire. Pour sersii' la seieiKc. il ne rec nia devani aucun saciilice. il ne s'eflrava d'aucun péril:
Soienaec et Arw CHIRURGIE, Fol. III.
LE MOYi:^ AGE
pour irouver iiii manuscMit. il lil à pied trois cents lieues; pour le lire, il en apprit la langue; on lui dut la traduction de plusieurs ouvrages d'Hippocraie et de Galien, des livres de Serapion, de Kliasès et d'Alnianzor , du Canon d'Avicenne et de la Chirurgie d'Alhucasis. Celle Chirurgie, précieux monument du douzième siècle, rendit ;i lart sa dignil(! compromise, ;i lanatomie la prééminence qu'elle avait perdue.
l'endant (pie, sous les ellorts de Géiard, la cité loml»arde de Ci'émone se débarrassait des liens (|ui l'asservissaient aux traditions barbares, quehjues juifs salernitains acceptaient, réchaulîaient les théories léguées par Constantin; de sorte qu'aux extrémités orientale et occidentale de la péninsule italienne, rayonnaient deux foyers de lumière qui bientôt allaient s'éclipser eux-mêmes dans un autre foyer, 1 Université de Bologne.
En consacrant l'indépendance républicaine des grandes villes d'Italie, le traité de Constance (1188) venait d'ouvrir aux peuples les portes d'un nouvel avenir. D'autre part, la })apauté, voulant répondre au besoin dinstruction qu'éprouvait lEurope, créait les Universités, moyen légal de dominer ;, d'épurer les idées, et de leur imprimer une direction quelle seule alors, il faut le dire, pouvait surveiller d'une manière efficace et morale.
Ainsi s'élevèrent en Italie les Universités de Bologne, de Padoue, de Plaisance et de Naples, les Écoles de Modène, Milan, Ferrare, Beggio, Parme et Pavie; en Espagne, celles de Valence et de Tortose. orgueilleuses héritières des académies moresques. En France, ;i Paris, à Montpellier, à Toulouse, on favorisa aussi les éludes médico-chirurgicales. Monopolisées d'abord au profit de certains hommes, clercs ou tonsurés qui tenaient h l'Église par une sorte d'adoption sacrée, ces études, devenues plus libres, furent insensiblement ramenées aux conditions de franchise d'enseignement (ju'elles avaient alors en Italie. Chaque élève put se choisir un maître qu'il payait d'après le tarif arrêté. Il était défendu aux maîtres de s'enlever leurs écoliers, et nul de ces derniers ne passait sous l'enseignement d'un second maître, s'il n'avait, au préalable, acquitté les honoraires dus au premier.
Les Inilles d'institution des Facultés de Montpellier, de Salerne et de Paris, au treizième siècle, ('tablirenl une hiérarchie scientifique, des grades universitaires qui n'existaient pas auparavant. Mais la condition délie clerc et tonsuré, maintenue en Italie, en Sicile, tomba bientôt en désuétude à Montpellier ainsi qu'à Paris. Dans la première de ces deux villes, pour passer maislre physicien ou médecin, il fallait être clerc et avoir sul)i un examen devant deux maisires, désignés au sein du collège par lévêque de Maguelone; pour exercer la Chirurgie, il fallait subir également un examen, mais la condition de ch'ricature nétail point exigée.
Dans le royaume de Naples . la méthode d'enseignement ressemblait ii celle de la France. On exigeait du médecin cinq années d'études, logique comprise; un examen soutenu en présence des maîtres de l'école salernitaine , et une année de stage. Le chirurgien devait avoir suhi des cours spéciaux pendant une année, et s'être pcrfectioniip surtout dans lanatomie des corps humains, sans laquelle on ne saurait faire sûrement
aucune opération, ni diriger la cure après avoir employé l'inslrumenl. Lexaiiien se faisait devant les maistres de l'art et certains officiers du roi.
A celte époque, l'école chirurgicale de Bologne primait toutes les écoles du monde. Pendant cinquante années, elle dut sa supériorité à Jacopo Bertinoro, à Hugo de Lucques ; elle la dut ensuite au fils du dernier maître, à Théodoric, qui profita des travaux de son père, des observations de ses devanciers. Le docte Brunus. Calabrois d"une immense érudition, et Rolando Capelluti, élève salernitain. mais élève indépendant, ne soutinrent i)as avec moins de dignité, dans le nord de la péninsule italienne, la pratique chirurgicale; tandis (piau midi Salerne déclinait, que Messine ne pouvait s'élever, et que Naples languissait insouciante, malgré les efforts du chirurgien Rogier et de ses disciples, malgré les désirs, la puissance et rinqiulsion éclairée quoique despotitiue d"un empereur! Dès lors, lutte d'amour-propre, lutte de doctrines eiUre les écoles italiennes méridionales et les écoles septentrionales, entre les maîtres et les disciples, interprétant d'une manière différente Hippocrate et Galien. On se disputait à outrance sur le sec et sur Y humide, quand parut Guillaume de Salicet, qui devint, à son tour, le créateur d'une troisième école.
Natif de Plaisance, Salicet avait atteint, depuis vingt années au moins, l'apogée de sa réputation, lorsqu'il écrivit un traité do (chirurgie, connuencé à Bologne vers l'an 1270. achevé il Vicence en 127,'j. Avant 1270, il pratiquait plutôt (pi'il ne professait; tour à tour au milieu des camps, dans les hospices ou parmi les citoyens de villes importantes telles que Bergame, Plaisance, Pavie, Bologne, Vérone, où ce grand chirurgien fixait altei-nativement son séjour, selon les cas pour lesquels on l'apiiclail. ou selon les immunités qu'il recevait des adminisli-ations urbaines. Salicet ne semble ignorer rien de ce qui constituait la science chirurgicale <lu Ireizicine siècle, mais il allache peu d'importance il faire une vaine parade dérudilion. S'il nonnne çii et lii quchpics auteurs, c'est pour examiner, discuter leurs procédés; s'il marche par de nouveaux chemins, c'est appuyé de son expérience; s'il fait une innovation, il la raisonne. Ses théories ne sont point exclusives; le i-espect ipiil |)orte aux Arabes ne l'éblouit pas.
Ce fut :i l'é'cole de Salicet. son maistre de bonne mémoire, que se forma Lanfranco, clerc comme lui, ii la fois médecin et chirurgien, el. de plus, homme politicpie, imisque .Mathieu Viscoiili l'exila de Milan. Force de deiiiauder asile ii la 1 raiice, il amena pour notre (chirurgie nationale l'aurore d'une ère nouvelle; car jusqu'il lui elle était demeurée, (■oiiiiiie en Esjiagne, comme eu Allemagne, sans un enseignement piii)lic el disliiut. garrottée sous les chaînes de romnijiotence médicale. Tout (hinirnien ou cliirurgieime |nomei(ait. })er jurami'iila sua. de ue jamais franehii' les limiles de larl. l'ccuvre d<; la main: de ne conseiller el tlt; n'adminisirer au( iiu remède inleiiie sans l'avis ou la permission du mé'deciu. On laissait au chiiiiigieii. avec resliiction loulefois dans les cas graves, la lac nllé d'agir; on lui défendait la liberté de penser
Apri'S un séjour de «pw-lques années ii Lyon, après plusieurs voyag<'s en province où ra|)pr'lail la eonliaiiee piibliciue, Lanfraiu o se dt'cide ii monter sur un plus grand théâtre,
LE MOYEN AGI'
ri vient, on 129o, promlro domicile à Paris, où régnait maître Jehan Pilanl, premioi' cliirurgien du loi. Piiard accueillit Lanfranco comme méritait de l'être un homme de sa distinclion. Jehan Passavant, doyen de la Faculté, fit mieux encore; il le pria, au nom des professeurs, ses collègues, d'ouvrir un cours de Chirurgie Lanfranco y consentit volontiers ; et pour que ses préceptes ne se perdissent pas, il écrivit le texte des leçons i|u'un grand nomhre d'auditeurs venaient écouler.
Ces leçons, malheureusement, ne furent pas d'assez longue durée. Lanfranco, déjà vieux , consumé par les privations et par les chagrins de l'exil , termina sa carrière, laissant après lui des élèves studieux, mais aucun homme héritier de son génie.
Je ne doute pas que Lanfranco n'ait occupé, le premier, une chaire de Chirurgie à notre Faculté, car l'ordonnance réglementaire duprevoz de Paris qui, dans le treizième siècle, par le conseil (Je bonnes (jens et de preudomcs du mestier. a esleit vi des meilleurs et des plus loians cijrurgiens, à l'eflet d'examiner cens qui seront dujne d'ouvrer de cyrurgie, ne dit pas un mot du mode d'instruction adopté. Il semble résulter de cette cul'ieuse ordonnance, qu'avant sa promulgation, exerçait presque qui voulait dans Paris, honnnes et fennnes, uueuns et aucunes, d'où s'en suivaient périlz de mort d'ornes et méhains de membres. L'inslilution des ci/rurgiens jurez examineurs fut donc un grand bienfait. Elle ouvrit à fart une ère nouvelle de considération et d'avenir; elle distingua le chirurgien , du simples barbier. iMais comment se fait-il qu'un prévôt aussi sage n'ait pas mieux ménagé la conscience du praticien, quand il lui défend d'afétirr ne fère afélier par lui ne par autrui nul blécié, quel que il soit, à satic ou sans sanc, de quoi plainte doive venir à joustice , plus haut d'une fois ou de deus, se péril i a, que il ne le face savoir au preroz? C'était imposer au chirurgien un rôle de délateur. Â la vérilé, les gens de l'art passaient [nmr (je ns de mestier, et l'on s'inquiétait peu de la dignité morale de l'ouviier.
En France comme en Italie, en Italie comme en Espagne, dans les circonstances graves, les grandes opérations n'étaient abandonnées ni à la volonté du malade, ni à l'arbitraire du i)ralicien, fût-il d'un mérite éminent. H fallait, au préalable, une permission, soit de révè(]ue, soit du seigneur de la localité; il fallait une consultation solennelle en présence de la famille et des amis du malade, lesquels promettaient, juraient, s'ils ne signaient rengagement formel dune rémunération lionnesle fixée d'avance. Ainsi, vers le milieu (lu treizième siècle, Roland Ca[»elluti. appelé à Bologne pour un cas de hernie pulmonaire, jiig<! l'opération urgente; mais, avant d'enlever la portion herniée, déjà tombée en putréfaction, il demande un permis à l'évèque, il s'assure du consentement de la famille, de celui tics trente amis du patient présents à la consultation , et ne veut saisir l'instrument tranchant (lu'apri's roblenlion positive d'un bill d'indenuiilé et sans doute aussi d'une sonune raisojuiable.
On a lieu de s'étonner (]u'à côté des scrupules de l'autorité à l'endroit dopéiations graves tentées par des chii-urgiens connus , se montre si peu de souci pour les petites opérations journalières, beaucoup plus fn'quentes , telles que saignées, application de
cautères, d'escharrotiques et de ventouses. Les chirurgiens laïques, les barbiers, les femmes même pratiquaient cette petite chirurgie sans le moindre conirùle. Bien plus, les chirurgiens clercs ou jurés auraient cru déroger en s'y livrant. .\ la lin du treizième siècle, ils ne faisaient déjà plus la ponction dans l'ascite-, ils n'opéraient ni de la pierre, ni des hernies, ni de la cataracte; ils abandonnaient aux matrones, propler honeslulem, toutes les manœuvres relatives aux allçclions des parties sexuelles!... A la vérité, les véritables chirurgiens n'agissaient pas de la sorte. Ils ne reculaient devant aucune opération, quelque minime qu'elle fût; de même qu'ils eussent pensé ravaler leur profession chirurgicale en n'y joignant pas l'étude consciencieuse des maladies internes. « Le « vulgaire, dit Lanfianco. regarde comme impossible qu'un honmie puisse savoir la '< médecine et la Chirurgie. On ne saurait être cependant bon médecin, si l'on n'a au- « cune idée des opérations chirurgicales: un chirurgien n'est rien s'il ignore la méde- « cine : il doit absolument connaître les difl'érenles parties de cette science. »
Un nouveau siècle s'ouvre, siècle que va caractériser une lutte |)ermanente entie les médecins et les chirurgiens, entre les chirurgiens et les barbiers récemment émancipés. Philippe le Bel sembla pressentir celle lutte infatigable: cai- ran 1301. le lundi après la m i-aottst furrnl semons luit li barbiers qui s'entremertenl de ci/runjie. el leur fut deffendu sus peine de corps el d'avoir, que cilz qui se dienl cijrunjien barbier que Hz ne ouvreienl de Farl de ri/rurgie , deraiil ce qu'ilz soient examinez des meslics de ci/runiic. scavoir se Hz sont souffisans aiidict mestier faire. Malheui-eusemenl . l'abus avait d«'j;i plus de pouvoir qu'un édit royal. Les barbiers y échappèrent, en ayant soin de ne point usurper le titre de chirurgien. Dix années après, Philippe le Bel réitère la même défense contre les « meurtriers, larrons, faux-moniiayeuis, esjnons. voleurs, abuseurs. arque- « misles et usuriers (]ui se mêlent de piali(iuer la ciiirurgic, niellant des bannières à « leurs fenêtres connue les vrais chirurgiens, pansant el visilant les blessés dans les « églises et lieux privilégiés, etc. » H les oblige h comparaître devant Jehan Pitardi. chirurgien-juré du Cliâtelel, assisté des autres maistres chirurgiens jurés, de subir un examen probatoire, et de n'exercer (|u'auiant qu'ils auront reçu licence et prêté serment entre les mains du prévôt. Philippe le l?el ne nomme poini les barbiers. On serait lenlé de les croire exempts, pai' lolérancc, des formalités prescrites. Plus lard, ils y furent ligoureusement soumis.
Grâce au génie de I^anfranco, l'art chirurgical s'était élevé, dans la Facullé de Paiis. à toute la hauteur de l'enseignement académique; l'art français n'cnviail plus rien ;i l'art de l'Italie occidentale; el (piand Lanfrauco descendit au tombeau, deux itraliciens habiles. .lehan Pilard. Henri de Momieville. tous deux ('li-ves de lilbistre cliiruigien milanais, ne laissèrent lonibei' aucun des fruils de sa docliine. L'Europe comnieiiça de perdre Ihabilude d'envoyer les disciples d'Esculapc exclusivement au ilel;i des Alpes; il en vinl de 1' \iigleli i re, de l'Allemagne el de la Suisse, à l'école de Paris ; de; rEs|)agne. de l'Italie el de la Sicile, à l'école de .Monl|telliei'. mais presipio tous faisaienl une slalion préalable à Bologne, où l'analonusle.Mundinus ouvrait anmiellemenl deux ou trois cadavres.
Néanmoins, inalgiv linlén'l qui s'allachail à lenseigncnicnl de Mundinus. ci à celui de son émule et successeur Berlruciiis , les ti'oubles civils Unirent par compromettre «ravemcnt l'avenir des écoles italiennes. En 1325, quantité d'élèves s'éloignèrent de Bologne ; en 1 334, un arrêté, contre quiconque emporterait des livres sans autorisatiou formelle, témoigna plus encore du sentiment de jalouse rivalité des Bolonais, que du prix qu'avaient pour eux les trésors de la science.
Héritière d'une partie des ressources scientifiques de l'Orient, quant à la médecine, dispuiaut avec avantage aux écoles d'Italie le sceptre médical qui leur était dévolu, et ne permettant pas le moindre empiétement sur son domaine, l'École de Montpellier, tourmentée de la renommée chirurgicale qu'avait récemment acquise la Faculté de Paris, ne négligea rien pour l'éclipser. Un homme éminent, fils des circonstances, mais plutôt encore fils de ses œuvres, Guy de Chauliac, vint alors lui prêter son aide. 11 fut presque à lui seul toute la chirurgie de son siècle. Elève de Raymond de Molières à Montpellier; de Mondeville à Paris, de Pérégrinus et de Mercadante à Bologne ; disciple de tous les praticiens distingués qu'il rencontra soit en Italie, soit en Allemagne, soit en France; devenu, pendant vingt-cinq années, le médecin, le chirurgien, le chapelain et le commensal des papes d'Avignon. Guy avait puisé .lux principales sources d'instruction de l'Europe savante, quand il lui légua sa Grande C/iirunjie, monument admirable d'érudition, de méthode lumineuse et d'esprit de critique. Cette Chirurgie n'appartient pas plus à l'Ecole de Montpellier qu'à l'École de Paris; elle appartient à la France, dont elle fait une des gloires les plus belles.
Après Guy de Chauliac, toutes les autres réputations chirurgicales de l'époque pâlissent singulièrement. Bienvenu Gralf n'est qu'un spécialiste; les Anglais Gaddesden el Ardern, élèves connue lui des écoles Irançaises , ont imiquement transporté en Angleterre les théories, les procédés recueillis parmi nous; Nicolas Catelan. Pierre de Bonant, Pierre d'Arles, Jean de Parme, etc., chirurgiens distingués de Toulouse, de Lyon et d'Avignon, n''ont pas laissé d'écrits, et leur mémoii-e et leurs disciples se sont éclipsés à travers les orages politiques dont nos cités méridionales ont eu tant ;i soud'iir.
Pendant que .Montpellier, par d'énergiques efforts, tâchait de conserverie sceptre chiruigical, passé de l'Italie entre ses mains, sceptre qu'une colère de princes allait bientôt briser (sac de Montpellier par le duc d'Anjou, en 1379), la Faculté de Paris revenait h son intolérance primitive. Irritée peut-être de voir la corporation des chirurgiens se constituer indépendante, elle voulut établii' une barrière absolue entre les deux professions. Dans ses statuts recueillis, corrigés et renouvelés sous le décanat d'Adam de Francheville (1350), elle inséra une disposition, en vertu de laquelle les bacheliers admis à faire leurs cours promettraient, par juramenla sua, de ne point exercer la Chirurgie manuelle. En même temps, elle renouvela celui de ses anciens statuts, qui interdisait aux chirurgiens de dépasser les bornes de leur meslier. Ils demeuraient assimilés, connue par le passé, aux apothicaires el apothicairesses , aux herbiers ou herbières,
lous sujets (le la Faculté. Cette orgueilleuse École, seule en possession de faire des cours publics , retenait ainsi les chirurgiens dans ses chaînes ; ils étaient ses écoliers, ses obligés, presque ses serviteurs, liés par un serment solennel, auquel n'échappaient sans doute que les médecins-chirurgiens de l'ordre des clercs, tels que Lanfranco, Pitard et ^londeville.
Au mois d'avril 1352, Pierre Froniond et Roi^ert de Langres, alors chirurgiens-jurés au Chàtelet de Paris, ayant obtenu du roi Jean un édit absolument identique avec celui de Philippe le Rel, voulurent s'approprier le droit exclusif d'examen. Les autres chirurgiens réclamèrent. Un accord eut lieu entre les parties intéressées, et les choses furent maintenues en dehors de la chose jugée, jusqu'à ce qu'un arrêt du parlement, rendu le 2.o février 13.5.^, eût établi que désormais le prévôt des chirurgiens sérail adjoint aux chirurgiens-jurés du Chàlelel, soit pour la convocation des maislres (icentiez en ladiie Faculté, soit pour jjrésider aux examens et donner la licence. C'est la première fois qu'on voit figurer un prévôt des chirurgiens. Cependant, l'arrêt s'appuie sur plusieurs privilèges royaux du roy saint Loys et de plusieurs roys qui depuis ont esté. Pasquier révoque en doute l'édit de saint Louis et l'attribue nettement à la liberté d'une plume dont asse: souvent on abuse en plein tribunal : mais nous avons signalé plus haut son authenticité, devant laquelle lomhe léchalaudage des moyens accunmlés par la Faculté contre le collège de Saint-Cùme.
L'afiiliation du roi (Miarles V à cette confrérie chirurgicale était venue lui donner un lustre, une importance, dont gémissait la Faculté. En mémoire de cette affiliation, le monarque , reproduisant les termes des «'dits précédents et ceux de l'arrêt du 2o 1V-vrier 13o5, conlirma ses nouveaux conbvres dans la jouissance des droits qu'ils jiossédaient (I36t). Ainsi le prévôt des chiringicns se trouvait dèlinilivement accolé aux chiruigiens-jurés du Chàtelet, par la sanction de la première Cour du royaume et par la volonté du roi. Cette conquête rendit les chirurgiens andtitieux. .laloux des médecins qui les tenaient le plus jwssible à distanc»'. ils eurent le tort grave d'agir contre les barbiers avec la même intolérance et le même (h'-dain. Les barbiers, enipeschez par eulx dans leur mesliers. réclamèrent. Chai'ics V les ('coûta favorablement. Il les exenq)ta même du guet. po)ir ce que il escltiet bien souuani, <lit le texte de l'ordonnance rendue à celte occasion, que lez aucuns d'iceulx exposans. lesquelz presque louz s'eniremectent du fait de Sururgie, sont envolez querrcpar nuit d grant besoing, en de f faut t des Mires et Surgiens de ladicte ville, dont, se iceulx exposans n'estaient trouuez en leurs maisons. j)lusieurs grans perilz et inconueniois s'en pourroient ensuir. (Ord. de 1305.)
Les cliiniigicns acce|itèrcnl sans nuiiimucr, il le fallait bien, cctir juste concession fail(; aux baihiers. mais ce lut avec la secrète intention d'olilenir (|uel(pii' dcdonnnagemeni ultérieur. Kn crfcl. ciu(| aimées après, !<■ roi lis cxi-MipIc du gucl cl t\r h garde, à condilion qu'ils visiteront et panseront les pauvi'es cpii ne peuvent être reçus dans les hôpitaux. L'ordonnance royale, évidemment n'digée |)ar (picicpie d(''l(''gué du corps, les traite de bacheliers, de licenliés en chirurgie, litres universil:iircs doiii ils se couvraient sous le
manteau royal, pour les rovfndiquor jiar la suilc. Quoi qu'il en soit, les consultations hebdomadaires qui avaient lieu jadis aux charniers de Sainl-Côme, consultations aux- (]uelles assistaient les bacheliers et les apprentis chirurgiens, semblent dater de l'année 1370. Cette fois, l'usurpation tourna au profil de Thumani té.
.\ la vue des empiétemenls successifs que faisaient les chirurgiens, leurs maîtres, les barbiers de Paris recherchèrent avec soin les titres anciens de leur conununauté. afin de conserver une certaine indépendance. Ne les ayant pas retrouvés, ils prièrent Charles V de les renouveler; ce qu'il fit. Les nouveaux statuts portent que le premier barbier et valet de chambre du roi esl cl doit eslre (jarde diidit meslier comme autre ffoix, et qu'il peut imtituer lieutenant, auquel Von doit obéir comme à lui, en toutes qui audit meslier apartienl et apartiendra : que aucun barbier de quelconque condicion ne doit faire office de barbier en ludicle ville et Imniieue, se il n'est essaie: par ledit niestre el les un jurez, en la manière et selon ce qu'il a esté accouslumé on temps passé et est encore de présent. Il est expressément interdit d'enlever apprenti ou varlet à un autre; de faire œuvre de barberie, hors de saigner etpugnier en certaines fêles de l'année, etc.
Les chirurgiens, qui ne cessaient d'empiéter sur le domaine de la médecine, mais qui n'en défendaient pas avec moins d'activité leur propre domaine, trouvant la latitude d'exercice laissée aux barbiers beaucoup trop grande, firent tant, qu'à la fin l'autorité fatiguée limita, d'une manière formelle et précise, les droits des uns el des autres. Cette ordonnance remarquable parut le 3 octobre 1372. Elle permet aux barbiers d administrer empl astres, onynements et autres médecines convenables pour ftoces, (ipostumes et toutes plaies ouvertes, à moins que le cas puisse entraîner la mort, car les mires jurez sont gens de ijrant estât et de grant sallaire , et les pourcs gens ne sauraient comment les paver. Ainsi demeurèrent séparés en trois classes bien distinctes, les praticiens à robes rouges, mires ou physiciens ; les chirurgiens à rolies courtes formant confrérie sous le patronage de saint Cùme et saint Damien, et les barbiers portant épée, remplissant office de barberie sans conteste. Ce fut, pour toute la France, la même organisation, la même ligne distinctive, à cette différence près, qu'en certaines provinces, comnie la Bourgogne et la Lorraine, on distinguait les grands barbiers des petits barbiers. Thicbaut. duc de Lorraine, donne, par son testament, une maison ;i lacquemin le barbier, et seulement dix Hures tout lois au petit barbier. Ces petits barbiers, barbaudiers de village, véritables compagnons, allaient, de commune en coniiMiinc. vendre antidotes et drogues renfermés en leur boitier ; tandis que le grand barbier, le chirurgien juré, faisait choix des malades, el cheminait gravement sur une haquenéc dont les énormes grelots annonçaient sa venue. Il portait en son pannerol, ou estuy , cinq ou six espèces d'instruments, savoir, des ciseaux, des pinces, des éprouvetles (sorte de stylet boulonné), des rasoirs, des lancettes el des aiguilles ; il avait, en outre . avec lui, cinq onguents réputés indispensables, le basilicon , regardé comme maturalif; \ onguent des apôtres, pour changer le mode de vitalité des parties; Y onguent blanc, pour les consolider : \ onguent jaune . pour incarner ou faire pousser des bour-
geons charnus, cl ronguenl dialtœa pour calmer la douleiu- locale. Les zélés élaient loin de s'en tenir là. Quant à moy, dil Guy de Cliauliac fanais accoustinné ne sortir iarnais des villes, sans porter auec moy me bourse de clysleres et quelques choses communes; et si i'allois chercher 1rs herbes par les champs auec les susdits moyens pour subuenir proprement aux maladies, et ainsi l'en rapportais honneur, profil et grand nombre d'amis.
Guy veul que le chirurgien soit lettre, expert, imjenieux et bien morigéné; (ju'il soil hardy en choses seures, craintif en dangers; qu'il fuye les mauuaises cuirs ou practiqnes ; qu'i\ soit gracieux aux malades, bienueillant à ses compagnons, sage en ses prédiction^ ; qu'il soit chaste, sobre, pitoyable et miséricordieux ; non conuoiteux, ni extarsionnaire d'argent . mais qu'il reçoive modemnent salaire, selon son travail, tes facilitez du malade, la qualité de l'issue ou cuencmenl, et sa dignité.
La Chirurgie liançaise doit être fière de voir un de ses plus illustres niaîlres proi'esser des principes aussi généreux, (juand surtout nos voisins, les Anglais, exploitaient de la manière la [)lus indécente la ci'édule humanité. Gaddesden avait ses receltes pour les riches et ses recettes pour les pauvres. Il vendait fort cher aux barbiers une composition insignifiante, dans laquelle entraient des grenouilles pilées ; il annonçait ponq)eusement des secrets (jui taisaient des miracles, auxquels lui-même n'avait pas la moindre loi, puisqu'il conseillait d'en exiger d'avance le payement. La disirilnilion de son livre est une œuvré de charlatanisme au grand jour. Il y réserve, pour cinquième division, un chapitre très-succinct consacré aux maladies désagréables qui procurent rarement de l'argent au médecin. Ardern, disciple de Gaddesden. ne lui cède en rien, sous le rapport (lu savoir-faire. Il se flatte d'inventer des opérations, (pion connaissait avant lui: il cherche ii n'paudre l'usage du dystère, du clystère administré dans ceilaines coudilions. deux ou liois fois l'ann('e. et par lui même. « Les LoMd)ards, cliarg(''s à Londres d(> cette opération, s'en acquittent très mal, assure t-il; c'est une œuvre de la plus haute importance, œuvre essentiellcmcul chirurgicale, réclamant les plus grandes précautions et le concours d'un maistre parfait. » Les lords, effrayés des dangers imaginaires (ju'ils avaient courus, des dangers qu'ils |)ourraient courir encore, n'rlamaieut à l'euvi le lM''n(''lice de la manoiuvre habile d .\r(l( in. (pii cotait ses lavemenls ii un |»rix exoibilaiil |)oiir l'('po(jue. Faut-il s'étonner s'il mourut chargé de consich'iation et d'aigent?
Dans Paris, la lutte opiniâtre entre les chirurgiens et les barbiers contiiuiail. Les ( liii iiigiens. non ( milciils d'avoir (■chappé seuls à la sciilcuce d'abolition (1382) qui supprimait les maîtrises, pour punir les Parisiens icbelles. avaient adressé, contre les barbiers ieiilr(''s fil grâce, une siippli(|iie à ITiiiversiti- : Nous, vos humilies escaliers et disciples, disaient les chirurgiens aux médecins, nous venons à vos vénérables daininalions — et les iiK'decins. ravis d'une telle soumission, promenaient d'ai»|>uyer les chirurgiens, tanquam veri scholares et non aliàs. Mais, soit (pic les docteurs eusseni chan;.^' d'idées, soil (pic le pouvoir eût voulu sauvegarder les inl<''rèls publics, aux dcpeiis des intérêts d'un corps privilégié, Charles VI riva la cliaiiie des chirurgiens
Soiinoes el Arts. CHIRURGIE, Fol. VU.
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et consacra, par un silence affeclc-, rindépendance professionnelle des barbiers. Les chirurgiens imaginèrent alors une autre voie démancipation , la seule digne, la seule profiiable et solide, la voie des esludes. Désormais tout apprrntiz sera cletr grammairien, pour faire et parler bon latin; il sera, de plus, bran et bien formez; nul maître ne le recevra, qu'il n'ait du dei-nier maître bonnes lettres de quittance, et le baccalauréat, sans examen préalable, coûtera deux escusd'or, au lieu d'un franc.
Ces dispositions, arrêtées en 1396, avaient évidemment pour but de n'appeler h la maîtrise chirurgicale de Saint-Cùme que des sujets d'une condition riche, honorable, propres à maintenir l'aristocratie du corps contre la démocratie envahissante de la Barberie. Le choix devait être facile entre les apprentiz, puisqu'il n'existait que dix chirurgiens-jurés de Saint-Cônie. Les barbiers, au contraire, en nombre illimité, tendaient ii s'accroître. On en comptait h Paris quarante vers le milieu du siècle et soixante vers la fin. L'échelle de la considération dont ils jouissaient, comparativement aux médecins et aux chirurgiens, peut se mesurer par des chilTres : en 1333, quand la Faculté désign;i des docteurs, des chirurgiens et des barbiers pour soigner les pestiférés, le docteur médecin reçut 300 livres parisis, le chirurgien, 120 livres, le barbier, 80 livres.
Rien nindicjue positivement quel mode d'instruction suivaient les apprentiz; mais on peut facilement le déduire de l'ensemble des articles constituant la charte du collège. II fallait qu'un maître eût quatre années de réception, pour prendre un apprenti, lequel jurait d'observer les statuts, et pendant un temps plus ou moins long, suivait son maître dans la clientèle civile, dans les hôpitaux, et assistait avec; lui aux assemblées de la confrérie. Quand le maître lavait déclaré capable de se présenter à la licence, il subissait un examen. Il donnait au clerc, commis de la communauté , 2 francs en argent , ou sa robe, pourvu qu'elle représentât cette valeur; il payait 12 écus d'or, avant de prêter sei'uient entre les mains du prévôt, et quand il allait recevoir, dans le chapitre del'Hôtel- Dieu , le bonnet magistral , il fallait qu'il fit présent, à chaque maître, d'un bon bonnet double teint en écarlate, ou dune somme de 15 sols, et dune paire de gants doubles violets avec bordures et houppes de soie. Les bacheliers, ses anciens collègues, devaient recevoir également des gants, et après la cérémonie, un dîner se faisait à ses frais. Les réunions publiques de la confrérie avaient lieu dans l'église SaintJacques-la-Boucherie. Le domicile des confrères était signalé par de grandes bannières appendues aux fenêtres, bannières représentant saint Côme et saint Damien, et au dessous desquelles figuraient trois boîtes.
Cinquante années viennent de s'écouler, pendant lesquelles l'Italie chirurgicale, demeurée stationnaire. compromise i)ar une foule d'empiriques, ignorante des progrès de la Chirurgie» française, n'ofl're qu'un seul praticien érudit, [Nicolas de Florence, doctor pxrellenlissimus; encore, ne connail-il ni Lanfranco. ni Mondeville. ni Guy de Chauliac. Reproducteur presque servile d'Âvicenne et de Rhasès, il a laissé une compilation monstrueuse qui ne pouvait prendre date dans les fastes de l;ut. I*ierrc d'Argellata choisit beaucoup mieux son texte. Élève de Guy de Chauliac, il le copia sans pudeur.
sans le ciler une seule fois; il acquit, par ses larcins scientifiques, autant que par la hardiesse de ses opérations, une illustration telle, qu'on lui éleva une statue dans l'amphithéàtre de Bolot^nc. Mais lefïigie d'Argellata ne releva pas plus cette Université déchue, que les unlidolcs do Léonard lîertapaglia, le Livre des Fractures de Batinus de Rahis, l'enseignement d'Arculanus, de Moulagnana et de Gradi, ne retinrent les écoles de Padoue, de Venise, de Parme , de Ferrare et de Pavie sur la pente de leur décadence. E'anatomie jela vainement quelques lueurs. Du moment que la parole de Galien ou d'Avicenne démentait les faits, les faits demeuraient ahandonnés pour la parole du maître, et l'erreur se perpétuait ainsi, malgré l'évidence. Ils sesutjvenl comme les griies, car l'un ne dit que ce que Vautre a dit, s'écriait Guy de Chauliac. en parlant des chiiurgiens d'Italie. Je ne scuij si c'est par crainte ou pur amour quilz ne daignent oiiijr, sinon choses accoustumées cl promiées par authorité. Eh bien! pendant plus d'un siècle, le même reproche fut rigoureusement applicable.
L'astrologie usurpait le domaine de l'observation pratique. Le temps n'était pas encore venu, oîi la science chirurgicale, tirant profit de la multiplication des livres, secouerait les chaînes de laiabisme et participerait aux bienfaits de la Renaissance.
Faut-il s'étonner qu'au quinzième siècle les spécialistes aient absoibé à leur profil toute la confiance du public , surtout quand ces spécialistes s'appelaient Branca, Nursinus ou Norsa : les Branca, restaurateurs audacieux de la rhinoplaslie; les Norsa, qui amputaient le testicule pour guérir l'hydrocèle, qui opéraient de la taille et châtraient par année (piclques centaines d'individus hernies, jusqu'à ce (jue l'usage du biayer eût rendu cette horriiile nuitilaticju moins fréquente. Nolie Germain Colot doit aux Norsa la coniuiissance du liant appareil , méthode qu'il appliqua avec un si grand succès sur le franc-archer de Meudon, livré comme une victime à son hardi couteau.
L'Allemagne retardataire, marquant du sceau de la réprobation les baigneuis. les bergers, les écorcheurs et les chirmgicns-barbiers, les enq)èchant d'entrer dans un corps de métier et de s'allier à une famille honnête; l'Allemagne, au point de vue chirurgical, offrait encore moins de ressource que l'Italie : témoin le roi Malhias Corvin <pii, pour se guéiir d'une blessure, est obligé d'appeler, de conjurer les barbiers de tout riùnpire et de leur faire les promesses les plus séduisantes, s'ils veulent bien venir ii sa cour. Ilans de Dockenbourg, chirurgien-barbier d'Alsace, lui rendit la santé (1408); mais rien ne [)rouve qu'un send>lable succès ait aloi's ajouté quelque considération ii sa conlici'ie.
\y\ delà du dilroil. même [lénuric. Les successeurs d'Ardern. (jilbcrl el Richard, sont des fabricanis. des colporteurs d'enqtlàlres, plutôt que des chirurgiens. En 1415, lors- (]ue Henri V vient allatpier la France, il na (iinui chirurgien près de sa personne, Thomas Morsiède, (pii s'est engagé, non sans peine, à le suivre avec douze honunes de .sa profession. Dans uu<' seconde exp(''dilion. ces doir/.e honunes de bonne volonté sont impossibles il réunir. Le roi autorise alors flinuias Morstède :i faire endjanpier ii'auloi'il('' Ions les ( hiruigiens nécessaires, el ;i leur adjoindre des ouvriers pour conleclionner les
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iiisIriimPTils. De tous los points do l'Europe, c'est donc encore dans notre France, qu'il l'aul venir pour li'ouver un opéialeur distingué. C'est à Montpellier, que professe et qu'exerce Balescon de Tarenle, mais il prêche, il agit au milieu des infidèles.
Après trente années de concorde apparente, la lutte des chirurgiens et des barbiers de Paiis reconunença. Le i mai 1423, les chirurgiens obtiennent du prévôt deffenses yenemleminl à lonlrs personnes de quelque eslat et condiUon qnils fussent, non chirurtjiens, mesmes aux barbiets, d'exercer ou eux entremettre au fait de Chirurgie. On proclama ' l'interdit ;i sonde trompe, par tous les carrefours de Paris; mais aussitôt les barltiers l'éclamèrent devant le prévôt lui-même qui leur donna gain de cause le 4 novemi)ri' \\-2ï. Dès lors, appel des confréries de Saint-Côme au Parlement. Déboutés de leurs piétentions , les chirurgiens, dans leur impuissante colère, jurèrent tous, le 28 septend)ie . de ne voir désormais aucun malade avec un barbier ; et . pour se préparer aux hostilités qui allaient suigir de nouveau, ils baltirent monnaie, en imposant les bacheliers lYun marc d'argent payable dans les six semaines qui suivront la licence. Vaines précautions. L'heure d'émancipation déilnilive de la barberie par toute la France allait sonner. Déjà les barbiers de Montpellier, de Bordeaux, de Rouen, de Toulouse, etc., existaient en corporations indépendantes, relevant uniquement de l'administration municipale; déjà les barbiers du Berry , du Poitou, de l'Auvergne, du Languedoc, de la (îuyenne, du Maine, de la Sainlonge, de la ïouraine, reconnaissaient un chef inmiédiat dans la personne du premier barbier et valet de chambre du roi. 11 ne fallait plus qu'organiser cette vaste association et lui imprimer l'ensemble et l'universalité qui lui manipiaicnt. Colmet Candillon, premier barbier, premier valet de chambre d'un régent et de deux rois, eut l'habileté d'y parvenir. Déclaré maistre et garde du meslier. ayant le pouvoir de se créer, dans les bonnes villes, des lieutenants qui jouissaient du droit exclusif de regard et Visitation sur tous les barbiers, lesquels étaient autorisés à se faire représenter eux-mêmes par des commis barbiers, les praticiens du meslier formèrent un réseau, hors duquel nul ne pouvait /etvr ouvroir et estre maistre, sans examen devant des jurés nommés par le lieutenant. Chaque nouveau maistre en barberie prenait lettre scellée des sceaux du premier barbier, moyennant cinq sols, et recevait du même unicopie de Yarmenac (^lalmanach) fait de r année. Cette copie lui coûtait deux sols six deniers tom-nois, somme considérable pour l'époque; mais personne n'eût pensé payer trop cher le livret indicateur des jours criti(pies et non critiques relativement à l'opportunité de la saignée.
L'ordonnance d'institution du maistre des barbiers fut renouvelée maintes fois, parce (pi'en cIkuiuc province, en chaque ville, s'élevaient de préleniieuses rivalités; parce qu'au lieu de se contenter du (ilie modeste de barbier, on se disait cirurgien , artiste en Ciritrgie, juré en Cirurgie et barberie; parce qu'on inventait ou tirait de la poussière certaines ordonnances municipales ou princières, pour échapper à l'omnipotence du premier barbier du roi.
A Paris, les chirurgiens de Saint-Côme, n'osant plus lutter seuls contre les barbiers.
ET Là renaissance.
surtout quand Ollivier-le-Dain, ce barbier favori de Louis XI, eut captivé l'oreille de son maître, ils implorèrent le titre <X écoliers de l'iniverstté, ainsi que ]es privilèges . franchises, libertés et immunités qu'entraînait un tel titre. L'Université le voulut bien, mais à condition que ces écoliers vaniteux, indociles, ignorants, suivraient les leçons des docteurs-régents de la Faculté. Voilà donc les chirurgiens asservis de nouveau, tandis (jue les barbiers parisiens obtiennent une des soixante-une bannières (pie Louis XI distribue aux corps de métiers de la capitale; voilà les chirurgiens, méconnaissant leur spécialité, au point d'abandonner les incisions, les luxations, les fractures, pour Ibrinuler des ordonnances, ce qui était C affaire des maîtres de la Faculté et non des r/iirurgiens.
La traduction de la Grande Cliiritrgie de Guy de Chauliac. par Nicolas Panis, avait i)aru en 1 i78 à Paris; un extrait du même ouvrage, le Guidon de lapractique deC/iintrgie pour les barbiers et chirurgiens, avait été publié en 1485 dans la même ville, (rétait une double source d'études ouverte aux apprentiz non lettrés. Malheureusement, l'achat de tels livres dépassait leurs moyens pécuniaires. La Faculté de Montpellier conçut alors l'idée d'instituer un cours de Chirurgie où les barbiers vinssent apiircndrc le meslier. Autre obstacle : la dignité de ILniversité ne lui permettait pas d'employer une langue qui ne fût pas la langue latine, et les barbiers n'entendaient pas cette langue. On prit un moyen terme. Le professeur lut le texte et le commenta dans un pitoyable jargon, moitié latin, moitié français. A Paris, en 1491-1494, les cours d'anatomie et de (Miirurgie créés au profit des barbieis, furent professés de la même manière. Ce triste enseignement dura presque un demi-siècle, avant d'être tout à fait ramené à notre langue nationale; et pourtant on lui dut Symphorien Champiei' et Hip[iolyl(> d'Autrepiie. seul barbier français qu'une Université d'Italie ait élevé aux honneurs du doctorat.
C'en est laii maintenant; la Chirurgie plébéienne triomj)he de l'aristocratie chirurgicale; la conficrie de Sainl-Cùme, dépassée par les barbiers, se trouve réduite au tiistc rôle d implorer la faveui' de suivre les dissections de la Faculté, et la Faculté vient ii son tour s'immiscer dans les réceptions aux maîtrises <le Chiiurgie . réceptions dont naguèie les chirurgiens possédaient le privilège exclusif. Les barbiers constituent la portion vraiment active, vraiment utile du corps chirurgical. Ce sont les barbiers qu'on l'enconlre dans les épidémies, dans les expéditions lointaines, dans les guerres. Il n'existerait i)as de Chirurgie militaire sans eux. Charles le Téméraire, esprit ('minent, aussi piofond organisateur cpiintrépide guei'i-ier, avait (piatre ehiruigiens-baihiers au service de sa maison, et vingt-deux au service de son armée, (pii était d'enviion vingt mille honunes. le roi Charles \ Il n Cut point la libert('' de choisir entic un chirurgien de Sainl-C(')me a kiIic longue et son liarbiei'. Le chirurgien à robe longue préléi'ail sa clientèle aux inummités incertaines dim monanpie fugitif.
Par de là les Alpes, fillustre Florentin Antonio Heuivieni vient de fermer glorieusement le (piin/.ième siècle, en faisant justice des Arabes, en re( ourant aux anciens, en s'appuyant de recherches d'anatomie, même d'anatomie palhologiipie ; il laisse .lean
de Vigo, Jean Rérenger de Carpi, continuer son œuvre : ni l'un ni l'autre n'y manquera.
Viijo a beaucoup de science, beaucoup de littérature; il montre un certain esprit (l'observation, et marche aide d'une haute et nombreuse clientèle. Son ouvrage, intitulé la Pratique copieuse, aura plus de vingt éditions en trente années ; ses préceptes, la plupart emprunt(>s à ses prédécesseurs , seront répétés dans le monde comme autant d'oracles, et sou Livre du mal français le popularisera au sein des villes, comme son Traité sur les plaies d'armes à [en le fera connaître au milieu des armées. Plus heuieux contre les alléclions vénériennes qu'il ne le fut jamais contre les désordres causés pai' la poudre à canon, il conçut l'horrible idée de cautériser les plaies avec l'huile bouillante pour y détruire un prétendu venin, et servit de justilication à ses barbares imitateurs.
Bérenger, anatoiuiste et chirurgien, non moins lettré que Yigo, mais aussi non moins jactancieux. mérite une belle place dans les annales de l'époque, à cause d'un Traité des fractures du crâne et d'une pensée raisonnable au sujet des plaies d'armes à feu dont il attribue les désordres à la contusion et à la combustion. C'était avoii- découvert, sous ce dernier rapport, la moitié de la vérité. Il releva l'école de Bologne du discrédit où elle était tombée au point de vue chirurgical.
Le Napolitain Mariano Sancto, copiste des autres, déprédateur de ses maîtres, ne ménageant ni Bérenger, ni Yigo, voyagea beaucoup, et devint, en grande partie, un spécialiste à la manière de Jean de Romanis, dont il suivit et publia les procédés pour les maladies de la vessie. Lui et Tagliacozzi furent les derniers chiruigiens italiens du seizième siècle, dignes d'être cités. On ne voit autour d'eux et après eux, qu'ignorants compilateurs ou charlatans sans pudeur ; ne craignant pas d'inscrire dans leurs livres cette hideuse maxime d'intérêt sordide : // n'y a que ceux qui paient bien qui sont bien traités ; on laisse là les autres. (Blondus ou Biondo.)
Pendant ce temps-là, Amatus de Portugal propageait eu Europe l'usage des bougies dans les affections de la vessie; les Colot, héritiers d'un nom déjà célèbre, implantaient à Paris une spécialité productive et brillante , l'extraction de la pierre par le grand et le haut appareil ; tandis qu'il Bologne Gaspard Tagliacozzi renouvelait, niulti})liail les merveilles de la rhinoplastie^ heureux spécialiste auquel sa ville reconnaissante vota une statu(> (|ui le représentait, un nez à la main, en témoignage de ses triomphes.
Exploitée par des rebouleurs et des empiriques, par des chevaliei's thérapeutes, les- ([ueh pansaient toutes les playes avec coniuralions et breuuages, huile, laynes et feuilles de choux, la Chirurgie allemande demandait vainement une direction à l'Université de Prague, à l'Université de Leipsick; il lui fallait d'abord autre < hose, l'honneur et la lilterlé. Aussi, voyez comme elle languit, quand la médecine marche de toule l'énergie d'impulsion qu'entraîne l'imprimeiie; lisez les lettres curieuses de Jean Lange, et déplorez avec lui le triste sort de la Germanie, tout entière livrée aux astrologues, aux juifs ambulants, aux suppôts de l'ignorance et de la superstition. Lorsqu'après son retour en Allemagne, ce même Lange, formé dans les écoles d'Italie, eut fait exécuter un lréj)an. abaptiston. afin d'initier les praticiens du Nord à la manœuvre d'un instrument nouveau
pour eux, ceux-ci, émerveillés et confondus, s'écrièrent : Langi doclor. frustra quœris in Germania abaptista : non enim chirurgicorum inslrumenta nobiscum; sed campanœ elpueri, baptizanlur. «Docteur Lange, tu chercherais en vain des trépans dans la Ger- « manie, car nous navons pas d'instruments chirurgicaux ; il n'existe ici que des cloches « et des enfants h bapliser. »
Les artistes néanmoins ne faisaient pas défaut partout. Chose remarquable ! les villes impériales, IIand)ourg, Francfort, Strasbourg, les cités républicaines de la Suisse, trouvaient dans leur constitution libérale des l'essources intellectuelles qui tournaient au profit de l'art. Fécondes en peintres verriers, en imagiers habiles, en architectes hardis, en bombardiers intrépides, elles ne l'étaient pas moins en barbiers opérateurs. A défaut d'enseignement public, ces barbiers interrogeaient leurs maîtres, leurs contempoiains, leur propre expérience. Ils devenaient habiles à force d'avoir vu. Ce fut ainsi, selon toute apparence, que se formèrent Jérôme Brunswich, Jean Gersdorf et Roeslin, chirui'giens fort distingués de Strasbourg. Ils y firent école, et par leurs livres et par leur pratique : le Buch der Chirurgia de Rrunswich, publié à Strasbourg même, en 1 'i97. eut les honneurs de différentes éditions et d'une traduction anglaise; le Feldbuch der Wumlarzncfi *\c Gersdorf reçut un accueil plus général encore, et il le méritait, par la clarté de sa méthode. L'Italie, la Hollande, se l'approprièrent en le traduisant. Quant à Roeslin, il donna d'excellents conseils pour l'art des accouchements. Ces trois hommes étaient anatomistes autant que le permettait l'époque. On leur dut beaucoup d'élèves distingués, parmi lesquels Wurz, Leonhard, Fuchs, Hermann Ryff, Dryander. etc.. (jui professèrent avec éclat dans les villes de Râle, Tubingue, Nuremberg. Maiburg, etc.. devenues les succursales de la mère lù oie alsacienne.
Un Suisse, alchimiste, philosophe, médecin, voyageur infatigable, cherchant la vérité n'inq)orte en (juels lieux sauvages ou déserts, pourvu qu'il ail l'espoir de la rencontrer, méprisant les paroles des maîtres quand elles ne s'appuient jias sur l'expérience, présageant l'avenir, et secouant à chaque pas le lourd fardeau du passé. Paracelse enfin, ••'est tout dire, venait de s't'-lancer vers l'iiicnnuM. Hàle. Colmai', Ntirembeig, Ansbourg. I Im, Nienue, Mindriiieim. Saisbourg, d autres villes encore, assistaient «'tonnéesanx enfanlenienls successifs de sa doctrine. 11 les éblouissait de l'éclat dune j)arole animée, pittoresque, originale; il leur parlait leur langue. Comment osii' lui reprocher ses réserves <|uant aux opérations chirurgicales, lorsqu'il élève si haut, lorsqu'il explique si bien la puissance mi-dicatrice de la nature? Conunent crili(|uer chez lui l'aîjus des onguents et des euqilàlres, lorsqu'il l'occasion de leru' usage il decouvi'e certains [loiiUs de doctrine dont nous reconnaissons aujourd'hui l'elormante exactitude? Paracelse a laissé' deirièr-e lui un long sillorr de hrmiè're. Aucun de ses contemporains n'en a fait pioliicr la science, parce qu'il eût fallu le suivre avec le llanrbeair du gt-riie; mais la théiapeuti(jue el le traitement des plaies lui il<ii\eiil diirriiorlaiites découvertes, airxcptellcs phrsieui's pr-aticiens moiliTiies. même llaliiieni.inn . le |)èiv pirtatifde rhomœoi)alhie. ont allacln'' leur rrom.
LK MOYEN AGE KT LA RENAISSANCE
Ea |»erlocleParacelso, qui iiioiirul en 1341. fut l)U'iitôt rachclée par les [lulilicalions l'iicvclopc'disles do l'illuslie Conrad Gesnor. par renscignenienl du Zurichois Ja((pies RuiV. par la pratiijue cxcelleiUe de Franco, tant à Rerno quà Lausanne, où Guillaume Fabrice de Hilden devait fermer si dignement le seizième siècle. L" Allemagne septentrionale se ri'veillail. en même temps, de son long sommeil. Les Universités de Leipsick,dlngolstadt. de \Villeud)erg. professaient l'analomie ainsi que la ('hirurgie; mais elles suivaient encore de lorl loin les gi'andes écoles italiennes, où brillèrent successivement les chirurgiens anatomisu's, .\lexandre Achillini, Cannani, Césal[)ino, d'ingrassia, Fallopio,Eustachi,etc.. noms bien chers h la science, et qui sont demeurés jusqu'à nos jours inséparables de Ipims découvertes. En Espagne, en Portugal, Salamanque. Âlcala de Hénarez. Tolède. Valence. Connbre, naissaient aux études sérieuses. Le mouvement devenait univei-sel. L'ignoiance et la suj)erslition pouvaient seules le comprimer.
(tétaient alors de faibles obstacles pour la France, où l'on voyait un loi. François I". se mettre lui-même à la tète du progrès chirurgical, en appelant de la Toscane le célèbre Guido ( Yidus-Vidius), en lui créant une chaire rivale des chaires de la Faculté; pour la France, où Canapé à Lyon, Ambroise Paré h Paris, vulgarisaient la science en chargeant leur langue maternelle de la propager; pour la France, dont les Universités faisaient naîtn^ des honunes qui s'appelaient Yésale. Gunlhier d'Andernach. .louherl, Ranchin. Fernel, Sylvius, etc. , et dont la barberie venait de grandir ii une hauteur iunnense, à la hauteur d Andjroise Paré.
Sorti de la plus chélive échoppe de la place Saint-Michel, Ambroise, en peu d'années, vit ouvrir devant lui les portes du Louvre; il révolutionna la Chirurgie par son génie . et changea la condition des barbiers par son influence. La confrérie de Sainl-Côme . élevée au litre de collège, rechercha l'agrégation d'Ambroise, qui s'assit au nùlieu de ces maîtres à robes longues, réduits à s'adjoindre ceux qu'ils désespéraient d'égaler. Presque toute la Chirurgie française du seizième siècle se résume dans la personne d'Ambroise Paré, comme la Chirurgie espagnole dans Francisco de Arce. Paré y apporta d'importantes réformes , notamment pour le traitement des plaies d'armes à feu : il réunit, en un corjis d'ouvrage, les connaissances chirurgicales de son époque, élucidées h laide de son expérience et de ses habitudes anatomiques. En 1390. lorsqu'.Ymbroise Paré fut descendu dans la tombe, Ilabicol cl Guillemeau n'héritèrent pas plus d(^ son originalilé créatrice, quAguerro n'hérita de l'habileté prodigieuse de Francisco de Arce. L Italie seule soutint dignement sa gloire chirurgicale reconquise.
Emile BÉGIN,
Docteur en médecine.
De U Société nationale des Antiquaires de Fraiicc.
And. On. Goelicke. Inlrodiiclio in hisloriam lilterariam Anatomes. Franrofurti, 175S, ini.
L.1 première e(iili"ii de 1715, llalts-Vagd. , in-s , sans nom d'auleur, en niuin.. complète. Cet ouvrage contient nite bibliogr.iphie usiez étendue.
PoRTAL. Histoire de l'Analoinie et de la Chirurgie, conteii. l'ori^'iite cl les progrès de ces sciences, avec iiti tableau cliroiioliigique des principales di;coti\erlcs... Paris, 1770-75, 7 vol. in-8.
L.ïssrs. Essai ou Discours Iiistorique et critii|ue sur les découvertes faites en Aiiatoiiiie par les anciens et les modernes. t'aris, 1783, in-8.
P. Rayeb. Sommaire d'une histoire abrégée de l'Aiiatomie. Paris, 1818, in-8.
T. Laith. Histoire de l'Analomie. Strasbourg , 181S, in-4.T. I.
DiJARDiN cl Perilhe. Hisloirc de la Chirurgie. Paris, 177.i-8(). 2vol.in-4, lig.
Kl RT SpRENGEL. Gesclliclite dcr Chirurgie. Halle, 180S- 1!), -2 vol. in-8.
Jo. G. BERNSTEiN.Geschichte der Chirurgie. Lcip:i3, 1822, 2 vol. in-8.
Ni<:. RiEGELS. De fatis, fausiis et infaustis ChirurgiiC cominentatio historica. Ilafniœ, 1788, in-8.
(ClvoDAT.) Recherches critiques et historiques sur l'origine, sur les divers états et sur les progrés de la Chirurgie en France. Paris, 174-4, in-i on 2 vol. in -12.
t'al»be Desfonlaines et le cliirnr^ien l.iMiis ont en pari i rel onvrage qui fut l'iMici-ilemeiit attribue a Fr. yiiesiiav. et i]iii reparut en IT4'J, aier ec nouteaii titre, ^an» nom d'.inleur ; Ih6l, ilf l'ong. ft du ptoijréi d« la '■ftlrilryie en h'rancf, Qiiesitav a il mue seulement un abre^ie de cette histoire cil tète de» 3Iém. do i'Acad. de Chirurgie iParis, 1745-68, iy vol. in-4. lig.).
J. K. Maigaigne. Origine et progrès de la Chirurgie en Occident, du sixième au seizième siècle. Vov. ce savant mémoire, en Icte de la nouvelle édit. îles OEuvres d'Amb. Pure, i|u'il a publiée avec îles notes historitpies et critiques.
(J.Devaex.) Index fiineretts ('.hirtirgorum l'arisiensiuin ab anno lôKJ ad ann. 17li, opéra M. J. D. V. TrtvoUii i/'urii), 1714, iii-12.
Heimpr. à la fin des Hech, tur l'hiit. de lu Chirurgie en France.
Pièces et mémoires pour les maîtres Chirurgiens contre la Faculté de .Médecine. Paris, 17.'jl), 5 vol. in-i.
ViiT. aii.ii les bioiiraphies. entre aiilras la Biographie médioate, Oielionn. hiafori^ued* t<i Med-CIne et de ta Chirurgie ancienne et modrine, par Juurdan, Be;.'in, Uoitaeau, Casiel, Coutanceau, Dcaïencltes, etc. [l'ar., I8îf-i5, 7 lui. 1I.-S).
Mi'NDisi Anatomia, emendala a Pet. -And. Morsiano de Ymola, J. J. (laraia de Duxeto et .^nt. Frascaria Januensi. Hononiœ. Joh. de Suerdlingen, 1.482, iii-l'ol. golh. de I'.) 11'.
I.a première édition esl de Pavie, 14*8. Souvent réimprime, atec dei
lî):ure. aualuiniifues.
Cil. KsTiENNE. De disseclionc partium corporis hninani libri très, a Carolo .Sicpbano editi. l'ariiiis, Siin. Culinœus, 154S, in-fol., lig.
Andr. Vesai.us. De jiumani corporis fabrica libri senteiu. Basiteip, Joan. Ojiurinus , iliiô, in-fol., lig. s. b. d après Jean Calcar.
Souvent réimprimé, Iraduil et commenté.
GoNTnirii d'Andernai;ii. .\natnmicarum instilutionum secunilum C.thtii sententiam lihii IV. IJasil., 1.')5('i ou l,'i.')5, in-8, et lî,!ll,iii-4.
NuiM devons renonrer 1 donner la liste de] nombreiia trailêi d'Anatomie, aujourd'hui oublies, qui agrandirent 1« domaine da la science au sciiiimc iiécle.
De Chirurgia scriplores opiime quinque veteres et rccentiores , nunc primuin in unum conjuncti volunien (a Conr. Gesnero). Tiguri, l5oj, in-fol.
Guidonis de Cauliaco Cyrurgia. Turra de Castello retepta aque balnei de Porecta. Bruni l.ongohurgensis Cyrurgia magna; ejusdein (^yrurgia parva. Theodorici episcopi Cervicnsis Cjrurgia. Latifratici Cyrurgia parva ; ejusdem practica, que dicilur Ars compléta lotius Cyrurgie. Rogerii praclica. Leonardi Bertapalie recollecte hahile super IV Canones .\vicenne. Veneliis, llonetus Localellus, 14"J8, in-fol.
R>.Mutprime au lufiin- huit fuis dans l'espace de tiii.'tans, mais avec des variantes dans le clioii des traites qui composent ce recueil.
Guidonis de Cauliaco Chirurgia. Lugduni, 1S59, in-8.
C'est la première édition séj-arèe de cette Cliirur^ie, qui avait paru d'abord dans le recueil précèdent, et qui fut réimprimée depuis dans pliisietirs collections du même ;;enre. Il existe plus de wngt commentaires latins sur les œuvres de Guy de Cbauliac.
— I.e Livre appelle Guidon de la practiquc en Cvrurgie (vu et corrigé sur le latin, par Nie. Patiis, de Carenlan). I.yon, Barth. liiiyer, I 478. in-fol. goth.
Plusieurs fuis réimprime au seiiièmc siècle, avec des irtoses de diiïérenl» praticiens, tels que Jean Falcon , Sympli. Cliampier, .Anl. Koineri, etc.
Ce célèbre traité a elé encore traduit en français par Laurent Jonbert (1579). par Simon Mir|:elousaulx ll57î), par Verduc (1695 , etc. Il y a aussi des traductions en italien, en espagnol, en allemand, etc.
Lanfrancus OU le grand Alanfrant. S. n. et s. d. (\'ienne, vers 1480). in-fol. goth.
Voy, dans le Sfan. du Libraire la description de celte ancienne traduction de la Cbinir^rie de Lanfranr. 11 y a une autre traduction, par Gilill. Yvoire (Lyon, J. de Lafontaïue, 1490. in--!).
Guir.. DE Saliceto Placentini Cyrurgia. Placentiœ, 1470, io-fol.
Une traduction italienne de cette Cliirur^ie avait paru deux ans avant l'original latin. Voy. le itan, du Libr,
— La Cyrurgie de maistre Guillaume de Salicet ilit de Placentia , traduite du latin par honorable homme maistre Nicole Prévost, docteur en méilecine. I.yu7i, Mallliieu IIus 1492, in-4 golh.
Pétri de Argillata Chirurgia. l'eneliis, lienediclus Gemiensis, 1480, in-l'ol.
lltEHDME DE BiirNswic'.ii. Von dem Cirurgicus. Strasburgk, Joh. Oruiiiger, 1-407, in-fol. goth., lig. s. b.
Joan. de Vico Praclica in Chirurgia. liumœ, 1314, in-fol.
Souvent réimprimé au leiziéma siècle.
— Sensuit la Pracliqtie en Cyrurgie de très-excellent docteur en méilecine maistre .lehait de Vigo, translate tle lalin en françoys (par Nicol. dodilin;. l.yuu , lienuist Uouuyn, 1525, in-4.
Pnii.. Aun. Paraceisi (Miirurgia magna, ex versione Josquitii Dalhemii. Argenlorali, 1373, in-fol.
Traduit eu fr.iiiçai. par Pierre Ha.-ard (4«i-., 1567, in-S ), et par Cl. Uariol (/.t/on, 1595, in— l). Les diiïérenls traités dont le compose le recueil de Paiacelse. avaient paru séparément en allemand et avaient rie alurs traduit, en latin, en italien, en français,
Viui ViDii (GriDO GiiDi) Ars medicinalis, studio \uii junioris recognita. VenelUx. 1611, ô vol. in-fol., (ig.
Le second vol. comprend le» traites de Cliiriirt;ie, qui avaient paru séparément.
Jo. Tagai'Lth, de Chirurgie» inslilutione libri V, cum sexto lihro de materiii Chirurgica il Jac. llollerin. Parisiis, 13-4">. in-fol. lig. s. b.
La Iradiiclioii française par un eavant midrein. qui parut en 1549, à Lyon, cliei Ruville, in.8, n'cit qu'un abrepé de l'oricinal. Le Trailc de la mafiVr' de Chirurgie, par Jacq. Ilouilier, fut Iraduil par un homme autonl (Par., Chr. Wecliol., I5»4, in-4).
Pierre IIassard. Traité de la grande Cliirurgic. Paris, 1300, iii-8.
Sciences ei Ans
CHIRURGIE. Pol. XI.
LK iMOYKN AGK ET LA RENAISSANCE.
Amdr. Pabe. Œuvres. Parts, 1628, ia-fol., iig. s. h.
C'c<l li liuiliémc iililion cl la plus foniplèle Je M recueil . qui a rlé cnroro réimprimé plusieurs fois dans le cours du dix-liuiliême siècle; mais U dernière edit. . qui doil être au nioios la quiniièmc, publiée avec des notes, par U. 3. ¥. Malçai^ne (Pani, 1840, 3 vol. gr. in-8, fig.), doit faire oublier loules les precedcules. La première édit. in-fol. nous parait .'Ire celle Je 1575, avant laquelle Amb. Paré avait mis au jour : Sept li- IT« d« la dtirurgie (Par., 1572-73, 2 vol. in-8).
Les OEuvres d'Amb. Paré ont clé traduites en l.itin (par son élève, Jacq. Guillcmeau), en anglais, en allemand, eu hollandais , etc., et souvent réimprimées dins ces différentes langues.
Steph. Gormeueni Sjnopseos Chirurgia: libri sex. Parisiis, l,S66, in-8.
Souvent réimprimé et traduit p«r André Malcsicu [Par., Kic. CTiesnenii,
1571, in-S;. Gormelen a fait sur la Cbirurgie un aulre traité en trois
livres', traduit par Germain Courtin, sous ce titre : li Grtidf dut chtrur-
gienj (Par., ISSO, in-8).
Uebvé FiERAiiRA.s. Métlioile bricve cl farile pour aisément
parvenir à la vraie intelligence de la Chirurgie. Lyon, Ben.
Rigattd, 1571, iii-8.
Souvent réimprimé au seizième siècle.
J. Febnel. Cliinirgie translatée (lu latin et enrichie (le bricves annotations et d'une méthode Chirurgltjue, par Sim. de Provenchit'res. Paris, G. Chaudière, 1579, in-lCi.
Le morne traducteur a encore translaté du latin la Chirurgie de Jacques Houllicr Par., 1576, in-16|.
Jacq. Guillemeau. La Chirurgie françoise, avec les figures des instrumens nécessaires pour l'opération manuelle. Paris, I.Ï94, in-fol.
Ri'iinpnme plusieurs fois.
Jo. And. a. Cruce. Chirurgia universiilis. Venetus^ 159G, in-fol., fig. s. b.
L.Î traduclion italienne renferme des .ulditittns ^Venet., liiOo. iii-ful., lii:.).
Jac. Dalechahps. Chirurgie françoise ; avec quelques traités des opérations de Chirurgie, par J. Girault. Paris, IfilO, in-'i, llg.
Nie. GoDDiN. La Chirurgie militaire, traduite par .lacq. Blondel. Anvers, 1358, in-8.
Voy. encore les traités Je J. le Paulmier (1569), de Jean Lebon (1568), de Julien Gendry (1593) , etc. , outre ceux d'Ambroise Paré et de Laurent Joubert, sur les plaies d'armes ri feu.
E. Le Lièvre. Officine et jardin de Chirurgi e militaire, contenant les instruments et plantes nécessaires à tous chirurgiens, etc. Paris, 1585, in-8.
Benvencti Grassi Hierosolimitaiii doctoris celeherrimi ac expcrtissimi, de oculis, eorumqueegritudinibus et curis. Ferrariœ, Severinus (147 i), in-4de ôli ff.
L'auteur, dont le nom a ele transformé en Raffe, Rafp, et Gr/ipfteus, se nommait Graff. Son ouvrage, plusieurs fois reimprimé sous differeiils litres, est le plus ancien qui existe sur les maladies des yeux.
Franc. Rousset. Traité de rHjsterotomotokie ou enfantement césarien. Paris, 1.581 , in-8.
Voyez aussi la critique de ce traité, par Jac. Marchant [Declamatio in F. Ho$acti apohgia de cesareo partu. Par., 1598, in-8].
Gasp. Taliacotii, de curtortiin Chirurgia per iiisitliitiiiii libri duo. Venetiis, 1597, in-fol., llg.
P. Franco. Traité des hernies, contenant une ample déclaration de toutes leurs espèces et autres excellentes parties de la Chirurgie, assavoir de la pierre, d'.'s cataractes des yeux et autres maladies, etc. Lyun, Tliib. Payen, 1501, in-8, fig.
JuLiAN Gutierrez DE ToLEDO. Este libi'o ti'acta de la cura de la piedra y dolor délia yjada a cause délia (jue es dicha colica rénal. Toledo, Ped. Hagembacli, 14'.)8, in-fol. goth.
PiETRO Paulo Magni. Discorsi sopra il modo di sangiiinare, attacar le sanguisughe e le ventôse, far le frcggagioni e vessicatorii a corpi huinani. Roma, 1586, in-4, fig. de Cherubino Albcrti.
H V aune traduction française publiée à Lyon, la même année, in-12.
J. Canappe. Le Guidon pour les barbiers elles chirurgiens. Paris, 1554, in-8.
Cet auteur a publié plusieurs autres traites sur la Chirurgie.
Pierre Bertrand. La Dialectique françoise pour les Chirurgiens, en forme de dialogue. Paris, Gaiiot du Pré, 1571, in-8.
Cet ouvi-age est différent de celui de Jean Eusèbe : Pliitosaphie rattonale vulgairement appelée Dialeclique pour les Chtrurgiena françois, Lyon, J. Saugr.iin, I50S, in 8.
Est. Thevet. Erreurs et abus ordinaires commis an fait de la Chirurgie. Poictiers, 1G05, in-12.
La vieille querelle, sans cesse renouvelée, entre les chirurgiens et les médecins a donne lieu A une foule de factuins curieux qui contiennent bien des renseigueineiils liislonques.
J. J.Mangeti BibliothecaChirurgica. Genevœ, 1721, 4 loin, en 2 vol. in-fol., fig,
— Bibliotheca Anatomica; digesserunl D. Clericuset .Mangetus. Genevœ, lO'JO, 2 vol. in-fol., lig.
j\lb. von Hali.er. BibliothecaChirurgica, qui scripta ad artem Chirurgicam facentia a rerum initiis recensentur. basileœ, 1774-75, 2 vol. in-4.
Steph. Hier, de Vigiliis. Bibliotheca Chirurgica, in i|u.i res omnes ad Chirurgiam pertinentes ordinc alpliab. et rhronolog. exhibeiitur. Yindohunœ , 17S1, 2 vol. in-4.
Jac. Douglas. Bibliographia" Anatomica? spécimen. Lugd.- Batav., 1754, in-8.
Voy. le plan d'un^ bibliothèque anatoroique à la suile du Diet, d'Anatomie de Tarin ^Par., 1755, in— 4).
Parmi les catalogues de livres qui contiennent le plus grand nombre d'ouvrages sur la Chirurgie et l'Aiiatomie , il faut citer ceux de Burette (17481, de Falcoiinet (17C5), de Baron (1788), de Louis (1795), de Petit (179(;), d'Andry (1850), de Breschet (184()), etc., et surtout l'excellent Otalogue de la bibliothèque de Liège.
Voy. une bibliographie très-détaillée de la Chirurgie, en tète des Insiiluliones Chirurrjicœ, de Laur. Heister [.\mslel., 1750, 2 vol. in-4, fig.).
|iC)î\nincvc3(Ê
1 luii veul faire remonler Ihisloire de la Pharmacie au foiiuuciiteinenl du 31oyen Age, on ne la ti'ouve nulle part dans l'organisation sociale de lEurope. Ce nélail pas un métier, ce n'était point un art: l'était moins encoie une science. (^Jnclipies souvt^ nirs. (iuel(|ues traditions lui servaient de titres; les maisons religieuses, les prêtres. Us chirurgiens, les harhiers, les matrones, les ménagères, hii doiinaienl asile. Ambulante avec les spt'cialistes, elle changeait de caractère et de idiysionomie. selon (pinn mi'dccin juil'. un arabe, un grec ou un chrétien dlMU'ope l'attelaità son char. Klle agissait inslini tivcmcnl . ignorante des nuits racines de sa langue d'enlance , elle méprisait des livres qu'elle ne (ompi-enait plus. IMiiic Galien . Dioscoride, reposairiii in<<»nrHis an lond des liihliolhècpies monaslicpirs. Certaines recettes. pi'es(pie toujours mal inlei iirélees on mal co[»iees, tenaient lieu (II- rof/r'x. D'ailleurs, (ha(jue monastère, diaque ministre d'Ksculaite avait son baume, son em|ilàlre. son onguent. Condiien d'abbayes, condtieu île moines, combien de matrones ont dû leur fortune et leui' ii'putalion ni<''dicale à la conléclion d un iu(''dicainent souvent très-simple! Cette faveur accoi'dé'c aux remi'des secrets a même (■(('•si LTiaude. (iti'elle a Iravei'sc' la civilisation sans en èliceluanh'e. et (|u'anjour(l hiii.
Sciences ei Ans.
rHARÎviAClt. , Fol. I.
dans les campagnes, clans les villes, malgré les progrès de la chimie, malgré l'instruction généralement répandue, on voit encore les personnes les plus intelligentes, les plus haut placées, se déclarer apôti-es de la Pharmacie occulte du Moyen Age.
Quand s'éteignit la race des rois mérovingiens, un roi d'origine plébéienne, souverain sans comonne, mais non sans armée, le roi des Merciers régnait dans Pai'is : il avait pour sujets les industriels et les marchands. Parmi ces derniers, figuraient, en trèspetit nombre, les épiciei's et les herboristes ou droguistes qu'assimilait la nature des substances qu'ils débitaient, et qui, jusqu'en 1776, n'ont formé, dans les règlements de police, qu'un seul et même corps avec les apothicaires. Au roi des Merciers appartenait le droit exclusif d'accorder des brevets d'apprentissage et des lettres de maîtrise, (le visiter les boutiques, de vérifier les poids. On le payait fort grassement, mais il était sujet à redevance envers le fisc royal. Gel état de choses dura plusieurs siècles, pendant lesquels s'organisèrent des confréries de ciriers, de poivriers ou épiciers, d'herboristes, droguistes ou apothicaires, confondus sous le niveau gouvernemental du 7oi des Merciers pour la France presque tout entière, et sous le sceptre du roi des Mesliers pour les villes libres où dominait Pélémeiit démocratique.
Ennuaillotée de la sorte dans les langes d'une longue enfance, la Pharmacie française et germanique attendait que la lumière vînt. Elle la demandait aux frères hospitaliers, si habiles à guérir avec leurs conjurations, leurs potions, leurs paroles, leurs herbes et leurs poudres minérales, conjiiralionibus, potionibns, verbis, herbis et lapidibiis; elle la demandait aux saintes femmes telles qu'Hildegarde . qui tenaient registre de leurs i-eceltcs et préparaient les bases d'une matière médicale indigène. Malheureusement, il régnait trop d'agitation, trop d'incertitude, un malaise trop général, pour que la charité, si souvent ingénieuse, fécondât d'elle-même le domaine inculte de la Pharmacie.
Gelte fille d'Esculape s'était réfugiée chez les Mores. Elle y vivait heureuse, honorée, utilisant les productions de l'Europe et de l'Afrique, et dépassant les limites que les Grecs anciens lui avaient assignées. Ebn Serapion, dans ses Formules, Thabet-Ebn-Korrach et Aben-Quefîlh, dans leuis règles thérai)euliques, Rhazès, dans son Autidotaire, montrent une certaine habileté de manipulation, un emploi méthodique de préparations minérales inconnues avant eux , et un système de médication quelcjnefois logique et savant. Au dixième siècle, Ali, filsd'Abbas, écrivit son Almelekij-y, chef-d'œuvre d'érudition orientale, résumé de tout ce que les Arabes et les Persans avaient ajouté aux découvertes de la vieille Hcllénie: ouvrage mille l'ois préférable au célèbre Canon d'Avicenne, qui, néanmoins, l'a fait oublier. VAlmelehy-y fixait positivement l'état de l'art l)harmaceulique et de ses ressources réelles. Avicenne y ajouta quelque chose; mais il confondit tellement les substances entre elles, il modifia tellement la nomenclature, qu'on erre sans boussole sur cet immense océan. L'idée d'argenter, de dorer les pilules, lui vint à l'esprit. Ces pilules, malgré leur insignifiance, eurent un succès fou; et, depuis lors, les apothicaires comprirent sans doute (ju'en médecine connue en toute chose, il faut captiver les yeux poui" rendre l'esprit docile.
Les ouvrages de Serapion-le-Jeune , de Mésué, d'Âlbucasis, d'Avenzoar, attestent (juelques progrès pharinaceutiques ; certaines substances comme les myrobolans, la noix muscade, la rhuliarbe, la sarcocolle, sont découvertes ou mieux étudiées ; on prépare plus convenablement les extraits; on dislingue les purgatifs des laxatifs; tel est même le prix quattacbe .\ven7.0ar aux bonnes prépaiations magistrales, qu'il assure en avoir fait de sa propre main, malgré la réserve dédaigneuse qu'apportaient les médecins dans une pratique aussi salutaire.
Laissons les moines, copistes et crédules, se traîner pendant trois siècles à la suite de Bettholde, abbé de Monte-Cassino, qui leur lègue quantité de recettes; franchissons l'époque des Gario-Pontus. des Albricius, des Constantin, praticiens plutôt que naturalistes : quand le douzième siècle se lève, debout et tourné vers l'Orient dont le sein mystérieux va s'ouvrii-, arrêtons-nous à la cour de cet empereur naturaliste et philosophe, qui organisa l'art de guérir, et qui releva la dignité de la Pharmacie en lui faisant une loi d'être honnête. Sous l'empereur Frédéric II, roi de Naples, tout apothicaire ou droguiste subissait un examen probatoiie devant des UK'decins délégués qui lui permettaient ou défendaient d'ouvrir oflicine. Nul ne devait s'établir ailleurs que dans des villes populeuses, afin de mieux subir le contrôle de l'autorité. A défaut de médecins ou de maîtresapolhicaires-jurés, deux personnes considérables assistaient à la composition des électuaires, des antidotes, même des sirops; inspectaient les officines et se faisaient rendre compte de la vente. On suivait l'Anlidolaire de l'école de Salerne; on cotait le prix des remèdes : pour ceux dont la consommation devait s'enèctuer dans l'année, l'apothicaire était auloiisé à prélever, par once, un bé-nc-tice net de trois lanhiis, environ cinq fraïus de notre monnaie; sur les remèdes qu'on pouvait conserver plus longtenqts, rajtothicaire jouissait du droit de doubler ce bénéfice. En cas de contravention, on con(is(}uait les biens du marchand, et les inspecteurs-jurés, ses complices, subissaient la peine de mort.
Au retour de la première croisade, vers l'annc-e 1258. saint Louis ayant nonunc' Etienne Hoileau prévôt du Chàtelel de Paris, ce magistral donna aux coiporatiuns une constitution plus régulière et dise i[irma les confrt'ries, connue l'atteste le Livre des mesliers, recueil précieux d'ordonnances, où sont les seciets de notre existence industrielle au Moyen Age. D'après ce Uvre, /(/// cirier, Luit pevrier et luit apoiiraire, (U'bilait sa marchandise non-seulement chez lui, mais encore aux haies ou sur le marché, le samedi de eiiaiiue semaine. Les dioits de vente à domicile s'acquillaicMit vu pavant le pesage aux balances royales, tandis ()ue l'c-lalage du samedi coûtait une obcjle. Quelle énorme différence entre celte; police et la police napolitaine! H c\st vrai (|u"en France ainsi qu'en Allemagne, la PharnuK ie ne se ( ouqilicpiail pies(|ue jamais du mélange des substances orientales, encore inconmies sui- les marclu'S de l'Europe. On ne lirait guère de r.\sie, que des soieries, des pelleteries et des niaro(iuins (pii airivaient par la Hallicpje à Wisbv, ii Kiew et ;i Moscow. Les .luifs seids a|)|iorlaieMl les |)roduils medieamrnlaux du Levant, et ils les vendaient ialsiliés. préparés par eux-mêmes.
Après les premières croisades, le commerce changea de mains el se généralisa : Venise et Gènes, dont les flottes avaient (ransporté des armées au lomljeau du Christ, n'oublièrent point la roule de lOrienl : elles continuèrent d'y porter des vivies, des munitions, des armes: et quant la guerre eut cessé, l'échange se maintint entre les productions de l'Europe el celles de l'Asie. C'est l'époque où. pour la première fois, les ;qioihicaires. les droguistes et les épiciers ont acquis quelque importance dans l'Europe occidentale. L'épicier, le droguiste, vendaient la substance brute; mais, selon (ouïe apparence, dès la On du treizième siècle, les principales villes avaient leur apothicaire. On cite un apothicaire de Munster en 1267; un apothicaire d'Augsbourg en 128o , tenant Ions deux boutiques, mais ne préparant sans doute pas les remèdes, qu'ils faisaient venir de Venise, comme les apothicaires français liraient les leurs de Gènes ou de Lyon.
Chacun sait l'importance qu'atlachaient les anciens à la confection de la thériaque. Depuis que les rapports de l'Occident avec l'Orient avaient cessé, on n'en composait plus, par l'impossibilité de réunir les substances multipliées qui devaient y entrer. Aussi, l'Orient ne nous eut pas })lutôt ouvert ses ports, (jue la thériaque redevint la panacée suprême. On ne négligea rien pour se la procurer telle quAudromachus l'avait inventée; on prescrivit les mesures les plus sévères; on ouvrit un concours public; et ce fut à Venise que s'élabora chaque année, pendant la foire, le grand-œuvre, l'œuvre miraculeux de la Pharmacie. La thériaque vénitienne fit son temps; hélas! lùen de durable en ce monde. On lui contesta ses analogies, la pureté de ses origines, le mérite de ses succédanées; on osa révoquer en doute son action niédicatrice : on alla jus(ju"à reprocher au Lion de .Saint-.Marc d'avoir voulu, loujouis marchand, mystifier lEuiope. Dès-lors, apparurent d'autres thériaques : la thériaque de Gènes, la thériaque de Lisbonne, la thériaque de Francfort ou d'Allemagne, toutes merveilleuses, toutes divines, et dont la création solennelle produisit du moins cet avantage de réunir, en (|uelques cités populeuses, des apothicaires habiles.
Du (jualorzième au seizième siècle, on voit, dans les divers Etats de l'Europe, les apulhicaires associés aux chirurgiens-barbiers en presque tout ce qui concerne leur existence professionnelle. Chiruigiens, apothicaires, barbiers, sont confondus sous le nom t\o pliarmacopolos, et présentés conune minislres des médecins, comme chargés exclusivement de préparer, d'administrer les remèdes. Le médecin occupe une sphère beaucoui) plus élevée : il dirige, il conseille; il enseigne même à composer les extraits des plantes. les médicaments tirés du règne minéral, etc. Le médecin, en choses exlernes, nonobstant qu'il entende la chirurgie et la Pharmacie, se servira des chirurgiens el apothicaires comme compagnons et amis, n'usurpant leurs états, si ce n'est par grande nécessité. Quand le médecin sera aux champs, il prendra les drogues dont il aura besoin, chez les apothicaires, sans acheter drogues particulières à soi, ou en faire son profit et trafic, laissant au reste à tous malades, tant des champs que de la ville.
leur franche volonté de se servir de tel apothicaire ou chirurgien qu'il leur plaira
Ces sages dispositions, rédigées au seizième siècle, pour le duché de Wurtemberg, par un
ET LA RENAISSâNCK.
médecin célèbre, Gaspard Bauhin, furent suivies en d'autres contrées voisines : on y ajouta : deffenses aux apothicaires de faire aucunes compositions d'importance, qu elles ne soient dispensées en présence du médecin, qui en soussignoil la description et Visitation, et en cotoit la date et la quantité. Le pharmacien se trouvait donc sous la surveillance immédiate des praticiens à longue robe , spécialement intéressés à ce que lems prescriptions lussent bien remplies. Un médecin était-il appelé pour une consultation importante, pour une opération grave, ou, ce qui n'arrivait que trop souvent, pour assister au supplice d'un criminel, il s'y rendait, suivi des chirurgiens- barbiers portant bourgels et boites d'instrumnits, et des apothicaires avec leurs drogues. Le médecin ordonnait ; les chirurgiens-barbiers et les apothicaires exécutaient sans mot dire, comme de Vi'ritables serviteurs, tanquam reri servicnies.
Jusqu'il la Renaissance, aucun apothicaire ne sort de ligne. Les découvertes en pharmacie sont faites d'uue manière détournée par les alchimistes, ou proviennent des habitudes expérimentales du médecin. Le Promluarium de Jacques Dondis, ouvrage remarquable qui contient l'indication de presque tous les médicaments simples connus chez les Grecs et chez les Arabes; Vllerbolario de Jean Dondis, fils du précédent, qui fournit, sur la physionomie et sur la vertu des |»lantes. des notions utiles, résument très-bien l'ensemble des connaissances pharmaceutiques de lépoque. Un demi-siècle l)lus tard parut, h Venise, le premier Traité connu sur les poisons. San Ârdouino, de Pesaro, son auteur, attribue aux pierres gemmes une propriété de réaction qu'elles n'ont pas, mais il cite d'intéressantes observations: l'histoire d'une personne empoisonnée par l'arsenic, celle d'une autre enq)ois(tnnée ])ar le réalgar, etc.
On ne possédait encore aucune pharmacologie pro|)remenl dite. Saladiu d'Asculo. iné<l('ciu napolitain, en écrivit ime vers le milieu du (juinzième siècle. Son Cotnpciidium aromatarorium, titre qui indique qu'alors les parfumeurs étaient confondus avec les apothicaires, renferme de précieuses indications. Asculo signale les livres que doit se procurer un pharmacien, les occupations mensuelles qui lui sont prescrites, il donne le catalogue des UK'dicîiinents simples et coinpost'S dont une officine doit èti'c constamment p(»ui'vue; il marque le temps, le mode et la durée de conseivation des prt'itaralions ollicinales. C'est une vraie statistique de l'industrie phainiaceuli(|ue en Italie.
Gliarles VIII ful-il frapiié' des dilH'reuces que [irésentait la pratique d'un art aussi salutaire, dans deux pays limitrophes connue l'Italie et la France? A peine revint-il de son expi'dilioii de Naples, que les aiiothicaires parisiens re(;urenl des statuts. C'était en <lonner iin|ilieilenienl aux apothicaires du l'oyauine, à la fois mei'ciers. t'piciers. parfumeurs, sans bamuei(; ni conl'r('rie distincte. Au delà du Rhin, même organisation. Prescpie [jartoul, les apothicaires étaient confiseiu's. Sur les lettres de franchise accordées par les magistrats de ht viiiede Halle, ii Simon Pusti r. qui vi-ut ('tablir tuiutique d'apothicaire {iM)'.i) . on lil : l'diir rchi . il doit et vent bien iloiiiicr à nous cl a uns descendants, deux collations peudaui le Carême, ri a notre maison de ville, huit livres de sucre bien confit , comme il conrieni détemmenl (ju' il soit pour ces collalious. V.n France.
aussi bien qu'en Allemagne, aiuun candidal n'élait reçu maître, sans festin , ni biaelle. Il ne suffisait pas de donner lanl au médecin examincnr, tant aux apothicaires-jurés examineurs , tant pour le tronc de la confn'rie ou de la ZunffI, tant au lieutenant ou prévôt de police, tant pour le diplôme : il fallait encore que le récipiendaire régalât gracieusement ses juges el compagnons. Dans la plupart des villes, le jour qu'une boutique d apothicaire devait passer entre les mains dun nouveau maislre, on ornait de fleurs la devanture de cette boutique, on y plantait un may, et tous les apothicaires, les barbiers, les merciers, les épiciers, précédés des ménestrels, conduisaient l'élu delà Faculté à son officine. Une accolade avait lieu entre l'ancien et le nouveau maislre; puis, les garçons ou compagnons présenfaienl leur bouquet en échange de quelques pièces de monnaie qu'ils recevaient \Kn\r bancquetcr. Cela fait, le récipiendaire s'asseyait gravenii.ni. du côté dextre de lu bouc li que , derrière un immense comptoir qui formait une sorte de préau, et répondait aux salutations des mend)res du cortège et des voisins. En certaines localités, il essayait ses balances, et donnait, le premier jour, à chaque visiteur, un petit paquet de sel ou de verveine.
.\u Moyen Age, et jusqu'à une époque rapprochée de la n«')tre, les boutiques pharmaceutiques demeuraient ouvertes dans loule la largeur de l'ogive qui encadrait leur devanture. Un ou plusieurs l'échauds, posés sur le sol, opérait la coction des préparations officinales, tandis que les substances se réduisaient en poudre ou subissaient les mélanges prescrits, dans d'énormes mortiers de fonte placés aux angles extérieurs de l'officine. Les drogues se trouvaient, comme aujourd'hui , sur des planches étagées; mais, au lieu de l)ocaux en cristal, de vases en fine porcelaine, c'étaient des espèces d'amphores en terre cuite el de petites caisses en bois blanc, étiquetées d'après le formulaire de Galien ou celui de Mesué, dont l'image décorait ordinairement les panneaux extérieurs de la devanture. Une niche d'honneur, pratiquée au fond de la boutique, était occupée soit par la statue du Rédempteur, soit par celle de saint Christophe ou de saint Côme ou de la Vierge. Les apothicaires calvinistes avaient placé Mercure, dans cette niche, au grand scandale des calholicpies romains.
Quant à la contenance des officines, elle varia selon les systèmes médicaux en vigueur. Paracelse et ses disciples y introduisirent quantité de préparations nouvelles; le régule et le beurre d'antimoine, le précipité rouge, l'alcali volatil, le foie de soufre, le bisnnnh. l'acide nitrique, l'acide nuniatique, l'élher sulfurique, l'étain associé à certains <lrasti(pies, etc. ; mais les Paracelsistes exaltèrent sans raison la vertu des os de lièvre, de la nacre de perle, du corail, etc.; leur matière n)édicale, marchant escorlée de mots pompeux, fascina l'iiiiaginalion. L'usage du mercure, essayé d'abord avec inliniment de réserve, se popularisa. Pendant près d'un siècle, l'antimoine, décoré du titre de panacée, règne sans partage. 11 ne fallut rien moins qu'un arrêt du parlement pour arrêter sa vogue et sa fortune. Après les sid)s(ances minérales, ce fut au tour des médicaments exoli(pies d'occuper l'attention publicpie.
Vasco de Gania venait de doubler le Cap de Bonne-Espérance el de cingler, pour la
[xemière fois, vers les Indes. Il nous rapprochait ainsi de celle lerre des miracles, où croissait le quinquina. Cependant, la découverte de la boussole, en assuiant les navigations futures , ne devait pas influer sur la science pharmaceutique plus que n'allait le faire une invention d'un ordre bien inférieur, l'invention de l'alambic. La boussole nous valut de précieux végi'-taux, d'incomparables gonunes-résines ; l'alambic, des eaux distillées et des alcoolats. C'est l'Italie qui produit le premier alambic , Alambinnn id vocanl, dit Mathiole. La découverte de l'eau-dc-vie suivit do près celle de lahnnbic : Fil è vino aqua per alambicum, dit encore Mathiole, qiium ob ejus admirandas vires Aquam Vilœ apellavêre sapienles.
L'alambic, comme toutes les bonnes choses, eut bientôt pris ses lettres de naturalisation par le monde, lue nouvelle classe d'industriels naquit, les distillateurs. En 1514 , ils étaient déjà nondireux. Louis XII les unit alors à la confrc'rie des Vinaigriers. Les apothicaires distillaient aussi, mais seulement es clioses de leurs boutiques ; ils préparaient j)ar eux-mêmes, sans le contrôle du médecin; ils faisaient plus, car rhomme veut presque toujours dépasser les limites de la légalité, ils débitaient sans ordonnance, et donnaient des consultations médicales. Souuenles foijs, dit le Mirouer des Apothicaires, ils abusent et contrefont les médecins, la ou les plus saiges sont bien empeschez, dont plusieurs snuuent perdent la vie, a cause que les ajmtliiquaires veulent [aire et contrefaire du médecin, desquelz Dieu nous veuille deffendre, car plusieurs muulx en viennent et font souuenl les cemelieres boussus auant leur terme. Ces reproches de Symphorien Champier, écrits à Lyon, la ville du royaume où la Pharmacie se faisait le mieux, pouvaient s'appli(iuer aux apothicaires d'Allemagne, d'Espagne et d'Italie, aussi bien (ju'aux apothicaires français. « La plupart, s'écriait Ik'nancius, sont ennemis de Dieu et sont de véritables homicides imulti e.r pliarmacopœis sunt Dei iuimici et honu'cida') : car ils ne se conforment pas aux prescriptions des nu'decins; ils ne reculent pas devant un mensonge et devant rcnq)loi d'une mauvaise drogue. L'amour insatiable de l'or leur suggère mille tenialives coupables... » Aussi quantité d'admonestations virulentes se publiaienlclles contre les apothicaires. Non sulor ullrà crepidum, nec pliarmacopœus nltrà pijxidem, repé'iaient les médecins; ce qui n'arrriait chez ceux-là ni l'avarice, ni la fraude. ni l'exagt'raliou des |)r(''lenlions au savoir, (pii)i(]u ils fussent eiupiriijues suus (jraunnaire ni/ latin. On composa, dans prcs(|ue toutes les langues vulgaiies, des manuels deslinc's aux dislillairurs, uromulaires, apotliiquaires et cln/rur{iiens-barbiers, afin que il:. n'ayenl cause de ignorance entiers Dieu et le monde: on signala les substances introuvables, les (bogues (iiliillcrrs ; vaines jirécautions! l'apothicaire échappait ii i'ceii de l;i police, et ehaipie jour le imblic tombait dans le pie^e.
.Maigri- les progrès de la navi;;ation, il s'en fallait bien \\\\m\ sei/.ieme siècle les pntvenancesde lOrient et du Nouveau-.Monde fussent ((inununes; le baume <le Judé'e. l'aloë.*;. le sang-dragon, n'existaient en aucune officine: l'opium ne s'y rencontrait jamais pur: on ne savait d'où venaient 1 anibic et le iiiiis( : les ( itrons iiK'iiies elaieiil l'xeessivement l'ares. .1 uraiit peine on treiiiic en {■'raiiic iptiitre citrons pour uiiij escu d'or, dit Sym-
Soienoes el Arls PHARMACIE , Fol. IV.
phorien Cliainpier. La livre du si/rop de cih^om cousleroil plus de cinq escus. Aussi, personne, si n'estoit prince ou bien (jros seigneur, nen vouldroil user. Ce ne fut guère avant l'année I îJGO, qu'on fil du sirop avec le limon de nos provinces méridionales. Au milieu de semblables obstacles, et de tant d'incertitudes sur le mérite réel des provenances exotiques, rien d'étonnant si la fraude et l'erreur ont fait tant de mal à l'humanilé.
L'action luli'laire des Universités, des parlements, des magistrats municipaux, amena Uiulefois . par degrés, un meilleur état do cboses : les conditions d'admission à la maîtrise pharmaceutique devinrent plus sévères; la durée des éludes fui fixée à huit ou dix années; les visites d'officines se firent régulièremenl ; on distingua les substances nuisibles, de celles qui ne l'étaient pas; le régime des confréries françaises, et des zunfft , cJionf/e, ou compagnies allemandes, s'organisa de manière que les inlérèls individuels et les intérêts généraux reçussent des garanties nuituelles. et (picn aucun cas, on ne vît apolhicuires. clrinirgiens-barbiers et médecins se poslposanl l'un à raulre. On créa, pour les épidémies, des apothicaires spéciaux qui demeuraient séquestrés avec les malades; dans les ports maritimes, on chargea le doyen des maislres chirurgiens et le doyen des maislres apothicaires, d'examiner scrupuleusement la contenance du coffre (jue les chirurgiens de bâtiment enqiortaient avec eux. Les tronqieries, les indiscrétions des marchands apotliicaires furent punies de la jterle de leurs profiets, de la fermeture de roflîcine, quelquefois mùne de fampulalion d'une oreille; Lyon, Metz. Monlpellier, Poitiers, Paris, Rouen et Strasbourg, virent apparaître des apothicaires d'un mérite non contestable; mais aucun d'eux n'égala en réputation Jehan Renoii, la perle de tous les pharmacographes de r Europe, dit Louis de Serres; l'unique démon de son pays de Norniandie en sa profession , et le lustre de ses compaignons à Paris, .lehan Renou ferma 1<" seizième siècle .
EMILE RÉGIN.
Docteur en médecine, Dt la Socîétii nationale des Anlîq'iaiiei île France.
KT LA RENAISSANCE
J. Manceti Bibliothoca Pliarmacculico- medica. Uenevœ, 170.-, 2 vol. iii-fol., fig.
PiERBF. PoMET. Histoirc générale destirogucs. Paris, lCfl4, iii-l'ol., lig.
Iléimpi-imc plusieurs fois, avec des addilious.
R. AuG. VoGEL. Historia malcriœ medica'. Francofurli, 1760, in-I2.
Nie. MoNAiiDES. Historia mcdicinal de las cosas que se traeii lie las Iiidias occidcrilalcs que sirveii al uso de mcdeciiia. Sevilla, 1380, in-4.
La preiiiiLTe êdil-, publiée en 1505, iil-12, est iiitilulée ; Dos ItbroB de laa cosiis. L'Ic.
Christoval Acosta. Tractado de las drogas y medlcinasde las liidias oiieutales. Burgus, 1578, iu-4
Petr. Am). Mathious. Commentarii in ses libres Pedacii Dioscoridis Anazarbei, de medica maleria. Yenet., ex offie. \'algrisiana, loGo, in-lol., lig.
Souvent ri'imp. et Irad. d.ms toutes les langues. Il y a deuv tr.idui'tions françaises du seizième siècle, l'une de J. des Moulins, l'autre d'Anl. Du Pincl, toutes deux reiiiip jilusieurs fois.
TiiEOi). DdiisTEMi Bolaiiicoii, coiitinens liei-bartini aliorum- (|ue simplii'idiii ([uoruni iisus in nieilicinis est, descfipliones, h'raiKofurli, lo4U, iii-l'ul., lig.
Ant. MiZALDi Historia boitensium, IV opitsculis raetliodieis contenta. Colon.-Agripp., 1577, in-8.
Traduit ou plulùt imite par un anonvme, sous ee titre : Le jardin médietuat, enrichi de plukieure remèdes secrets (S. n., I"i7s, iu-S), ct par Anilré Caille, sous eel autre litre : Le ytrdtnag' de Mtiauli, contenant la manière d'embellir les jardins rt comment it f<tut enter 1rs arbres et Ira rendre médicinaux .Par., 1578, în-S],
JoACH. Camerarii Hortus mcdicus et iiliiloscqihicus. h'rancofurli, dS88, in-4, lig.
Jac. Th.Taiieiin,i;moxtam Ilerbarium, cdituni a Casp. Bauliino (Gernianice). Francufiirti, KilS, in-fol., lig.
La première édition est celle de loSS.
JoAN. Serapionis, do simplicium medicamcntnruni historia libri vu, ex vcrsionc Nie. Muloni. Venel., 15.o2, iu-fol.
Jeas Mesia. Canou universel des simples mcdicaincnts, avec les coninienlaires de Tagaull, traduit en riancois. Paris, Hier, de Marnef, s. d., in-8.
VoT. le Traite Us r« medica. Irad. du i:rec de J. .Mesiie de Damas, par Jacq. Diiliois, 'Sytvius), souvent réimprimé depuis 1544, et le Rec ptarium anfidofurii ILujïd., |!)50, in-8), atlrilnié an mê'ine J. Me.-ue de l)a- Dtas , qui a ele confondu .'t tort avec le médecin arabe do neuvième siècle.
Jac. Dii.vdi Aggregator, liber de medicamentis. Yenetiis, 1517, in-fol.
Nii;iiLAi (Kalcitm) de Fi.oBF.XTiA, Aiitiiliitariiiiti cl alii traclalus. Veneliis, Sic. Jenson, 1i7l, in-4.
V'ai.esci ne. Tharaxta, qua: alias l'iiilonius dirilur, Praclica. I.uijduni, t.'iOl. In-i gotli.
Reiuip. .uns diiïereiit, tille,.
Ql'Iricusde Augi'stisdkI EiiTnovA.LumcnApothecarioruni. .S. n. (Lugd.), 1.50i, in-fol. de iO 11. gotli.
Ju. Jac. de Manlii.s de Uo.sco Luininare majus, mcdicis ct aromatnriis ncccssarium. I.ugiluni, l.'>:28, in-fol, gotb.
Hi'impr. pliii>ieiir4 fui, avec d>-« addition*. L'edil. de Venise, l'jOO, ell ao^'tnenlee du Lumen Âpothecariorum.
lliERiiN. BRL'Nswrcii Apotiicca vulgi. Argenlorali , 1529, in-l gittli.
flllion llunsfeld, auteur du grand tlerliier : llsrbarum vivat icônes (SIrasb.. 1550-:t0. 5 vol. in-fol,, li;;.'j, a réimprime le traite du Hruntvticb loui re litre : ffirioni/nil herbarit Argentoralensis Apndexis vulgi.
Symi'H. Caupese (Ciiami'Ier). Le Myi'oïK'l des Appulliiijuaircs ct Pbarinacopoles, par ie<|uel il est dcmonlrij comment
les appotbiquaires cnninuinément errent en plusieurs simples médecines, etc Les l.uncctesdes cyrurgiens et barbiers. Ltjon. P. Mareschal (vers 15.-9), in-8 golb.
— Gallicum Pentapbarmacum , rliabarbaro , agarico , inanna, tciebiiitbina et sene, gallicis conslans. Lugduni, Melclt. et Gasp. Trescitel, 1534, in-8.
Voy. encore son Hortus gallicus (Lu^d., 1535, in-S';, son Campus Elysius Gatliœ amenttate refertus (Ibid., i55iî, iii-8). et plusieurs autre, traités de Pliarinacie.
Nie. Mvrepsi, mcdicamentornm opus, ex vers, et cuiti aitnol. Leonh. Fuscbii. Ilasileie, 15.19, in-fol.
Remacli Tabtthu pbarmacorum. Parisiis, 1551), in-8.
Mh;hi:l Disseat. Encbirid ou manipui tics Miropoles ct tyroncles Pbaiinacopoles. Lyon, J. de Tournes, 1.5G1, in-i.
Anutii FoEsii Pliariuacopn'ia. Hasileœ, 1.501, iit-8.
Valeb. CoBDi s. Le Guitlon des Apotbicaiies, c'est-à-dire la manière de composer les médicaments, fait premièrement en latin, et mis en Irançois par And. Caille. Lyon, Est, Michel. 1572, iu-lfi.
L'original latin, Dtspensatorium stve Ph irmacoporum conficiendoritni ratio, a été souvent réimprimé, CordiK a publié divers traites sur la matière médicale, notamiueiii celui de Halositntho seit spcrmate ceti (Ti;.'uri. fS66, in-8).
Jaco. Sylvu's (DiBOis). La Pbarmaropée, qui est la manière de bien cboisir et préparer les simples, faite Irancoise par Andr. Caille. Lyon, L. Clo'iuemin, 157-1, iii-8.
Souvent réimprime en latin ct en français. 11 ne faut ]i.is confiiniiie le célèbre professeur Jacques Sylvius avec un Jean Diilioys, apothicaire de Paris, ailleiir des Obarrvatione» m inetbodum mtscendorum medicalllentorum tfiiœ m quotidiano sunt usu l'ar., J. Kerver, 157-, 111-8J.
Lair. Jouiiert. La Pbarmacopée, ensemble les annotations deJ. P. Zanginaister mises en marge, le tout mis de nouveau en frani;ois (par lui-même). Lyon, Ant. de Ilarsy, 1.581 ct L588, iii-8.
Jo. Jac. Weckeris. .4nlldularium générale, nunc pritmtm laboriose congestum, metbodicc digestum. Basileœ, Ktts. t'piscopius, 1576, in i.
Theor. Lepleigneï, Dispensariuin medicinanim i|iiibiis vulgo utiinur. Turoni. 1.579, in-8.
(2et .ip.'tliicaire de Vendôme , Tliibanlt Lepleigncy ou l.cpligny, on î.csjilii^ne . était poète ; l'original de son ftispensarium est iiiiitulê : Le Promptuaire des médecines simples, avec les vertus et nualitês d'iceltrs, le tout etcrit en vers français (Par., P. Ser^îcant, 1514, in-8^. Il a compose, en outre, un Iraile du bois de l'Ësquine, publie en 154^.
Ant. Constantin. Brief traité de la Pliarmacie provinciale et familiaire, suivant laquelle la méilecitic peut cslrc faite des iitncdes qui se trouvent en cbaque province... Lyon, 1397, in-8.
Cl. Dabkit. F'remier iliscours de la préparation des niéilicameiits, contenant les raisons ponri|uoi ct comment ils le devroient esire... Lyon, Cit. l'esnot, 1.58.), in-^l.
RuD. Sexai-is, de liiiitiiInriMn legniiiiiiumiptc mensuris obfcrvationes. Parisiis, 1.5.52, iii-l.
Giiti.. RiiNiiKLETii, de potuleiibtis, sive de justa quantilalc et proportinuc metlicamcntorum liber. Lugduni, 1.565, in-S.
Dm.v. Massahii, de ponderibus et mensuris mciliciiialibiis libri très, studio Cour. Gesncri. Tiguri, 15,Sl, iii-X.
SiM. È ToVAR, de composilionc mcdicaincntorttm evaminc metliodus. .Intuerpia', 1.58(i, in-l.
Hiccitario l'ioreiitino. h'irenze. eredi di Hem. lHunti, 1.5li7. in-fol.
Souvent réimprime avec des adililinns, La |irtniiérc édition etl colle de 1 4ilci.
riidqne unitertile ou eculc de médecine avant aulrcfuis la pliiiiuacopee
LE MOVKN AGE ET LA RENAISSANCE
jin-ciale, nous avons cilc seulement la plu't ancienne et la plus célèbre du ces |>li3riiiuco{)ées, inconnues ou abandonnées anjoui-d'liui.
PiiTR. DE Abano. Trattalus de vencnis. Mantua\ i-472, info!, (ic 7 ir. à2col.
PrcmitTe ôilit. de ce traité souvent réimprimé, et Irid. en fr.uie. par Lai. Boel, avec un traité ds Theop. ParacelsuH des vertn» rt propriété» mrrVBitteuaff de» éerpenta, araigniir» , ciupi-uux et cancreit (Lyon, t593,in-ie,.
Santis Ahdoym Opus de vcncnis; accpd. Ferd. Pniizilli Commentiiriiiin de veiienis. liasilece, lbl)2, in-fol.
Jacq. GuEviN. Deux livres des venins, nusquels il est ainplcinenl discouru deshcstcs venimeuses, lliériaques, poisons el conirepoisons, eiisenil>li' les uiivres de Nicander... Anvers, Christ. IHuiilin, lo()7-l)8 , 'Z vol. in-4.
Trad. en latin par Hiercmia Martius {Ant., 1571, in-4j.
Il cxiale nne r.iule d'antres traiter Baccius, d'Henri do Br i, d'Anj. Sala
sur loi venin!-' etc.
notamment ceux de
MiCH. ViLLAWWASi (Servi-t), Syruporuin universa ratin. Parisiis. Swi. Colinœus, 1557, iii-8.
Gl'i.. PuTEANUS (Dupuis). De medieanienliiruni (juoinodoriinquc pur^anlium lacullatibiis, lil). ii... Luijd., Mal. Iluiiliumme, i^h>^2, in-4.
Panthaleonis Pillularium. Lugdutii, l.'iâS. in-i golli.
Nie. HoiiEL. Traité de la lliéfiaque el mithridat Paris, 1575, in-8.
Voyez encore, parmi Ic^* nonllireii\ Traites sur la même matière, ceux de Jq$. Valdanins (15711, de Bartli. Maranta (1572), de Joacli. Camerarius (1576), de Xic. Stelliosa (1577, de Jacq. Fontaine (1601), de Lanr. Catclan C1614), etc., jnsiin'â celui de Moyse (lliaras [La TItcrtaque d'Andromaehut. Par., 1668. in-12).
Tn. EiiASTi's (LtEREit) , de oceullis pliannaenruni poteslatil)tis. Basileœ, I57i, in i.
Pierre Tolet. Traité de l'adiiiiralile vertu et accomplissement des l'iicultés. pour la santé et conservation dn corps humain, de la racine nouvelle de ITtide de Mecliiiican, proprement nommée Itliaindice, esorit premièrement en laliii liai Marcel Donat, médecin mantuan. Lyon, Mich.Juve, 1572, in-4.
L'original latin avait paru à Mantouc en 156'l.
Amb. Pare. Discours à scavoir delà inumie, des venins, de la licorne et de la peste. Paris . Gahr. Buon , 1 582 , itt-i, lis;.
Paui.i Suardi Thésaurus Aroniatarioruiu sive anlidotarium, cdenle Renou. Parisiis, 162-4, in-4.
La jiremière êdit. doit être celle de Lyon, 1528, in-fol., -à la suite du Lumen Apothecariorum de Jean Jacques des Bataille, ou de la Bataille.
Les OlCuvres pharmaceutiques de Jean Itenou, Irailuilcs par Louis de Serres ont été souvent réimprimées an eonimenceincnt du div-sepliéme siècle.
Les vertus des eaues et herbes, avec le réj;ime contre la pestilence, l'aict et composé par messieurs les médecins de la cité de Basle en Alemaigne. S. n. et s. d. (vers 1550) , pet. in-4 goth. de 16 iï.
Il V a plusieurs éditions avec des variantes dans le titre.
(Jérôme Riscelm.) Les secrets du seig. Alexis Piemonlois et d'autres auteurs bien expérimentés et approuvés, réduits mainicnant par lieux communs et divisés en six livres. Anvers, l'Iantin, 1504, iu-8.
Cii recueil ]iarut d'abord en italien vers 1550 el fui 5ou<ent réimprime dans cctle l,iii;:iie. Le« traductions latine, française, allemande, etc., «ut eu un grand nombre d'éditions dans tous les formats.
Baslimeiit des receptes. Poictiers, de Mamof, 1514, in-8 goth.
Ce recueil, trad. de l'italien, a été souvent réimprimé an seizième siècle, et jusqu'à iiosjours, à Troyes, Epinal. Nancy, etc., avec des additions ou des suppressions.
(CoNR. (jesncr.) Letrésord'EvoniinePliiliatre, des remèdes secrets, livre pliysic, médical, alcbimic et dispensatilde toutes substantielles liqueurs..., trad. du latin par liarlli. .\neau. Lyun, liullh. .{rnoullel, 155,5, in— i.
J. .1. Weckeris. De secretis libri xvii, ex variis auctoribus eollecli. Basileœ, 1588, in-8.
Itéimprime plusieurs fois et traduit en français par J. du Val, sous le litre du Grand thresor ou dmpensatie et anlidotatre jf-olog.. 1616, in-4j.
Lisset Benancio. Dcriaralion des abuz et tromperies que font les Apothicaires, fort utile et nécessaire à un chacun studieux el curieux de sa santé. Tours, Malh. Chercete, 1555, in-l().
Plusieurs ftns reimprinio, et traduit en Litiii pu Th. Bartliolin, en 1671. Selon Baillet, Benancio ternit le pseudonvinc d'Antoine Bi-lisc, et selon Brunet, de Sebastien Colin. Pierre Kraiilicr, apothicaire de Lyon, lit une rcpon«e sous un litre analogue : Déclaration des abus et tynorance$ dei> médrcns, 1557,
La Pharmacie ayant produit au seizième siècle une innombrable quanlilir de formulaires géueraui el de Irailcs spêciaus, qu'on ne lit plus el qui oui iiu-me à peu près disparu, vovez-en les titres dans les Ciilal. des livres de Burette, de Falconnel, de Baron, de l'Héritiev de Brutelle, de Petil, elc.
itmiunc
L (Si un iiréjiigé. vieillard deux fois centenaire, né
le loubli et de la prévention savante du dix septième
siècle, vieillard entêté et fort respecté pour son grand
âge, qui veut quanléiieurenient aux créations de
(lolbert . la Marine soit restée ensevelie dans les langes
lune longue et pc-nihle enfance. A l'en croire, l'art des
constructions navales aurait niaiclié au hasard pendant
une douzaine de siècles, ou plutôt il aurait rétrogradé, se
bornant à dojnicr l'essor à de pauvres bateaux de o
v5^ l)èche, il de frêles barques de cabotage ; à l'entendie, /
tout alors aurait été obscurité, confusion, bar-
-^^ barie : la loi inintelligente se serait montrée \..^ V ^^
sans pi-évoyance, la navigation aurait ('lé in- ^'^r^-*'^
laine et sans audace, le matelot
MARINE. Fol. I.
coinui pour discipline que sa volonté hriuale ou le joug oppresseur d un lyran capricieux.
KsI-il vrai (|u au moyen âge le navire fui à peine l'enilirvon du Vaisseau de ligne (lui porta glorieusenienl le pavillon de Du Quesne ou celui de Ruyler? Est-il vrai (jue la navigation fut timide, que l'art de construire fut sans règles, et la loi sans sagesse? Le simple bon sens dit tpiil ne peut pas en avoir été ainsi.
De rudes combats ensanglantent les eaux do la Méditerranée pendant les luttes enfantées par les rivalités actives des peuples riverains de cette mer; des expéditions conuuerciales enricliissenl les nations niarilinies; les croisades, durant plus de deux siècles, emportent (nul rOccident vers l'Orient ; nos Dieppois descendent à la côte de Ciuinc'e : Jean «le Bélliencourt fait voile pour les Canaries, où il s'établit; Diaz pousse sa course aventureuse jusqu'au delà du cap des Tempêtes ; Yasco de Gama et Albuquei-que le Grand vont aux Indes orientales; Cbristophe Colomb hasarde plus et réussit... et tout cela se fait comme par hasard, avec des navires informes, avec une marine sans organisation, avec des mariniers ignorants!
» El almiraiile nijyor dcl mar .iseano Y visorcy j jolic-nudor gcfieral de las Yslas y licrra lirma de Atia y viidias dcl Iti-v V de la Reyiia mjs Scûores y capilan (tcncral de la mar, y del su consejo. Scippfea: «ercu» nllisiiini sarvàlor» CArinli, Uarix, laffh,, CilRiSTO PKIliiNS. » Signalure qu"on lil an lias d'une Ictlrc aulographu de Chrisluiilie Colomb, adreS!.ie de Scvillc aïK nobles Seigneurs de l'Ofliee de Sainl-Georges, et dalce : » .4 dos iint dt ÀbrU ISOi. • Celte Icllre fail partie d'un recueil de lellres et de cedulcs royales eonservées ù la Rlunicipalilé de Gè-nes.
Qui a pu le croire, et qui a pu le dire? A-t-on pu sujtposer que le peuple qui b.itit le i'artbénon construisit seulement de petits navires mal conformés? qu'au temps où l'on faisait Sainte-Sophie, Saint-Marc, les admirables églises et les castels du moyen âge. on ne savait pas faire de beaux et de grands vaisseaux?
Lardiilecluie civile el rarchitecture navale oui loujours niarclK' parallèlemenl el dn nicnie pas. Simple, quand larchiteclure civile était simple, rarchitecture navale lui magnifique et fastueuse cpiand sa sœur devint fastueuse et magnili(|ue. Tant que lliahilaliou de riionnne l'esta modeste, étroite, faite de troncs d'arl ires et de terre liattue. le navire ne se développa point : radeau ou tronc creusé pour des navigations prochaines sur les petits cours d'eau. Quand la maison gi-andit. cCst-à-dire quand le l)ien-ètreel le luxe prirent naissance, quand le commerce s'établit par l'échange et les relations plus ou moins lointaines, le navire grandit aussi, tour à tour el selon le besoin , logis pauvre v\ resserré, demeure élégante et riche, où lamour s'établit, connne dans un palais, au milieu de chaudires somptueusement décorées et de jardins parfumés, ou bien château fort, aux renq)arts crénelés, aux plates-formes élevées, aux meurtrières ouvertes : ville de guerre que le vent poussait vers d'autres châteaux forts, gardiens de la terre.
ANS ses dillé'rentes transformations, le vaisseau, eu jue corps llotlant, fait pour porter de lourdes charges ou Lourir rapidement sur les eaux, se modifie très-peu; mais :'oration extérieure change connue celle de la maison, du \kila forteresse. Ses fenêtres, ses portes, sa poiqie. les nuiailles de ses châtelets. enqiruntent leurs oi'nements aux nmrs, à la façade, aux ])ortes. aux fenêtres des habitations fon<l(''es dans les villes. I.e pl(>iii cintre, les colonnes, les arcades; les pi intuics imitant la mosaicpie. inaiij)lic;d)le aux constructions navales; les scul[)lui('S (pii reproduisent, avec la figure humaine, les feuilles variées, les fruits et les animaux bi/arres; l'ogive, les colonnettes en faisceaux; les ornements capricieux, les consoles à mascpies fantastiques, les allégories, les devises, les armoiries, les blasons taillés dans le bois el eniichis des couleurs liéraldi([ues; enfin les mille fantaisies de l'art coucomcnl ;i rornemcnt du navire en même temps (|u';i celui de r(''glis(\ de la cilailrlle el de l'hôtel. Le navire appailieiil-il ;i un armateur économe ou ;i une compagnie lie uKU'chands cpii ne peut guère donner au luxe de la décoration, le vaisseau est simple dans ses œuvres hautes, comme la maison du i)elit bourgeois ou de l'artisan. Si quehpie parure y est admise, c'est seulement dans la chambre on les passagers nobles et puissants pai' la forttuie loueront leurs pla<es pour un voyage. Le vaisseau est-il celui d'un grand seignein-. il'un h;mt baron on d'un roi. l'arc hilecture lui est piodiguee; l'or brill(> p;M tout, la peintui'e couviv ce cpii. des parois dn Thalanuis, dn l*;iradis et des autres ( liambres. n'est pas c;!! lu'- p:n- les belles étoiïes : c'est h' palais fortilii" <pii va faire voile avec ses brelêclies, ses machines de guerre ci loiii 1 appar<'il .sonq)tueux d un IoliIs loval.
Sons ce rapport, la marine du niiiven âge continue les ni:n'ines antiques, (pii iivaieni des navii'( s pour iMolé'UHv l'liil(i|ial(ir. Ilieron, (]leo|iàtre, Tibère, pour les courlisanes et les voluptueux de Itaia et de lî:>veimes. connue pour le pelil traliipiani de ta mer d l<>ni(> el U' pêcheur dn rivage ligurien. Ce n'esl i)as lii (pie se borne le rap[)i'ochemenl.
Lanliquilé avait ou deux grandes familles de navires.: les vaisseaux longs, qu'omporlail la rame ou la voile, quelquefois toutes deux ensemble; les vaisseaux ronds, qui ne s'aidaient que de la voile et du vent. Le Moyen Âge suit cette tradition, qu'il transmet h l'époque de la renaissanro. oîi elle ne s'arrêtera pas. Il a la famille des Galères et celle des Vaisseaux ou nefs. La galère mourra un jour, mais pour ressusciter bientôt. Une macliine remplaccia les bras des rameurs; un agent nouveau, aussi puissant que terrible, se substituera à la force et h la volonté de la chiourme. Celle Iransformation de la galère esl entrevue au seizième siècle, mais son moment n'est pas venu. 11 viendra, et le courbache du comité se brisera dans sa main de fer, et de pauvres esclaves chrétiens ou maures ne rameront plus sous le bâton. La roue ou l'hélice fonctionnera au lieu de la rame, la vapeur au lieu de la chiourme. Les rames se brisaient, la machine se rompra ; la chiourme se révoltait, la chaudière éclatera. Ce sera encore la galère, la galère plus parfaite, mais plus dangereuse ; la galère plus rapide qu'au Moyen Age, mais qui s'arrêtera au dernier jet de sa flamme, à la première convulsion imprév'ue de sa vapeur.
Comme la famille des vaisseaux longs de l'antiquité, celle des galères du Moyen Âge se partage en variétés nombreuses. La galère grande, forte et cependant rapide, reçoit, dans les mers qui baignent l'empire grec, le nom signilicatif de Dromon (coureur). Théodoric, au cinquième siècle, ordonne h Abundatius, capitaine de ses gardes, de faire construire mille dromons, qui défendront la côte d'Italie ou lui apporteront du blé. Pendant le neuvième siècle, Léon le Sage donne à son fds des préceptes militaires, et parmi les recommandations qu'il lui fait, au chapitre de la marine, il lui conseille l'armement de dromons ordinaires à cent rames au moins, les rames rangées en deux étages se recouvrant dans toute leur longueur, et chaque étage ayant cinquante rames, vingt-cinq à droite, vingt-cinq à gauche du navire. Le dromon à cent rames n'est pas le plus grand. Léon veut que l'empereur, ou le préfet de la flotte qui le remplacera, monte un dromon plus long, plus large, ayant dans ses deux étages plus de cent rames, et, à cause de cela, ayant plus de vitesse; ce navire royal ou prétorial devra être de l'espèce de ceux que l'on construit en Pamphilie, et que, pour cette raison, l'on nomme Pamphiles. A la flotte des dromons, seront attachés, comme porteurs d'avis, navires de garde et de découvertes, quelques petits dromons à un seul étage de rames, de ceux qui reçoivent particulièrement le nom de Galères (faxâia;).
Au douzième siècle, les choses sont un peu changées : le Dromon esl le géant de la famille des navires h rames; le Galion, la Galeïde, cjui plus tard se nommera Galiote, en est le plus petit; la Galère proprement dite est un petit dromon à deux rangs de rames. Richard Cœur-de-Lion rencontra, le 8 juin 1191, près de la côte de Syrie, un dromon sarrasin qui, ses voiles enflées et ses longues rames battant la mer bouillonnante, volait vers Âcon, assiégé par les infidèles. Ce dromon était le plus grand, le plus beau, le mieux armé qui courût les océans. Les .\nglais s'étonnent à sa vue; ils admirent sa construction, dans laciuellc tout annonce la solidité; ils remarquent son armement, sa large voilure, ses mâts élevés et au nombre de trois, et ses vastes flancs, dont l'un est peint
ET LA RENAISSANCE, d'une couleur verte, quand l'autre est recouvert d'une couleur jaune, brillante comme l'or. Richard ordonne à ses galères d'entourer le colosse et de s'en emparer. Les galères obéissent. Le dronion est investi de toutes parts. Les Anglais approchent; les traits se croisent en l'air et s'abattent conune la grêle dans les deux camps, « où Ion combat à l'ombre.» Le dromon fuit à tire daile ; mais le vent tombe, mais le nombre des rameurs diminue, parce que les flèches heureuses des chrétiens en ont tué ou blessé beaucoup : le signal de l'abordage est donné alors. Les galères resserrent le cercle fatal dans lequel elles vont étreindre le dromon; tous les éperons s'avancent pour s'attacher h la carène sarrasine ; l'Araije fait d'inutiles efforts pour arrêter l'ennemi; il jette en vain sur le pont des galères le feu grégeois renfermé dans des (huions qui se brisent, les serpents dont sont remplis des vases de terre; rien ne ralentit l'ardeur des Anglais. Lancés par un dernier effort des rames, ils arrivent comme des carreaux que jette la balisie, et percent du Calcar aiguisé la flottaison du dromon, bientôt gagné par les eaux de la mer, sous laquelle il s'abîme, combattant encore. (Mathieu Paris, llist. major, fol. 163. — Galfrid Winesalf. cluq). XLII.)
AI nonuné le Pamiihile. Pendant le neuvième siècle, il est inférieur au dromon , bien qu'il ait généralement deux rangs de rames : au (luatorziènie siècle, il n"a plus qu'un rang de rames, conmie tous les navires de la famille des galères, et il est inférieur à la galère. Au quinzième siècle , le pamphile dis[)araît.
La ïaridc; est une variété de la galère marchande, que les Génois accréditent au treizième siècle par leur marine de Conslantinople. Marin Samito Torscllo en recommande l'usage au pape Jean XXII, vers le commencement du quatorzième siècle. Taride est un nom nouveau inqtosé par Gênes à un navire à rames qui était connu auparavant, selon Torscllo. sous le nom de Galata.
Avec le Dromon et le Pamphile figurent, au dixième siècle, la Chélande.
Galandre ou Sélandre, qui, trois cents ans plus tard, aura perdu ses
rames et sera devenue bàtimeul à voiles seuleuK'nl. Dilmar définit la
cliclandc : « Un navire d'une longueur extraordinaire, d'une grande vi-
« lesse, ayant deux ('lages de rameurs et cent cinquaule honunes d'(''-
« quipage. » LTluissicr, <jui doit son nom à un huis ouvrit ;i sa poiqic
)us la fiottaison, est coulenqKtrain du Dromon, de la Chélande et du
Pain|ihilc. IlsertessenlielIcMiciil au transport des chevaux, qu'on embanpie
l>arsa porte, comme plus lard, dans certains navires du Nord, ou cmbar-
ii( ra il' sapin |iar un sabord (I(î charge, huis qu'on calfatera loisipie le
( JiarL'cnifiit sera achevé. La Clu-lande mêle ses formes à celles de llluis-
sier ou il ivlles du Pauq)hile, et Constantin Poipliyrogc'-iiète, dans l'enumi'-
ration qu'il l'ail des forces réunies pour l'expédition contre la Crète, en 91!».
ni
LE MOYEN AGK
noinnio. avec les Huissiers, les Chélandes et les Pamphiles , les Chëlaiules- Huissiers el les Chélandes- Pampliiles.
Au reste, le moyen âge niniagine pas ces constructions où se fondent les formes et les avantages de deux navires d'une mt^-me famille ou de familles dilVérentes: lanliquilé lui a donné lexemplc de celle fusion, cl nous savons quOctavia lit présent à son fri-re (le (luelques Pliaséles-liiériques, navires pi'océdant de la Trière ou Galère, et du Phasèle, Itàtimenl de charge.
Dans cette liste des bâtiments qui, de la galère, ont la longueur, très-grande relativement à la largeur, et lappareil des rames, je ne dois point oublier les Chats, ou Cl:attes, dont Ciuillaunie de Tvr, à propos dun fait qui se rapporte à lan 1121. dit que c'étaient des navires épcronnés plus giands que les galères, et ayant cent rames, maniées chacune par deux hommes; je ne dois point oublier les Bucenlaures. variété des grandes galères, nommée dans un décret du sénat vénitien, ii la date du 30 décembre 1337. La Sagette. ou Saïtie (Flèche), dont le nom dit assez que c'était un bâtiment rapidement entraîné par ses avirons, est inférieure à la galère. Elle a douze ou quinze rames de chaque cùlé, au douzième siècle, et joue le rôle qu aux treizième, (jualorzième. quinzième, seizième et dix-septième siècles, joueront le Baliner, ou Barinel , el le Brigantin. La Caliote. la Fuste, le Brigantin, la Frégate, sont, au quinzième et au seizième siècle, les diminutifs de la galère, qui s'appelle Galéace quand elle est grande, grosse, fortement année, et mue par un grand nondjre de rames, rangées trois par trois sur un seul banc, ou par vingl-six rames seulement, de chaque côté, mais vingt-six rames longues el lourdes que manœuvrent six ou sept hommes assis sur un même Ijanc, et agissant tous ensemble sur le manche ou içiron de la rame.
Croquis d'une des Galé.ices qu'on voit, peintes en dclrempe et avec l.i liberté de la décoration, siip la porte d une armoire conservée dans le garde-meuble du palais d'Oria, à Gènes. Cette Galeace tigiire dans un combat naval, entre quelques autres navires de son espèce; elle a d'intimes rapports de forme .tvec les Galéaces qui cumbattirent à l'avant-çardc de la nulle de la Li^ue, à Lep^nle, en 1571.
Je n'ai pas nonnné tous les individus de la famille des galères; je n'ai rappelé que les
plus importants, pour ne pas grossir inutilement une liste que j'aurais dû faire complèle clans un traité spécial sur la matière ; je ne citerai aussi que les piincipales variétés du vaisseau rond.
A Nef proprement dite est le chef de celle famille grave (pii ne va qu'à la voile, el dont quelques momliros seulement adnietlenl parfois la lanie. Au dixième siècle, les Sarrasins ont de très-grands et très-lourds naviies que. selon l'empereur Léon, ils appellent Cumharies ou Gombaries. Les Vénitiens adoptent ce gros vaisseau de charge, el Sagornino, le chroni(pieur, dit qu'en 036 Venise ai-ma trente-trois gomharies. La (^oque ligure dans tous les armenienls importants, du douzième à la lin du quinzième siècle. Son nom teuton , selon lexpres sion de Pierre de Duisliourg [Chroniq. de Prusse), nous ap[)rend (|u"elle était ronde, large de l'avant et de l'arrière, courte, haute sui- la mer et tirant beaucoup d'eau. Les documents du Noid disent (}ue les Normands se servaient beaucoup de la coijue. avant même la conipiète de l'Angleterre. Villani anîrme (pie, |)ar les Rayonnais, s'introduisit pour la premii-re l'ois l'usage de la cO(]ue dans la Méditerranée, en 1304. Avant les coipies, les Scandinaves avaient eu les Dragons et les Serpents {Drakkar, Snekkar, Esnèkes, llnachïes, etc.), i\ la fois navires de charge el de guerre, allant à la voile el à la rame, (pie j'aurais nommés parmi les navires de la famille des galères s'ils avaient été construits d'après le même principe qu'eux.
En même leni|)s (pie la coque, on voit un grand navire dont le nom, dt''ligiii('' par les auteurs, parait devoir être le v(''iiitien : Idizo [ventru . Les (îc-nois l'appelaient l'aiizono (qui a un gros ventre), el les Provençaux Hnsse. C'était un bâtiment tirs-large, aux lianes développ(''S, bien assis sur l'eau, et capable de porter de loui-ds fardeaux. Au iap|U)rt de Malhien-Pàris, Richard 1'', dans la Hotte (pii remportait ;i la Terre Sainte, avait treize busses, dont l'historien, pour faire coiiii>iendre (lu'elles ('"taieiit grandes, se conlente de dire (|u'( lies ("taient « voih-es d'un triple dc'iiloiemenl de voiles. » ou autrement, (pi'elh^s avaient trois mâts. Kn quoi la busse diilérail-elle de la nef? Je n'en sais rien; ce (pi'il v a de certain, c'est que les deux navires avaient des caractères particuliers, assez inar- (pu's pour qu'on fît des vaisseaux procédant de la nef el du buzo, et que f Italie noiumaii Ihizo-Ndvi. Le grand statut v('iiilieii de 12o5 les mentionne avec les busses el les nefs ordinaires. Comme les nefs et les busses comuiunes, les busses-nefs avaient deux mâts et portaient des voiles latines.
Grâce ii la Cliatcnlr et au Caira(pion de lraii(;ois ["' , gi'àce aux galions d'I'.spagne. «pii. suivant un dicloii populaire, revenaient (Mernellemenl (rAm('ri(pie enlU'S de l'or du Pérou, les noms de la lat'iaipK' et du galion soiil coniiiis de loiil le iikiikIc. La can-Kpie lut, dis le (pialorzième sie( le . un iia\ire grand, gros, et dillerant di' la nef par certains détails de consliuctioii ipii nous ii sleiit caelH-s. En l.'ii.'l. Fraïu.ois 1 ' avait en Normandie une cairaipie si belle, si rielieiiieut décorée, si haute de pouls et de châteaux, si bien
armée, qu'on la nommait par excellence la Grande-Carraque, ou, par imitation de l'augnienlatif italien, le Carraquon. Ce superbe navire allait recevoir avec la bannière de France celle de Tainiral Claude d'Ânnebaut.nonnnéconnnandant d'une flotte « ordonnée » pour ((Hubattre les Anglais; tout s'apprclait au havre de la Ville Françoise; Tannée se ri'unissait sous le cap de Caux ; on s'apprêtait à lever l'ancre el h livrer au vent les voiles peintes de couleurs varices ou chargées des armes et blasons de leurs capitaines. Ix' roi
voulut visiter sa flotte. Il se fll porter de Ilonfleur au mouillage de ses vaisseaux. Une cour nomlireuse de gentilshommes et de nobles dames le suivait. C'était à bord du Carraquon que se rendait François I". DAnncbaul l'attendait , et avait fait préparer une collation pour recevoir ses illustres visiteurs. Les instruments de musique sonnaient ; le canon joyeux se faisait entendre ; déjà les pages apportaient les vins et les friandises. Le roi admii-ait le bel ordre de cette grande machine de guerre qui, le lendemain, devait, avec ses cent pièces de bronze, foudroyer les nefs el les carraques d'Angleterre. Tout à coup
Scciu Je U M ..,.a,,. de l; ,1.-11 (I5T5!. La voile •' 10 r
du na.irc représente sur ce monomenl purle un Jçg (,j.jg parteUt dC l'aVaUl l « SaUVCZ IC TOl ! DlCU ttOUS ccusjon peint, avec oes armes qui <^ùnt protiablement 1
"""t^.os't^uulli^-'ÎLii^^^-'irîîei" garde, voici l'incendie ! A l'aide, le (on est à bord! » Le
n^ 5 el 6 ; el la platiclie : Marine n" 2. -i ' • 1 ' i ' it l l • ■ 1 ' • *
leu s était déclare, en etiet . dans les cuismes . et deja tout le château d'avant était en flannnes. Le gréemenl flambait aussi, et les secours étaient impuissants. Les endjarcations de tous les navires accouraient, plutôt pour sauver la cour, l'équipage et les choses précieuses que pour sauver le Carraquon. Au bout de quelques heures, il ne restait plus, d'un magnifique vaisseau de huit cents tonneaux, qu'une carène à demi consumée, et, sur le rivage, les cadavres de quelques hommes tués par les boulets que lançaient les canons pendant que brûlaient les batteries.
La perte du Carraquon , pendant une fêle, la veille d'un couibat, fut la cause d'un grand deuil dans la flotte el à l'hôtel du roi; on en tira de mauvais présages pour l'avenir de la campagne navale qui commençait par un si cruel désastre; les augures furent heureusement démentis par l'événement. D'Annebaut battit les Anglais à l'île de Wight.
Sous Louis XII, la Charente eut, entre toutes les carraques de France, une renommée de force et de beauté, balancée à peine par celle que justifiait si bien la nef Marie-la-Cordelière, cette merveille des chantiers armoricains, donnée à la France par sa bonne reine Anne de Bretagne. « La Charenle, dit Jean d'Anton, qui l'avait vue dans la Méditerranée, « éloit aimée de douze cents hommes de guerre, sans les aides, de deux cents pièces « d'artillerie, desquelles il y avoit (piatorze h roues» (c'i'laieut les fortes jtiècesj « tii-ant « grosses pierres et boulets serpentins. » Elle était « avilaillée pour neuf mois et avoit « voile tant à gré » (elle était si bonne voilière), » qu'en mer n'étoient pirates ni écu- « meurs qui devant elle tinssent veut. »
"FK
Nef de t;i fin rlu tpiinzième siècle, çravre en IC-le de YÂrti df-l iS'avegar, par Pierre de Médine (1559).
A la fin du seizième siècle, les carraques de Portugal, faites pour le négoce, avaient dépassé de beaucoup en grandeur la Charente el le Carraquon de 1 345. « Ces carraques, » dit le père Fournier, jésuite, qui s'était adonné aux choses de la marine et avait vu beaucoup de navires , « sont ordinairement du port de (piiiize cents « à deux mille tonneaux , voire plus ; de sorte que « ce sont les plus grands vaisseaux du monde, ii ce « qu'on estime, et ne peuvent naviguer à moins de « dix brasses » (cinquante pieds) « d'eau... Ces gran- « des carraques ont quatre ponts ou étages, et en « chascun étage, un homme, tout grand soit-il, s'y « peut promener sans toucher de la tête au pont ou « tillac, voire s'en faut plus de deux pieds. La poupe « et la proue sont plus hautes que le tillac » (supérieur) « de plus de trois, voire quatre honnues, de « sorte qu'il semble que ce soient deux châteaux « élevés aux deux bouts; et y peut avoir trente-cinq ou quarante pièces de canon de « fonte verte... et leur canon est du poids de quatre à cinq mille livres. Le moindre « est de ti'ois mille. Outre cela , il ne laisse d'y avoir queKpies petites pièces connue « espoirs et pierriers qu'ils mettent dans les hunes.... Us ne vont que pour marchandises, « jamais pour la guerre.... Les hommes qui entrent en ces caira(]ucs sont au moins six « cents et au plus treize cents.... dont sept à huit cents soldats. »
Le Galion fut, dans l'origine, un vaisseau hybride, produit d'une fusion faite de la nef avec la grosse galère. C'était, h le bien prendre, une nef allongée et plus étroite du fond et des flancs qu'une nef ordinaiie. Quelques galions allaient à la rame, mais c'était le très-petit nombre. Les Vénitiens avaient un galion à rames, en 1 570, dans la flotte cpii alla cheichci- les Turcs devant l'île de Chypie. La poiqie du galion, à la dillt-rence de celle de la nef (jui ('tail plate, ('tait arrondie et avait deux lobes liéniisplieriques, séparés par l'élambot, fondement de l'arrière et support du gouvernail. Les galions ordinaires avaient deux ponts, les plus grands en avaient trois. Venise fit construire un galion d'une taille gigant('S(pie : il portait trois cents pièces d'artillerie de tous les calibres, et devait recevoir cin(| cents soldats, outre son (''(|uipagi' de matelots. Ce navire ne |)rii pas la mer. Lue leinpèlc l'assaillit sur la lagune, comme dans le port du Havre un afl'reux couji de veni assaillit la nef Franroisc qui < havira. L'eau entra par les saboids. le galion ih'chit sous l'edorl de la tourmente et ne |»ut se relever, parce que toute son artillerie passa du côté où il se <'ouchait. Ce galion. Irès-liaul sur leau. nélail probablement pas compK'tement lesté; les matelots de gai'de ('taieui iiop |mii nombreux [tour fermer assez vile les sabords, et l'artillerie, liès-lourde, n'elail pas fixée encore à la iruiraille du vaisseiui. I>e si'iial ('iirouva im vif (liagrin de la peile d<' son galion (pi'avail lait armer le patricien Alessaiidro IJoni, et (jue iJailolomeo di Campo, malgié l'ingéuiosilc'
Soienccc ci Ane. 2