‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 3)Chapitre 11 sur 68 · LI- 310 Y EN AGE · texte numérisé non relu

LI- 310 Y EN AGE

irou cl au sailli pruloclour de Venise, il s'était élancé à l'enlréc de la rnursie, frappant d'estoc et de taille avec la forniidal)le épée dont chaque coup abat (ait un adversaire, et après d'incrovables efforls, semblable à l'anee exlerminateur, et chassant devant lui la cohorle turque, saisie d'épouvante et nuitilée, il avait gagné l'éperon de sa gali're reconquise , et n'avait abaissé le glaive qu'après avoir purgé le navire chrétien des souillures des Infidèles. Sa retenue de poupe lavait suivi de loin , achevant ceux qu'il avait blessés, et qui navaienl pu échapper au tranchant de son arme redoulable en cherchant un périlleux refuge dans la mer.

L'histoire a gardé les noms des chevaliers composant la retenue de poupe de la Réale, à cette grande bataille où le vieux Sébastien montra lant de cœur et de force. Don Juan d'Autriche, au moment où sa galère investit par l'avant celle d'Ali, avait autour de lui don Bernardin de Cardenas, le comte de Priego, Rodrigue de Benavides, don Rodrigue de Mendoça Cerbellon, don Louis de Cardona, don Gil de Andrade. don Juan de Guzman, don Louis de Cordova, don Philippe de Heredia , Rui Diaz de Mendoça . et le brave Juan Velasquez del Coronado, chevalier de Saint- Jean, le capitaine choisi entre tant de nobles et de vaillants hommes pour commander le navire, qui , avec l'étendard bénit de la Ligue et celui du fils de Charles-Quint , avait à l'estenterol ce crucifix miraculeux qu'on avait vu, dans un incendie à Madrid , se tirer tout seul du feu , relique précieuse que don Juan emportait toujours avec lui.

11 a été question plus haut de places louées dans les navires par les passagers qnï allaient combattre à la croisade, ou qui se nnidaienl en pèlerinage pour baiser le tombeau du (Christ. La loi avait, au treizième siècle, déterminé l'espace qui pouvait être accordé à un homme. Selon les Statuts de Marseille , qui, en ce point, devaient être conformes à ceux de toutes les villes où se faisaient des embarquements pour la Terre Sainte ou pour

loannci, AiiJtr. Car V Phil.— He. Cal. Num. apud Bclgas Guli. cl ca[). t'Ciicral i51fi, (i'aprL'i la gravure <le C. Van Sii'Iieni. {Ca't. dra E$t., Itibl. roy. de PaTig.

ET LA RENAISSÂNCK.

le négoce, on devait à chaque passager une place large de deux palmes et demi, et longue de sept palmes, ou au moins six palmes et demi. Ce rectangle, dont le grand côté était de cinq pieds trois pouces, ou au moins de quatre pieds dix pouces six lignes, et le petit de vingt-doux pouces et demi, était assurément fort étroit. La loi ajoutait que les places seraient distribuées à bord de telle façon, que les pieds d'un passager fussent tournés vers la tète de son voisin, couïbinaison assez étrange. Au reste, il n'en était ainsi que sur les bâtiments qui, dans un petit espace, devaient recevoir beaucoup de pèlerins. Si la place était étroite, la loi voulait du moins qu'elle fût donnée en un lieu commode; elle prescrivait que le passager, sauf le temps enqjloyé au nettoiement du navire, jouît sans dérangement du poste qu'il avait nolisé. Le patron du vaisseau ne pouvait assigner à un pèlerin qui payait sa place un lieu où il n'aurait pas goûté librement le repos qu'il avait acheté. L'emplacement des antennes de rechange, la partie du pont et du château où se manœuvrait l'extrémité inférieure des antennes, la place des ancres et des câbles, et la cuisine, ne recevaient point de passagers payant un nolis, parce qu'ils y auraient été mal, et que d'ailleurs ils auraient empêché les matelots de remplir convenablement leur office.

A Marseille, et probablement à Gènes, à Venise et dans ions les autres ports, on avait établi des prud'hommes, que leurs fonctions investissaient d'un droit de surveillance sur tout ce qui était relatif aux passages outre mer. Ils étaient au nombre de trois, et leur tribunal bienveillant connaissait de tous les différends qui s'élevaient entre les passagers ou les pèlerins et les maîtres des nefs, sur l'interprétation du statut. Une de leurs obligations les plus rigoureuses était de mesurer soigneusemenl les eiiiplacouients disposés pour le logement des lionunes, et de pourvoir ii ce que chaque locataire eût sa place, et que tous fussent ('lablis le plus conunodémeat possible à bord. Us avaient également ins[)ection sur le pass.ige des chevaux , et veillaient à ce que les roncins et les destriers eussent bien la place que la coutume leui- allouait. Ils s'assuraient aussi que les écuries étaient sunisauunent aén-es poui' (pie les valets et les pauvres gens incapaliles de payer une place su|iéii('uie, et forcés de passer avec les chevaux pomi.rlim. dit le chap. 33), n'eussent pas trop ii souffrir de leur st'-jour dans ces rsluiih/cries.

Chaque cheval avait une place, large de trois palmes ou vingt-sept pouces; aussi tous les chevaux se louchaient-ils, soit qu'ils fussent de pied ferme, soit que, pendant le mauvais temps, ils fussent suspendus au moyen de sangles passées sous leur ventre. Plusieurs des naviics do la Hotte arméf i):ir saint Louis portèient l'i-noinic (iuanlit('' de cent cIk»vaux, cincpianle dans la cale et cinciuaulc sur la première couverte.

.\ Venise, les mariniers payaient (piehpielbis un nolis poui" leur place. Voici dans quelle circonstance. Le coucher sur le pont leur était dû. c'('lait tout naturel; mais on ne leui- devait pas davantage. Le coucher entraînait avec lui la jouissance d'un matelas, matelas fort mince, mais qui valait mieux encore qu un lit de cordages ou de vieilles voiles. Si ce meuble ne pesait |>as plus de se|it rnloli \\\ livres environ), le ])ati'ou n'avait pas le droit dCxigei- un nolis; s'il excédait ce poids, le matelas payait le nulis, non

LE MOYEN A(;i:

pas soulcnipul pour rexccclaut des sept rololi, mais pour son poids lolal. Si le matelas de quinze livres était mis, non sur le plancher, mais sur un lit, lit et matelas payaient leur place. C'était une sorte d'impôt somptuaire qu'on levait sur le nocher et le matelot assez riches pour se donner les douceurs dune couchette h fond de toile ou de sangle. La caisse, le cofl're, la cassette à mettre les harnois, les habits et le linge, étaient admis librement à bord. Tout marchand, marinier, homme d'armes, chevalier ou prêtre, avait droit, aux termes du Slalut vénitien de 12S3, d'avoir, sur le navire où il ('-tait embarqué, un petit cofl're, mais un seul. Le valet n'en pouvait pas avoir, à moins qu'il n'en payât le nolis.

Le marchand, nommé dans un article de loi h côté du chevalier, n'était sans doute pas l'c-gal du noble baron; mais son importance était grande sur le navire, où se passait la majeure partie de son existence, (juand le seigneur chevalier n'y était que pour peu de jours. Si le marchand avait une fortune assez considérable pour noliser seul une nef, une galère ou tout autre bâtiment de l'une de ces deux espèces, il était à peu près le maître à bord. Si plusieurs marchands avaient loué en commun un navire devant porter leurs marchandises, tous ou seulement quelques-uns d'entre eux s'embarquaient, et rien ne se faisait sans l'avis de la majorité, qui était toujours consultée par le maître du navire ou par le capitaine, loi'sque, dans le mauvais temps, il s'agissait de relâcher, et que, dans les pai'ages infestés par les corsaires, on pouvait craindre des surprises. Les marchands ordonnaient-ils d'entrer dans un port malgré l'avis du patron, celui-ci n'était plus responsable des événements qui pouvaient résulter de cette résolution. Le patron prenait-il sur lui de faire une chose dont les conséquences devenaient funestes, il était passible de peines sévères et tenu de tous les donunages envers les marchands. Le capitaine et son équipage se devaient au navire et aux marchands ; les défendre contre la tempête et l'ennemi était leur obligation, contractée sous la foi d'un serment, prêté la main sur 1 Evangile. I\Iariniers, nochers, jtilotes, patrons, tous devenaient soldats si un navire suspect apparaissait à lhoriz(m. 11 est vrai que le marchand lui-même se transformait alors en une sorte dhommes d'armes, et prenait })arl ;i faction comme un arbalétrier de profession.

Afin que les chances fussent meilleures pour le marchand et le navire, la coutume voulait (jue les nefs et navires à rames au-dessous d'une certaine grandeur, c'est-à-dire trop faibles pour opposer à un corsaire bien armé une résistance victorieuse, allassent toujours (le conserve, au moins deux à deux, s'ils ne pouvaient se réunir en un convoi plus noinbieux. Lorsqu'une nef forte et grande rencontrait h la mer un navire faible et qui j)()uvail craindre les attaques des robeurs ou écumeurs de mer, elle était obligée de lui donner le cap, si celui-ci le lui demandait; c'est-ii-dire qu'elle devait lui tendre un fort cordage qui le tînt à sa remonjue, de telle façon qu'une séparation fût impossible et que les deux navires se prêtassent un secours nmtuel. La nef qui refusait de rendre ce bon oflice était sévèrement punie pour une telle lâcheté.

C'est que les corsaires s'étaient rendus redoutables. Leurs navires étaient générale-

aient légers, rapides, montés par des hommes résolus et en grand nomltre, tandis que les navires du commerce, plus lourds, moins vifs, mais toujours passablement armés, avaient des équipages moins habitués à la guerre.

La galère fut essentiellement, pendant le Moyen Age, le navire de guerre, bien que la nef el ses variétés reçussent des machines à lancer des traits et d'autres armes, bien que très-souvent la galère elle-même fût bâtiment de transport et de négoce, i)arlant du Ibnd de l'Adriatique ou de la rive génoise pour aller en Flandre ou dans la mer Noire. Navire de commerce, la galère, comme les vaisseaux ronds qui portaient des marchandises, était sujette à de prudentes lois qui lui défendaient de se surcharger. Quand la galère ou la nef descendait du chantier, deux prud'houmies la jaugeaient, et. suivant sa capacité, lui imposaient sur le liane une marque qu'il lui était interdit d'inmierger. A Venise 1 125o\ cette marque était une croix peinte, gravée, ou faite de deux lames de lier; en Sardaigne (1319:. c'élait mi anneau peint; à Gènes (1340-1441), elle était triple et consistait en trois fers, soit clous, soit lames, qui s'appliquaient, suivant une certaine ligne, de chaque côté de la carène, au-dessous de la préceinte, el marquaient la tlottaison que le navire ne devait pas dépasser. Les marques devaient toujours restei- au-dessus de 1 eau et n'être pas mouillées lorsque la mer était <alme. La surcharge était punie, par les Vénitiens, d'une amende égale au double de la valeur estimée de la marchandise qui n'aurait pas dû être embarquée. Ce n'était pas la seule précaution qu'eût prise la loi du Moyen Age, beaucoup plus sage qu'on ne le croit : elle défendait ([u'on mît des marchandises sur le pont. Toutes devaient rester à couvert sous le tillac, qui ne pouvait porter que les agrès utiles à la manœuvre, les outils des charpentiers el calfals. les caisses contenant les armes de délèuse aux(iuellfs on recourait dans un besoin inopiné, les malles et coffres contenant les elTels des maichauds et des mariniers, enfin ceux des tomieaux :i eau dont l'arrangement sur un ou plusieurs points de la couverte ne nuisait pas il la liberté de la manœuvre. La sécuiité du navire et la conservation de la mai- <handise ('taient également intéressées à l'observation de ces règles lutélaires, qu'un patron n'enfieignait pas sans encourir de graves peines.

Autre chose encore. Toute espèce de marcliandise ne se niellait pas indilVérenmient dans tous les lieux du navire. Certaines chambres étaient réservées aux marchandises de pi'ix; les choses encond)ranles avaient une [>lace. les choses lourdes et d'un petit volume une autre. Garanlir de l'Imundilé les unes et les autres était le soin constant du |ialron. (pii ne devait louer son navire (|ue parfaileuient sec et calfaté. Si. faute d'un bon (allalage. les maiciiandis<'s. aimes et ellels de ( or|is des marcliands souillaient des avaries par riiilillialioii de I eau de la mer. le patron ou ceux ;i(|ui appartenait le navire étaient tenus d'indemniser les propriétaires des objets avariés.

l'oiir l;i nef. la galère ou loin aiilie navire à voiles ou ii rames. (|iie Ion arniait seulement <'n guerre, les précautions prises |iar la loi. cpianl :i la surcharge el au rangenieiii des objels einbartpK's. ('laieiil iimlili's. Le saliil de Ions voulail que le navire i'ùl bien joint et «L'stoupé», cl qu<' l'eau cpii pouvait rouiller les armes et gâter les vivres dans

Sciences ei Arto. MARWE , Fol. XUI.

la cale i\c siiUmduisîl point par la siirHicc de la can-ne; le bàlimenl de guerre était donc tenu d'être solideineiil calfaté. Connue il avait de rudes chocs à supporter, soit quil poussât son éperon au flanc d'un navire ennemi, soit qu'il reçût lui-même les coups de cette pointe acérée, il fallait qu'il fût fort et bien lié dans toutes ses parties. Mais il avait besoin d'être rapide, bon voilier, ou iin de rames et agile dans ses évolutions ; pour cela, il fallait que s(>s menibres, solides, ne fussent pas trop gros, que sa carène, bien faite, ne fût pas trop lourde, que sa fortification ne surchargeât pas sa partie innnergée.

Supposons la galère construite, et reportons-nous au treizième siècle ou au commencement du quatorzième. — L'ordre a été publié d'armer le navire, et le cartel d'annonce de son armement a convoqué deux cent cinquante hommes qui vont composer son équipage. Déjà tous les contrats sont passés; chaque marinier a prêté le serment d'être lidèle aux ol)ligations qu'il a consenties; chaque aibalétrier, comme le nocher et le matelot, a promis, la campagne commencée, de ne point abandonner le navire, de le défendre loyalement et d'obéir au capitaine, dont la bannière se montrera sur la poupe. On a procédé rapidement au gréement de la galère; ses deux mâts, un peu inclinés vers l'avant, ont été arborés et garnis de leurs cordages. Le plus grand de ces deux arbres est dressé près de la proue , à quarante pieds environ de la naissance de l'éperon; le plus petit surgit du navire, à quarante pieds ou à peu près du bord extérieur de l'arrière.

On a tout apporté h bord, armes, vivres, rames, ancres, cordes et fer. Les tronq>ettes ont parcouru la ville et le port, proclamant qu'à telle heure le capitaine se recueillera dans sa galère, et que les palomes qui la tiennent attachée aux pieux plantés sur la rive seront dénouées, pour la voile être donnée au vent.

L'heure est venue. Le capitaine monte h son bord, précédé des trompettes et suivi des genlilshonuuesqui seront ses compagnons de poupe au moment du condiat. Chacun est à son poste, silencieux et prêt :i répondre si le seigneur capitaine le questionne. Le comité, chef des rameurs el des mariniers qui manœuvrent les voiles , est armé et à la porte de la galère, où il attend celui qui va être le maître de tous et de tout. Le capitaine veut savoir si les choses sont prêtes comme il convient, si personne ne manque à la «montre» qu'il va faire. Il prend d'abord possession de la poupe , où est un fauteuil au dossier ogival , aux quatre pieds qui se façonnent en piliers , surmontés de chapiteaux feuilles et bizarrement ornés de masques étranges : c'est son siège, son trône; c'est de lii qu'il donnera ses ordi-es, qu'il veillera sur la galère jusqu'au moment où l'approche de l'ennemi le mettra debout armé de toutes pièces pour combattre, 11 s'asseoit et reçoit Ihonmiage de tous les ofliciers de la

Nivire tiré d'un Virp'ilc, manu.scril du !3e siècle, qui apparlienl à U bibIiolhèqne RicCArdi de Florence.— Au Moyen Age, el ju.-qii'à U fin du i7e siècle, on cinbarquail des IrompcKcs qui joiiaieiil pour les fêles el pendant les combals. Dans les leinps brumeux, ces IrompCtlcs servaient aux signaux. — Voir plus loin, fol. 16, le sceau de la ville de Douvres et pi. Marine n** 1 . le sceau no 1.

Marine. PL L

H. SOLTAU, DEL.

-I ET COTTARO, EXC

H"l. SceaudelaYi..__ .;„.;.:^^ TH (1 3' siècle). — N» 2. Sceau de la ville de SANDWICH {13« siècle). N» 3, Sceau de la ville de PCOLE (13« siècle). — N» 4. Sceau de la communauté de DAM (Pays-Bas) (13* siècle). — N" 5. Sceau de John HoUand, comte d'Huntingdon (14» siècle), — N° 6. Sceau d'Edouard, comte de Ruthland (Un du 14" siècle), D-APRÈs LES EMPliKiyTES APPAIiTUNANT A M. A. JAL

F, SERE, DIREXIT.

«galée». qui retournent aussitôt à leur poste, les luiit nochers se partageant l'avant et l'arrière , le chef des arbalétriers sur l'une des ailes du navire, le sous-comite sur la coursie à l'avant, le comité h l'entrée de la coursie à l'airière.

Avant de quitter sa cathedra, le capitaine admire le pavillon sous lequel il est assis. Les arceaux qui portent cette tente sont gracieusement courbés et délicatement ornés de nervures, de fleurons, de découpures légères; ils forment une sorte de voûte que recouvre une brillante tenture aux larges plis balayant la mer. L'or des broderies et des franges n'a point été épargné, lar le capitaine est un magnifique seigneur qui veut autant frapper par l'éclat du luxe de son navire que par la vigueur de ses attaques ou l'opiniâtreté de ses résistances. Une bannière armori(^e est déi»loyée à l'entrée du pavillon, près d'une colonnctte. support de la voûte ;i son extrémité antérieure; le vent en soulève avec peine réloffe. surchargée d'un écu dont les pièces sont brodées en saillie. Cette bannière est celle du noble homme d'armes qui conmiande la galère. D'autres enseignes flottent à l'arrière : celle du roi de France, de bleucendal fleurdelisé, et celle de a Monseigneur l'admirai de la mer.» A chaque attache d'une rame au bord du navire est planté un panoncel, au-dessus dune large aux armes du capitaine . connue mi petit étendard. Le vent agite tous ces [lanonceaux, et le bruit (pi'ils font en fouellanl lair est si grand , « qu'il scnd)le que foudie chéoit des cieux. » (.loinville. Description de la galère du comte de Japhe, )

Le capitaine commence aloi's la revue qu'il doit passer. Il s'assure, avant tout, (pie les rames sont en place et manic'es |)ar' des nageurs exercés et vigoureux. Le comitc lui fait remaniuer le premier rameur de cha(pie banc, celui cpii mène la nage, et qu'on désigne sous le nom de porlolat : celui-liiesl le plus considérable des trois rameurs du banc; et, comme il manœuvre la rame la plus lourde, il reçoit une paye plus considérable que le rameur de la seconde rame, et que le lercerol ou nageur de la troisième rame du banc. On essaye l'équipage des rames ; le comité tient ii prouver (ju'ila bien choisi ses hommes. Les trouqicltes sonut'ul, e( les ccnl vingt rames s'émeuvent à la fois : elles londu'nt et se relèvent en ( adcncc, a(( ('lérant ou ralentissant leiu' mouvement, selon (pie le rhylhme de l'air joué |tar les inslrumcnls les piesse , ou lein- domie le signal (fune vogue large et lente. On nage par tiers, en avanl, en arrière, d'un bord pour faire virer la galère, de l'autre bord pour la redresser: |)uis, cette épreuve conq)lète, toutes les rames se lèvent, et l'arlimon di-ploie au mât de l'avant la plus vaste surface de toile qu'une voile puisse livrer au souille du 5j;arbin ou du h'-bi-ehe; eu même lenq)s. an niât du milieu se hisse un velon (jui porte vers larriere I angle au(|uel est atlaeh('e son écoule, cordage au moyen duquel s'arrondit, sous lellort du venl . le iiiangle de cotonnine de Marseille ou de Gènes. Le limonier est au gouvernail, sus[)endu à droite sur le flanc de la galire, près de la poupe (voir planche Marine, n" 1 , les sceaux, n»' 1 cl 2); car la galère n'a pas l('s a deux goiivernanx » (.loinville, des grandes nefs et des galères anti(pies. Un seul limon lui siilïil . pourvu (pi'uii lioiiime exercé et vigilant maîlrise son action avec une barre énergi(jue el prudenle.

Poii|»é d'une galère antique, lîrce des pcinlures de Pompei ruciicillies psr \c musée Bourbon, de Naples.

LK MOYEN AGE

IVndaiil i[iK' la galrre «single» sous la responsahililé d'un nocher (lui coiiuuaude à la poupe el d'un piouliier qui veille à l'avanl , tout l'équipage revêt l'armure de

guerre, et chacun vient à son posle de combat. On amène et l'on serre promptemenl les deux voiles , et un tiers des rameurs reprend ses avirons, tandis (]u'une pallie du reste dresse le château du milieu, sur lequel s'iront placer des archers. Ce château doit occuper toute la largeur du navire , avoir environ vingt pieds de longueur, et s'élever assez pour que les rameurs tout armés puissent passer dessous eu marchant sur leurs bancs. (Marin Sanuto, liv. II, chap. G. ) L'édifice s'érige proinplement, suppoi'té par do forts piliers verticaux. Son plancher s'imit, et la rangée detarges larges et hautes qui doivent composer son rempart s'établit autour des batailloles dont est formée son enceinte. La galère s'arme à l'avant, à l'arrière et sur les côtés, en même temps qu'au milieu. In manganeau s'établit, el des pierres sont apportées au pied de cette machine à jet. A l'extrc'uiilé de chaque banc on monte une arltalélrière. afin que quarantedesarbalétriers fassent au navire une ceinture hérissée de traits, tandis que les dix autres se postent à la poupe et à la proue. Les pots à feu où l'on renfermera des matières inflammables qui se répandront sur le pont du bâtiment ennemi, les pierres à main qu'on fera pleuvoir du haut du château el des châlelets qui couronnent les mâts, les chausse-trapes, les vases remplis de savon liquide, les fioles pleines de chaux pilée. sont portés à tous les endroits de la galère oii les soldats les doivent trouver, piojecliles auxquels une galère sarrasine ajouterait des pots renqilis de serpents ou de scorpions venimeux.

Le capitaine, qui, lant qu'ont duré ces préparatifs, a visité sa chambre sous la couverte; le scandolar, un instant aujtaravant, renqtli des armures des mariniers, commises à la garde de deux écrivains; la chambre de dépense où sont deux autres écrivains prêts h distribuer les vivres à l'équipage; la clKunbre des agrès, enfin celle où le Itarbier pansera ceux des matelots (pii auront été «navrés et férus» pendant rengagement . a trouvé lout dans le meilleur état, el a reparu sur la coursie. où son page l'attendait pour lui donner le casque au beau cimier dont il va parer sa tète. L'inspection des matelots, devenus hommes d'armes en quelques minutes, conunence et se poursuit avec une sage lenteur. Le capitaine examine si chaque homme a bien, avec une cuirasse, unegorgièrc ou collerette de fer, des gantelets de plate ou de baleine, un casque ou une capeline de fer. un arc, un caïquois, un bouclier à la catalane, (pie recouuuandent également la solidité et la légèreté, une épéc et un couteau ou glaive court. Il regarde avec attention chaque pièce de l'arunn-e pour se convaincre de sa bonté. Il fait exécutera chaque homme un siundacre de combat pour savoir où sont les habiles. Il veut que chaciue arbah-ti-ier essaye ses deux aibalètes. celle (pu lance les traits les plus gros et s ap[)uie sur une arbalétiière; celle. |)lus h'gère. qui sert aux débaicpiements et dans

une mêlée, où une arme lourde serait incommode. 11 s'assure que, de res arbalètes garnies de leurs noix et de leurs étriers , l'arc est en bois dif et la corde en chanvre ienielle. Quant aux armes conmiunes à tous et appartenant h la galère, comme son!

les longues lances, les vouges.

serpes ou croissants emmanchés et servant :i couper le gréement du navire quon aborde, les lances à crocs avec lesquelles on sapproche de l'ennemi , les demi-piques, les carreaux, les flèches, les tours pour monter les grosses arbalètes , les espingardes qui lancent des traits appelés petites mouches ou mousquets, les casques ou bassinets de rechange, les cottes gamboist'-es. ou pourpoints de cuir ouates de colon et de bourre, le capitaine les prend au hasard . et rejette celles qui lui sendjient de mauvaise qualité ou mal lal)ri- (jnées. 11 revient ensuite vers son pavillon, où sont ranges les (piatre trompettes du bord : leiix-ci jouent une fanfare guerrii're :

puis, avec la flûte, les nacaires (lu tindjales, le tambourin et la buccine , ils exéculeni des airs joyeux au moiiuiil où le //«Hrrn/, la grande flannne de guerre, monte au sommet du mât de l'avant. d('ployant avec majest('' sa longue fourche «de ccndal vei-meil». (|ui sci'pente en lair et brille <()MMMe Ic'clair.

Tout étant <lans le |>his bel ordre, la galère revient au port, où elle s'amarre, et le capitaine. av<'c son escorte, (juilte le bord dans sa baripie de [laliscahne.

Pendant le .Moyen Age. et à celle (''|)oque brillante de la renaissance des aris où tous les grands actes de la vie des peuples, dans les n''publi(pies ilaliiMuies. ('taient des occasions de l'êtes s[»lendidi'S . rarnieinent des galères était oïdinairemenl le signal de ponqu'uses n'-jouissances. Venise surtout . Venise, la cité de marbre et d'or, pour qui l'éclat des solennitc's était une passion (pie n'alfaiblissaieiit point les idées d ordre et d'économie enlantées |)ar l'amour et la praticjne dn n(''goce ; Venise déployait alors toutes les ressources de son luxe immense. Son faste éclatait partout et juscjue dans les processions, anxipielies assistaient les Conseils, la Seigneniie. le Doge, et (jue siiivaienl les

Soldit irmr d'une vou^c ; Arbulidricr moulant ton arhalôlc .ivcc un tour à dmtx manirellcs, H'apréi Ici iniiM.iliires di* • /.« Jouteucl introduit aux armtê,» ci Aa Crontquf^ df Froiêtart. M^miscr. 6852 e( 8321, Bibl. roy. de l'aris.

LK MOYEN AGE

(orrais ualc-rions . lihros et arnit's do Iiachcs, les esclaves rameurs enchaînes et velus

Soldat de galère. Esclave rameur. Forçat libre.

Tiré! Derjti llabil, Anilclu, tic, da Cesarc Vecellio, dit Tilicn. — In-12, Venise, 1590.

de leurs robes rouges , les soldats fiers et pieux , qui allaient bientôt chercher le combat et soutenir l'honneur du Lion de Saint-!Marc. Le Patriarche, le clergé des paroisses, après avoir béni les armes el les étendards, promenaient leau sainte autour de la (lapitane ; el puis, la flotte battant de ses rames innombrables les eaux bouillonnantes de la lagune, quittait la rive des Esclavons et gagnait les portes de l'Adriatique, quelquelois précédée du Bucentaure, monté par le Duc elle Sénat, toujours accompagnée pai- «es essaims légers de gondoles, Péates, Fisolares, Vipares, barques de toutes les formes et de tous les noms, cpii volaient jour et nuit sur les mille canaux de la ville amphibie. On vient de voir les mariniers de la galère du treizième siècle bâtir vers le milieu du navire un château pour l'attaque et la délense, caslrum recommandé par Marin Sanuto Torsello. Ce n'est pas au ti'eizième siècle que cette fortilication fut imagint'o : trois cents ans auparavant, l'empereur Léon constatait que l'usage était de faire, sur les diomons, des

rhàleaux analogues, donl le mal était le centre, et qui s'établissaient à égale distance, à

Gondole fcnilivnne, tirée de la grande iirocession du Doge, s Venise ; pi. in-rnl,, alliilnue ii J<>sl Ammoii, puliliùt! k Fraiicrori en l!i9'.

^ fOKflJ^'^^y. peu pn's. du i)ont et du sonnnet du mât. Une uu-daille que j'ai vue ii Venise, et qui «onsacre peul-(''lie lcsf)uvenir de la défense des lai^unes, par les st)ins du doge Pieliu Candiano I", conlie les incursions des pirates de Narente, en 887, montre unesélande iiiunie d un château érigé

Vô*

l'Ua •§>

JI0.1..111, ,.o„rr.,,p»icria,i^ «» nuHeu (lu iiMviiv. C'était là un souvenir de lanlicpiilé. qui asseyait

tente dci Naronlint , *ou< ■ . . i** /''«i* ■»-

(les tours et des remparts sur les grandes tnrenies. (>egece, liv. i\.

le drifTil de Pirrre Candiano l". On T lil : ■ l'elruê f'andtanuêduxChri.tnitiœ jiorliê ennêtiturrf ftett.»

l.€ rc»eri |ii>rle cci doin nioif.mSecHritaêrrnrtiin >

cliap. i l.

Les vaisseaux innds elaienl aussi |i()urvus d(^ cliàleaux : on en eon-

striiisail un à l'avaul i-l un aulio ;i lariicre. Dans les petits navires, ces constructions étaient des plates-formes, ceintes d'un leniparl crénelé et montées sur des piliers (V. cidessous le sceau de la ville de Douvres ; et planche : Marine n" 1 , les sceaux n"* 1,2, 3 et -i); dans les grands, les châteaux étaient des étages surajoutés h la jioupe et à la proue V. nirme planche, les n'"' 5 et 6): une hretèche avec des créneaux entourait le navire. De toutes les nels, on [)ouvait dire ce que Guillaume Guiart disait îles nefs françaises :

A rliascuii bout enchaslelées.

El de tous costés crénelées.

On pouvait dire, comme lauteur du Roman de Blanchandin, qu'elles étaient

A bretesclies et i chusteaux.

Des manganeaux , des pierriers et d'autres machines à lancer des pierres el des carreaux, étaient placés sur les châteaux et les barbacanes. Il y avait un engin terrible dont le sire Jehan de Beuil. amiral de France en 1439, parle dans son livre du Jouvencel inlroduit aux armes, engin que Marin Torsello recommandait au commencement du quatorzième siècle, et que. mille ans auparavant, avait décrit Vegetius Renalus, en lui donnant le nom à'asser : c'était luie poutre, ^pointue et ferrée des deux bouts, que l'on montait ;i

la tète d'un mât, et qui, balancée comme un bélier, allait frapper le navire ennemi, et lui faire de larges et profondes blessures. Les grandes nefs portaient cette poutre suspendue. Quelques - unes avaient un mouton d'un grand poids : tombant du haut du mât, il écrasait ce qu'il atteignait, et coulait bas les petits navires.

Ce n'était pas seulement les extrémités et les côtés des vaisseaux qui étaient iortifiés et brett'chés; sur les mâts on établissait des chàtelets, continuateurs du carchesion, que les Grecs et les Latins avaient fixé au sommet de la mâture . et que nous montrent le basrelief de ïhèbesetle bas-relief nauli(iue apporté de Khorsabad. Ces chàtelets étaient carrés ou ronds, fixes ou mobiles, garnis de créneaux ou de boucliers: ils entouraient la tète du mât ou se hissaient sur l'avant de cet arbre. Des archers, des jeteurs de pieires. de chaux pulvc-risée ou de savon mou. étaient dans ces chàtelets

Sceau de la vi\lc de Douvres (iô*^ siéclel. A ).i lèle du mil du naviiv qui figure sur ce monument, on ?oit uu cliâlolel crénelé, liissé ,iu-dcs>us de la verjrue, comme on les voit dans les *ceaux nos t, 2, 3 cl 4, planche Marine n- 1. Je ferai remariiuer ipie par un oulili du praveiir qui exécuta le sceau dj Douvres, le ^onvernail, qui clait rce'ieineul à droite clans le poiucon, se trouve à ;,'auclie suv le relief donné par la cire I.'auleur du sceau de Diinwich qu'on Irouvcra plus loin, et ccirx des sceaux n*" 1 et 2 do la planclie Marine n" 1, ne toinlièrent pas dans cette faute d'atleiitioii.

pendant le roniltat ; pendant la navigation, c'était le poste des «espies ». chargés de veiller et d'avertir ;i ra[iproche d'un danger quelconque. Le chàlelet prit , vers le seizième siècle, le nom de cage ou gabie, à bord des navires de la Méditerranée. 11 y avait déjà longtemps que dans les marines du Noi'd il avait pris le nom islandais de hune.

L'introduction de l'artillerie h poudre sur les vaisseaux ronds et longs du Moyen Âge n'en modilia pas sensiblement la construction. On renforça sans doute un peu les menil)res, les ponts et leurs soutiens, afin que les elforls des pièces pendant le tir ne produisissent pas de trop grands ébranlements dans la charpente; on ouvrit quelques portes ou canonnières sur les côtés, à la poupe et dans les murailles pleines de la nef et des autres navires de la même famille, après avoir établi, sur les châteaux et la bretèche, des canons légers, en petit nombre. Le matériel qui servait à terre fut employé sur les bâtiments de guerre, et longtemps l'afiïit à grandes roues resta laiVùl marin. Un statut de 1441 nous fait connaître qu'à Gènes la nef et la coque du port de vingt mille cantares. ou quinze cents tonneaux, devaient porter huit bombardes, deux cents pierres ou boulets de pierre pour ces pièces, et trois barils de poudre. La nef et la coque de quatre ii cinq mille cantai'es. ou de six cents à sept cent cinquante tonneaux, n'avaient qu'une bi)ud)arde, tiente boulets et trente livres de poudre. Cette bombarde pouvait être du «alibre de trois (pumd celles de la nef de cpiinze cents tonneaux étaient de (juatre et demie.

Les armes nouvelles remplacèrent lentement les anciennes. Longleuq)S celles-ci restèrent en usage, parce que les essais furent timides , et que. d'ailleurs, les habitudes prises ne se perdent pas vite , surtout lorsqu'à des machines avec lesquelles on est familier, doivent succéder des insli'umenls d'un usage dangereux d'abord pour ceux qui s'en servent, à peu près autant que poui' ceux contre (pii l'on s'en sert. Les canons imparfaits, la poudre peu connue et elVrayante. les boulets assez grossièrement tailles dans la pierre et le marbre, causèrent dans l'origine une terreur que chaque accident venait accroître. C'était tenter Dieu que de remplacer les manganeaux et les pierriers, dont plusieurs siècles avaient appi'is le bon usage et les effets certains, par des tubes qu'une poussièic noire faisait tonner et éclater: invention (|ue le diable, sous la robe iluu nioiiic. avait l'aile sans doute ]iour le u)allieur du uionde! D'ailleurs, ajoulaieiu les jilus philosophes, ceux (pii n'attribuaient ii feuler ni la poudre ni la bombarde, avec les nouveaux engins (]ue deviendra le courage personnel?...

Lorsqu'on voil. au uiiluni du ipiinzième siècle, une seule bonibarde sui- un navire de s(|ii rciii (iu(|u;mle tonneaux, et huit sur une nef de quinze cents; lorsqu'on voit que. poui' un arniciuenl de (piatre mois. — car c'est la durée ordinaiie des armements pendant le Moyeu Age. — chafiue pièce n'avait (pie vingt-cin(| ou trente boulets ;i lanier. on reeonnaîl (pie I arlilleiie ;i |i(iii(lre eut de la |teine à faire oublier l'autre. Dans les inventaires des navires de 1441. ii cnle des bombardes on voit ligiii'er encore les grosses arbalelesii idin. les arbalètes ii rouets, les virelons. les danls. les laïKcs longues et les armures coiM|»leles pour les maiinieis. Ou eu elait encore, a c ctleepcxpie, ii peu près au jioiiil où elail arrivée I anillerie ipiaiid se livra le coiiibal de Chioggia (137!) .où les Vi'iii-

Soiences et Arw. MARINE , Fol. XVII.

lions s'ôlaienl armés contre los Gi'-nois. lours redoutables rivaux, de grosses bombardes, cylindres courts et dun assez grand diamètre, laits de lames de fer soudées, et recouvertes d'une robe de douves, en bois, jointes par de fortes ligatures en fer et en cordes.

Bombardes, tiriea des Mss. 8321 et 6832 de la Bil.l. roialo <li' Paris

Quelques-unes éclatèrent au premier coup, dautres résistèrent un peu plus longtemps; Mtw sui'vécul il ses sœurs. KUe est h l'arsenal de Venise, oii elle marque le premier pas fait dans l'art de lancer des balles avec un tube de fer, et du salpêtre qui se mêle au charbon.

11 fallut un siècle environ pour que l'artillerie navale prit une certaine importance

et que Brantôme pût dire d'un galion appartenant au grand-duc de Toscane. Cosnie I'''"de

Médicis : « 11 y avoit dedans plus de deux cents pièces d'artillerie. Je l'ay veu comparable

«à celui deMaltbe. que j'ai veu aussi très-beau, certes, grand et très-bien équipé. »

En 1560, c'est-h-ilire à peu près au temps où nous reporte Brantôme, voici, selon Gi-

rolamo Cataneo. artilleur célèbre . en quoi consistait l'armement d'une grosse nef ou

d'un galion armé : « A. la proue, sur le pont d'en haut, deux canons de cinquante ou

« deux coulevrines ; de chaque côté, quatre canons de cinquante ou de quarante; et,

" vers la poupe, un pierrier de cent de chaque bord. Sous le pont , trois canons de

« vingt de chaque côté; au gouvernail , en retraite , deux canons ou deux coulevrines

« de cinquante. Sur le premier pont (le pont inférieur), de chaque côté du gouvernail.

« une bombarde de rempart lançant des boîtes ou lanternes remplies de fragments de

« pierres et de silex. De chaque côté de ces bombardes . deux canons de cinquante.

« En avant de la chambre, deux canons de vingt. Sur le pont d'en haut, outre les huit

« pièces déjà nommées, trois fauconneaux de six, de cluupie bord, et un saci-e de douze.

« Sous le château d'arrière, deux canons de vingt de chaque côté et une denii-coule-

'i vrine. Dans la galerie extérieure, de chaque côté un mousquet h boîte. Sur le chà-

« teau d'arrière, quatre ou cinq fauconneaux de trois, de chaque côté, avec deux sacres,

« un dans chaque coin, et to\il autour autant de mousquets d'une livre qu'on en pourra

" mettre. Sur le couronnement du château, en arrière, quatre mousquets. Au premier " étage (lu château d'avant, deux faucons de six, un de chaque côié; dans hi galerie, :< deux mousquets à hoîtes; aux deux étages supérieurs, même artillerie. Dans la grande « hune, quatre mousquets, et deux dans la hune du niât d'avant. Enfin, dans la cham- « bre du capitaine, h la poupe, quatre mousquets ou deux fauconneaux de trois. » Cet armement de soixante-dix-huit bouches à feu, grosses ou petites, était bien loin de celui du galion cité par Brantôme; mais enfin il était assez respectable.

Dans les grosses galères v(''nitiennes, le même Calaneo niellait à la proue un canon de cinquante au milieu de quatre coulevrines , dont deux battaient, comme le canon, dans le sens de la longueur de la quille , et les deux autres un peu obliquement h droite et il gauche. Sur les côtés de la proue, deux fauconneaux de trois. Au-dessus du gros canon, un passe-volant de seize monté sur des fourchettes. A l'arrière, près du tabernacle où s'asseyait le capitaine, un pierrier court de trente de chaque côté ou deux canons de vingt. Dans la galerie de poupe, un faucon de six; à la cuisine, un sacre de douze sur fourchettes. Sur la poupe, un sacre de douze sur un alTùt sans roues; enfin, deux aspics de douze pour les saints, et, au besoin, pour le combat. Les galères ordinaires, qu'on appelait Subtiles, pour les distinguer des aulres qui. i)lus louides et moins étroites . prenaient le nom de Bâtardes, recevaient, selon GiambattislaColondjina (1011), treize bouches il feu, dont le canon de coursie (jui ballait dans la direction de l'éperon était de cinquante. Les autres pièces étaient quatre faucons de six et de trois, et huit pierriers de quatorze et de douze.

Armés d'abord d'un éperon de fer, el plus lard de trois ou de cinq bouches ii feu4)attant de front, les navires ii rames du Moyen Age el ceux du seizième sii'cle venaient au conibal i-ii présentant toujours la proue ii l'ennemi ; aussi, l'ordre de bataille était-il généralement une ligne de front , droite ou courbe, formée par les navires rangés l'un à côté de l'autre, l'éperon en avant. Les anciens avaient eu plusieurs ordres pour leurs bàtjifiients rostres : l'ordre de front, l'ordre de coin, oîi l'arniée se rangeait sur deux lignes obli(jues se rejoignant dans un angle saillant plus ou moins aigu; l'ordre angulairi' rentrant. o|)pos('' ii celuici: l'ordie circulaire, où tous les navires, rangt's en rond, marihaient dans une direction (pi<'lcon(|ue. jusqu'au moment où . poiu' opposer une résistance vigoureuse ii l'ennemi qui les entomait, ils touillaient tous la poupe au ceutre du cercle et le front ii l'assaillaiil : l'oidic sui' plusieurs lignes iiaralldes; enfin l'oidic en demi-lune. C'est cedernici' (|ii(' |ii'ati(|u:i siirloul le Moyen .\ge.

A Li''paiit('. lariiK'e chn-iicnne comliatlil en uik; demi-lune peu courbée . partagée en quatre roips d armci' : la balaillc ou le ( riitre. deux ailes ou cornes, le corps de réserve. Devant chaipie corps com|iosaiil la ligne seiui-circulaiic. maichèrenl. pour engager le combat, six galc'-asses allant deux ii deux. Ces galéasses. i|ui asaienl cent soixante pieds environ de longueur, vingt-sept pieds de largeur «l mir i|niu/aiiii' i\f pieds de hauteur au-dessus de l'eau , liiciil , a\ec leur puissante aililleiie . nn très-grand mal ii la tlolle tunpie. Avant «pie Tijukcmo lîressan eùl imagine, vers l.'j.'jO, ces galères géantes, on

LE MOYKN ÂGE

plaçait sur lo front des galères ordinaires un certain nombre de vaisseaux ronds, rangés en une ligne droite, et destinés à supiJorler le premier clioc. Quelquefois, outre cette avant-garde de bâtiments h voiles, on plaçait des nefs sur les ailes, les plus fortes du

fialer*; vue par la jouo de tribord (p. 90, OEuvre de Breu;;el ; Bibl. rov ilc, Calmiet des Estampes^

côté où l'on prévoyait que la mêlée pouvait devenir plus terrible. Quant aux petits navires, ils tenaient une ligne en arrière de l'armée, prêts :i voler au secours des galères ti'op menacées.

-Au onzième siècle, à la bataille de Durazzo. les nefs vénitiennes, se voyant pressées par la flotte de Robert Guiscard, et ne pouvant rejoindre la terre parce que le vent tombait, se rangèrent en une ligne de front, et se lièrent ensemble, laissant entre elles un intervalle, pour que, par ces créneaux, sortissent et rentrassent librement les petits bâtiments U'gers et à rames (jui devaient aller inquiéter l'ennemi. (Anna Comnène.) Get

ordre de bataille de i)ied ferme, comme je pourrais l'appeler, était une tradition antique: Scipion l'avait employé. Il avait rangé sur quatre files parallèles ses navires de charge, les joignant l'un à l'autre, dans chaque rang, au moyen de ])onts faits avec les mâts et les antennes , et liant les fdes par de forts cordages, de manière à faire un tout que les galères et les navires à voiles ne pussent point entamer. (Tite-Live, liv. xxx, chap. 10.)

Quand l'artillerie se fut un peu largement développée, les Hottes de nefs s'habituèrent à présenter le côté aux galères, parce que. mieux armées sur les flancs qu'à la proue, les nefs pouvaient faire plus de mal aux bâtiments à rames. Ce ne fut cependant pas cet ordre qu'adopta l'amiral d'Annebaut, le 19 juillet 1545, devant l'île deWiglil. Il til de son armée de nefs, de carraques et de gahons, trois escadres; se plaça au centre du corps de bataille, composé de trente navires, sur une ligne de front ; mit h la corne droite le seigneur de Boutières avec trente-six bâtiments à voiles, et à la corne gauche, avec les mêmes foi-ces, le baron de Curton. Ses galères, qui ne figuraient dans la flotte que comme auxiliaires, furent mises à l'avant-garde , chargées de harceler l'ennemi et de l'attirer dans la ligne redoutable des vaisseaux ronds.

Après avoii" dit la grandeur des navires du .Moyen Age, leurs nombreuses variétés, la loi de leurs proportions, leur armement, leur manière de se présenter au combat; après avoir montré comment étaient logés les passagers, et quelles précautions les statuts imposaient aux cajjilaines dans lintérèt des houuues et des marchandises, parlons du luxe des bâtiments pendant cette longue série d'années qui sépare rantiipiité du dix-seplii-mt» siècle. Mais, auparavant, un mol sur la navigation.

Longtemps elle chercha le rivage, non pas cependant avec une timidité si grande, que la terre lèrme et les îles, cachc-es derrière l'hoiizon. restassent tout à fait S(''|)ai'ées par la nier. Les comnnmicalious ('laienl fréquentes; Ihabitude avait, dès lanliiiuilé , «trace'' des routes toujours suivies depuis.» La connaissance des vents périodiques, Tobservalion des marées, la marche du soleil, ('taienl la base du savoir des pilotes, qui, la nuit, se guidaient avec la lune, la « transmontaigne et les autres estoilles seplentiionnalles. » que « la gentilletc' rusti(jue » nommait « le grand curre, et le petit. » [La Tlioi/zon d'or, ms., bib. <!(' l'Arsenal. La grande l'I la petite Ourse, ou comme les apiulaieul les gens de la campagne, le grand et le petit (Chariot, avaient elé pour les pilotes piu-niciens un moyen de connaître leur position h la mer, connue ils l'étaient |)our les navigateurs du Moyen Age. Au treizième siècle , le champ s'ouvre plus grand. L'aiguille Irottiv d'aimant et enfermée dans un fétu (ju'on abandonne à lui-même sui' l'eau d'un vase suspendu. iii(li(pi(' jour et nuit le nonl. L'auteur d'une chanson sur la « Ircsmoulaine ^^ dit (jue « li luaiiniers

Savent pnr li Inuli' l.i voie. »

Il ajouii- i\w :

>< Son repaire lèvent à iDiitr Qiinnil li tnns n'n ilc rlnrli' gmilo. »

Et . ce ropôrc 'reperire, irouver) de l'étoile polaire, cet endroit où elle est cachée, ils le connaissent par « une aiguille de fer atisée :i la pierre d'aimant ,

(t Car (lous quel part la pointe vise l.a tresmontaigne est là sans iloute. »

La navigation s'enhardit alors; le vaisseau quitte la terre sans crainte, il sait qu'il

pourra la retrouver. Alors commencent les grandes navigations que la boussole perfectionnée , l'Astrolabe , l'Arbalète ou bâton de Jacob, et d'autres instruments maniés par l'astrologue du l)ord , rendent sûres d'elles-mêmes. On va aux Açores, aux Canaries, à la côte de Guinée, aux grandes Indes ; on va h la terre que Colomb découvre et (pie nounue Améric Vespuce.

Cependant le Moyen Age est à la fois téméraire et prudent. Des marchands cupides voyagent dans la saison des tempêtes: ils brisent leurs navires, perdent leur cargaison, et périssent souvent dans leurs entreprises défendues. La loi interdit la navigation peiidanl l'hiver; mais on lirave la loi . (jui se renouvelle sans cesse, loujours sévère et toujours violée. Au quatrième siècle, des magislrats, tuteurs des mariniers que la soif du gain rend intrépides au détriment de leur fortune et de leur vie , ferment la mer, depuis le troisième jour des ides de novembre jusqu'au sixième jour des ides de mars. (Végèce, chap. xxxix, liv. 4.) Au treizième siècle , la mer s'ouvre avec avril et se ferme avec octobre. ( Francesco Barberino.) Au seizième siècle, on ne peut revenir à Venise de Constantinople, d'Alexandrie ou de la côte de Syrie, du 1 5 novembre au 20 janvier. (Loi du 8 juin 15G9.) On en revient cependant, et l'on paye 1,S00 ducats d'amende. Mais qu'importe si la cargaison vaut cent fois davantage?

En coimiiençant celte ra[)id(' escpiisse d'un tableau de la marine au Moyen Age, j'ai dit (jue rarcliilccture navale et rarchiteclure civile se suivirent toujours de près; que le même goût imposa au navire et à la maison leurs décorations et le style de leurs ornements. In luxe ([lie ne pouvaient admettre l'hôlel, le logis, lecaslel, construits en niarljie ou en pierre, fut particulier au vaisseau. Je veux parler de la peintun; extérieure. La n(''cessité de préserver le bois de la pourriture, ou seidement des intempéries de l'air, jiorta les charpentiers de ranti(]uilé à couvrir toute la surface du navire d'une couche de

rcaii .le la ville de Duimicli (13e >icdc]. Le luvire qiu ligure sur re iiionumeiU e-l muni à l'avant el à l'itrriére de cllàleaux crénelés sur lesquels Huilent (les ôleiulards. A la lèle de son mi'it, il porte un cliâtelet garni de ereneauj el surmonté de la bannière d'AnpIetcrre, aux trois lions ou léopards. Au-dessus de la vergue, on voit h gauclie la lune ela droite le soleil, « rep.iireS du navigaige. " A l'arrière . on rein.irtjne le gouvernail, place au côté droit, d'où le nom de «tribord el (ritord fut donne, dans les marines du Nord, à ce eûté {iford). qui était, au Moyen Age, relui du eouvernail {Styr). V. pl.inehe Marine n. 1 , Sceaux n. 1 cl 2.

■/,iu,\ ,'r,r " lA RrNAISSANCF.

,'iARINE,PUbis.

A Mav'T licl

Clirnmolitli Leiriercicr,

U.? D^n-MRÏVIIIROI L; , . i^50)

D'après I J.Holbem. existanten h:

Kellcrtioven lu'

résine ou de poix. Ce fut bientôt trop peu pour la satisfaction des yeux. Une couleur prc'parée avec de la cire vint se superposer ii la poix conservatrice. La céruse, le minium et le vermillon firent de brillantes robes aux bâtiments de luxe. Les pirates et les navires explorateurs, pour n'être pas aperçus, se couvrirent d'une couleur verte semblable à celle des eaux de la mer. L'or se mêla h la pourpre dans le revêtement des navires de quelques ricbes, des préteurs et des courtisanes. Le ciseau des statuaires babiles ne dédaigna pas lornement des proues et des poupes auxquelles ne sullisait pas l'éclat des plus belles couleurs.

Sur ce point encore le Moyen Âge garda la tradition antique. Le caprice des maîtres des navires et la mode varièrent les peintures. J'ai mentionné un dromon sarrasin peint en vert d'un côté, et de l'autre en jaune; c'était h la fin du douzième siècle. Avant 1242. Gènes peignait ses navires en vert : à cette époque, pour aller combattre les Pisans, elle les revêtit de blanc, semant de croix vermeilles leurs robes candides. Croix de gueule sur fond d'argent, c'était f écu de « monsieur saint Georges. » Le rouge fut, au seizième siècle, la couleur généralement adoptée; quelquefois le blanc ou le noir s'y mêla en rinceaux, en lignes variées, en zigzags capricieux; quelquefois le fond devint noir, les ornements gardant seuls l'éclat du vermillon. Le noir, couleur de deuil, n'attrista que rarement les vaisseaux. En 1525, quand François I", pris à la bataille de Pavie. fui conduit à Barcelone, les six galèi'es françaises qui portèrent le roi captif et sa suite reçurent une peinture noire, du sommet des mâts h la flottaison. Les voiles, les bannières, les flammes, les lendelets, les rames, tout affecta cette sond)re couleui-, dont les chevaliers de Saint-Elienne voilèrent les brillantes peintures de leur capilane, qui ne devait recouvrer la magnificence de sa décoration que le jour où l'ordre aurait repris aux Turcs une caiiilanede Pise. perdue dans un combat, glorieux dailleuis pour elle.

L'aiui(piiié avait eu des voiles de pourpre et d'or; le Moyen Age eut des voiles dor et de pourpre, I.,es voiles, les flammes, les bannières de la nef qui conduisit, en 1 520, d'Angleterre à Ardres, le roi Henri VIII, étaient dorées. (Voir la planche coloriée jointe à ce iliapilre.) Ornements, emblèmes, devises, sujets allt'goiiipies figurèrent ordinairement sur les voiles des nefs seigneuriales, qui ne nKUKjuaienI ])as d'y faiie peindre l'écu de leurs armes. Des raies allernalives, des carreaux de c()ul<'urs vaiices couvraieni les tissus (II- lin ou de chanvre qui ne pouvaient se charger de nobles blasons. Limage d'un saini. un ( iiu ilix , la (igure proleclrice de la Vierge, une prière favorite, un mot sacramentel, un signe cabalisrujue fait pour écarter du navire les malignes influences et les regards des méchants esprits, tels étaient les objets que monlraient les voiles des niar- «liands el des i)èelieurs. Les voiles noii'cs avaient vU' adopli'es pour le deuil dès les temps anti(pies; Catulle en l(''m<»igne. Lauteur du Humaii de Tristan et Villani nous ap|trenncnt <|u"au Irnizième siè'cle il en était encore de même. Les galères cpii alli-rent porter à Manfr<'d la nouxellc de la mort de son fi'ère Conrad (1254) avaient des voiles, des flannnes et des gréemenis noirs.

Ou faisait les signaux, en partie, au moyen des voiles: les enseignes servaient aussi à

LE MOYIiN AGE

cet usaye. l'n soûl ('(cndard siilTisail (rordinairc :i la signification tle loiis les ordres: suivanl la place où il était arhorc, il avait un sens particulier. In, deux ou trois fanaux iciui»lacaient, pendant la nuit, l'étendard dont la nuit efl'açait les couleurs. Le taffetas, la

Vjuseau ;i..M' |Mi \ Krchcr, en 1591 , d'j| ^^ i 1 li u , fil.ucn lliljl. n.ïjle, UaLiiiiel ilcf E.l,im|..--, ii.l. \-(;-U, M. 112

toile légère, le salin, étaient les étoffes dont on faisait les bannières, étendards, ilannues et pennonceaux. Toutes ces enseignes. ^)u du moins presque toutes, étaient aux armes <1 un roi, d'un amiral, d'une ville, d'un capitaine. Carrées, triangulaires, fourchues, elles avaient des valeurs diverses et des places différentes dans la parure du navire. Les galèiTs . outre les Ilannues hissées aux sonniiels des mâts, altaché'cs aux nahies et aux ex-

irémités des antennes, avaient des étendards à la proue et ii la poupe, et. h chaque rame, un petit pennon. Le luxe consistait à avoir ces garnitures llotlantes en taiïetas avec des glands et des franges en soie et en or. Le duc dOrléans , celui qui fut Louis XII, devant aller commander l'armée de la mer que le roi de France dressait h Gènes, en 1494, on lii faire par « Jehan Pielles, tailleur des habillements del'escurie du roi, un grand estandarl appelé une Flambe » (flamme) de taffetas jaune et rouge, long de cinquante aunes et fendu de trente, « h connuencer par le bout d'en bas», pour « celui estandart attachei- ii vne grande lance qui » devait « estre mise et plantée au hault de la hune » de la nef où il allait s'embarquer. On fit un étendard moyen, fendu, de quinze aunes de long, pour « faire signes à autres nefs et navires de l'armée pour reculer, approucher, arrester ou aller en avant. » On fit aussi un pennon carré. Ces trois enseignes, aux couleurs du duc, portaient sur chaque face « vng ymaige de Nostre-Dame » dans une nue d'argent, près de laquelle était un porc-épic, devise que garda le roi Louis XII. ainsi (pie les couleurs jaune et rouge. Le conqite de Jehan Perrisson (1304 , Arch. du Roy.) nous apprend que le « porcespy » et les images de la Vierge avaient été peints sur le taffetas par Jehan Bourdiclion « peintre dudil seigneur le Roy » pour « la somme de quatre cent quarante-huit livres tournois. »

J'ai nonuné plus haut le Bancent. C'était un étendard — on reconnaît sous la forme de ce nom celle du Bcaitséant, bannière célibre des chevaliers du Temple; — c'était un étendard levé pour les guerres d'extermination. « Celés banères, dit un document de 1292, signifient mort sans remède et mortelle guerre en tous les lieus où mariniers sont. » Les baucents étaient de taffetas rouge, larges de deux aunes et longs de trente. Les baucents des trois grandes nefs et des tleux galères que le roi Philippe le Bel avait fait armer pour allei" secourir le roi d'Ecosse contre Fdouard 1" étaient « hatus ;i or. b L'étendard que -Marco Antonio Coloima arbora sur sa galère capitane lorsqu'il partil pourFamagouste en 1370, noble enseigne qu'il reçut des mains du cardinal Colonna, qui l'avait béni après avoir célébré la messe du Saint-Esprit , ('-tait de damas cramoisi, et portait sur ses deux faces un Christ en croix, adoré par les apôtres saint Pierre et saint Paul. Sous celle broderie était écrite la devise du Labarum : fn hoc sitjno rinces. La ligue chrélienne eut, en 1371, son étendard, que reçut, le 1 V aoùl, ;i Napies. et dans l'i'glise de Sainte-Claire, don Juan d'.\utri< lie, à tpii le cardinal de (Jianvelle le remit avec le bâton du suprême conunandcment. Celte bannière carrée était, comme celle de Colonna . de damas ouvré ciamoisi, frangé d'or. On y avait brodé un crucifix, au-dessous duquel figuraient les armes du pape, du roi catholicpie et de Venise, réunies par une chaîne, emblème de l'union des Irois puissances. Les armes de don Juan d.Vulriche lirillaienl au-dessous de ce groupe d écussous. Le jour où cet elendard lut déployé :i 1 eslanlerol de la galère réale, Ali, capilan-pacha de St-lim II, dt'ploya un sandjac à deux pointes, d'une ()l(»n'e rouge bordée de jaune, chargé', au milieu, d un ( imelerre l\ deux lames ou de <leux ciniclerres croisés, lue invocation ;i Dieu el ;i son prophète surmonlait le sabre; elle ('lait ('crite en ( ai aelei'es arabes faits d un galon jaune. Venise, parmi ses trophées, a

Sciences el Aru. MARINE. Fol. XXI.

ronsorvô dans son arsenal celte bannière, qui ne s'abaissa qu'après la mort dWli, lue pondant 1 abordage de sa capitane par la réale des chrétiens.

Les Normands n" avaient pas eu moins de passion pour les bannières brillantes, que les peuples de la Méditerranée. Leurs navires se couvraient de ces insignes, quand ils allaient ;i une expédition guerrière, quand ils célébraient une de leurs victoires de pirates. Benoît de Sainle-Maure , nous montrant les nefs de Rollon qui remontent à Meulan, dit :

Maint enseigne, maint penuncd E maint cscu d'or e vermeil

I resplent contre le soleil !

Set ccnz enseignes de colours Parut es nefs sus es châteaux.

Les riches peintures, les ornements capricieux, les arabesques fantastiques, les bannit'res d'étofles précieuses, les voiles peintes, les targes chargées d'armoiries et rangées autour des navires et des chàtelets, furent, pendant tout le Moyen Age, les décorations extérieures des galères et des nefs. Mais voici la Renaissance qui renouvelle le goût et enchérit tout ;i la fois sur l'Antiquité, dont elle s'inspire, et sur le treizième siècle, qu'elle veut faire ouijlier. Une galère est alors une sorte de bijou qu'on livre au génie d'un sculpteur, comme on donne un morceau de fer ou d'or à Benvenuto Cellini. Le temps des allégories subtiles est venu pour le tailleur de bois, qui va orner une poupe, comme pour le peintre et le poëte. L'antique mythologie est restaurée, et ouvre une voie nouvelle à l'art. Toute décoration de navire devient emblématique; tout y est allusions, surprises délicates, imaginations rafiînées. Philippe II, pour son frère, h qui, eu 13G8, il conlie le commandement de sa flotte, fait construiie une galère ; il ordonne à quelque savant homme d'iuq^oser aux peintres et aux sculpteurs un programme pour l'ornenient de ce navire, et l'ingénieux poëte fait représenter sur l'arrière, au-dessus du gouveinail, l'histoire de Jason et de la nef Argo, parce que don Juan est chevalier de l'ordre de la Toison d'Or, et que l'expédition contre les IMorisques ne sera pas moins dangereuse et difiicile que celle des Argonautes !

Quatre statues partagent cette représentation peinte : la Prudence, tenant d'une main une courte épée, et de l'autre une couleuvre; la Tempérance, qui porte deux coupes vides; la Force, armée de pied en cap, et serrant une colonne entre ses bras; enfin, la .lustico, ayant une grande épée et une balance. Dans une frise se groiq»enl des anges, car 1(! retour aux idées païennes n'a point fait oublier ce tpi'on doit à la religion : ils poitenl les symboles des Vertus théologales. D'un côté de la poupe, on voit Mars vengeur, Mercure l'éloquent, Prométhée et le vautour, Ulysse se bouchant les oreilles pour échapper aux séductions des sirènes; de l'autre côté, Pallas, Alexandre le Grand, Argus et Diane. Entre ces figures sont des tableaux dont chacun contient une leçon morale adressée au jeune amiral, ou un éloge délicat du prince, de son frère, de Charles-Quint.

■op

Page 1