‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 3)Chapitre 13 sur 68 · A. JAL · texte numérisé non relu

A. JAL

Hietoriograiilte île la Marine.

Et. Dolet. De re Navall liber Lugd., Seb. Gryphius, 1337, in-4.

Lazabe Haif. Tractatus de re Xavali. Parisiis, Hob. Sleplianus, 1")49, in-i.

Marc. Meibouius. De fabrica triremium. Amst., 1671, in-4.

Le p. de Languedoc. Dissertation sur les trirèmes ou vaisseaux de guerre des Anciens. Paris, 1721, in-12.

CcUe dissertation a été refntee par Barras île la Penne dans deui opuscules : Re:narqttes 9tir la dissertation... Marseille, 172^, iii-S, et Lettre critique... Ibid., 1727, in Toi.

Dav. Lehoy. I^a Marine des anciens peuples expliquée. Paris, Mol, iu-8, lig.

— Les navires des Amiens. Paris, 1783, iu-8, ftg.

— Nouvelles rccbcrebcs sur les vaisseaux longs des Anciens, sur les voiles latines, etc. Paris, 1780, iii-8.

— Des navires employés par les Anciens et de l'usage qu'on en pourrait faire dans la Marine. Paris, au X, in-8.

A. Fil. Desi.andes. Essai sur la Marine des Anciens, et parliculiéreineiil sur leurs vaisseaux de guerre. Paris, 1708, 111-12, lig.

J. B. IloNDELET. .Mémoire sur la Marine des Anciens et sur les navires à plusieurs rangs de rames. Parts, 1820, in-i, ftg.

JdHN llowEi.t,. An essay on tlie war-gallevs of ihc Ancients. Edinburijh, l«2(i, gr. in-8.

A. Jai.. Arcbéulogic navale. Paris, l'irmin Didul, 1839, 2 vol. gr. in-8, lig.

Aubin. Diclioniiaire de Marine, conlen. les termes de la nntigalion il de l'arcbitecture navale. Amsl., 1702, in-i, (ig.

Soutenl réitn|irirae.

Savehien. Dictionnaire historique, tliéoriqiie et pratique de la .Marine. Paris, I7.")X, 2 vol. in-12.

W. |•"Al.r.fl^^ER. An uuivcrsal dictionarjr of llie .Marine. London, 1709, in -l.

Souvent re)fn|iriiiié; l'cdil. de iHlTt contient dei addition! de \\'i\. Burney.

J. II. Riienix;. Allgemeines WŒrtrrburh ilcr Marine in «lien Eiirop. sprarlien. Hambourg, I793-',I8, i vol. in-i, dont un de pi.

Ce dicttonntirc polij^lotle eil prérédè d'un iperfti général de toui lei ou«r«)ief impnniAi ou ntAouicnte i]ui eiutent lur l'art nautiane, dopuit l'an M»4.

ViAi. 1)1 Ci.AiBiiiiis et ItiDNDEAi;. Encyclopédie mélliodiquc. .Marine. Paris, 178.3-87, 4 vol. in-i, avec atlas gr. in-i.

JoHX CiiARNOCK. Ilislorv of marine arcbilertnr<>, including an enlargcil nnd progressive «icw of llic nantirai régulations and naval liislory of ail nations, cspecially (ireat-Uritain. I.ondon, 18(10-2, 3 vol. in-i, lig.

J. M. Pardessus. Collection de lois maritimes antérieures au xviii" siècle. Paris, impr. roxj., 1828-4.'5, C vul. in-i.

Libro del Consolai e orilinacions sobre les segiiretats nieritimes e morcamiuols en la ciudad de Barclieiinna. — .1 la fin : Foncli fola la |)resent crida per mi .4iilhoni .Stiaila corredor île la ciudal a très de juny any Li8l... Sans lieu ni date, in-fol. golli.

Première édition dn tcitc original eatalan de cet onvrâ^e célèbre, souvent reim|primé et traduit dans toutes les langues. On le trouïC aussi dans le recueil de lois maritimes, pulilié par M. Pardessus.

— Le livre du Consulat, contenant les lois et ordonnances louchant la négociiition tnaritiiiip, tant eiilre tnnrcliaiuls cjue patrons de navires cl autres mariniers, Irad. de l'esp. et de l'ilnl. on franc., par Fr. Mayssoni. Avignon et Aix, 1377, p. in-f(il.

— Cniisulat de la mer, dit paiidertcs ilti Droit commercial et inarilime, Irad. du calai, en fiaïa. , par P. It. Bouclier Paris, 1808,2 vol. iii-8.

JiL. I'errettis. Liber de jute et re Navali. Veneliis, l.')79, in-i.

(F. Ct.KtRAC.) Us et, coutumes de la mer, divisés eti Irois parties, liiiurdeaux, 10-47, in-i.

Groult. Discours sur le Droit maritime ancien, moderne, français, étranger, civil tt militaire. Paris, impr. rotj., 178(i, iti-S. — .\dililiniis cl rorrecliniis qu'on peut faire au Discours de M. Groult. Ibid., id., 1780, iti-8.

Labartiie. Essai sur Pctude de la législation de la Marine tant ancienne que moderne. Paris, 179(!, iii-8.

(LoD. DA MOSTO?) Porlcdano. Quesla e una opéra iiecessariaatutli li naviganli rliivauo in diverse parte del inondo.

— Impresso... in VcneJia per Itcrnardinu Hizo da Suvaria, ii'M, p. in-i, goth.

l'.'est le plus ancien Portulan imprime que l'on connaisse. Il a été souvent réimprime au seiiième siècle.

Pierre Garcie. Grant routier et pilotage et enseignement pour ancrer tant es port/;, liavre, ipic autres lieux de la mer, fairl par Pierre Garcie, ilit Fenaiide..., avec iing kaletidrier et composl Iresiiecessaire à lotis roinpaignons , il les jugeinens d'Olermi toiicliaiit le fait des navires, lioiten. Jean Bruges (|.'i2U), in-i, goth., lig, en buis.

Heimprimé plilsieur* foiii.

Le Routier de la mer jusquos an fleuve de Jourdain...

— A ta fin : t'y liiiissiiit lis jugeimiis île la mer, di s nriz, des mnistres, des miiriniers , des iiian liaiis cl de tout leur csire, avocques le Koitlier. Imprimé à Ituurn par Jacriuts te Forestier (vers l.'i20), p. in-8 de 29 f., goth.

IIartii. Crescentio. Naulica mcditerranea. noma,lG07, in-i, lig.

LE iMOYEN AGE ET LA RENAISSANCE.

Feanc. Babberino. Documenli cli amore. Roma , IC-iO, in-i, lig.

Djhj ces poeâics du Ireitièmc siècle, publiées par Fred. Ubaldini, te Ooeumento iX, êotto Prud^nsi. c^t enliorcment consacre aux pericoU di mare, cl il enseigne corn» si ponno in parte achifare.

Pedro DE Medixa. Arte de navegar. Cordova , lo-io, in-fol.

— L'Arl lie naviguer de Pierre de Mediiie... , trad. de castillan en l'rantois... par Nie. de Nicolay. Lyon, Guill. lioviile, 1335, in-fol., lig.

Souvent réimprime.

— Le même , trad. par Jean de Seville , dit le Snucy. La Rochelle, 1618, in-4.

Michel Coignet. Iiistrucliori de l'art de naviguer , composée en langue Ihioise. Anvers, 1381 , iu-i , fig.

.\ndrez de Peça. Hydrogralîa o arte de la navcgacion. liilbao, 1583, in-4.

Rodrigo Çamoraxo. Compendi» dell' arte de naveger. Sevilla, 13S8, in-i, fig.

Paxtero Pantera. LWrmata reale. Roma, ICI i, in-i.

WiLiEBR. Sneluis. Tiptiys Lataviis uive histiodromica de navium cursibus et de re Navali. Lugd.-Balav., Elzevir, 1024, p. in-4.

Jac. a Saa. Libr. m de Navigalione. Parisiis , 1349, in-4.

Cl.. Bartu. MoRisoT. Orbis inarilimi sive rerum in mari et littoribus gestarum generalis bisloria. Divione, 1045 , in-fol., (ig.

(J. LoKE.) Histoire de la Navigation, son ciimincncement, sesprogrès. ses découvertes, jusi|u'.Vpréseiit ; trail. de Tangl. Paris, 1722, 2 vol. in-12.

(De Pertues.) Histoire du commerce et de la Navigation des peuples anciens et modernes. Amsi. et Paris , 1738, 2 vol. in-12.

(De Boismele et de Richebourg.) Histoire générale de la Marine, ronlen. son origine chez tous les peuples du monde, ses progrès, son état actuel et les expéditions maritimes anciennes et modernes. Paris, 174-1-38, 5 vol. iii-4.

On trouve à la liu fiti discours sur rarcbiteclure navale ancienne et moderne.

(Domairon.) Recueil histor. et chronol. des faits mémorables pour servir à Tbisloire générale de la Marine et à celle des découvertes, ['aris, 1777, 2 vol. in-12.

BoLVET DE Cresse. Histoire de la Marine de tous les peuples, depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours. Paris, 1824, 2 vol. iu-8.

Eigëxe Si!E. Histoire delà Marine militaire de tous les peuples, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Paris , 1841, in -8.

Th. Riviis. Historia; Navalis mediœ lihri Ires. Londini.

B. Capefigi E. Essai sur les invasions maritimes des Normands dans les Gaules. Paris, impr. rny., 1825, in-8.

G. B. Depping. Histoire des expéditions maritimes des Normanils et de leur élahlissement en France au dixième siècle. Paris, 182(;, 2 vol. in-8.

(Séb. Mamerot.) Les passaiges d'oultremer faictz par les Françoys. Paris , Mich. Lenoir, 1318, in-4, lig. en bois.

FoxcET DE LA Grave. Hist. générale des descentes faites tant en .\ngleterre qu'en France, depuis Jules César, jusqu'à nos jours; avec des notes histor , polit, el crit. Paris, an VII, 2 vol. in-8, fig.

Le P. Daniel. Hist. de la milice françoise et des changements qui s'y sont faits depuis l'établissement de la monarchie frantjoise dans les Gaules .. .1ms/., 1724, 2 vol. in-4 ,

Le quart du sccoud volume est consacré .i l'Iiistoire de la Marine frau- Vaise au Moyen Age.

PoxcET DE LA Grave. Précis histor. de la Marine royale de France depuis l'origine de la monarchie. Paris, 1780, 2 part, in-12.

L. M. Bajot. Revue de la Marine française depuis son origine jusqu'à nos jouis. Paris, an ix, in-8.

11 est iinilile de citer les autres liistuires de la Marine française, par Turpin, DoïServ, C.lias^criau, etc., car la période ou Moven Age n'y occupe que fort peu de place.

A. Jal. Mémoire sur quelques documents génois relatifs aux deux croisades de saint Louis. Paris, imp. roy., 1842, in-8.

— Documents inédits sur l'histoire de la Marine au seizième siècle, Paris, imp. roy., 1842, in-8.

— Marie-la-Cordelière (seizième siècle). Étude pour une Histoire de la Marine française. Paris, imp. roy., 18i4 , in-8.

Thom. Lediard. Hist. navale d'Angleterre, depuis la conquête des Normands en lOOG jusqu'à la fin de 1754, trad. de l'angl. (par de Puisieux). Lyon, 1731, 5 vol. in-4.

FoR-MALEONi. Saggio suUa Nautica antiqua de' V'eneziani. Venezia. 1785, in-8, cartes.

Cel essai, traduit en français p.ar le cbevalier d'Hcnin , parut à Venise la mi}me année.

Giov. Pietr. Coxtarim. Historia délie cose successi dal principio délia gucrra mossa di Selim Ottomane àVenctiani, ilno al di délia grau giornata vittoriosa contra Turchi. Venetia, 1(143, in-4.

Le baron de Putmaurin. Notice histor. sur la Piraterie , exiraite de plusieurs auteurs. Paris, 1819, in-8 de 24 p.

Siu. Stratico. Blbliografia dij Marina. Milano , 1825, in-4.

Pour faire suite au VocaboK di Slarini in trs tingue, du même auteur.

(Bajot, xVngliviel et Solvet.) Catalogue général des livres composant les bibliothèques du département de la Marine et des colonies. Paris, imp. roy., 1858-45, 3 vol. in-8.

C'est le catalogue qui comprend le plus grand luiinbre d'ouvrages relatifs .i la Marine et à tout ce qui s'y rattaclie. Il faut encore citer les Catalogues des livres de Colbert, d'Estrêes, de FIcurieu, etc.

cau€>it(g0.

rganes et déposiUiiies de la pensée humaine, les Langues, par leurs variations, retracent la destinée du peuple : instruments de pro- [ grès durant leurs premiers âges, elles réut'/l nissent les hommes, elles les aident à s'entendre; plus tard, elles les eonduiseni à l'antagonisme [)ar la discussion, et, par la contiadidion, à l'isolement. Car l'heure de décadence sonne pour les idiomes, coumie pour loin ce qui participe à la vie mortelle; un temps arrive où le n(''ologisme les rend diffus, où la subtilité les (•orrom|>l , où r(''<|uivo(pie les décompose; et. (juand un langage ariive ii empêcher (jue l'on ne se comprenne, les éh-ments sociaux sont bien près de se dissoudre. La légende de Habel symbolise les destins des Langues.

Belltt-Letlm. ^ANGUKS Pol. I.

Les ponsours do notre pays ont li'op négligé l'étude j)hilosophiqiie des fastes du langage. CepeiidaJit les preuves morales de l'histoire sont là : le résumé des annales du [)euple ne peut être extrait d'une source plus vive. L'histoire des mots contient celle des idées, et, pour les philosophes, l'histoire des idées, c'est l'histoire.

Ce qu'il y a d'assuré, c'est que les phases diverses des Langues , retracées par les monuments littéraires, indiquent seules la date juste, les causes intimes et les principes cachés des révolutions successives qui l'ont passer les sociétés de l'enfance à la virilité, et de la décadence à la dispersion.

Ces secousses, les idiomes les ressentent, ils les racontent, et peut-être, dans une certaine limite, contribuent- ils h les prophétiser. Il est, à cet égard, nombre d'observations générales, tellement construites pour qui a daigné approfondir l'histoire comparée des Langues, que les résultats en paraissent immuables et sincères, comme le sont les axiomes.

Ainsi , une langue qui s'épure signale toujours un peuple qui prend possession de l'unité politique; car une langue en progrès coïncide inévitablement avec une période sociale ascendante. — Une langue polie qui se maintient en équilibre annonce une civilisation (jui va déchoir. — Ln idiome qui s'enrichit tout à coup, prélude, par la confusion du sens, i» la division des esprits et à la décomposition des institutions. — Un idiome arrivé à nuancer les finesses de la pensée ou du sentiment jusqu'à perfection, dénote un peuple que la corruption énerve. — L'irruption des mots étrangers dans un langage marque l'heure où l'esprit de nationalité s'alTaiblit. — Une langue fixée est l'épitaphe d'une société; mais ce calme éternel est précédé d'un mouvement désordoinié : — lorsqu'un langage, se dénaturant soudain, se diapré d'images, se couvre de fleurs ou d'arabesques fantasques, et se plonge avec une ardeur fébrile dans les enivrements de la couleur, la nation en proie à ce délire poétiquement sensuel aspire à descendre de l'activité à la rêverie, et de la volonté à la mollesse , conmie elle descend, |)ar rapport au goût, de l'idée à la sensation. Ainsi furent pronostiquées tour à tour, |)ar les éciivains de l'antiquilc' défaillante, la déchéance des Grecs et la fin de la grandeur romaine.

Le vif intérêt qui recommande ce genre d'études est suffisamment pressenti ; la pensée qui jtour nous les dirige, l'esprit qui les éclaire sont indiqués d'un trait rapide : entrons en matière, et précisons les conditions (pii ont présidé à la naissance des Langues actuelles de l'Europe occidentale , et en particulier du français.

GÉNÉAI.OGIE DES IDIOMES MODEKÎSES. — l'ÉKIODE DU MOYE.N AGE.

Tous les idiomes |)euvent se diviser en deux grandes catégories : les Langues sijnlhctiques ou iranspositives , et les Langues directes ou anah/tùpies ; cdles-ci , d'ordinaire, dérivent des autres et leur succèdent. Ainsi se sont passées les choses dans la famille

indu- germanique, et particulièrement dans la grande branche pélasgique, dont notre langage est l'un des nombreux rameaux.

Construites avec une précision en quelque sorte mathématique , concises , élégantes et sonores , parce que les flexions y jouent des rôles marqués , les Langues synthétiques sont les plus parfaites, celles, par conséquent, dont l'usage exige le plus d'étude et de savoir. De là provient quelles durent peu ; car le mouvement les décompose au lieu de les fortifier; le fini qui les distingue les fixe de bonne heure, et toute langue fixée est une langue morte. De tels instruments ne conviennent qu'à de petits États et pendant \m espace de temps assez court.

Tel fut le sort des deux principaux langages synthétiques de la famille indienne, c'està-dire du sanskrit et ilu latin. L'un et l'autre furent dévorés rapidement jjar les dialectes (jui foisonnèrent autour d'eux, sous l'influence de la nécessité et de l'ignorance naturelle des peuples, incapables de s'élever à l't'rudilion requise pour employer un instrument si délicat , et qui peid toute clarté dès que l'on s'en sert mal.

L'un et l'autre de ces langages passèrent donc de bonne heure à l'état de monuments, de Langues hiéialiques ; l'un cl l'autie furent consacrés aux mystères des dogmes et conservés par les prêtres : le premier au pied de l'Himalaya , qui l'avait vu naitre; le second <lans la ville de César et de saint Pierre. Le latin y devint la sauvegarde de Punité de l'Église : Nirgile, Horace et Cicéron avaient travaillé pour saint Jc-rôme.

La principale cause de la décomposition du latin, à l'aurore du Moyen Age, fut l'accroissement immense de l'Empire. Comment réunir tant de peuples divers sous le joug rigouieux des cinq d(''clinaisons, des conjugaisons, des verbes actifs et |)assifs; comment leur inculquer les désinences des personnes de chaque mode, de chaque temps, ainsi que les cas oblicpies des subsUmtifs , etc. , etc. , notions compliquées, en l'absence desquelles les constructions inverses deviennent iiiiiUelligibles et les idiomes synthc'tiques impraticables !

Ces diflicultés pratiques sont si impérieuses, (jii'au leiiips même de la grandeur romaine, elles limitaient leinpire de la i»ure latinilc' aux |»ortes de la capitale. Le domaine de la langue grecque, moins syntliéti(jue, était bien plus étendu, de l'aveu de Cicéron, qui dit: o Gi'aca legunliir in omnibus genlibus , laliiia suis finibus exignis sanè conlinenlur. » Il s'étiiblit donc de bonne heure, au sein même de l'Italie, des dialectes rusti(iues ou jialois, deux fois grelfcs sur la souche indo-eiu-opc-eniie, et tardivement ent('-s sur les débris des antiipies dialectes apportés jadis de l'Asie-Mineure. et que le latin n'avait j.unais couiplétemeiit (h'-iacinés au fond des campagnes.

Ce qui s'est |)ass('' en Italie, de l'aveu de Quintilien, d'Isidore. d'Aulu-tieile el (!.• tant d'autres, eut lieu à plus forte raison dans les contrées lointaines, dans les pays de conquête. Telle est l'origine des idi(»mes inqnopreinenl a|ipel<''s ncoldlins, tous formés dans des conditions analdgues et à des ep(ti|ues itieii [)lus retidees quOn ne l'a cru. En elfet, la date de la ( onipiête assigne, à peu de gi-nt-ratious près, l'âge de lidiome de cha(jiie pays colonisi'-. .\iusi se S(»nl accomplies ces rénovations linguisti-

ques, en Italie, chez les Valaques, ch«^z les Catalans, les Provençaux , les Portugais et les Français. La raison indique que ces idiomes ont tous procédé d'une même cause. Le besoin , qui les a procréés , les a tous faits analytiques et directs , en dehors de toute pensée d'érudition. Ils prolestaient contre le despotisme syntaxique de la latinité , tout en gardant les radicaux des mots dont les flexions étaient rejetées comme douteuses, et auxquelles ils substituaient des désinences corrélatives aux hal^itudes ou aux instincts naturels des différents pays. Puis, pour suppléer à ces flexions absentes, pour indiquer les sujets, les régimes, les personnes des verbes, etc., on immobilisa les i-adicaux et l'on multiplia l'emploi des pronoms, assimilés bientôt aux articles, des prépositions, rognées en particules conjonctives, et des deux verbes élre, avoir, transl'ormés tour à tour en auxiliaires, puis en verbes substantifs, chargés de tout le mécanisme de l'action.

Ces innovations anéantirent les constructions transpositives, et substituèrent, dans la structure du style, l'analyse à la synthèse, la nature à l'art, l'ordre direct à l'ordre inverse; en un mot, elles substituèrent un système à un autre , un principe à son coniraire : pour tout dire, ces formations rustiques constituèrent des idiomes anli-lalins par l'ensemble de leur mécanisme, et romains ou romans, comme on les a nommés, (|uant à la lexicologie. Et même ce vocabulaire des patois du Bas-Empire ne participe guère moins du grec et du sanskrit que de la latinité même. On est à même d'en juger, ]juisqu'ils se sont perpétués jusqu'à nous.

Abandonnons les diverses branches de ce grand tronc, pour nous attacher plus spécialement à celle qui sert d'organe à la pensée française. L'analyse d'une de ces Langues jumelles les fera connaître toutes, et celle-ci est la plus intéressante, non-seulement pour nous, mais encore pour les peuples voisins. C'est d'ailleurs la seule dont on ait, jusqu'à nos jours, négligé d'édaircir l'origine et de définir les caractères.

On nous pardonnera donc d'insister un peu, trop peu sans doute encore, sur ces ('poques de formation : ce qui concerne les temps postérieurs a été rebattu à satiété, (|uoique sans méthode, et c'est pour s'être mal entendu sur les premiers âges du français, que l'on a très-confusément expliqué le travail des siècles plus récents.

Le français, à nos yeux, c'est le langage ou la série de langages mi-partis de plusieurs dialectes latins, qui furent apportés dans les Gaules, entre le Hhône, la Loire, l'Escaut, la Meuse et la Sambre, par les armées, par les colons de l'Italie romaine, et que l'on a parlés d'une manière continue, dans ces contrées, depuis seize siècles. Si l'on conteste que rcHément de cet idiome soit arrivé dans les Gaules avec les conquérants mêmes, il devient impossible d'assigner une date intermédiaire et une cause déterminante à la formation d'un langage essentiellement distinct du latin , attendu (ju'il en est séparé par toute la distance que l'on signale entre une langue transpositive et une langue analytique.

CoHe ()uestion a éti- virluellenienl (ranchée parles philologues du Nord et de l'Italie même, au profil di's autres dialectes, tels que l'italien, le provençal, le catalan, le

valaque, etc. Or, le parallélisme de ces formations est incontestable. Depuis l'ère lointaine des décompositions rustiques, les mots se sont altérés, les mots ont varié; mais le principe est demeuré hors d'atteinte.

Devant cette doctrine, que nous avons développée et justifiée par des preuves dans un ouvrage spt'cial, V Histoire des Révolutions du langage en France; devant cotte doctrine essentielle, tombe le préjugé qui liiit naître le français vers le milieu du onzième ou du douzième siècle : théorie qui se réduisait à une simple assertion peu discut^ible.

En effet , un peuple ne saui'ait renoncer soudainement à son langage pour en inventer un autre. Cependant, voici le français qui s'aviserait tout h coup de prendre un corps, des formes arrêtées, et d'éclore, au onzième siècle, de la décomposition du latin, vers l'an 1050, je suppose

S'il en est ainsi, dites-nous quelle langue on parlait en l'an 1040 ou en l'an 1000? Avouez qu'à la rigueur le parler de l'an 1000 est apte à recevoir le même nom que celui de 1050. Cette concession faite, comment qualifierez-vous l'idiome usuel de 950, et de l'an 900, et de 800, et de 700, etc. ? Car, aussi longtemps que vous ne m'arrêterez point par l'opposition d'une grande migration , d'un événement propre à renouveler le fond des populations, je remonterai le cours non interrompu des âges; et quand viendra l'endroit où, posant un doigt fatidique, vous me montrerez que le français cesse de commencer là, sans que je le voie naître, à cette place, d'un principe au moins spécieux et d'une cause acceptable, je me récrierai : — Quoi ! l'on parle français sous ce millésime, et l'année précédente on parlait... Mais que parlait-on ?

Nous remonterions ainsi jusqu'aux invasions des Francs, des Burgondes, etc., }>eu importe; car le français n'est point un dialecte latino -germanique. Les Maures n'eurent pas le temps d'attenter non plus au langage national, qui n'offre aucune connexion avec les idiomes sémitiques. Enfin , le français ne présente que bien peu d'analogie avec les dialectes celtiques qui ne se sont point mêlés; Tacite et saint Grégoire ont i-cconnu cette vérité», que nous sommes encore à même de constater au fond de notre Hictagne.

Le français n'est point une langue hybi-ide; c'est une variété essentiellement latine, née, par consécjuent, à l'époque où des peuples illettrés, cédant ii l'empire df la nécessité, ont eu recours aux instincts de la nature pour suppléer aux finesses d'ini ail supé-ricur à h-urs intelligences. Or, la nature, isoh'O dans ses propres forces, n'duil riioDinie il reni|)loi des Langues analytiques et directes : » Directe, dit Cicéron, sicul mit ara ipsa tuterit. »

Observons en passant, à l'honneur des traditions religieuses qui attiiltueiil ii Dieu même la création des Langues, que, tandis que toutes les sciences humaines allaient se perfectionnant et s'élevant d'âge en âge, les idiomes .se succédaient dans un ordic inverse, c'est-à-dire en |H()j,'i'ossion descendante. Li's Langues primitives ont n'-alise l:i |M'rfectioii de l'ail, 1 iili al de la raison, et les civilisations les plus nillinées se voient réduites à des idiomes illogi(pies et dégénérés.

LE MOYEiN AGE

Revenons à la langue Iranvaise, el pénétrons, à l'aide des monuments, dans la péliotle historique, c'est-ii-dire éclairée par des ouvrages écrits.

Ils n'ont apparu que fort tard, ce qui explique l'illusion des anciens paléographes, induits ;i faire dater l'existence des dialectes néo-latins de l'âge des premiers documents connus.

Durant les j)remiers siècles de la monarchie, l'art d'écrire et la fonction d'enseigner lun'ut le pi'ivik'ge du clergé, qui , dans l'intérêt de l'unité religieuse, n'admit pas d'autre organe de la pensée que la langue sacrée, c'est-à-dire le latin. La tradition perpétuait seule les dialectes vulgaires ; l'Église répugna à les propager par l'écriture jusqu'au moment où l'oubli du latin la força de subir le parler populaire, afin de répandre dans les masses l'instruction religieuse. Les premiers monuments littéraires qui soient parvenus jusqu'à nous sont certaines traductions des Sermons de saint Bei-nard.

Dès que l'on commença d'écrire en langage l'oman, le peuple conquit des droits; le sentiment de l'indépendance constitua les communes , et l'esprit d'examen en matière de dogme inspira l'école d'Abélard. Soudain les croisades développèrent le génie national, et notre idiome prit un rang dans le monde. Cet instant vit briller l'aurore de notre première époque littéraire : le français entama la décomposition du latin, et lil dès lors échec à l'unité religieuse.

Ainsi, dès ses premiers pas dans l'horizon des idées, l'idiome vulgaire se constitua en élément d'opposition, en auxiliaire de la liberté intellectuelle. De l;i, le caractère essentiellement agressif et philosophique d'un langage dont nous verrons chaque progrès marqué par un empiétement sur le domaine de la foi dogmatique el de l'autorité.

Après Abélard, les fabliaux tout hérissés de sarcasmes; après les Vaudois, les Albigeois et les Politiens, la satire populaire de Guillaume de Lorris el de Jean de Meung : nous développerons ces idées à leur rang.

Les conditions dans lesquelles s'est développée la langue française sont analogues pour tous les idiomes des nations chrétiennes de l'Occident formées des débris de l'Empire romain; et, en retraçant les annales de notre langue, nous indiquons implicitement ce qui s'est passé dans toute la partie sud-est de l'Europe jusqu'aux rives du Hhin; car, dans le Nord, l'élément tudesque conserva son ascendant. Toutefois, les divers dialectes germaniques se mêlèrent entre eux, et l'allemand, jusqu'à Luther, subit des variations profondes. On traduirait difTicilemenl aujourd'hui ce passage d'une chanson guerrière des Francs, conservée par Bibliander et Kumpf, el reproduite par Htiiniivard, au seizième siècle, dans un ouvrage publié pour la première fois cette année : VAdvis el devis des lengues. Nous transcrivons ce couplet singulier, parce qu'il n'a jamais été cité :

Sy sindt wir sonnenkun

Als die Uomei- sclbcr;

INun darf man aucli reden

ïhas kriech iiit widi-rsprachent ;

Zum Waffen snelle Sindt die Helden aile.

« Lequel lenguage , observe Bonnivard , ne sçauroient entendre les Françoys mndernes,ni orientaux ni occidentaux, ni encore autres Allemans. » Il ajoute que ces vers se chantaient dans les Gaules h l'époque où les Francs luttaient contre les légions romaines.

L'allemand du laineux Sennenl des enfants de Louis-le-Déijonnaire, transcrit, au neuvième siècle, par Nithard, est beaucoup plus intelligible. Cette pièce, publiée en trois langues, constitue aussi le plus ancien document public rédigé en français ou l'Oman rustique. Trop connue pour que nous la reproduisions, cette charte, assez méridionale quant aux désinences des mots, se ressent de l'influence du Nord par l'orthographe seulement. C'est, du reste, un patois latin, analytiquement conformé ci possédant tous les caractères essentiels de la future langue française, comme du provençal , de l'italien et de l'espagnol : le temps a seul marqué davantage les différences de forme et d'accentuation, qui ont fini par séparer de plus en plus ces dialectes les uns des autres.

A mesure que l'idiome vulgaire se répandait parmi les conquérants de race germalMc et parmi les clercs, le latin perdaitdu terrain : les seigneurs eux-mêmes se qualifiaient, sous les Carlovingiens , de nobles Gaulois. Lothaire ignorait la langue latine : Hugues Capet ayant eu une entrevue avec Othon de Germanie, qui parla en latin pour être entendu desévèques, <■ il fallut, dit Richer, contemporain, qu'Arnulfe d'Orléans traduisii au duc en langue vulgaire les paroles d'Othon. » Il y a plus : quelques évéques des Gaules avaient (h'sappris le latin : dans le synode de Mouzon. sous le règne de Hugues, ou choisit, pour porter la paiolo, l'évèque de Verdun, parce qu'il possédait à fond la langue française : « ed quod lingiiam gnUicam noral... »

Une autre preuve de l'existence ancienne et de l'ascendant de ces dialectes populaires, c'est leur influence sur les formes de la latinité. Le latin du Moyen Age avail pn'sque perdu . même avant les Carlovingiens , l'usage des constructions trans|)ositives: les |)ronoms y figuraient l'article; la plu])arl des teniiis du veibe exigeaient le concours des auxiliaires; enfin, on sent que les écrivains latins du clergé pensaient en patois roman . cl traduisaient mot à mot (|uand ils subissaient la langue de l'Église : tendance hicii an( icinie et qui ressort formelle de la contparaison du lalin de Tacilc ou de Salluslc avec ci'lui de Gp'goirc de Tours, disons plus, de saint Jérôme d de la sainif Écriture.

Cependant la langue vulgaire fut maintenue «'n enfance juscjuau règne de Louis XL L'idiome rustique contiiniait à se perpt-liiei' par liadition , d(''[>ourvu diinile, variani de province à province, dé-nut'' de ri'gles orthographiques; et les premiers (jui l't'crivireiii afin de n'pandie leur pensée dans le peu(»le, furent réduits à suppléer, suivant leur discei'uenieiil naturel . ii l'aide des e?r-eiiiet)ls de la graniinairc laline. ii la pi'iiurie dis rf'gles du français.

Ainsi , les auteurs seuls formèrent la langue et en enseignèrent l'usage; elle manqua (le grammaire et s'en forgea une inconséquente et mal appropriée avec celle de la latinité.

Nombre de gens trouveront ces assertions hardies , sans s'aviser qu'à l'heure où je parle les choses ont peu changé. Nos grands écrivains ont seuls régularisé le langage, dont leurs ouvrages sont le code unique; nos grammaires sont des compilations oiseuses de celles de la décadence romaine, et les lois du français, collection d'us et coutumes, sont l'œuvre d'une compagnie httéraire, de l'Académie, qui les a élaborées à laide de traditions écrites, en dehors, souvent même à rencontre, des corps enseignants. Ces derniers continuent de professer par principe le latin , le grec : ils ne professent point la langue française. Et c'est ainsi que nous ne savons ni le latin ni le grec, et que nous entendons un peu mieux le français.

L'âge poétique des Langues, comme l'âge poétique des peuples, caractérise la transition de l'enfonce à la jeunesse. Nos premiers monuments sont les épopées guerrières, appelées chansons de geste ou romans de chevalerie. Ce sont de vigoureux tableaux de la vie héroïque , des rapsodies homériques chantés au temps où les preux de la dynastie carlovingienne commençaient h devenir demi-dieux. Ici, le style, la forme littéraire ne sont rien encore; l'invention , l'imagination, le génie naturel sont tout.

Ce n'est pas que le génie du chantre d'Achille ait manqué, mais la langue d'Homère a fait défaut à nos trouvères. La France possédait un idiome approprié aux soins matériels de la vie; la pensée française avait été privée d'un organe, et ces improvisateurs avaient à créer à la fois une langue, une poésie, un poëme.

Pour apprécier leur art, l'analyse intégrale d'une de leurs compositions serait nécessaire; mais ces œuvres, qui iorment chez nous le pendant des Mebelungen de l'Alleinagne, et des mélancoliques épopées des Bardes d'Irlande et d'Ecosse, ces œuvres sont d'une longueur inabordable ici. Quant au langage, il prêterait à disserter longtemps; le mieux est d'en offrir un échantillon. Le lecteur sera mieux édiflé peut-être sur les variations du langage à l'aide d'une série de tableaux ou d'exemples, qu'il ne le serait avec les seuls développements théoriques.

Chacun a ouï parler de la chanson de Roland, roman de la bataille de Roncevaux. Ce poëme, de la fin du douzième siècle (c'est du moins l'âge probable des versions qui nous sont restées), retrace très -longuement la funeste journée où périrent, avec Roland , suivant la légende , les douze pairs de France. Le neveu de Charlemagne survécut le dernier et vit fuir, avant que de succomber, les débris de l'armée sarrasine. Il vit expirer tous ses compagnons, entre autres Olivier, dont le poète Turold retrace les derniers moments.

Oliver sent que la mort l'engoisset :

Ansdous les oilz en la teste li turnent , L'oie pert e ta veue tiite ; Desccnt a piet , al tere se culchet ,

Durement en hait si recleimet sa culpe,

Cuntre le ciel ambesdous ses mains juintes.

Si priet Deu que pareis li dunget ,

E beoeist Ivarlun et France dulce ,

Sun cumpaignun Reliant sur tuz humes.

Fait li le coer, le helme li eml)runchet

Trestut le cors à la tere li justet.

Morz e li quens que plus ne se demuret.

Rollans li ber le pluret , si l'duluset.

Jamais en tere n'orrez plus dolent hume...

Cependant les païens, qui de loin entendaient déjà les clairons de Charlemagne accourant, se disent que la victoire est incomplète si Roland survit; ils précipitent donc contre lui une attaque désespérée , et parviennent seulement h désarçonner le héros, dont le coursier Vaillantif tombe mort :

Païen dient : — « Si mare fumes nezl Li quens Rollant est de tant grant fiertet , Ja n'est vencut par nul hume carnel :

Lançuns à lui , puis si l'Iaissums ester 1 » E il si firent dards et wigres asez ; Espiez e lances, e museraz enpennez :

L'escut Rollant unt frait e estroez , E sun osberc rumput e desmailet :

Mais enzel cors ne l'ad mie adeset.

Mais Veillantif unt eu x\x lius nafret, Desuz le cunte si li unt mort laisset. Païen s'en fuient puis, si l'iaisent ester, Li quens Rollans i est remès a pied. AOI.

Le récit de la mort de Roland, qui survient ensuite, est fort dramalicpie et semé de iraits sublimes; mais la langue balbutie encore, le nombre manque, la période est courte, les procédés de construction sont réduits au mécanisme le plus ('lément^ure, et le bon trouvère ignore l'art de varier les tours.

(a- gctii'c de [HK'sio épique resta condanmé à ces impcrledions. Les pri>giès du langage rurcnl lieu dans un autre sens, du côté de la pi-t-cision , de la discussion pliilosoplii(|ue, d<' l'esprit proprement dit, enfin, de la prose et des divers genres (pii s'y l'attachent.

(Juehjues siècles après, la forme se perfectionna et devint digne de répop(''e; mais alois Ii's poi'les épiques avaient cesse'' de lleurii'. Les romans de clievaliTie furent nos pieniiers et nos derniers grands [loémes.

C'est ici (pi'il convient de pn'ciscr en peu de mois riniluentc de la llieologie scolasliqiie siu' l'idiome vulgaire el sur le goût |»ubli( .

MB-Umu. LANGUES. h\. V.

Eu ce temps-là, tommença de souffler, jusqu'au sanctuaire de l'Église, un esprit de discussion, d'examen, d'indépendance, menaçant pour les dogmes religieux. Chaque docteur s'appropriait le rôle de saint Augustin, et, rêvant je ne sais quelle alliance de raison et de mysticisme, ébauchait, dans un pieux dessein, des syllogismes qui se concluaient dans un doute involontaire. Attribuant ces symptômes aux écrits d'Aristote et (le Platon, récemment exhumés, l'autorité proscrivit, en 1209, la Mélaphysique d'Aristote. Il était trop laid ; le procédé du maître était saisi , et cette première émanation de la philosophie antique avait fécondé le génie moderne. La prose française naquit de cette inoculation.

Dans l'impuissance d'engloutir la philosophie grecque , l'Église s'en empara , s'efforça de la ployer au dogme catholique , se résolvant h l'enseigner elle-même et à poursuivre le rêve d'une concordance absolue des préceptes d'Aristote avec ceux de l'Église. C'est ainsi que plus tard Henri III, après avoir combattu la Ligue, s'est fait le chef de la Ligue. Àristole reçut donc le baptême et régna sur la théologie pendant quatre siècles. Ai'istote coiffé de la mitre et la crosse à la main : tel est le symbole exact de la théologie scolastique, dont la dialectique fut le moyen d'exécution.

Celte école, étayée sur la plus étrange des fictions, prépara de loin le règne constitutionnel de la foi ; et le gouvernement représentJitif de la foi n'est qu'un acheminement fatal h la République de la pensée.

Aussi, la scolastique, la première des influences intellectuelles qui atteignirent les idées du peuple, créa-t-elle la langue philosophique, la langue de la critique, de la logique et du bon sens, la langue paradoxale par excellence , l'idiome le plus subtil des temps modernes.

La prose prit donc l'ascendant sur les vers ; l'art de rimer (it néanmoins des progrès sous les seuls efforts de la muse comique et satirique, piquante variété de la prose; et la haute poésie épique, cherchant un abri chez des peuples plus naïfs, moins épris de discussion philosophique, et mieux disposés que nos aïeux à croire, à admirer, à respecter les grandeurs terrestres , la poésie prit son vol sur les Alpes et s'abattit h travers l'Italie. C'est là que, longtemps après, l'Arioste et le Tasse firent retentir im sonore et lointain écho de nos épopées dédaignées.

Rien de plus naturel que ces tendances : enchaînez et bâillonnez un homme ; puis , que le bâillon tombe de ses lèvres : soudain il va se plaindre et ronger ses liens jusqu'à ce qu'il les ail rompus. Jugeons des souffrances et de l'àpreté populaires, d'après les rigueurs présumables de la servitude chez une nation qui, après sept siècles d'existence , n'avait pu se créer ni un langage national officiel, ni l'embryon d'une littérature ! . .

Dès que les premiers affranchissements des communes eui'ent permis à la bourgeoisie d'apparaître, de respirer et de faire entendre son langage, l'unique emploi de ce nouvel organe de la pensée générale consista à abaisser les grands, à guerroyer contre l'autorité de l'Église.

Les Fabliaux parodièrent les Tranche-Montagnes de la chevalerie , jetèrent le ridicule

sur les mœurs des grandes dames, et dévouèrent à la risée publique les vices cachés, les ambitions et l'avidité des moines. Et , comme la passion trijjle les ressources de l'esprit, le langage, lancé sur cette pente, marcha très-vite à son développement. De Turold à Guillaume de Lorris, à Jean de Meung, il y a la même distance que de Jean

(le Meung à Rabelais.

Voilà certes bien de quoi expliquer pourquoi le génie de notre idiome a toujours incliné à la pi-ose, aux idées positives, au rationalisme, et surtout aux combats de la pensée ou aux traits de la satire. Créée pour scruter l'intérieur des consciences, pour peser les idées , notre langue affecta de bonne heure cette sobriété , cette froideur, cette rectitude, et certain tour sarcastique, mal compatibles avec les pensées vagues et les inspirations enthousiastes.

Clarté, vraisemblance, fermeté, ordre sévère : telles sont les qualités intimes de l'école et de la langue nationales.

Dès le treizième siècle, un homme peu lettré, un soldat à la Plutjirque, les fit Ijriller tout à coup sans les avoir cherchées. Ce guerrier revenait alors de la pri.se de Constiinlinople, et il en écrivit l'histoire. Le lecteur a nommé Jotfroi de Villehardouin. Presque contemporain des romanciers de la chevalerie , il usait du langage avec beaucoup plus de facilité et de précision. Sa prose est bien conformée ; le plan de son livre est rigoureux, sa peinture est ferme. C'est le premier auteur classique de la France.

Joinvillc , qui le suit de près , est moins rigide et plus souple , plus fin , mieux nuancé. Le règne de saint Louis avait fait fleurir une société polie: l'art «lu Moyen Age avait atteint sa plus belle époque. Le français s'était développé du côté du naturel et des grâces familières. Le bon sénéchal excelle dans les |)ortraits; il est conteui-, varié, narquois, usant à propos d'une feinte bonhomie qui déguise le trait sous une apparence de candeur. Il cause à son aise, à son heure, et .se laisse volontiers, dans son humeur gauloise, distraire à l'anecdote qu'il sait mettre en relief. Il a créé le style et le ton des mémoires.

A |)artii' de ces deux historiens, la prose française dégénère jusqu'il Philippe de Connues, <jui fut historien comme le premier, et peintre comme le second. Fmissarl est inli'-rieur à l'un et à l'autre, comme annaliste et comme prosateur.

Cependant rit;die s'instruisait à nos écoles; Dante étudiait à Paris, où Pétraripie devait bientôt venir former son goût: tandis que, au delii de la Luire, la nuise proveiiçalt-, aidée d'un langage plus délicat, plus anciennement littéraire, servait d'ei Im a la muse aragonaise et .soupirait des chansons tendrement fleuries et sémillantes d'une grâce un peu mignarde. La vaste étendue des épopées du Nord eût fatigué ces mé'lo- «lieux rossigiifils, tpii dès hjrs, en dignes rejetons de la Grèce, préféraient la forme aux inventions siiiguiièi'es, et ( ullivaienl larl du di'ljiil avec amour. Les Vidal, lesKaydil, les l'"oid(jues furent les Rioii et les Mos( hus de cette anioui'euse bergerie.

La .supérioiiU' , rant(''rioiil('' du langage littéraiie du Midi ont ('té contestées, et c'est à tort. Il y avait, poin- que les Provençaux devançassent les autein-s de la langue

(l'oil, une raison forcée : c'est que les premiers jouissaient d'une liberté plus grande. Les niunicipes romaines ne s'éteignirent jamais complètement dans le Midi : la servitude y fut moins générale, la féodalité moins oppressive; la bourgeoisie, c'est-à-dire le peuple, ne perdit jamais, sous le gouvernement des comtes de Toulouse, ni, plus anciennement, sous les rois d'Arles, la totalité de ses privilèges et de son indépendance.

A cette époque, la poésie du nord et du centre de la France (l'ère chevaleresque étant close) se disperse dans les fabliaux et se résume dans le roman de la Rose, qui servit de guide et de modèle à tous les versificateurs jusqu'à la Renaissance. La première partie de ce livre, plus singulier qu'original, appartient au treizième siècle. Cinquante années s'écoulèrent, avant que Jean de Meung s'avisât de continuer l'œuvre de Guillaume de Lorris. Le sujet de l'ouM-age est un traité de VArl d'aimer, paraphrasé d'Ovide, embelli de dissertations subtiles, et dialectiquement ordonné comme une argumentation sur la présence réelle ou l'immaculée Conception. C'est là qu'on voit naître la froide allégorie : Doux-Regard, écuyer de Cupidon , Richesse , Courtoisie et Dame Oyseuse qui habite au château de Déduicl. Amour tire des flèches, met des cœurs en cage et les enferme sous clef...

Les gueri'es albigeoises avaient initié la France aux subtilités galantes des cours d'Amour du Languedoc, et enseigné à Lorris les tensons amoureuses. Son langage s'y prêta avec souplesse. Cet ouvrage, issu des méthodes scolastiques, marque l'heure où la convention remplaça la vérité dans le style poétique : Guillaume de Lorris a accompli les premiers voyages de découverte dans l'empire du Tendre , dont les Précieuses ont dressé la carte géographique. La continuation du roman de la Rose, pai- Jean de Meung. est l'aïeule un peu barbai'e de l'apologue philosophique. La comédie satirique a esquissé là ses premiers caractèies. L'un des plus remarquables est Faux- Semblant , de qui Tartufe descend en ligne directe.

Ce Faux-Semblant se dépeint avec un cynisme effrayant :

Trop scay bien (dit-il) mes habitz changer ,

Prendre l'ung, et l'aultre estrangier.

Or suis chevalier, or suis moyne,

Or suis prélat , or suis chanoyne ,

Et vois par toutes régions ,

Cherchant toutes religions.

Mais de religion , sans faille ,

J'en lais le grain et prens la paille.

11 ne consent à confesser que les riches , et fait trembler les prélats par ses intrigues. Cependant, objecte le dieu d'Amour,

— Tu semblés estre un sainct herraite ?

— C'est voir ; mais je suis ypocritc.

— Et si vas presfhant abstinence?

— C'est voir; mais je remplis ma panse

De bons morceaulx et de bons vins.

— Tu vas preschant la pouieté ?

— Voir; et je suis riche à planté , Mais combien que poure me faigne...

Quant je voy tous nuds ces truans Trembler sur ces fumiers puans,

De froit , de faim , crier et braire ,

Ne m'entremet de leur affaire.

S'ils sont en l'Hostel-Dieu portés,

Ne seront par raoy confortés ;

Car d'une aulmosne toute seule

Ne me païstroient pas la gueule...

Mais d'un riche usurier malade

La visitance est bonne et sade :

Celluy vois-je reconforter.

Car j'en crois deniers aporter.

Et s'aulcun vient qui me repreigne

Pourquoy du poure me refraigne ,

Scavez-vous comment j'en eschappe?

Je fais entendre, par ma chappe,

Que le riche est plus entaichiés

Que n'est le poure de peschiés ,

Et a plus besoing de conseil.

Je suis avec les orguilleux,

Les usuriers, les arpilleux ,

Qui les mondains honneurs convoitent

Et se font pauvres

Ils font un argument au monde :

« Cil a robbc religieuse , Doncques il est religieux... »

Cet argument est vitieux Et ne vault une vieille royne :

La robe ne faict pas le moyne.

Ce dernier \crs n fait proverbe et nous est resté.

Certes, il y a loin du boa Turuld à ce style vil', leste cl niordaiil. Le progrès de l'art est Irè.s-sensible; la marcbe des idées n'est pas moins Irappaiitc.

Après Jean de Meung, la langue vulgaire, épuisée de l'elFort qu'elle a lait pour s'élever dui-ant cette i)reinièrc époque , s'arrête et retombe ('vanouie. Lue décadence précoce s'appesantit sur la |i('iis(''e; l'impulsion doiiiirç par les règnes de Pliilippc-Auguste et de sîiint Louis se ralentit jusqu'il l'imniobiHlf sous des princes sans grandeur, sans prestige et sjins gloire.

ObstiiK's à di'daigner la l'orme au profit de [)ensées dont on ne |)oss(''dait cpie le moule dogmaticjue, les auteurs, libéraux à courte vue, r('|tlongèr<'iii xius le joug des discipli-

nés dôricnles et du latin, cet idiome national (ju'ils négligeaient de fortifier par la culture, tout en s'ell'orvant de l'opposer à la langue de l'autorité. Réduit à manquer d'accent et de flexibilité, le français,' rivé aux errements de la scolastique, fut étoufl'é de nouveau par les théologiens de la vieille Sorbonne. Cet énervement du génie national ne contribua pas peu , un siècle et demi plus tard , à le livrer sans défense au mal de l'imitation. Pendant ce temps-là. l'it^dien, plus robuste et mieux poli, continuait notre oeuvre inleri-ompue et héritait de notre génie primitif Quant au provençal, il penchait sur son déclin; les dialectes poitevins, angevins, limousins, l'avaient corrompu, et le succès meurtrier de la croisade albigeoise l'avait frappé de stérilité. Raymond Vidal, dans sa grammaire, gémit sur cette décadence.

Ainsi, durant ces deux siècles, la langue française off're le spectacle d'une dégénération croissante. Le latin et le roman , dans ce long duel , s'étaient réciproquement blessés , et leur vie s'écoulait goutte à goutte.

Chroniqueur de profession , doué de l'instinct de son art , habile sans élévation, mais orné d'une teinte pâle des lettres antiques, décrivant avec complaisance, cherchant l'effet plutôt que l'émotion, Jean Froissart lutta contre cette léthargie littéraire. Il peint avec vérité , mais petitement, et rend la forme des choses avec un langage parfois diffus, toujours un peu lourd et rebelle à l'originalité de l'auteur. Il arrivait trop tard pour exploiter un langage dur mais robuste , ou trop tôt pour animer un parler froid mais plus souple. Ce n'est plus Joinville; ce n'est pas encore Comines.

Les poètes continuaient à butiner dans le champ de Jean de Meung : Gerson, qui dressait contre lui un réquisitoire en style de basoche, lui dé-robait son plan et son olympe allégorii^ue. Christine de Pisan critiquait le roman de la Rose, et en empruntait les personnifications fastidieuses, l'inévitable songe et la forme encyclopédique. Christine était érudite, ardente, inspirée; son style obscur, enflé, monotone, nous prouve que le français de son siècle éteignait le feu du génie.

Le dernier des froids imitateurs de Jean de Meung fut Charles d'Orléans , qui alignait, sans peine comme sans chaleur, et pour se distraire, des vers brodés routinièiement, ainsi que les dames font de la tapisserie. La flatterie a beaucoup exagéré le mérite de cet amoureux transi qui rimait ses transes et se dispensait de les ressentir.

Passons i-apidement à travers les ténèbres de celte époque et appelons de nos regards le crépuscule d'un jour nouveau.

PKF.MIERE RC.N\ISS.\NCE j OL RENAISSANCE FRANÇAISE.

Les guerres de la fin du quatorzième et du commencement du quinzième siècle avaient affaibli la royauté-; à la faveur des factions qui avaient divisé la maison de France, les peuples avaient accru leur pin-pondérance; les bourgeois des villes devenaient redoutables , et leurs plus proches adversaires , les grands vassaux , commençaient

à plier. Eiidorniie dans le luxe, l'Église avait cessé d'être militante, la sculastique étu'n plongée dans la routine, et le règne du latin expirant avec les derniers docteurs, la vieille école désarmée, ainsi que les mœurs relâchées commentaient à prêter le flanc aux coups prochains de Luther et de Calvin. C'est alors que Louis XI montai sui- un trône qu'il sentit la nécessité de mettre hors de l'atteinte de l'aristocratie féodale, si funeste à son père et à son aïeul. Il chercha un auxiliaire dans l'élément hourge<»is, et encouragea l'art nouveau de l'imprimerie.

Celte situation nouvelle rendit une impulsion favorable à la langue et à la littératuic françaises; l'esprit public, dégagé de ses langes, préluda à une première Renaissance toute spontanée et purement nationale. L'idiome vulgaire se revêtit tout h coup des formes qu'il était destiné à conserver plus tard , et il se produisit un petit groupe d'auteurs qui, pour nos contemporains, semblent encore avoir moins vieilli que leurs successeurs, les érudits de la Renaissance italienne, tout bariolés de néologismes grecs et latins. Lorsque, plus tard, ces derniers furent abattus par les contempoiains tic Malherbe et par l'Académie naissante, les restaurateurs du langage national se rattachèrent, à leur insu, à la tradition interrompue des premiei's rénovateurs que nous signalons en ce moment.

Quatre ouvrages symbolisent ce mouvement trop peu observé : Le pelU Jehan de Sainlré par Antoine de la Sale, Les Teslamenls de François Villon , Les cent Nouvelles de Louis XI, et Les Mémoires de Philippe de Comines.

Il est à remarquer que notre langue ne dut lieu, en cette occasion , aux éi'udits, ni aux maities des écoles : l'expérience de la vie, le naturel, l'éducation, rindépendance. tels furent les mobiles de tous les progrès du français. Les premiers trouvères savaient |)eu de chose; Villehardouin, Joinville, étaient des soldats; Froissart avait, dès sa jeunesse, secoué le joug des écoles; Antoine de la Sale est un homme de cour; les coUaborateurs de Louis XI sont de jeunes seigueuis d'humeur joviale; (domines est un personnage politiiiue (jui, de son propre aveu, « n'a aucune littérature, mais quelque peu d'expcirience; » enlin, Villon, le i>rince des poètes de ce temps, est le Dis dune pauvresse, le rebut de l'Université, et, ce qui est pire, un pilier de mauvais lieux, un tireuide bourses, un coupe-jarret.

11 fallaitj connue l'a compris Malherbe plus lard, que la langue cl la p(«''sie nationales hissent rt'lrenipt'-cs :m sein même du pcu|ile el surgissent du ruisseau <lc la phu c Sajnl-Jean.

Le pelil Jehan de .Vrtî/j/?'e marque la transition ; c'est le prototype (hi roman de mœurs : le bon sens et l'esprit d'observation, la recherche des sentiments ddicals et uaUnvU commeiici-renl à introduire ici la vérité dans le style. lÀ-pendan! ce joli conte, à la lilialion dii(|Mcl scndjieni remonter les romans <lc uiadanic de l.;i l';iyell(', lient cncorf par un lii au Moyen Age scolasti(|ue el verbeux; il est entremêle de sermons subtils siu' les connuandements de Dieu et sin* les pi-chés capitaux. Le style d'Antoine de l:i Sale n'est ni Irès-incisif, ni très-nouve:ui ; mais il a de ( eilaines louches impit'Viies, e( , sous celle

plume facile, le français acquiert des nuances tendres, jusque-là sans exemple.

C'est vers ce temps-là , grâce ii la réunion du duché de Bourgogne, et sous l'influence de ce petit groupe d'auteurs, que l'unité française triomphe des dialectes. On ne sera plus désormais, dans le langage écrit, ni champenois, ni picard, ni bourguignon, ni normand : on sera français; et, tjuand on aura la prétention d'être lu , on viendra chercher à Paris ou à la cour la tradition du beau-parler.

Un progrès plus décisif est marqué par l'apparition des Cent Nouvelles, rédigées à Geneppe, par le dauphin Louis et ses compagnons d'exil. Inspiration du Midi mise en œuvre à la française , et suivant le goût naturel de notre pays. Dans ce livre , on observe une recherche marquée de la concision, genre de mérite non soupçonné jusque-là, et de l'c-légance de la forme : on y démêle l'embryon d'un langage destiné à devenir classique. L'esprit français a retrouvé son allure et joue avec une souple fermeté.

Ainsi, trois ouvrages donnent tout à coup le style finement nuancé du roman de mœurs, le ton vif et piquant de l'apologue, de l'anecdote si essentiellement française, et enfin, grâce à Philippe de Comines, un premier modèle accompli du langage plus soutenu, plus grave, plus philosophique de l'histoire. Le seigneur d'Argenlon est flexible, précis, ample, nerveux; son parler semble tout moderne, et, à quelques nuances orthographiques, à quelques mots vieillis près, séparé de celui du règne de Henri IV par un intervalle de peu d'années. De Comines à François de Sales, du Pelit Jehan de Sainlré à la Princesse de C lèves, des Cent Nouvelles aux Contes de Brantôme et de La Fontaine, de V^illon à Régnier, nous suivrions, sans solution de continuité, la marche de l'esprit national , les progrès de la forme et l'épuration du goût. Entre ces maîtres el ceux de la Kenaissance italienne , la parenté n'est pas appréciable : ces derniers ne procèdent ni de leurs devanciers, ni de leurs successeurs. Us sont étrangers, leurs mœurs ne sont pas les nôtres, leur culte est le paganisme, leur esprit est imité, leur goût n'est point à eux, leur langue est une savante convention; aussi, fut-elle, entre leurs mains, un but, et non un moyen, fait anormal et tout nouveau chez nous. L'admirable sagacit(' de Boileau avait entrevu quelque lueur de ces vérités, lorsqu'il excepta de ses rigoureux arrêts contre nos vieux romanciers , qu'il ne connaissait point , Villon , qu'il félicite d'avoir tlébrouillé le premier leur art confus.

Entre Villon et les vieux romanciers, il y a toute une révolution; entre Villon et la seconde Henaissance, la seule que la critique ail jusqu'ici consacrée, il y a des abîmes. Il niaripu! l'apogi-e de la période (jui a succédé de loin à celle de nos romanciers. Villon est le héros poéti(jue de cette école intermédiaire que nous avons qualifiée de Renaissance française, et que brisa la coterie italienne et grecque. Ainsi, nous dirons de lui tout au rebours : Villon fut le dernier...

C'é'làil un très-grand poète; il s'éleva spontanément, sans cesser d'être simple et réel, au Ion mâle el vigoureux de l'élofiuence; il est loujoui's hardi et coloré; il atteint au grand style, sans latiniser et sans tomber dans la déclamation. En même temps, Villon est philosophe et railleur. Il possède, en outre, une teinte de mélancolie inconnue avant

lui. Son rhythme est ferme, en dépit de l'hiatus; son inspiration e.st puisée dans la nature cl l'humanité. Mélange singulier de sensibilité et de rudesse, il n'est point apprêté : c'est un athlète qui combat nu. Par la manière crue dont il met en relief les objets qu'il veut peindre, et par la fougue de son pinceau , il semble être l'aïeul de l'école romanti(jue, au.ssi bien qu'il est l'un des précurseurs de la grande école classique des lyriques français. Pauvre et, comme il le dit, « ne voyant du pain qu'aux fenestres, » poursuivi par le remords de sa mauvaise vie et parles limiers de la justice, il déplore ses fautes, ses malheurs; il plaint sa mère et accuse le sort de sa naissance :

Pauvre je suis de ma jeunesse, De pauvre et de petite extraee...

Pauvreté tous nous suit et trace :

Sur les tumheaux de mes ancestres, Les âmes desquels Dieu emlirasse 1 On n'y voit couronnes ni sceptres.

.Mais à quoi bon se lamenter ? son cœur lui dit parfois :

Si tu n'as tant que Jacques Cœur, Mieux vaut vi\re soubs gros bùraux Pauvre, qu'avoir esté seigneur Et pourrir soubs riches tumbeaux.

Celle pensée de la mort, qui nous rend tous à l'égalité, le frappe el lui iiispiic inie peinluif d'une sombre énergie :

... Et meurt Paris ou Hélène. . .

Quiconque meurt, meuita douleur.

(]clui ((ui perd vent et iialeine,

Son fiel se crève sur son cœur :

Puis, sue, Dieu sait quelle sueur!

Et n'est ((ui de ses maux l'allège;

(>ar enfans n'a, frère ni sœur,

Qui lors voulustestre son pleige (sa caution).

l.a mort le laid frémir, pailir.

Le nez courber, les veines tendre , Le col enfler, la chair mollir, Joiiictes et nerfs croistre et estendrc. . .

— Corps féminin qui tant es tendre , Polli, souef, si gracieux, l''audra-l-il à ces maux entendre?

— Oui, ou tout vifallcr cscieux !

\oila bien le .M(»\en .\j^e <alliolii|iie avec s(tn corlége de Ici i cuis; c'csl la |ti»esie avanl le i-ègiie lleuri des Muses; niais c'est aussi la langue nationale avec ses loms divers,

Bella-kurei. LANGUKS fol. IX.

hardis , instrument qui se prête à l'énergie et aux traits inspirés par le génie de l'auteui'. (^ette période, gi-ossière encore, mais en voie de progrès, se brise là. Déjà les neuf sœurs descentient de l'Hélicon; l'antique Olympe, armé de ses attributs, se dirige vers l'Occident; les dieux et les demi-dieux du paganisme vont s'élancer sur la Gaule et semer à pleines mains les mots, avec les fleurs du parler de Rome et d'Athènes, à travers les champs de la langue française.

SECONDE RENAISSANCE, OU PÉRIODE d'iMITATION. — AVÈNEMENT DE HENRI IV.

« L'impulsion première de la Renaissance, écrit M. Nisard, vint âe l'Italie : nos guerres dans ce pays nous apportèrent, avec le mal de l'imitation, les livres grecs et \Atms qui devaient nous en guérir. •>

Cette pensée nous montre à quel point l'imitiition est l'incurable maladie du génie français. Esprit judicieux, caractère supérieur aux préjugés d'autrefois, M. Nisard ne sent la possibilité de vaincre l'imitation italienne, qu'en y substituant celle des Latins et des Grecs. Ce n'est pas dans le sentiment de la nature, ni dans la philosophique étude du génie national, qu'il trouve un remède à l'italianisme : non; cette panacée, il la cueille dans les livres étrangers, il l'extrait des débris de deux langues mortes.

Évitons de tels préjugés : cette Renaissance, au point de vue du langage, se compose de trois manies d'imitation simultanées. La cour nous livra à l'imitation italienne, (\m lut une mode ; la réforme fit naître l'hellénisme; enfin , l'Église , retrempée dans la latinité pure, quand le calvinisme l'eut rendue aux ardeurs de la lutte, préconisa l'imitation latine.

C'est sous François 1" que fut émancipé l'idiome vulgaire : ce prince ordonna que désormais les actes publics fussent rédigés en français. Jusque-là, ce langage n'avait guère été officiellement signalé (jue par les arrêts des évêques et des synodes qui, à diverses reprises , en prohibèrent l'usage dans la translation ou les commentaires de la sainte Écriture. Précautions justifiées : les textes mis à la portée de tous, c'est la discussion ouverte, c'est le chemin des hérésies. Luther changea la religion de l'Allemagne eu donnant à ce pays, pour premier modèle classique du langage régénéré, une traduction de la Hible.

Chez nous, la réforme fut un insliuit :i même d'en faire autant; mais, émanée des corporations religieuses, et doctorale avant tout, elle méprisa d'abord l'idiome populaire et opposa le grec au latin. Puis , elle opposa le latin épuré d'après les textes antiques :iu latin de la basoche catholique; puis enfin, elle se résolut à devenir française : Estienne. Calvin et ses disciples daignèrent traduire leurs premiers écrits. Mais l'impulsion ne lut pas assez spont^uiée pour passionner le peuple, sur la tête duquel la réforme passa.

L'aristocratie seule en fut pénétrée , ce qui livra les huguenots , sous Charles IX , aux poignards populaires et à l'arquebuse des rois.

C'est sous l'empire de ces révolutions que le français devint exclusivement langue littéraire et philosophique. Pour l'affranchir du latin, les Budé, les Estienne, les Sylvius, les Daurat le caparaçonnèrent de grec, premier acte d'opposition. Le grec fut {persécuté et pourchassé dans les cloîtres; on prêcha contre cette langue, qui, suivant les orthodoxes, était la mère de toutes les hérésies. Néanmoins, François F en constitua l'enseignement au collège de France, en 1530. Rabelais, Joachim du Bellay, Fontaine, Ronsard et sa pléiade, Sibillet, Jodelle, du Bartas, symbolisent l'invasion de l'imitation grecque dans les lettres françaises; tandis que Montaigne, Amyot, Calvin même, se rattachent à l'élément latin, qui triompha. C'est à cette époque, et sous l'inthience de ces causes, que le français est réellement devenu une langue néolatine. La lexicologie, très-romaine, triompha, en dépit d'Henri Estienne, de la synUixe, qui possédait d'intimes conformités avec le grec.

Sous l'influence des lettres piofanes restaurées, le français fut donc renuié profondément; chaque auteur versa son érudition dans son style, chacun se lit un langage, et l'unité fut ajournée. Les classes populaires la conservèrent seules; car le Irançais littéraii-e, tout hérissé de mots, de tours grecs ou cicéroniens, n'était guère plus à leur portée que le bas latin des clercs. Esprit de système et d'imitation qui fit avorter l'œuvre de la Renaissance, à laquelle la nation ne prit point part. En dehors de l'érudition, les courtisans revenus d'Italie, qui se qualifiaient de Romipèles, avaient introduit d'autres altérations non moins impopulaires. Us furent fustigés, dans le tiaiti' du Langage

courUsanexque el ilalianizé, par Henri Estienne, qui proscrivait toute imitation au

nom du grec, dont il encourageait le pillage. En même temps, les latinistes tonnaient contre les hellénistes et les pindariseurs.

Calvin seul ne trempa dans aucune néologie , grâce à son exil et à son dédain des It'ttivs profanes. Son école, réfugiée ii Genève, fut latiniste quant au style el à l'esprit . mais puicmeiit nationale en ce qui concerne le fond même du langage. Sans être le plus brillaiU, ni le plus artiste, Calvin est le plus français des auteurs de ce temps. C'est un trait d'union entre Comines et François de Sales, entre le règne de Louis XI et celui «le Henri IV.

Procédons avec ordre : de ces influences, la première en date, c'est celle de léh'-mcnl grec. Elle a pour cause |iremière la prise d«' Constantinople par Malmuiet II, eu lio.5. Exih'S, fugitifs, les docleuis chn'tieus du rite grec se rtïugiercnt en Italie daltord. puis en France , et partout ils apportèrent les livres de l'antiquité , oubli(''s depuis longtemps dans notre patrie ipii ne .savait jilus la langue d'Homire, dont ces bannisse firent les piofesseurs à travers l'Occident. Le goût des lettres antiques arriva en France avec nos arrat'es lorsiju'cllesicvinrenl d'Italie; cl deux homuK's, deux typi>gra[thes, douc's d'une activili'iulatiLiablcetd'iuie érudition inuncnse, loiunirent un alimenta ces nouveautés. L'un, Boberl Estienne, régénéra le latin; l'autre créa la bibliothèque grec(iue : c'est

Heiiii Eslieiine, fils du précédent. Il épura les textes et publia successivement Maxime (le Tyr, Diodore, Xénophon , Thucydide, Hérodote, Sophocle, Eschyle, Diogène-Laerce, I'hiUin|ue, Apollonius de Rhodes, Callimaque, Platon, Sextus, Moschus, Théocrite, Dion, Anacréon, Pindare, etc.; enfin, il donna, sous le nom de Thésaurus linguœ grœcœ, un Dictionnaire complet et raisonné qui lui coûta douze ans de travail assidu.

Son père en avait lait autant au profit de la latinité. On lui doit h peu pri-s toutes nos éditions des classiques de Home, plus le Trésor de la langue laline. 11 est en outre l'auteur de notre premier dictionnaire français-latin et d'une grammaire française dont ses successeurs ont profité. Henri Estienne, lui, ému d'un zèle patriotique, consacra sa pliuiie à la défense du français contre les latiniseurs intrépides, contre les courtisans infatués de termes italiens, et auteurs d'un jargon ridicule <jui n'a laissé que trop de vestiges. Estienne intitula l'un de ses petits traités : De laprécellence du langage français . C'est là que, pour la seconde fois, l'on a revendiqué, en faveur de notre parler national, la suprématie parmi les autres idiomes modernes. Trois siècles auparavant, Brunetto Latini l'avait déjà déclaré plus délectable et plus plaisant à ouïr que l'italien. Toutes les conclusions de notre Estienne ne sont pas admissibles , et il exalte certains ornements du style de ce temps-là qui sembleraient de mauvais goût aujourd'hui. Son principal but est de dégager ses contemporains de l'imitation des idiomes étrangers modernes, et de relier notre langue à la tradition grecque. 11 nous fournit, dans un dialogue entre Pliilausone (l'ami de l'Italie) et Cellophile (le français pur), un curieux exemple du style des courtisans. Philausone débute ainsi : « Il n'y a pas longtemps qu'aiant quelque martel in leste, ce qui m'advient quand je fais ma slanse en la cour, et estant sorti après le pasl pour aller spaceger, je trouvay par la slrade un mien ami. Or, voyant qu'il se montrel tout sbigottit de mon langage dont usent les gentilshommes francès qui ont (|uelque garbe,\e me mis à ragionner avec luy; et, voyant qu'il lui semblet fort slrane, voire avoir de la gojferie et de la balorderie , je lui donnay des raisons bastantes pour lui caver cela de]afantasie, » etc.

On voit qu'outre la manie des emprunts, les courtisans possédaient celle d'altérer [orthographe, de remplacer oi par é, et de rechercher la prononciation des ultramontains.

La manie des hellénistes alla plus loin; ils prétendirent soumettre la langue à une prosodie imaginaire, abolir les formes de notre versification et mesurer des carmes (carmina) avec des dactyles et des spondées, à la façon des Grecs et des Latins. Jodelle crut versifier en écrivant ce soi-disant distique :

Phœbus, A | mour, Cy | pris veut | sauver, | nourrir et | orner Ton vers, | cœur et | elief, | d'ombre, de | (lamme , de | fleurs.

C'est dans l'enthousiasme de ces folles inventions que Ronsard s'écriait :

Ah 1 que je suis marry que la Muse françoyse Ne peut dire ces mots comme faict la gréseoise :

Or.ijmore, Dispotme, Oligochronien!

Certes je les dirois du sang Valésien !

Voilà des regrets touchants. Ajoutons que l'avenir réservait à Ronsard des consolations : la langue française possède environ trois mille deux cents mots tirés du grec, et totalement inconnus, pour la plupart, avant la Renaissance. Us sont issus des livres; mais la voix du peuple ne les a pas coulés dans le moule national. Pour d'autres auteurs, ces tendances étaient involontaires, tant le goût y était porté : témoin du Bellay, qui interdit l'usage des termes étrangers, et dans le court opuscule de qui j'en ai relevé une soixantaine.

Quant à la manie de latiniser en français afin d'ennoblir la langue, elle distinguait surtout les disciples et les maîtres de l'Université. Rabelais nous a laissé un monument achevé de ce genre de démence. — « D'où viens-tu ? » demande Pantagruel à un écolier de Paris. Et celui-ci répond : i- De Yalme, inclyte et célèbre Académie que l'on vocile Lulèce. — Et à quoy passez- vous le temps, vousaultres estudiants? — Nous Iratis frelons la Sequane en dilucute et crépuscule; nous déambulons par les compytes et cjuadriryes de Vurbe; nous despnmons la verhocinalion laliale , et, comme verisimiles amorabondz, copions la bénévolence de ïomnijuge , omniforme et omnigène sexe féminin, » etc. Pantagruel est outré de cette pédanterie; mais le docteur Alcofribas, qui lui inspire ce sage courroux contre le latinisme , s'accommoderait mieux de l'hellénisme. Français par l'esprit et le génie, il puise avec si peu de discrétion à la fontaine grecque, que, l)our le lire et l'entendre, il est besoin d'un glossaire français si l'on est Grec, et du Thésaurus grœcœ linguœ si l'on est Français.

Cette démagogie linguistique fut servie par une nouvelle espèce de fous qui se ruèrent soudain a l'exploitiUion de l'anarchie du moment. Les poètes, les gens de caprice décomposaient la langue : il survint des cuistres pour ériger le désordre en piéceples. Us firent des grammaires, non dans le but d'enseigner le français, mais dans celui d'imposer leurs utopies et de soumettre la langue à leurs inventions. Le premier de ces cunvmis du langage, dont la race s'est perpétuée jusqu'à nous, lut Jacques Dubois dit Sijlvius, savant consommé et monomane d'érudition. Il rédigea sa giammaire l'iançaise en latin et bouleversa l'alphabet. On le loue d'avoir distingué le premier «et u, voyelles, dey et V, consonnes; mais on ignore qu'il voulût opérer cette amélioration au moyen i\(' signes étianges et nouveaux. De plus, il plaça, pour des motifs à lui |tarti(uliers, <('iUiines lettres hors des lignes et ;i calilourchon sur d'autres, et il rél'oruia les mots pour les rapprocher du latin. Il admet trois genres dans les noms, conjugue nos verbes connue ceux des Latins; bref, il cal(pie Donat et les grannnatistes de la décadence romaine; exemple suivi par ses iiéritiers, à qui l'on doit les vices radicaux de nos grammaires.

.Meigret, son suc<<'sseui", bouleversa l'orthograithe; il voulut, ainsi que .Iac(|ues P(»lelier, du .Mans, ()iie l'on (•crivil connue on piduoiice. (Ji-, comme Meigrel, l'-lanl Lvcuinais, prononçait autrement que le Manceau, son émule, ils se disputèrent sur la forme

des mots et furent bafoués, l'un et l'autre, par Guillaume des Autels. Survint ensuite Hanms. qui ciéa des lettres et orna les anciennes d'une légion de fourches, de queues, decitrnes, de cédilles, de lances et d'autres appendices burlesques. Tous prétendaient (. fèie cadrer lé lelres é Vécrillur ao baiiman dé voes e à ta pronouciacion , sans avoer égarlao loés sophisliqes dé dérivezons aoqèles se soumellel aocuns dé noires corne beufs (10 Joli. •>

Tels sont les dignes précepteurs de nos granmiairiens , qui ont rejeté leur orthographe, conservé le fond latin de leurs doctrines empruntées, et, comme eux, assimilé le français à une langue morte. Ils n'en ont jamais enseigné les règles à personne. Ce siècle ne vit naitre qu'une grammaire française digne de ce nom, celle de Jean Palsgrave, la première de toutes, écrite en 1330 . en anglais, par un Anglais , et pour enseigner notre langue aux enfants de la sœur de Henri VIII. Ce traité, que nous avons, le premier, longuement analysé dans Y Histoire des révolulions du langage, constitue le plus curieux dépôt des formes anciennes de notre idiome; il contient seul les éléments d'une bonne grammaire nationale, dont nous sommes encore dépourvus. La France ne possède qu'un exemplaire de ce précieux livre.

On reconnaît, quand on parcourt les auteurs didactiques de la Uenaissance, en y comprenant le cortège des rhéteurs gréco-latins, que la langue, eu ce moment, subit un travail de fermentation complet. La métamorphose qui s'opère en l'espace de trente ans, de 1335 au règne de Charles IX, est prodigieuse.

Les écrivains de la réforme, je le répète, échappèrent seuls à cette contagion : c'est au milieu des réformés, c'est à l'abri des engouements de l'antiquité païenne et des modes de la cour, que s'était conservée la naïve et pure tradition.

Dans ce siècle où l'érudition étrangère, répandue comme une hive ardente sur le terrain des traditions nationales, menace d'engloutir le français, deux hommes sont restés purs de tout alliage; Biaise de Montluc et Jean Calvin : le premier, à son insu, parce qu'il était né bien avant la Uenaissance et n'avait étudié que la guerre ; le second, de parti délibéré, parce qu'il rejetait les arts profanes et l'éclat des pompes extérieures. L'un et l'autre, ils se rattachent à la première Renaissance, au langage de Philippe de Comines; on les prendrait pour les fi'ères aùiés de Charron , de Descartes et de François (le Sales, tant ils ont peu vieilli; tandis que les pléiades gréco-italiques ont pâli en quelques années. La forme austère des premiers pères de Port- Royal émane évidemment des traditions de l'école calviniste.

Le plus ancien des poètes de la Henaissance est le moins suranné et le plus intelligible : Clément Marot n'avait été qu'effleuré par ces modes subites ; son langage ('t^ril formé antérieurement, et ses liaisons avec le parti protestant le maintinrent dans le droit sentier. Son esprit gaulois lutta contre les excès de la Muse antique.

Nous sommes à même de reconnaître déjà la principale cause de la cat^isti-ophe de Konsard et de ses disciples : c'est le travestissement de leur langage. Ce grand ])oète, ijui créa je style lyrique el donna les premiers modèles d" une poésie noble, majestueuse,

ET LA HE.NAISSAiXCE.

inconnue avant lui, ne liil jamais bien enlendu du peuple; aussi, (|uand la cour se lui lassée du grec et de l'itiilien, Uonsard eut le sort des atours de la saison passée.

Autre chose est donc de juger de la Renaissance au point de vue de l'art , du génie, <le la grâce, de l'invention, du style, de la pensée en un mot, ou bien d'en apprécieiisolément les conséquences matérielles sur l'essence même du langage. Elle le fit dévier de ses voies naturelles, elle en retarda la régulière formation et y sema une l'oule d'éléments hétérogènes. Elle nous a légué, outre les héllénismes et les latinismes, environ six cents vocables italiens, pai-mi lesquels presque tous les mots actuels relatifs a l'art inilitiiire, h la vénerie, à la toilette des dames; elle a servi de mobile à la plupart des variations, des mutilations de l'orthographe et surtout de la prononciation , où la mignardise introduisit l'afrectatioii des sons inaigies au lieu des sons pleins.

Le règne des Valois et des iMédicis prolongea de beaucoup l'hellénisme et suitoul l'italianisme; la cour n'éUiit presque plus française : les dernières lueurs de ce goût brillèrent durant la vogue du cavalier Marin et à l'école des Précieuses; puis, cet engouement tourna peu h peu à l'imitation espagnole, dont la littérature fut plus sérieusement atteinte que le langage. La manie de modifier la langue , de la régenter sans le concours du peuple, passa de Tibère, de Claude, de Chilpéric et des grammairiens, au cénacle de l'hôtel de Itandjouillet. Ce fut là le véritable lidicule de celle cohorte d'esprits éminents.

Quand, après la chute de la Ligue, la cour cessa d'être ullramonliiine et llorentine, lorsque l'esprit de la réforme pénétra au Louvre h la suite de Henri IV, le gi'-nie et la langue du peuple re[)rirenl l'ascendant : Malherbe, le genlilhomme de la place Mauherl, se fille tyran des mots et des syllabes; Charron et Franvois de Sales. encourag(''s paile Béarnais, firent entendre le philosophique langage de la raison, de la piété vraie; et, de toutes les entreprises de l'école expirante, il ne survécut que l'alliance de l'esprit fran<;ais avec le génie de l'antique latinité. Montaigne avait cimenté cette union, Monl;iigne, esprit libre, ondoyant, divers; génie souple, dédaigneux des doctrines inqié-rieuses,ft|)r(ifoii(i(''mentiinbu(le la pensée romaine, dont son slyle gaidail une saveuifine et adoucie. Son érudition de pliilosophe a retrenq)é son génie et stm style; son indéfjendance, insouciante et llexible en ses allures, l'a préservé de la servilité innt;»tive. Peintre de l'âme humaine, il n'avait d'autre modèle que la nature, et ne pouvait parler (jiie le langage qui répondait à sa pensée. Il l'exprima sans la traduire, .lusqu'h l'avéneniciil de Pascal, Moutaigiic nous parait ètie l'c-crivain (pii a le plus uirrvi'illeuseiuenl «•m|)loy(' la langue fran(;aise. Il eut [tour «'lèves Charron et tous les cai)ricieux |tliilosoplies «lu siècle dix-liuitii'me.

A peine Henri IV eut-il entr'ouvert le siècle de Louis XIV, que les jeunes auteurs cessèrent tout à coup de comprendre Ronsard, i\u Rarlas, du Rellay, Baïf, «■(, il le faut :iv«tuer, Rabelais lui-même, si ing«''nieux dans sun iielh'iiisuu- et si national |tai' l'esprit. Mais, en matii-n- «!«• langage, qiiaii«l la lettre lue, l'i-sprit cclioue ;i vivifier. Cepcnilaiil ces iniines auteurs, repus d'«iudili«iu jusi|u'à satiété, entendaient encore à nicrvcillc

\illon, Coniines et Marot. Plus d'une fois, ils s'étonnèrent eux-mêmes de cette appalï'iile anomalie : « Marot, disait La Bruyère, Marot, par son tour et par son style, sL-mble avoir écrit depuis RonsaJ'd; il n'y a guère, entre ce premier et nous, que la dilféi-ence de quelques mots. »

C'est ce qui fait aussi que Boileau , cherchant un auteur à exhumer du fatras des siècles gothi(jues, un barbare à citer avec éloge dans la droite lignée de nos ancêtres, enjaiubail loule la Renaissance et tombait juste sur Villon.

Il laut confesser aussi qu'à la cour des derniers Valois, ces étranges maniaques, la poésie, dont ils étaient amoureux, s'était imprégnée de toute la bizarrerie de ces burlesques et lugubres Mécènes : Amadis Jamyn, Kemi Belleau, du Bartas en étaient venus à la plus étrange mascarade du style et du langage , sans parler des conceUi et autres mignonnes fleurettes. C'est ici que les travestissements se portèrent aux plus grands excès : car la prose, à la même époque, renaissait néolatine avec Amyot; mollement italienne mais élégante encore, avec Brantôme, bon esprit qui ne cueillait par delà les njonts que des fruits mûrs.

C'est l'avènement de la maison de Bourbon qui mit fin à l'œuvre de la Renaissance. Esquissons rapidement, pour conclure, le tableau de cette révolution toute politique.

Quand la Ligue fut organisée par les Guise et leurs adhérents, la Renaissance, essenii<'llement catholique, à Jupiter et Apollon près, brillait de son plus vif éclat. Son empire fut prolongé par Catherine deMédicis, qui s'empara de la Ligue au lieu de l'abattre, et en perpétua l'esprit. C'était l'esprit italien , conséquence forcée de la politique italienne. Le long règne de Catherine fit durer celui du langage courtisanesque et de l'imitation , goût commun à la Ligue et à la cour des Valois , deux camps rivaux, également hostiles au roi de Navarre.

Lorsque ce dernier éleva tout ensemble au trône la maison de Bourbon et l'esprit du protestantisme, bannir les levains de la Ligue et les allures des Valois, ses anciens ennemis , devint le but naturel de ses efforts. Il s'agissait de donner à la nouvelle cour une autre direction morale; d'en chasser le goût des choses de l'Italie, des poignards, des poisons de l'Italie; d'en éloigner les principes ultramontains et l'ascendant de Home, auxiliaires des idées de la Ligue. La langue, la littérature étaient impliquées dans cette •Miti'cprise. Catholique de Iraîclie date, Henri IV gouvernait avec Sully, protestant; l'auteur de l'éditde Nantes préludait à son œuvre de conciliation en chargeant Fi'ançois de Sales d'opposer au fanatisme une religion pacifique, tolérante et éclairée. Cette pens('e de Henri nous a valu Vliilrodnclion à la vie dévole. Le langage religieux delà Fi'ance moderne a fleuri là })our la première fois au sein de l'Église. Abattre le vieux levain de l'Italie, c'est ce que Henri penuellait ii Malheibe d'appeler euphémiquement : dégasconiier la cour. Ce rigide pédagogue, certain d'oser tout dire, doué d'un esprit mordant, d'une réplique lesle et acérée , était plus redoutable encore pour les courtisans aifeclés d'ullrainonlanisine que pour les méchants poêles. Cependant quelques-uns de ceux-ei, tels que Dcsptutes. Bcrlaut et Thé(){)hile. gc'iiie dont l'or éUiil mêlé d'alliage.

lendaienth se relcYcr des singularités de la Renaissance. C'est en vain; absolu dans sa doctrine , Malherbe en fit une sorte de Gironde littéraire : il les mit à mort, et plus tard Boileau livra leurs cendres au vent.

Le caractère même du roi Henri eut une grande part à cette rénovation de la vieille langue française et de l'esprit gaulois, comme on disait déjà. Instruit par les revers, enfant de ses œuvres, héros parvenu, Henri IV, ennemi de l'afféterie, personnification du bon sens, raisonnait comme un sage et parlait comme un soldat; son ànie forte et railleuse était tout imbue de l'esprit gascon , qui est la quintessi'nce de l'esprit français. Son premier cri s'était exhalé de ses lèvres frottées d'ail et humectées de vin 5 sa jjarole garda toujours le parfum du peuple qui l'aima et le reconnut pour sien. En ces temps, l'on imitait le maître : les courtisans apprirent à parler sur le Pont-i\euf; le français, dès longtemps banni de la cour, en retrouva le chemin, et la littérature se conforma sans peine à cette régénération.

Voilà donc ce que gagna la langue à la chute de la Renaissance , et voici ce qu'elle perdit par la tyrannie trop sévère de cette réaction. Systématique à l'excès, Malherbe rendit la Muse trop étudiée : la langue, telle qu'il la contraignit d'être, se trouva fort élaguée. Disciplinée par lui, la poésie devint timide, un peu guindée, et perdit de son natif enjouement. A force d'émonder, de brosser le tissu du langage, Malherbe amincit le corps de l'étoffe; et l'Académie, son élève, contribua, tout en perfectionnant l'œuvre paternelle, à un réel appauvrissement du français : sort inévitable d'une langue allaitée jadis par des controversistes, et disciplinée au profit de la logique, de la lutte populaire, puis de la philosophie. Partout, l'esprit du calvinisme, une des formes pass;ig("resdu génie de l'opposition, a brûlé les images et pourchassé l'idolâtrie des arts. Malherbe est moindre et plus grand que ne l'ont représenté les partis contraires. Depuis deux siècles, le peuple des poètes a arraché, à son école, de justes concessions ; mais, après tout, l'arrêt de Boileau , qui consacre sa puissante initiative , n'a pu être rapporté.

C'est avec le règne des Valois qu'expire l'ère si prolongée de l'adolescence de notre langue. Pour elle, le Moyen Age, c'est-à-dire la période irn'-gulière, incertiiine et chanj^t-anle, finit là, en même temps (jue la seconde Renaissance, phase dernière de ces longues révolutions. Pour la littc-ralurc, comme pour le langage français, la civilisation moderne commence avec le siècle dont Henri IV a bercé les premiers ans.

FiuNCis WEV.

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Ch. NoniER. Notion- élémentaires de linguistique, ou Histoire abrégea de la parole et de l'éciiture Paris, 1834, in-8.

KsT. GuicuAiiT. L'liarmoni<' élymologiqiie des Langues , où se démontre évidemment , p^r plusieurs aniiquitez curieusement recliercliéts , que toutes les Langues sont descendues de l'hébraïciue. Paris, KilS, in-8.

l'oy. auE^i les Éléments primiti/s des Langues , découverts par ta comparaison dfS racines de riu'Ifreu avec celtes du grec . du latin et du français, par Bergier ^Par., 17(>4. in- 15).

J.-B. l'iiiLF.MON Skiimf.t. Histoire de la formation des Langues, servant d'introd. au Dict. génér. étymologique. Paris, 1846, in-8.

COM! Gesneri Mithridales, seu observationes de difl'erentiis Linguarum. Tiguri, 1651, in-8.

Rétmpr. plusipors fuîit. et avec des commenl. de Gaspard W a ser i Tiguri 1610. m-8).

Voy. aussi le Mitbridates de J. Chr. Adelon^ ^Birtin , 1806-17, 5 loi. iii-8) : le dicIioQuaire polyj]l(tlte de Calepin ; V Etymologicon universate de Whiter, et utie foule de Iraités, de glossaires, etc.

JoA. Sevekin Vatek. Linguarum totius orbis index alpliabelicus, quarum grammatice, lexica, collectiones vocalmloriim recensenlur, patna signilioatur, bistoria aJumbratur, lat et germaii. Berolini, isi.i, in-8

J\MES Parsons Remains of .lapbet : being bistorical inqiiiries into Ibe afiinily and origine of Ibe european Languages. Lnmlon, 1767, gr. in-4

Jac. BoKGoiM Liber de oiigiiie, usu et ràtione vulgariuin vocum Lingua' gallitœ, itjlicaeet bis|iani<;a;. Parisiis, làSj, in-4.

Ces. LiiCCHEsiM. Délia illustrazione délie Lingue anticlie e moderne e princi|ialmente dell' italiana procurata nel selolo .XVIII dagl' Italiani, ragionanientu. Lucca. 1819, iii-8.

Cu. Dem\a. La clef des Langues ou Ob-ervatiiuis .sur l'origine et la formation des principales Langues qu'on parle et qu'on écrit en Europe. Berlin, 18û:t, .i vol. in-8.

I.a plus grande p.irtie de cet outrage avait para en différents memoi-es de 1785 à J8ll:>, dans lerecneil de l'.Acad. de Herlin.

Cil. GoriL. AiiNDT. Ueber der lirspruug iind die verscbiedenartige Werwandtscbalt der eutopieiscbeii Spracbcn FrancJ'urt, 181 s, in-8.

Al.. MimiiAï History of tbe europi>an Languages , or Reseatcbes into tbe allinities of tlie teutonic, greek, celtic sclavonic and indian nations. Edinhurgli , 1823, 2 vol. in-s!

Stf.pii. Westo.n's Spécimen of tbe tonfotmity of Ibe european Languages, willi the oriental Languages. Loiidon, 1 »02 iu-8. '

KE^^EDV. Reseai elles into tlie oiigin and afiinily of tbe principal Latigua^esofAsia and Eiiropa. Londoti, 1»28,in-4

Fit. .Iist-Mah. Ravnoi aru. Iniluence de la Langue romane rustique .-ur les Langues de l'Europe latine. Paris 1835 in-8 lie 95 p. ' '

Voj. aussi lun /.ei-i/ut ron.,1.1 ou ;jiclio.,n,.ir, ,U: la l auijne des trou-

badours, comparée avec tes autres Langues de l'Europe latine, preted. de nonv. reclieiclies hislor. et philologiques 1 Par., 1836-46 . 6 vol. in-8)

Gaer. He.nri. Histoire de la Langue française. Paris, \%\ i, 2 vol. in-8.

I. D. B. A. (JoAcii Dc Bellay, Angevin. ) La deffense et illustratiim de la Langue françoise. Paris, l'Angelier, 1549, in-8.

Plnsieurs fois réimpr. à part et avec les œuvres de l'aulear. Cet opuscule donna lieu à la publication auonyme de Quintit lloratinn, par Cb. Fontaine (Lyon, 1651, in-8).

H. Estiense. Project du livre intitulé : De la précellcnce du Langage françois. Paris, Mamert Polisson, 1579, in-s.

DeRivabol. De l'univetsalile de la Langue fiançaise. Paris, (784, in- 12.

Voy. aussi, du même auteur, Tiiscours prélim. du nouv. dict. de ta langue française (Par., 1797, iti-4).

Schwab. Dissertalion sur les causes de l'universalité de la Langue fiançaise, trad. de l'allera. par U. Robelut. Paris, 1803, in-8.

C. N. Allou. Essai sur l'universalité de la Langue française, ses causes, ses effets, etc. Paris, 1828, in-8.

GiiLL. Rabotti Oratio de gente et Lingua francica. Witeb., 1572, in-8.

Et. P.asqdier. De la Langue françoise, de son origine, de ses diflérens idiomes et de l'étymologie de plusieurs termes... Voy. le 8' livre de ses Recli de la France.

J. Liron. De l'origine de la Langue françoise; dissertation 011 l'on recherche en quel temps elle a commence à devenir \ugaire. Voy. cette Dissert, dans le t. I de ses Singularités hisloriques (Par., 1734, 4 vol. in-12).

Voy. aussi , dans le 1. III du même ouvrage : Que la langue latine était vulgaire parmi les Hautes, au sixième siècle.

Enlabt de GRA^DVAL. Di.sconrs historique sur l'ori.iiie de la Langue françuisK, lu à la Suciété littéraire d'Arras. Voy. ce Disc, dans le Mercure de France, juin et juillet 1757.

Voy. aussi dans le Mercure, aoiit . même anuée, une lettre de Leves<|iiide la Ravalliére à l'auteur de ce Discours

Et. de B»reaza\ Dissertation sur l'origine de la Langue françoise. Voy. cette Dissert, en tête de i'Ordène de clteviiierie (Laiizanne, 1759, in-12).

Cl. Bern. Petitot. Essai sur l'origine et la fornialiun de la Langue française. Voy. cet Essai en tête de la nouv. édit. delà Grammaire géntSr. el roisintnee de Port-Rotjal (l80.i).

J. Ampère. Histoire de la formation delà langue française. Paris, 1841, in-8.

Pour servir d'infrorffrcliou ;i l'Ilist. de la littërat. franc, an Moyen ,4ge. qne l'auteur se propose de publier.

Voy. aussi le premier vol. de Yllist littér. de la France, par les Bénédictins. 1733, in-4.

DccLos. Mémoires sur lorigine et les révoliiliiins des Langues celtique el françoise. Voy. ces Méiu. dans les I. XV el XVH des Mém. de l'Acad. des inscr. el bell.-letlres

}. Den. nE Lanjoinais. Des Langues et des nations celliques. Voy. ce mém. extr. du .Mithridales d'Adelting, dans les t. IV et V des Mem de l'.-lcad. Cellif/ue.

J.-B. Blllet. Mémoires sur la Langue celtique, contenant : 1» riii.stoire de celte Langue; 2" une descriptinn étymologique des villes, livièies, montagnes, etc., des Gauli'>; 3' un dictionnaire celtique. Besançon, l75'i-70, 3 vol iiilol.

L. N, H. L. La découverte de l'origine et de l'étymolog'e de tous les mots composant la Langue fiançaise, iivec l'explicalioti des noms iriiommes, et leurs prénoms, des noms de villes, etc. , ou l'Histoire des peuples de la Gaule Belgique au temps de l'invasion romaine. .Sainl-(Jiieiilin, 18*0, in-8

J. DE Bast. Recherches historiques et littéraires sur la Langue celtique, gauloise et ludesque. Gand, 18I.S-16, 2 part. in-4.

J. TiioNNELihR. Sur les origines sémitiques et indo-tartares

de la nation et de la Langue celtiques ou des anciens Gaulois. Paris, 1840, in-8 de 80 p

C. Galli. Essai sur le nom ^t la Langue des anciens Celtes. Paris, 1844, in-8.

W. F. ED\v*Rns. Rechertlies sur les Langues celtiques. Paris, Inipr. roy., l»ii,in-8.

Jacq. le Brigant. Mémoire sur la Lanaue des Français, la même que celle des Gaulois leurs ancêtres. Paris, 1787, in-8.

Vof. pDcorp les ouvragps de lîDguîltiqoe du même auteur, qui a cherrhê couBlAmment l'origine de la l.an<]ue frdncaiBe daus le celle nu le balbreton : Elémmts de In Langue des Celtes gomerit^s nn bretons ^StraBhnory. \llii, in-8) ; Ohservat. JondiimenUtleS sur les Luutjues anciennes et modernes (Par.. 178". in-4), elc.

J. Dan. SciioEPFi.iN. De Linsuis in Fiandae regno. Voy. celte dissertât dans le t. I de l'Alsalia Uiustrala (Colm .riae, 1761, in-ful.).

Ant. Rivet. Observations sur la Liingue franç.oise ou romance, lorniée du latin. Voy. ces Obseiv. daus les t. Vil et VIII de VHist. litfrr. de la France.

V. >'ic. Umnamï. Mémoire sur Tintroduction de la Langue latine dans les Gaules sous la domination des Romains. Voy. ce Mém. dans le I. .VXIV des Além rie l'Acad. ries insc. et bel les- lettres.

— Dissertation sur les causes de la cessation de la Langue tiidesque en France. Voy. cette Dissert, dans le t. XXVI des M<'m. de l'Acad. des insc. et belles-leltres.

— Réflexions sur la Langue latine vulgaire pour servir d'introduction à l'explication des serments en langue romane, prononcés jiar Louis de Germanie et par les .seigneurs français, sujets de Cliarles-le-Cliaiive, dans l'assemblée de Strasbourg de l'an sij. Voy. ces Réll ilans le t. XXIV des Mém. de l'Acad. des insc. et belles-lettres.

Jos. Thf.o. nE MounciN ns MFvsii-LANAUcArdF. Serments prAtés à Strasbourg en 842 , par Charle.s-le-Chauve , Louisie-Geirnaninue et leurs armées respective? , exir. de Nitliard, Irad. en liane, avec des notes gratiimat. et cril., des observai, sur les Langues rimiane et liancique, et un spécimen ilu ms. Paris, I816, in-8 de xiv et Si p., avec 1 pi.

Voy. auRsi . dans le l. WVI dea Mém. de CAcnd. des Inscript, et lletl.- I.ettr., uu .Mémoire de Iloniioiy lui le» uiéaies Sii menti.

P. Alex. Levfsque hf, la Ravalliùiie. Sur la Langue vulgaire de la Gaule depuis César jusqu'au règne de Pliilippe- .Vuguste. Voy. ce mem. dans le t. XXllI des Mim. de l'Acad. des insc. et belles-leltres.

Henri Gbiffet. De la Langue d'S François sous la première race. Voy. cette disseit. dau'i le t. Il de son édit de Y Hisl. de France t\u père Daniel (Par., 1751, 17 vol. in-4).

(J. liARiio.s.) Kléments carlovingiens linguistiques et littéraires. Paris, I84G, iu-4, lig.

Cn. Sabi.ieii. Kssai sur les Langues en général, sur la Langue française en pai liciilier , et sh progressicui de|iuis Cbarleraagne jusipi'a pré.M'nt. Paris, 1777 ou 1781, in-8.

J. B. Lacciine DE Smntf-I'ahw: Remarques sur la Langue française des douzième et treizième siedes, comparée a\ec les Langues pro\eiirale, italienne et espagnole dans ces mêmes siècles. Voy. (es Rem. dans le t. XX des Ment, de l'Acad. des ;h.î(T. et beltcs-lclires.

Fai.coxnet. Sur nos pr-niieri traducleuis François. Voy. ce Mém dans le t. Vil de Vllisl et Mem. de l'Acad. de.i In.icr. et llell l.ellr.

iy.w LriiiCF. Reeberclies sur li's plus anciennes tradiiclions en languie française. Voy ces Hedi. dans le t. .Wll des Mfni. de l'Acad. des inscr. et bcll -lell.

Voy autii l'intrndurliiin hiilorif|ue qui pr^r^de tel Quatre tirrei des rmi , trad. en frnnr du douzième lirete , |iubt. par .M l.eioui de I.Inry dam 1.1 r.oHeet. dei dijcum. inédits (l'ar , linpt. rn)., IH4^, in-ii.

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Gabr. Peicnot. Essai sur l'origine de la Langue trançaisr et sur un recueil de monuments autbentiques de cette Langue, classé cbronologiquement depuis le neuvième siècle jusqu'au dix-septième, avec notes, etc. Dijon et Pans, 1835, in-8.

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Francis Weï. Histoire des lévolutions du Liingage en Fiance. Paris, 184 8, in- s.

GiLiE Menace, Dictionnaiie étymologique de la Langue françoise, avrc les Origines françoises deCasentu\e, les additions de P Jacob et de Simon de Valbebert , le discours de P. Besnier et le vocabulaire agiologique de l'abbé Cliastelain ; noiiv. édit. avec les ét\molog de Hnet, Ledndiat, etc., et le Trésor des recbercbes et antiquités gauli^i es et Irançoises, de Borel , le tout mis en ordre et aiigin. par A. -F. Jaiilt. Paris, 1750, 2 vol. in fol.

La !"■ édîl. de ce dicliniinaire avait paru eo un vol. iu-4, 1(>50. so.ii ce titre ; Origines de la langue françoise. La I'^ édit. do Trésor des reeh. de Itorelest de 16.5.Î, in-4.

Voy. aussi les deui lilossaires de Ducange {dloss. medice et infimtrtatinilalis et Otoss. média: et infimtc Grœcitalis .

J.-B. Lacurne de Saint-Palaïe et G -J. Moiciift. Glossaire de l'ancienne Langue française depuis .von origine jus- (pi'.iu siècle de Louis XIV, t. I, in-lol. de 735 p. (inachevé).

Ce volume, qu ou imprimait a t'impriinerie roy. île. sous [es auspices de IMcal. des luscr. et Iteil.-l.ettr, . a été mis au pilon eu I71lâ; l'onirage. dont le manuscrit eiisie à la Itiht. N'ation.. devait avoir 10 à 12 volume*. Lacurue de Saiiite-Palaye avait puLI., en I71if) , io-4 , le Projet rTuii glossaire français.

Voy. aussi le Dict. du vieux htngage franc., par I.arouibe ^I7(>6, 2 vol. iiO.S). le Glossaire de la luingue romane, par J.-It. R. Roquefort (I80S- 20, H vol. in-8) . le /.e.rigMf roman, par llaynooard n8:t8-4.i . fi vol. in-Sl , etc.

Cil. Poi'CKNS. Trésor des origines ou Dictionnaire gramni.v lical raisonné delà Langue française. Spécimen, Paris, Impr. roy., 1819, in-4

Voy. iMtiV.ircheol. française ili juéine auteur Paris. IS2I-24, 2 vol. in-8).

Cil NoniEii. Dictiimnairc de la Langue écrite (.\-Acc). Pans, 1813, in-8.

Spécimen ilu .-jr^od ouvrage d'elj molojpe qne l'auteur avail anoonré dans une hrocbure intitulée : .Arcliécilogie ou système universel et raisonné des Langues Pndégonirnrs Paris, 1810. in-8V

J.-H. I!. iiF Uiiquffort et Champollion-Ficfac. Dictionnaire et.MMoUig ipie lie la Liingin' l'rançai.se où le- mots sont classés par famille. Pans, l»'i9, 2 vol. iii-8.

( Pamin l'Miis.) Essai d'un dictionnaire lii>torii|ue de la Langue française (a-,\cci-s). Pans, 1847, in-i «le lu L

.Iean Pai scbavf. L'esclaitcis>emenl de la Langue françoyse. l.(m'lon,J. Ilavliins, l53o, in-bd. g"lli

Oite ;|i<imii)aiie franiaiip. ei-tile en an||laiv . rit Irllenienl rare qu'on la reiinpi. en ce imimeiit dans l.i collect, de, Doruminls uiedit. relat. a I liisl. de France.

.iFvx SM.MI s. In l.'nginiiii galliiiiiii is.igiige, iina iiim ejiisileiii ^raiiiinatiiM l.itinog.illiia, ex liebreis, gia>>iset latinis aulliorlbus. Pansiis, Itob. Steiiliantis . |5)I, in-i.

(IIONAV. IlES Pl.KIEIls:'] JllielAe ili)r|rine poiii il-ueiuent estripie M'Ioii la propriéli' du riançovs. Voy. tit opiisi iile a la lin du .Munir de l'ilme incliercsse , île Marguerite , reine de N.naire, eilil. de Lijon, l.e/irtncr, I,i38, petit ins.

Louis Meicret. Letrette de la grammerc francoeze. Paris, Clir. M'echel, I5à0, in-4 de 144 If.

Voy. Ie< criliqoes auiquellei et- singulier Iraité donna lipa , et qni amenrrenl de ploi «ingnUire» rfpliqnei de la p.r( de Meijrel. contre Guill. de* .Autels et Jacq. Pelletier, qui l'avaient raillé.

J. PixLETiKii du Mans, Dialogue de rorthografc et prononciation lïançoise , départi en deux livres. Poitiers, Enguilbert Mamef, 1550, p. in-8.

Vo). encore plusieurs ouvrages de gramtnaire de la même époque, en latm ou en français, par Jo. Pilot(1661), de Masparraoll (1595), et autres.

G*B. Melbieh. La Grammaire françoise. 4nweM, Plantin, 1657, iii-S.

PiEiiKE Ramus. Gramere. Paris, And. Wecliel , 1562, io-8 de 1 26 p.

Reimpr. plusieurs fois avec te titre de Gramvulire (k P. de la Ramée.

(RoB. EsTiEVNE.) Traictéde Grammaiie françoise. Paris, R. Esliennc, 1569, in-8

Trad. eu lai, sous le litre de Gallicœ gramnultices Ubeltus . et réimpr. ainsi à la suite de \'}lypomnesps de ijaUica l.itigua , de Henri Estienne {Par., typ. H. SUpliani. lbH-2, in-8).

Ladii. JdiBEKT. Dialogue sur la cacograpliie françoise. Voy. ce Dial. dans son Traité du ris (Par., 1579, in-8.).

Ab. Mjtii. des MovsTVBDitBEs. Dcvis de la Langue françoise. Paris, J. de Bordeaux, 1572, p. in-8.

JoACH. PtBioNii Dialogoruni de Liiiguae gallicae origine, ejusque tum groeca cognatione libri IV. Parisiis , Sel/ast. Sivellius, ib55, in-H.

H. EsTlE^NE. Traicté de la conformité du Language fiançois avec le grec, divisé en trois livres, avec une préface remonstt.iiit (|uelqite partie du désordre et abus qui .se commet aujourd'Iuiy en l'usage de la Langue françoise; en ce traicté sotit découverts quelque,> secrets , tant de la langue grecque que de la franroi.se. .S n. et s. d. (Genève, 1565), in-S.

PiEBKE iioKA»n. Observations sur la conformité du grec viilgaite avec notre Langue. Voy. ces Observ. dans le t. XXIIl des Méin de l'Acad. des Inscr. et Dell.-Lettr.

Voy. aussi le cuneui livre De Republica et Litigua Jraticica ac gothica il.U}{d.. 1559, iu-i). ou Julien Taboetius soutient qne la Langue française est formée du grec.

LÉON Tiiii'i'AiLT. Celt hellénisme ou Ëtymologie îles mots françois tirez du gtec, et les preuvt;s, en général, de la descente de nostre Langue. Orléans, Èloij Cibier, 1580, petit in-8.

L'Accord de la Langue françoise avec la latine, par lequel se cognoistra le moyen de bien ordonner et coiii|ioser totitz inotz, deniiuelz est faic.te mention au vocabulaire des deux Langues. Parisiis. ap. Sim Colinœum, 1540, in-8 de 3» II.

Voy. aussi V ElyrtLOlogicon franc, de riletropolitain (J. Lebou). Par., 1.1-1, io-8.

(H. LsTiENNE.) Deux dialogues du nouveau Langage fiançois italiaiiizé et autrement déguizé , principalement entre les courtisans de ce temps: de plusieurs nouveaiitez qui ont aci;ouipagné ceste nouveauté de langage ; de quelques courti>anisiiies modernes et de quelques singularitf z courtisatiesques. S. n. et s. d. [Genève, i.i78), iti-8.

Cl. MiTALEHii, De vocabulis qua^ Juilœi in Galliam itilroduxeiuiit. Voy. ce traité à la suite de louvrage d'Henri Estieniiit : llyimmneses de rjalt. IJngua, pere<jrinis eain discentibus necessnriœ {S. n., 1582, in-S).

Cah. Ijuvilli (Bocvelle). Liber de differeiitia vulgarium Linguanim et galli sermonis varietatn ; quae voces aptid Gal- Icis suit liciitiic et arbitrariic vel barbarie, qua; item al ori- ^iiie latina luanaritit, de lialliiciuatiotie gallicanurum iiuiniiiiim. Parisiis, ex offic. Rob. Stepliuni, 158:), in-4.

Woifg Hungerus réfuta le système de Ituuvrlle dans un traité intitulé : /.iiiguir germanuœ vindicalio {.iryentorali, i:i86, iu-8).

LoDov. Diii.cE. Libri dellc osservationi dclla volgar Lingua. Holofjne, 156'), iii-8.

Aless. CiTOLiM. Leitera in difesa de la Lingua volgare. Vinegia, Fr. Marcolino da Forli, l.i40, in-4.

Réiiupr. avec des uddit. et une lettre de Girol. Hoscelli. \ineg., 1551, io-8.

P. Fb. Giambullaei. Il Gello, cioe ragionamenti de la prima origine délia toscana Lingua. Fiorenza, 1646, in-4.

Kéimpr. en 1549, sons ce titre : Origine délia Lengua Jiorentitta , in-fol.

Celso Cittadini. Traltato délia vera origine e del processo e nome delbi iinslra Lingua, sctitto in \ulgat sanese. Venelia, G. B. Ciotti, 1001, in-8.

Paolo Bem. L'Anticrusca overo il Parangonedell' italiana Lingua, nel quai si mostra chiaranienle die l'antica sia inculta e rozza, e la moderna regolataej^eutile. Padova,Batt. Martini, 1612, iu-4.

Voy. la réponse d'Orlando Pescetti [Verona. 1613. iu-4'i et la répliqne

(// Cavalcnnti) de Mrch. Angelo Fonte \Pailova, IGU. in-4).

Ocr. Febrahu Origines Linguae italicœ PatavH , 1676, in-fol.

P. PiRANESi Discours sur l'origine, la fonnatlon, le développement et l'état actuel de la Langue et de la littérature italiennes. Paris, 1830, in-8 de 12 p.

Egid. Menagio. Origini délia Lingua ilaliana: colla giunta de' modi dt dire italiani, raccolti e dicliiaiati dal medesiuio. Geneva, 1685, in-lol.

La ir' édit., Paris, 1669, in-4, ne fol tirée qu'à cent exemplaires.

Asc. Pebsio. Discorso intorno alla conformita délia Lingua italiana con la greca. Bologna, 1592 , in-8.

Andbes de Poça. De la antiqua Lengua, problaciones , v comarcas de las Espanas. Bilbao, 1587, in-4.

Behn. Aldrete. Del origen de la Lengua castellana. Madrid, 1682, in-lol.

La 1" édit. est celle de iiome. 1606, in-'i.

Geeg. Mavans. Origenes de la Lengua espanola. Madrid, 1737, 2 vol. in-8.

Duarte Nlnez de Leao. Origem da Lingo portugueza. Lisboa, 1606, in-4.

Barafin, Sur la Langue nalionale, ou Dissertation sur ces questions ; Les idiomes bollamlais et llamands lornientils la niêmt; langue.' etc. Bruxelles, 1815, biocb. in «.

De Westbeenen de Tiellankt. Recherches sur la Langue nationale de la uiajeuie partie du royaume des Pays-Bas. La Haye, 1830, in-8.

Jo. Georg, Eccardi Historia studii etyinologici Lingua" germanicae liactetius impensi , ubi scriptoies iderique lecensenlur et dijuuicanlur, qui in origines el ai.tiquiiates Linguae teutonica-, sax , belg.,dan.,suec., notweg. etisland., veteris item celticae, golh. , l'ratic. atque anglo-sax. inquisiverunt, etc. Hanovcrœ, 1711, in-S.

Al G. Fb. Pott. Etymologische torschungtn auf dem Gebiete der indo-geriuatiischen Spracben. Lenign, 1833, in-8.

J BoswoRTii. The origin of tl:e geriiianic and scandinavian Languages and nations. Londoii, 1836, iii-8.

Sam. HE^SHALL. The saxon and englisli Lnnguages reciprocally illustratiïe of each otiier ; the iuipiacticabiluy nf acqiiiring an accuiale Knowledge of Saxon littérature through the médium of lalin pliraseology. . London, 17y8, in 4.

Steiu. Skin.xeri Etimologicon Lingua' anglicanae Londini, 1671, in-lol.

.lAMiEso.x's llermes scytliicus, or the radical aflinities of the grcek and latin Languages to the gothic. Edinb\irgli , 1814, in-8.

N'ous n'avons pu indiquer qu'un petit noml.re des livres qui Irailenl des Langues en général et de la Langue française en parlieulier : une Biblinyruphie de la Linguistique est encore â faire.

Ou triiuïera. dans la llibliograpbie du chapitre des Patois, uombre d'ouvrages lelatifsaoi Langues, que nous oiucUons ici pour ne pas loinlierdaus des redites.

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IilllS (III

, il IfSl iiioiiis

N no peul se faire une idée juste des Patois, qu'en se figurant un (leuvepriinitifdont le lil nesl pas creusf'et i|ui sépanclie lilireiiienl. couviaul doses eaux les vallées et les plaines : peu ii [lou , son tours se régularise, SOS rives se foiiiioiit. et on no voit pi us sur les terres, au para vaut inondées, cpio des marais et des étangs. De même.

(|iiaiid la langue roiiiaiiK'. parloo paidcs inillitiiis d'iKiniiiics .

lui iianslorméo. régularisée, et se ronronna dans losliiiiilos I ca fl la . en dclioi s de t fs liuiili's (cnvcnlioiinollcs. do (l('nalur('s par lo loinps. le Irutloinenl de la langue

Heiiçc-LiPUrpu

PATOi: , l'Ol. I.

nouvelle et risolemenl, qu'on est convenu d'appeler Patois. Dans tous les pays qui navaienl pas de relations avec les villes, dans les districts des montagnes, des villages, des campagnes, les Patois reproduisaient, au Moyen Age , et ils conservent encore le type, les couleurs et roriginalilc' de la langue primitive. On ne retrouvait même que dans ces vieilles sources le mélange des divers idiomes qui ont passé depuis le connnencement des temps sur les lèvres de nos pèi'es, et ces mots, aujourd'hui oubliés, qui viennent ra|tpeler comme des éclairs le génie et les mœurs des générations disparues.

Les Patois de France , dont nous traiterons d'abord , se divisaient, au Moyen Age, en deux familles aussi tranchées que les races qu'ils représentent : celle des Patois méridionaux parlés par la race romaine et gallo-romaine, et celle des Patois français, idiomes vulgaires des populations établies en deçii de la Loire. On compte douze dialectes principaux dans la première famille : le languedocien , le provençal, le gascon proprement (iii. Vagenois, le bordelais, le béarnais, le quercinois , le rouergal , \ auvergnat, le limousin, \e périgourdin et le dauphinois. Tous ces dialectes dérivent directement du latin que Rome imposa jadis, après la conquête, comme langue nationale. 11 s'y mêle seulement, en quantité assez notable, des débris des langues parlées avant l'arrivée des Romains, telles que le grec et le celtique, car la variété des idiomes fut un des traits caractéristiques des Gaulois, qui , au rapport de César , avaient autant de manières de s'exprimer, que de tribus : Eâdem non iisqiie quâque linguâ uluniur. sed pauluhnn variala. A cet élément celto-grec vint s'ajouter plus lard, h la chute de l'Empire, une petite invasion de mots gothiques et arabes, lesquels, perdus sous lalluvion latine, achevèrent de constituer le fonds des Patois actuels. Tous ces patois vécurent isolés et parlés par le peuple, sans participer aux progrès des langues néo-latines, que les troubadours, au midi, portèrent à un si haut point de perfection, que les trouvères firent si piquantes et si pittoresques au novd. Ils dégénérèrent bien un peu, ils laissèrent bien se faner quelques-unes de leurs vieilles couleurs: mais, en définitive, comme le peuple est celui qui oublie le moins les traditions et le langage de ses pères, ils traversèrent victorieusemeni le Moyen Age et la Renaissance, où nous nous plaçons pour les peinilre, en commençant par le languedocien.

Voici comment Goudouli définissait ce Patois, au commencement du dix-septième siècle, dans sa prose mignarde, si étrangement coloriée, si originale et si inimitable : « Repoussons tous ceux qui font la grimace h la \m\^y\emoundine [moundino. toulousaine;, tant parce qu'il leur est impossible de se plonger dans la connaissance de sa grâce [eniprigoundi dedin la connaissenço de sa gracio), que pour nous faire croire qu'ils oiU trouvé la fève au gâteau de la suffisance. Chassons le mépris avec le mépris, et de toutes leurs paroles railleuses et moqueuses {nf/lados et trufandièros) faisons des bulles de savon !... Car, je vous le demande, est-ce que la rose pompon [muscadèlo) cesse de nous chatouiller l'odorat e( les yeux , |)arce que le frelon enfouit son aiguillon dans ses feuilles vermeilles'^.. Nourrisson de Toulouse, il me plaît de maintenir son langage beau et capable de débrouiller toute sorte de conceptions, et parce motif, tout à fait digne de se

pavaner avec un plumet de prix et d'estime! Un seul reproche on lui peut faire, c'est de devoir quelque chose au latin; mais, s'il lui a emprunté comme le français, l'italien et l'espagnol, qui se vantent avec raison d'avoir atteint le jjIus haut échelon de la perfection, ne puis-je citer une foule de mots du pays qui vivent de leurs rentes, tels que bî'uc, bruyère; cuscol , hahil; corrinca, grincer, etc. Par ma foi, leur antiquité me ferait croire que lorsque les langues se trouvèrent par le mandement de Dieu au londjeau de Nennod, la nôtre était du nombre. Si d'ailleurs ïolus, petit-fdsdeNoé, a, selon l'opinion commune , fondé Toulouse, il n'y aurait rien d'extraordinaire qu'elle eût servi à la construction de ce bâtiment, dont les girouettes devaient raser le ciel et prévenir le débordement pi'inlannier [m(njenc) d'un autre déluge. »

Sans remonter aussi haut que Goudouli. on peut élablii", à l'aide de documents historiques certains, ranli(juité du Patois de Toulouse, et démontrer condjien peu il a subi d'altérations dans sa marche à travers les siècles.

Sans parler ici des Serments, trop de fois cités, de 842, dont le Patois toulousain aurait le droit de revendiquer la moitié des mots, il existe une épitaphe qui lui appartient tout entière, car, aujoui'd'hui même, aucune des expiessions qu'elle renferme n'est bannie du langage usuel. Celle épilaphe est celle de Bernhard, duc de Seplimanie . poignardé par l'empereur Carie le Chauve dans le cloître de Saint-Sernin de Toulouse :

Aissijay lo coms eW Bernât , Ici Bcrnlnrd est enterré,

Fidel credeire al sang sacrât Croyant lidèle au sang sacré,

Que tos temps pros hom es estai. Qui toujours montra loyaulé.

Preguem la divina buntat Prions la divine bonté,

Quaquela fis que l'a tuât. Que celle lin qui l'a tué,

Posca son ann aver salvat. Puisse son àme avoir sauvée!

Pietrouvée au commencement du dix-septième siècle et communiquée à La Faille , auteur des Annales de Toiilovsc, par M. de Masnati. conseiller au iiarlement, celle pièce fut traitée d'apocryphe par Haluze. et a été regardée par M. Piaynouard comme se rapportant au milieu du douzième siècle. Nous l'avons resliluée avec soin, et maintenons qu'elle ne dépasse pas l'an 1000. En accordant, au surplus, quelleesl postérieure à celte époque, on ne peut nier que le Patois ne fût formé depuis longlemps. puisiiue, malgré les huit cents ans écoulés, à très-peu de différence près, la langue de cette inscription est la langue vulgaire aciuclle. Ce fait est surabondannneni (h'-monlré par les monuiiienis de 1230. On poiniail lire, au [treinier paysan venu des rives de la Garonne, de fOib ou de l'Agout, le morceau suivant de l'histoire originale de la Croisade, qu'il le traduirait sur-le-champ sans iK'silalion :

Or dis l'Iiisloria que raii lodit conilc itaniun fouie mort Or, ilil l'iiisloirc, que lorsque le comte Kiiiiiion fut mort

et aisso esruininial l'an 1228, se Iroha que lodit coniie Jove cl même cxconimuiiié l'an 1228, il se trouva que ledit comie

«olguel parililiar el aicordar lot el cascuns del dchal» v ques- Jeune voulut pacilier et accorder lous et cliacuns des débats

tius qu'el c son dicli paire avian apul. el diflérends (|ue sondil père cl lui avaient eus.

Décalque un [leu pâle, mais iidèle du laliii vulgaire, le i*alois languedocien, pendant

loiil le Moyen Age, la Renaissance el la période séculaire qui précéda et suivit les guerres de religion, conserve sa clarlé, son allure vive et ses terminaisons romaines, comme le prouvent ces fragments empiunlés aux treizième, quatorzième, quinzième et seizième siècles.

Qiio iicfriina fcinna ni nuira doua de la villa ni do la lioïKir Que nulle dame ni aulre femme de la ville on de riionncur

de Montalba no corlcja ni auze corlejar neguna jazcnl, si no (terriloire) de Montauban ne fréquente ni ne s'avise de frc-

era cosina seconda delà o de so inarit o cozina germana é quenlersa voisine, à moins qu'elle ue soit sacousine germaine

daqui en amnnt o comaires: e aquelas que o puosco far tan ou celle de son mari, ou plus proche encore, ou sa commère,

solamen lo dimenigc c no en un aulro dia de la semena , ex- el que ces fréquenlalions ne puissent avoir lieu que le di-

ceptadas Joglaressas. manche et non un autre jour de la semaine. Sont cïceptées

{Ordfnanti dits veêtirt de tae donaë de }fontalba , Archive* de MonUuhan, loutofois IcS baladinCS. livre Rouf e, fol. 60, an liOl).

L"au 1309 lo X jorn de jouoyer, 1» roi de Fransa son eus propri fes rremazar mesire J. de Belizacà Tolosa qu.ir dis que era eretge. Item, sapcliatz que lo l'ei volic que J. de Beliîac perdes la tesia, el J. de Betizac ausil que la testa dévia perdre respondet al rei quel avié agut d'una Juzieva dos éfans é que erelge era el la jusiicia parlenié al enqueredor è non ni rei, item lo rei ausit aquéstas paraulas de sobre dig. J. de Bétizac comandet que fo ars è erenial et ainsins fo fag lo rei

présens. (Ué;ii ire» ms^. Je B. de Bovissel.)

L"an 1Ô09 et le dixième jour de janvier, le mi de France lil brûler son propre cousin à Toulouse, maître .1. de Bélizac, qui élail, disail-il, hérélique. Item, sachez que le roi voulait que J. de Bétizac perdit la tète, et J. de Bélizac voyant i[ue la lête il devait perdre, répondit au roi qu'il avait eu deux enfants d'une Juive el qu'il élail hérétique et justiciable de l'inquisiteur. Le roi, à ces paroles, ordonna que J. de Bétizac fût ars et rôli, ce qui fut fait, le roi présent.

Dona Clamença se bous plat Jou bous dire pla la berlat De la guerra que ses passada Entre Pey lou rei de Lèoun, Hanric soun fray rei d'Aragoun È dab Guesclin soun camarada.

L'honor, la fè, l'amour de Deus Eran touls Ions soulis mouteus Quels portaron d'ana fa guerra Contra tous cruels Sarrazis, Aquo fac que noslrès Moundis Se bouteguen jouis la bancra.

Dcus '. qu'ero aco en aquel temps !

Las femnas qu'erou l'abets prens Bouleban estar ajagudas.

È que lours efans fouron grans Pcr poudè pourta Ions carcans K las bêlas lansas agudas!...

'Chanson dile /j Vérité .

Dame Clémence, s'il vous plaît,

Je vous dirai la vérité

De la guerre qui s'est passée

Entre Pierre, le roi de Léon,

Henry, son frère, roi d'Aragon

Et Du Guesclin son camarade.

L'honneur, la foi, l'amour de Dieu

Etaient les seuls motifs

Qui les portaient à faire la guerre

Aux cruels Sarrazins ,

Ce qui fit que nos Toulousains

Se rangèrent sous leur bannière.

Dieu ! le beau temps que c'était alors I

Jusqu'aux femmes enceintes

Qui auraient voulu êlre mères,

El que leurs enfants fussent grands

Pour pouvoir porter les colliers d'or

Et les belles lances aiguës !

faite au commencement du quintième siècle, sur la guerre d'E-^pagne).

Dans ces trois morceaux, entre lesquels il y a trois siècles, bien qu'apparlenaiil d ailleurs aux trois principaux dialectes du languedocien, le loulousain. le dialecte du Tarn et celui du Bas-Languedoc, on ne remarque, à part la physionomie un peu romane du l'écit de Bovisset, que deux dilTérences de |)iononcialion : la finale en è des veihes volic, parlenié, aviè , et celle en <i des suhslanlifs passada, camarada, qui depuis le seizième siècle est en o ;

En bezen cos un camnrado , Dan qui souljcn alien rigui, Tout l'esprit se m'es emaugut E ma gayetat relirado.

(GoUDOL'Ll. Nuubclo floiirelo de] ramelel niDiindi.)

En voyant mort un camarade Avec lequel nous avons souvent ri.

Tout mon esprit s'est troublé.

Toute ma galté s'est enfuie

Encore, le premier idiolismo, pour confirmer ce qui a élé avancé plus haut, savoir que le Patois languedocien n'a presque pas changé depuis huit siècles, se retrouve-t-il intégralement dans le Patois contemporain :

È que quant aco lou prenié.

Tout braffant annav è venie.

[Le Stège de Caderousie, 1er clianl.)

Lon paûc de fum que sourtissié, A rè de boun nou sentissié.

(Id., îe fhanl.)

Te pcrdiei dins aquel michant sounclic mi fugissiés.

[Le Trésor de Substantion. sri-nc \.]

Et que lorsque cela le prenait, Tout furieux il allait et venait...

Le peu de fumée qui sorlait, A rien de bon ne sentait.

Je te perdais dans ce mauvais rêve. . lu me fuyai:

Durant tout le Moyen Age et dans la iirillante période ap|)elée Renaissance, le dialeclc du Languedoc fut le premier, sans contredit, des dérivés de la langue rustique el du l'oman; connue le climat influe largement sur le langage d'un peuple, el (pie celui de rOccilanie est un des plus beaux de la France , l'azur de ce ciel admirable , les rayons d'or du soleil de Montpellier et de Toulouse, les paysages ravissants de fiaîcheur de Béziers et de Limoux, les vertes collines du Minervois, les vallées délicieuses de llléraull et de l'Aude se rellèlent, pour ainsi dire, dans le Patois languedocien. On seul, ;i sa douceur mélodieuse, quil naquit sons lolivicr el le platane; la poésie imagt'e de ses expressions, la vivacité de ses tournures, rappellent ces tei'res si f'-condes en moissons, en fruits et en fleurs, et au parfum d'antiquité qu'il exhale, on reconnaît les souvenirs de Rome el de la Grèce, comme, lorstpie l'autan soiifile au printemps, on reconnaît les senteurs endjaumées des Baléares.

Le seid diaiccle qui pûl lui disputer la palme au Moyen .\ge, était peut-être le lu-arnais. lU'lléchissant dans ses mois L'racieux la rianle iialure des Pyrénées, ce Patois du Réarn est, de tous les dialectes formés des débris du celfujuc, du grec, du latin et de l'arabe, celui qui a le plus de suavité, de nondjre, d'harmonie el de mollesse. Ainsi (|ii(' l'ilalien. il se plie très-facilement aux compositions poérujues. Ce qui coniribiie surtout ;i lui donner une grâce infinie , c'est que presipie tous ses subslanlifs ont un diminulif el un augmenlalif. Il al)oiid(' en termes le(lmi(]ues, ('X|trimant. d'un seul mot cl d'ime manière énergique cl [lillurcstjue, ce cpi'on ne saurait rendre en fiançais que par une péripliiasc. Riche en verbes qui se conjuguent faciicmenl. cl donl les modes sont d'une rt'gidariuel dune rapidité singulières, car ils rejellenl l'aide des pronoms, en participes qu'on forme en ajoulani un mot, il doit, ;i l'abondance de ses voyelles, celle richesse nmsicale el celte prosodie qui en fout le Patois le plus doux des provinces du Sud. (Vignancourt. MoUcc sur /es jiorsirs hraniais^'s.]

Voyez si. en écoutant cetle chanson que Gaston Phœbus écrivait au quatorzième siècle, on trouve l'éloge exagéré :

Aqueres niountincs Ces montagnes

Que la iiaiitos soun Qui si liaules sont ,

Doundines Dondine!

Que ta hautes soun Qui si hautes sont,

Doundoun. Dondon!

M'cmpaclieri de bède M'onipèrhint de voir

Mas amours oun soun Mes amours où ils sont,

Doundène Dondène !

Mes amours oun soun Mes amours où ils sont,

Doundoun. Dondon I

Si sabï las bède Si je savais les voir,

Ou las rencountra Ou les rencontrer,

Doundène, Dondène !

Ou las rencountra Ou les rencontrer,

Dounda. Dondc !

Passeri l'aiguette Je passerais le Gave

Chen pou de m'nega Sans peur de me nover,

Doundène, Dondène!

Clien poil de ra'ncga Sans peur de me noyer,

Dounda. Dondé I

La même douceur caractérise le cantique populaire qu'entonna courageusement Jeanne d'Âlbrel en donnant le jour à Henri IV :

Nouste Dame deû cap deu poun Notre Dame du bout du pont,

Ayudat me à d'aqucst hore : Oli ! secourez-moi à cette heure :

Pregats per me au Dion deù Ceii Priez pour moi le dieu du Ciel,

Qu'me bouille bie delioura leù ; Qu'il veuille bien me délivrer bientôt !

D'u raaynat qu'a m'fassie lou doun , D'un garçon qu'il me fasse don ,

Tout d inquaiihaût dous monte l'implorf. Jusque par-dessus les montagnes je l'implore!

Nouste Dame deù cap deù poun Notre Dame du bout du pont,

Ayudat me à d'aquesl bore!... Oh ! secourez-moi à cette heure!...

Tel était le Patois béarnais au Moyen Age, avant qu'il se fût encore adouci et assoupli dans les vers mielleux de Despourrins. D'une nature complètement opposée, le provençal vulgaire se teignit fortement, lors de la première formation, d'une couleur hellénique. Le latin domina bien dans la constitution générale de ce dialecte , comme dans celle de tous les autres, mais sous l'enveloppe romaine, le radical grec, primitivement enseigné aux Celto-Liguros par les émigrauls de Phocée, s'était conservé et perçait toujours. Ainsi, la plupart des mots qui expriment les actions de la vie maritime ou pastorale des aucètres furent purement ioniens. Le fdet h mailles larges porta le nom d'aragnaou d'ipaio), lesfdets ordinaires prirent ceux de bregin, calen, gamgui, madrago, eissaougo, seiignunaire (de êf'.i-.i;, xiAwâ, eiuaa-^is, -r^v-ïV"' t^«-'^?a-»ito, <jâiT,vYi). Connue les colons phocéens leuis pères, les Provençaux du Moyen Age appelèrent la bartpie squifou (de oxiçn) , al

hune gabis (de 7«gi;), le croc ganchou (de -r»."fo;) ; les chevilles pour les rames, cscaoume (de <«»)..«;), en même temps qu'ils appelaient l'éclair, lan [àe'>-<iv-W^, le pétrin, mastro (de (i.ï/.Tpa)^ le bourgeon de la vigne, bourrou (de e---?j;) ; les clôtures de parc, dedos (dexxîJo;), et le pain artoun (d'i?Tc;). Outre une grande partie des termes de la vie commune, les Provençaux gardèrent encore des Grecs la prononciation gutturale et les esprits rudes. A ces dilîérences près, le Patois provençal du Moyen Age et de la Renaissance se rapprochait singulièrement , et de manière à se confondre avec les plus voisins, des autres dialectes méridionaux, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en comparant ces trois morceaux qui remontent au quatoi'zième, au quinzième et au seizième siècle.

Le premier est un extrait des Registres de la cour des comptes de Marseille , daté de 1358 :

Comte faj t enlré raossegnor Folco de Agout, segnor d'As- Compte fail entre monseigneur Foulques d'Agoût, seigneur

saûl et de Ralbann, senescal de Proensa en nora é per lo rei d'Assault et de Ralliane , sénéchal de Provence , au nom et

Lois et niadona la regina d'una part, et mossegnor Jclian, pour le roi Louis et madame la reine d'une part ; el de l'autre,

corale d'Armagnac d'autra part, pcr la maniera que sensiel. monseigneur Jelinn , comte d'Armagnac, ainsi qu'il suit:

Prémieramen, deu lodit mossegnor lo senescal en nom que PremièremenI, doit ledit monseigneur le sénéchal audit mon-

dessus al dit mossegnor d'Armanhac per las premieras con- seigneur d'Armagnac, par les conventions entre eux faites,

venansas faitas entre lor so es essaber per lo servici que lodit savoir pour le service que ledit M. d'Armagnac a fait en la

mossegnor d'Armnidiac a fayt en la guerra de Proensa... guerre de Provence...

Le second monument, qui nous sert à établir parfaitement l'état du Patois provençal au quinzième siècle, est le début des Étals de Provence, le 9 octobre 1 i7:5 :

I-n nom de Nosire Senlior Diens J.-C. é de la sia gloriosa Le nom de Notre Seigneur Dieu J.-C. el de sa glorieuse

maire et de tola la santa cnri celeslial envocan, loqual eu tota Mère et de toute la sainte Cour céleste nous invoquons, lequel

bona é perfecta obra si deu cnvocar, car del processif tôt bon se doit en toute œuvre bonne el parfaite invoquer, car de lui

é pacifie enscnhamen é pareillemen del très que haut é très procède tout bon cl pacifique enseignement et pareillement

evcellcn prince è seuhor nostré rei Keignicr per la gracia de celui de noire très-baul et très-excellent prince et seigneur

F)ieus, rei de Jérusalem, de Arago, de ambas las Sirilias, de le roi Rciiè, par la grâce do Dieu, roi de Jérusalem, d'.Vra-

Valoncia. » gon, des Deu\-Siciles et de Valence...

(liljls de ProxcDcc sous \v roi Rcnv, regisirt; /'oli-ndo-.l

Et alin qu'on ne dise pas que ces deux documents sont dans une langue diflércnte de celle du peuple, voici la fornmle des épousailles en 1361, et une lettre d'un ouvrier de (irasse, écrite au quinzième siècle, qui montrent s'il y avait doux idiomes vulgaires eu Pi-ovence :

Veu Bèrenguicra donc mon rns à tu Johnn per liai mollcr .Moi Bérangère, je donne mon corps à toi, Jehan, en qualité c per liai spoia, de femme loyale el de Invale épouse.

A quoi Jean répondait :

El ieu ti rcrebe et done moun cos à tu Bcrcnguièra , per bit moi je te re(;ois et te donne mon corps , Bérangère , à liai morit é per liai spos. titre de loyal mari et île \n\i\\ conjoint.

TniMicmc cirltilairo <)f Jt.<.in Dcljilitii, nulaire ï Dr i.;ui^nin.]

La li.'itre, datée d'Arles, était ainsi conçue •

Ll<: MOYEN AGE

(1 Sciilip paire à vous (le lion cor mi recomiindi ; la pnscnt u Seigneur père, à vous de bon cœur je me rcconiinande ; es per vous avisar conio jeu ai rcsauput voiro lettro eu la- la présente est pour vous annoncer que j'ai reiju voire lettre iiual mi mandas belcop de besonlios ; jeu ai resauput ma dans laquelle vous me mandez beaucoup de détails ; j'ai rei;u roupo ambe mas caraisos et alcuns libres del magister Jolian aussi mon caban, mes chemises et quelques livres du magisler Maurel losquals los l'y ai douais ; d'aulra part, se non âges Jean Maurel, que je lui ai donnés. D'autre part, si je n'avais pensât et sauput que mon mestré non âges, lengut botiquo pas cru et pensé que mon maître avait une boutique, tandis ni esperanso de tenir, \eu non losso pas vengut en Arle per qu'il n'est pas même dans l'espérance d'en ouvrir, je me scdemorar embel, car janiai non tendra botiquo. Veu ai nian- rais bien gardé de venir cbez lui à Arles. J'ai écrit à Bernard dat à Bernart dos otres lettros, é el non es vengut, car el deux lettres, mais il n'est pas venu, car il était malade. Maera nialaut. Matbiou tirant as Aïs, l'y passet de que lo trobet thieu, qui tirait vers Aix , passa chez lui et le trouva au lit : il liecb, non poguet venir, mais lodit mon frairc es tornat à mon frère, toutefois, étant retourné à An le jour où je finis- Aïs ledit jorn i|ué la lettre es facho, l'y ai dieh que fesse ve- sais celle letlre, je l'ai chargé de faire venir Bernard, car s'il nir Bernart o si cl non venié yeu non l'attendraï plus, car ne venait pas, il me serait impossible de l'attendre, mon iiinon (lelibéri de perdre moun temps et veyraï de Irobar quai- tention n'étant, certes, de perdre ici mon temps. Je délibérerai i|ué partit : Non autro al présent voys que à Dieus sie en vos : donc de prendre un parti définitif. Je n'ajouterai plus rien , ni'v recommandères si us plas, à ma maïre, à mas serres et sinon que Dieu soit avec vous. Recommandez-moi, s'il vou> conhals et à tous nostres bouns amies, n plaît, à ma mère, à mes sœurs et cou«ins, et à tous nos bon>

{BODCIIE, Essai sur l' Il i:>tnire de Provencr.) amiS. >i

Comme pour conti'asler avec la rudesse native du provençal, et se liant par sa douceur avec le languedocien, par l'harmonie de ses inflexions avec le béarnais, le Patois gascon proprement dit, se développa au Moyen Age dans ces vallées qui s'ouvrent, ainsi i|ue les rayons d'un éventail, depuis le pied des Pyrénées jusqu'à la Garonne et l'Océan. Dans ce vaste espace, les inlluences locales le modifièrent h la longue et le partagèrent en deux dialectes principaux : sur le dialecte supérieur, ce fut le bt'arnais cpii agit ; sur le dialecte inférieur, parlant de la Réole et s'étendant dans tout le Bordelais et l'entredeux mers, ce furent deux causes bien opposées : le climat mou, pluvieux el humide qui détend les fibres et engourdit les populations, ou du moins les rend lymphatiques, et la domination anglaise. Les Anglais de 1152 h 14.^7. c'est-à-dire durant trois cents ans. possédèrent ces l)el!cs contrées. Or. la langue qu'ils employaient dans leurs relations privées et politiques, était celle que parlaient nos pères du Nord. Nul doute à cet égard, car il nous reste la plus grande partie de leurs actes, et particulièrement la correspondance des gouverneurs et des princes, dont nous citerons en preuve ce curieux spécimen échappé en 135.5 à la plume du fameux Prince noir :

« Révèrent père en Diex el très foiable ami. voiliez savoir que puis la feisance de nos « darreins lettres que nous vous envoiasmes, accordé est ])ar avys et consel de tous les « seignouis cslauntz cntoiu' nous et de seignours et de bai'oiis de Gascoigne, par cause « que le comte d'Iùninacke (d'Armagnac) estoit cheveteyn des guerres nostre adversaire « et sou lieutenant en tout le pays de Lange de Oke (Languedoc) , nous veinmes ii Car- « cassoun, qui est ville plus grauut. plus fort el plus béai que York, el à Seint-Matan. " aussi grauni que Norwiche Norwick. » (Robi:ht d".\vESBURY; p. 210.

U était doue tout naturel tpie cette langue se|ttentriouale (It'teignîl pendant ces trois siècles sur le Patois du Bordelais, où régnait sans rivale liiilliieiue de l'Angleterre, tandis que les comtés plus éloigués connue l'Agenais. ou somnis comme lArmagnac et

les sables (lu Landescot et h des féodaux indépendauts. conservaienl pur et sans mélange l'idiome national.

Ainsi, en 1350, le comte d'Ârmagnae annonçait en ces termes, aux peuples de sa juridiction, l'issue funeste de la bataille de Poitiers :

« Cars amies ab la plus gian trislor et dolor de cor que « Clicrs amis, avec la plus grande tristesse e( douleur d'àmo avenir nos pngucs vos fau assaber que dilus ac VlHjuriis ([ue qui pùl nous advenir, je vous fais savoir que lundi, il v eut buil lo rei niossenbor se coniballet ab lo prince de Gulas. » jours, le roi monseigneur livra bataille au prince de Galles... »

l'n peu gourmé toutefois dans la bouche des grands et surtout dans celle des d'Armagnac (car on se rappela longtemps, à la cour de France, la (icre parodie du Quos eijo, aux temps des guerres de la Croix Blanche : Se y dabalH... Si je descends!...), le Patois gascon reprenait toute sa gentillesse et ses grâces naïves sur les lèvres du peuple. Peuton rien voir de plus gracieux que cette chanson, qui retentit, dans tout le Moyen Age, sous les tourelles des seigneurs de l'Agenais, ([uand les blés doraient les plaines?

Lou boun Diou bous baillé tant de béous Coumc las poulos ereii d'éous,

Gentiou Seignou!

Ah ! dounatz y la guillonèou

As compagnons!

Lou boun Diou bous baillé tant de poulets Coumc las sègos ban de brouquets

Gentiou Seignou!

Ab! dounatz y, etc.

Lou boun Diou bous baillé tant de pitcbous Coumo de pictz as coulillous,

Gentiou Seignou!

Ah ! dounatz y, etc.

K jou né un bastoun bien heit.

Que roUo lé joun é la neil,

Gentiou Seignou! Ah ! dounatz y, etc.

Si ni'asseben bubo un cop, l'ourtari millou nioun escbip,

Gentiou Seignou!

Ab ! dounatz y, etc.

Le bon Dieu vous donne autant de bœufs Que nos poules nous feront d'œufs,

Gentil Seigneur!

Ab! donnez donc la guionnée

.4ux compagnons !...

Le bon Dieu vous donne autant de poulets Que les moissons ont de bouquets.

Gentil Seigneur!

Ah I donnez donc, etc.

Le bon Dieu vous donne autant de garçons Qu'il est de plis à ces jupons ,

Gentil Seigneur !

.\h ! donnez donc, etc.

Mon bâton est bien fait : sans bruit, Il roule le jour et la nuit.

Gentil Seigneur !

Ab ! donnez ilonc, etc.

Mais si je bois un coup bientôt.

J'en traînerai mieux mon sabot,

Gentil Seigneur!

Ab ! dcuincz donc, etc.

Sé|)aré de ce doux idiome [lai' la (iaromic au sud et par les limites de l'Agenais à l'ouest, le dialecte du bas Quercy et do la partie de l'Albigeois, situt'e sur la rive droite du Tarn, tenait le milieu entre l'euphonie agenaise et la (liiicli' des dialectes montagnards qui le pressaient au nord. Essentiellement latin, à tel point (juc, dans cerlams cantons, à Castel-Sarrazin cl à Campsas, par exemple, la phqtart des verbes se con-

Bslles-Lellres.

PATOIS, Fol. V

fuguonl coinnie à Rome : mi dixernnt (ils me dirent), mi feceriinl, elc. , ce Patois offre la plus grande clarlô, et à la régularité de ses formes grammaticales, on s'aperçoit qu'il a été fixé de bonne heure : nous comparerions, en efiet, un de ses monuments les plus curieux, le poëme de Sainte-Foi, si populaire dans le onzième siècle , que toute la Biscaye et l'Aragon et les contrées gasconnes ( Iota Basronh et Aragos e len conlrada de Giiascos] le savaient par cœur, à un fragment pris dans le langage actuel, sans y trouver une divergence sensil)le. Tel il élait au Moyen Age, tel il est aujourd'hui. Ceux qui aui'aient désir de l'étudier, en jugeront à ces quelques vers du poëme de Sainte-Foi :

Aprcp fan Jcsu< Cliiislz fo natz.

Mes cil cros è ressuscilatz...

Allra ves s'endevcnc un (lia Que una ])i'o foinma issia E mcnet son efan per ma.

Dieus que Tarai de moun efau!- Lassa captiva, com soy niorta Que l'aiga moun efau u'cporta!

iMss. de l'Arsenal, n" 10 .

Après quand Jésus-Christ fut né, Mis en croix et ressuscité...

Une autre fois, il se trouva qu'un jour

Une femme arrivait.

Menant son enfant par la main...

Dieu! que ferai-je de mon enfant?

Hélas ! mallieureuse, je suis morte.

L'eau mon enfant emporte !...

Un autre caractère du Patois du Tarn, qui se rattachait par un nouveau lien à la langue latine , c'est la richesse des diminutifs et des augmentatifs. Aussi opulent sous ce rapport (jue le béarnais, il ne différait que par le son des voyelles, sourdes quelquefois en Béarn comme 1'^ muet français et qui sonnent toujours o et ou dans le Patois du Tarn. L'Albigeois, le Monlalbanais, voulaient-ils parler, au Moyen Age, dun pré, d'un grand pré ou dune vaste prairie, ils rendaient leur idée sans le secours d'un adjectif, et disaient : ///( /;/•«/, unoprado,itno pradayo. S'ils voulaient désigner, au contraire, un petit pré ou un pré d'une extrême petitesse, leur Patois leur fournissait deux mots parfaits : pradel, pradèlou. De même, au lieu de dire un joli petit ange, un joli enfant, un petit troupeau, un petit agneau, un petit oiseau, un petit chien, une pouliche, ils disaient un aiiijèluu, un anfèloii, un aitzèloii, un caynoitUoii, un Iroupèlou, uno cabalèlo. (Massol, Histoire du pays d'Albigeois.)

Le Patois du Tarn clôt la série des Patois méridionaux des plaines, et il ne reste plus qu'à examiner le groupe des Patois montagnards. Il se compose de quatre grands rameaux sortis également et provignés, connue disait le vieux Caseneuve, de la souche romaine, le quercinois supérieur, le ruthènois ou rouergat , le périgourdin et le limousin. Ce qui les distingua tous aux époques dont nous nous occupons, et ce qui les distingue encore, ce fut d'abord une sorte de rudesse originelle, due, à n'en pas douter, aux premiers i-adicaux celtiques, rudesse dont ces idiomes ne se dépouilleront qu'en mourant. Plusieurs causes empêchèrent que ce langage s'adoucît et se pliât à des formes |>liis euphoniques : la première est l'isolement de l'homme; la seconde, l'àpreté du sol qui l'a vu naître, et sur lequel il se développe au milieu des plus durs travaux. Sur ces

plateaux calcaires fortemenl accidentés, la vie est une lutte perpétuelle contre la nature, et le travail un effort quotidien, une tension jjrutale de foute la force physique. A moitié cultivé, désert par intervalles, et d'un aspect généralement sombre et sauvage, tout ce réseau de montagnes qui tourne autour des bassins de la Dordogne et du Tarn et va s'attacher aux pics graniliques de l'Auvergne, n'entendit jamais qu" luic langue moins douce, moins flexible, moins harmonieuse, que celle des plaines, bien quelle ne fût dépourvue ni de vigueur ni de correction.

En premier lieu, il faut constater une fait important, je veux parler de la similitude des quatre dialectes, au 3Ioyen Age et jusque vers la fin du quinzième siècle : cette similitude va résulter pour nous de la comparaison de morceaux détachés de chacun des divers dialectes montagnards.

Et fo mandat al Rei per nu'ssatgè coren , Il fut mandé au roi par messager courant.

Que Quintia, Tavesque de Rlioiles verameii, Que Quintilien, l'évéque de Rodez vraiment,

Era fugit sa ollra per pcnre gandincin, S'élait enfui pardelà pour trouver asile.

Car la gent de Rhodes a fag pcrscguimcn, Car le peuple de Rodez l'avait poursuivi,

Disen que la volia venre certanainen Disant qu'il le voulait vendre certainonienl

Al noldè rei de Fransa et era amaramen... Au noble roi de France, et cela lui claitamer.

(DnMlMCl, ])i?qtii>îlio tic Pr3!rogalivâ iillodioruiii in girovinciis NarLoncnsi el Aqiiilanl.)

De ce morceau rimé en Rouergue, vers le milieu du treizième siècle, rapprochez cette inscription, copiée par nous, en 1837, sur le mur intérieur de l'oratoire deRocamadour, en Quercy :

Remambransa na f,uod an <^"''' ^"'' ">ém"i'e, que, l'année

\o : dni : M. CC : LXXXX : VU. .^" ^'''-"'"' '-•''' .

Le seigneur de Beaujeu laissa LoSenhur de Beljoc : laissed : ^ , , ■ ■

6 sols de rente pour son anniversaire

VI sols : de renda : per son : « . i i> i

Au couvent île Kocamadour :

Aniversari : al : coven de liocamador : Lequel anniversaire se trouve le

Loquals : es : en : la : festa : lili : Marcelli: j,,m. j^. |^ f-^^ j^ l,i,.nlicurou\ Marcel.

Ajoutez ce fragment, dicté, le 22 septembre 1425, par Archand)au(l VI. conile de Périgord :

l'rcmieramen, donan c rccommandan nosira nrmn è nostrc Premièrement, nous donnons et recommandons noire iime

cor a noslre seignorDieu loul poderos. fl a la Verges gloriosa et noire corps à notre Seigneur Pieu louf-piiissnnl el à la

maire de noslre Sahador et a (ola la cor ctleslial de paradis Vierge glorieuse mère de noire Sauveur cl à loule la cour cé-

et en aprep ordcnain que quand se vendra que nos irem de leste du Paradis , et puis nous ordonnons qu'au moment où

vila a trepassamcn vcdem et ordenam esire sebelil en la sepui- nous passerons de \ie à trépas , on nous porte dans le lom-

lura laquai niosscnlior mon paire Arrluimhaull , comte de beau que n)onseigneur uxui père Arcbanibaud, comte de Pé-

Perigord, faix far en lo coven dcis fraires minnurs de Moun- rigord, lit faire au couvent dos Frércs-miiicurs do Monlignac,

lignac, laissan mieg (piinlal de cera aliligs fruires per la lu- laissant un demi-quintal de cire auxdits frères pour le liinii-

minarie ilel outare per far (|uattre torclios per ardre lo joun naire de l'autel et pour quatre torches qui devront brûler le

do iiostra sepultiira )i jour de notre sépulture.

(nil<liulli<'<|iic nllionalo, ruIlccli.Mi I)»al, I.Jin. 311.)

Puis, ce vieux forlial de la ville de Limoges, tracé vers la lin du quinzième siècle :

Le dijeou XII d'oclobcr fnguel fag lo forleal dcu vi cii la Le jeudi 12 d'oclobre, fut fait le forléal du vin en la maiiiaiiiera accoustumado e pulilial a souii de Irounipo ; l.i cargo iiiére accoutumée, et publié à son de trompe : soit la charge deu vi 27 sols 3 deniers. de vin 2" sols 3 deniers.

Et la comparaison de ces quatre morceaux achevée, personne ne pourra nier que les (|uatre dialectes ne fussent identiques, au Moyen Age. Vers la fm de la Renaissance, il s'optera en eux un changement de prononciation très-remarquable et qui fut simultané et général : toutes les terminaisons en a sonnèrent o; la voyelle a céda presque partout la place à la voyelle o, ce qui rendit tout à coup les quatre Patois sourds et lourds. Reconnaîtrait-on, par exemple, la langue précédente, si dégagée et si lucide, dans celte chanson limousine de la fm du seizième siècle?

Toleû (|n'oven piola l'oulado Goloupon din lou settodour Oti porlan de nostre oniour, Ou d'oquclo que nous ogrado.

Tan que scn drct sen ébourlliià Per une nivu de fumado Ma l'io dous clés par s'ossita Ella! se passe lo viliado.

Dès que nous avons pelé la potée de cliàlaignes.

Nous galoppons dans le séchoir :

Là, nous parlons de notre amour

Et de celle qui nous plait le plus.

Tant que nous sommes debout , nous restons aveuglés

Par un nuage de fumée,

Mais il y a de la paille pour s'asseoir;

Et ainsi la veillée se passe...

En 1 150, la langue polie de l'Auvergne était celle de tout le midi. Pierre le Tioubadour ihaulait ainsi à cette époque :

Belha mes la (lors d'aguilcn Quant aug del fin joy la doussor Que fan l'auzcl novellanien, Pel temps qu'es tornat en verdor E son de flor cubert li ran Gruec vermèlli è vert è blan.

Belle n'est la lleur d'églanlier, Lorsque j'entends la douce joie Qu'exhale l'oiseau prinlannier, Au temps où la plaine verdoie, El qu'on n'aperçoil dans les champs, Que bouquets rouges, verls et blancs..

Or, dans ces vers qui appartiennent, je le répèle, h la langue romane, langue poétique et politique de tout le midi , nul trait distinctif pour IWuvergne. Le caractère général de la langue roniano-méridionale était l'unité et l'uniformité la plus rigoureuse, soit qu'on la parlât au sud. à lest, à l'ouest ou au nord de la partie .\quitanique. Il n'en <'iail pas de même dos Patois qu'une leinte locale distinguait toujours, .\insi, le Patois auveignat, congénère avec les Patois montagnards, et composé des mèiues éléments gallo-romains, plus mêlés de grec toutefois, était séparé des dialectes voisins par une série d'idiotismes qui lui donnaient ime couleur toute particulière. Profusion de voyelles, grand penchant h Télision, emploi fréquent du s reproductif du ^ des Grecs, adoucissement des consonnes fortes, et. de préférence, pour les finales en « et en ia : voilà ce qui, au .Moyeu .\ge, caractérisa d'abord le Patois d'Auvergne. 11 était le premier d'ailleurs qui < ùl substitué le v h Y s et le c même, comme il fait encore aujourd'hui :

Ali ion dor sen pan d'avei dé fau vegi Ni moul' Iro de cui/i.

(JuSErii PASTinia,, clianlro de Tcglisc de Moniforrand).

Ici l'on dort, sans peur d'avoir de faux voisins El beaucoup trop de cousins.

i:t la renaissance.

Son lè iloaure à Seignoui- lou beii (|iiille a lou clieuit : Sans rien devoir an Seijtncnr tout bien quitte et tout sien.

Lou princes que cligil fuc Le prince rpii fut éU.

En avi» nom Tévè lou duc. Avait nom Tève le duc,

Cougi gcrm' à l'empcradour. Cousin gerniiiin de l'empereur...

(Ms. de la Vie lie Sle-Yalcrie de Limnje*).

Quant au Patois dauphinois qui ferme le cercle tles Patois méridionaux, il se présentait, quoique dans une zone bien éloignée, avec les mêmes teintes françaises que le bordelais. Comme ce dernier, en effet, il avait Ve muet pour leiniinaison, ];i où les autres dialectes employaient rigoureusement les voyelles o ou a, et de plus il fourmillait dune terminaison en i qui lui était propre :

Table qui brantle, Table qui branle,

Filli qui landre Fille qui court

E fenna qui parla lali, El femme qui parle latin,

Fara toujou n'a mala fi. Feront toujours mauvaise lin.

Le fonds, du reste, se composait, comme chez les autres, d'un mélange de celtique, de grec, de latin, paisemé de mois barbares en élat d'insurrection contre toutes les règles granmialicales de l'ancienne lalinilé, ce qui lui avait mérité, à très-juste titre, le nom de rustique. « lia nempe ruslicam appellabant tpiia laliniiatis legibus absens essel prorsus et barbaris polissiinum aspersa vocabulis. » (Ducange, Glossariiim mediœ ol mfimœ lalintlaUs, t. 1.)

Telle ('tail la Aimille méridionale des Patois de France, au Moyen Age. Celle des Patois purement français, du septième au seizième siècles, s'y ratlachail par les liens l(>s plus étroits, connne le prouvent les conciles de Mayence, de Tours, de Reims, un ca[iilulaire de Charlemagne , Orderic Vital , llelganct, l'auteur de la Vie de saint Suger, Rheginon, saint Kloy, Pascase Radbert, Gérard de Corbie, Rérenger, Mabillun, Ducange, l'Ieury. auteur de IHisloire ecclt''siasli(|ue, etc. Ainsi, Marie de France appelait l'agneau aigncL et Giraud Ritpiier le troubadour, aii/trl; août, dans la traduction du CasIoiemenI, se dit aosl, et dans Mathieu de Quercy , «yos/. Verjus s'exprime, dans les Ordonnances des rois de France, par aigrest, et dans la traduction d'Albucasis, par agras , nom méridional actuel. Rabelais appelle agnar (hagard), ce que le Brcriari cCamor (le Bréviaire d'amour) appelle aywer. L'eau, dans le nord, est, en 1266, comme on le voit dans un vieux lilie coiiscrvi' par Pt-rard. aiguë, el au midi, nigua (Vie de saint Honorai ). Dans la Iraduclion du Psaulier de (x)rbie, aube se dit albe. et dans le lioiibadour IJciliand d'Alaiiianon, ulha, de même pour ories bélier, bague bagage, baube bègue, bulme grotte, barri faubourg, barnaigc noblesse, bulail ballanl , fiés/V renversenienl, rhnmel chameau, ca/H.f/V chemise, capilani capitaine, cive oignon, aslèle éclal de liois. rolp coup, cors cœur, mont monde, mes mois, clercict clergt', nrguu personne, pareil mur, piel cheveux, p/usor plusieurs (Carliilaire d'Audiy'. diiucur prodigue, esrars avare. rclinguir laisseï-, (ju'on trouve sinndlanèmenl dans les Piophélies de .Merlin, le Roman

(le Fier à-Bras, la Récolleclion des hisloiics de France, la Vie de sainl Carpentier, les Oidonnances des rois de France, les Vigiles de Charles VII, Rabelais, le Roman de Briil. celui de la Violette, les Ordonnances de Philippe VI, le Roman de la Rose, la deuxième ('lianson dAudcfioy-le-liàtard, le Roman de Rou, les Sermons de saint Bernard, la lettre de Cancy :i Fdouard I^', roi d'Angleterre, lllistoire de Metz, par D. Tabouillel, Vilkhardouin. Benoit de Saint-More, le poëmc de saint Brandaines, J. de Meung, l'Histoire de Candtrai. par Le Carpentier, les Statuts de Montpellier de 1204, la Chronique des Albigeois, celle des Apostols de Borna, Isarn l'inquisiteur, Bertrand de Born, Marcabriis le (îascon, Pierre Vidal de Toulouse, le Roman de Jaufro Pavre le troubadour, le Bréviaire d'amour, Arnaud de Marsan, Estève, Pierre, cardinal du Puy. l'Histoire vulgaire de la (hoisade albigeoise, Guilhem Figuieras, Alegret, et Pons de Capdueil. D'où l'on peut conclure avec l'abbé Lebeuf ( Histoire liltéraire de France, t. IX), que dans la plupart des provinces anciennement gauloises, on parlait au Moyen Age une langue vulgaire peu dillérente de celle des Limousins, des Périgouidins et des Provençaux. Tout ce qui distingue, en effet, d'une façon tranchée, les Patois purement français des Patois romans du midi, c'est la terminaison sourde, c'est \e nuiet, c'est ensuite la couleur terne et lr(.)ide des idiomes sur lesquels send^le déteindre le ciel bas et nuageux de l'ouest et du nord. Voici quelques exemples qui suffiront h démontrer notre assertion, en mettant en regard des fragments des principaux Patois reproduisant le même texte , soit la premièie phiase de la parabole de l'Enfant prodigue :

« Un homme avait deux enfants, le plus jeune desquels dit h son père : Père, donnezmoi la part qui me revient de vos biens, et le père lit le partage. »

Nous soulignons tous les mots appartenant en même temps au roman méridional :

PATOIS DE CAMBRAI (nORD).

lu )iom av.iu deu\ fins ; e 1' pus josne di à sin père : Min ptre, done'm clicu si peu nii revnir d'us bien, et chin père lie us a fez le partau'e de sin bin.

PATOIS d'aRBAS (paS-DE-CALA!s).

Ain home avouait deuss gaicbeons, 1" pus josne dit à sain père : Main père , baille me dieu qui doit m'revenir ed vou bien ; et leu père partit sain bien.

PATOIS ARDENXAIS.

Ou n'owm avo dcu s'afiin, dou l'pu jaun di à s'per : Mu per, baiju me c'qui do m'revéneu d'vo bin...

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