‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 3)Chapitre 16 sur 68 · MARY-LAFON · texte numérisé non relu

MARY-LAFON

De la Société lîcs Anlitiuaires de France.

JV. La bibliograpliic des Patois csl si considérable, qu'elle formerail \ elle seule un volume entier, si Von ajoutait aux dissertations plûlulo^iques et archéologiques les vocabul.iires et les grammaires de ces dialectes qirun étudie maintenant avec tant de soin, iiun-senlement en France, mais encore en Allemagne et en Italie. Nous avons dû nous borner, dans un si vaste sujet, à cboisir de [iréférence les ouvrages qui traitent de l'origine et de la formatinn de^ Patois.

PiERQUiN DE GeMdloix. Histoire litttiraire , iiliilologiquc et liibliograpliiiiiie (les Patois. Paris, 18-il, in-8.

Lue bibliO'jiafAie patoiso termine cet ouvrage, auquel l'auteur avait préludé par un mémoire intilulé : D«6 Patoie et du l'tttttttè de leur étude.

(Coquebert de Montdret.) Miilanges sur les langues, ilia- Icctes et Patois, l'aris^ 18ÔI, ia-8.

Cil. Dl'Fresmî, sieur Du (^ance. Giossarium ad scriptorcs médian et iiillina' latltiilalis, cdit. l(>i'U|)letior, op. et stud. moiiacliorum ord. S. Benedicli (Dl). Daiiline , (jaipeiilie'- , (iuesnié, Cit. et Nie. Touslaiii, Le Pelletier et Tltibaut). l'arisiis, 1753, (i vol. in-fcd., (ig.

Plusieurs fuis réimprim. La première édit. en 3 vol. in-fol., avait paru en 107!<; la dernière, rev. et augui. par G. A. L. Henscliel, qui a refondu le Supplément de Carpenlier dans l'ouvrage de I)u Cange et des bénédictins, forme S vol. in-t, publ. cbei Didot, en iHi^ cl ann. suiv.

P. Carpentier. ("ilossarium iioMim, seu supplcmeiilum ad auctiorem Glossarii Caugiaui eilitionem. l'arisiis, 17(ifi, ■l vol. iii-l'ol.

Sebasi. Biitiis. Mélanges sur les langues, dialectes cl P.itois, tant de la France que îles autres pays, prtjccd. d'un Essai sur la gtjograpliie de la langue framjaise, conten. une rolleclion d'environ cent traductions de la parabole de rKoTant prodigue en Patois des dilléi entes contrées <le la Franco... Paris, 18l."i, in-8.

l'ne partie de ce volume avait paru dans le t. VI de, Mtm, de la Soc, ro^. d«ê Anti'iuatrei de France,

Fr. Jdst-.Mabie Kavnouard. Inlliience de lu langue minane rustique sur les langues ilc l'Kurope latine. /'aris, 1855, in-« <le !Hi p.

J.-B. Ui'i.i.ET. .Mémoires sur la langue cellii|iic, continuant : 1' riiistoirc de cette langue; "î" une ilescriplion étymologique des villes, rivières, nionlagnes des (iaiiles ; Tt" nn diclionnaire cclti(|uc. Ilesaiirmi. l7.'ii-7(), "i vol. in-fol.

Vuv. encore, sur les origine* de la langue celli'iue, le* Mem, de t'Àcad. d-i Inêcr. et hellet-letlrei, I. XX, XXII, XXIII, XXIV, Ici Hem. de t'.tead. CettKlue, etc.

Jacq. Le Brigani. Éléments succincts de la langue des Celtes goinérites ou bretons, introduction à celte langue et par elle à celles de tous les peuples. SIrasb., 177U, in-8.

TiiEOi". Mai.o ('orret de i.a Torn d'Aiver(îne. Nouvelles recberclies sur la langue, l'origine et les antiquilés des Bretons, nayonne, 1792, in-8.

Itif.iudil, augmenté cl reim|>rimé, a^ec le nom do l'aiilenr, en 1795, et en ISIJi, snus le titre d'Origines <iauloiaea, celle* des anciens peuple» de l'Europe, puioées dont leur vraie source, ou Recherche», etc.

Dan. L. Mioscet de Kerdanet. Histoire de la langue des Gaulois, et par suite, de celle des Bretons. Rennes, 18:21, in-8.

J. F. SGHXAKENRuni;. Tableau synoptique et graminalical des idiomes populaires ou Patois de la France, conlenant des notices sur la liltératuredes dialectes, etc. /ierd'/i, 18-i0,in-8.

Cu. NiiDiKR. Comment les Palois furent détruits en France. Voyez cette savante facétie dans le liullet. du bibliophile,l. I, no 14 de l'année 1853.

L'auteur, qui dans ses éludes et dans ses uiivcigcs pbilologiqiies s'est occupé si souvent des Palois, ne leur a pas consacre un seul écrit spécial.

(Gl'ST. Brcnet.) Lettre biblingrapliiipiei à M. de"' sur les ouvrages écrits en Patois. BurUcaux, 185'.t, iii-8 de 08 p.

Lacl'R>'E de Sainte-Palavb. Remarques sur la langue fraii^'aise des douzième et treizième siècles com|)arée avec les langues proven(;ale, ilalienne et espagnole. Voy. ces Rem. dans le t. XXIV des.I/em. (le l'Acatl. (les Inscr. et llelles-Leltres.

Gl'ST. Faixot. Rccberches sur les formes grammaticales de la langue française et île ses dialectes au treizième siècle, publ. |i:ir Paul .Vckeriiiaiiti et précéd. d'une notice sur l'ait- Icur, par (,)uérard. Paris, 185',l, in-8.

Dessales. Les Patois du midi delà l'Vance, consiilérés snus le double rapport de l'écriture et de la coiitexlure matérielle des mots. \ iiy. celte disscri. dans le Juurn. de la lanf/ue française et des langues en général, n« de février 1858.

J.-P. Papon. Dissertation sur l'origine et les progrès de la langue provençnle. Voy. cette Disserl. dans son llist. génrr. de l'roience (Par., 1777-8(i, i vol. in-.i, lig.).

J. Didier Vera.n. Noies et litres sur In langue cl la lilte-

LE 3I0YEN AGE ET LA RENAISSANCE

liiluro |]rnveiiçales. Voy. ces Noie» dans le iWa^rns. enci/c(op. (le Millin, année 1807.

A. A\'. Sciii.EGEi.. Observ.ilions sur la langue et la littérature provençales. Pari;, 1818, in-8.

Fh. Just-Mabik RAïNoiAnii. Preuves liislori(|ucs de l'ancienneté de la langue romane ; Ucclierclics sur l'origine et la formallon de celte langue. Voy. ces deux dissert. eu tète ihi t. !'■' du Choix de poésies originales des Troubadours (Par., 1816-21, G vol. iu-8).

J.-C. Tebuin. De l'origine, des progrès et derinlluence de la langue provençale. Voy. ce mcm. dans la Rev. de Provence {Marseille, 1850, iu-8), t. I, p. 150.

Cabiiiù. Discours sur la langue et la littérature provençales, depuis son origine jusi|u'à nos jours. Voy. ce Disc, eu tète du Troubadour moderne (Par., 1814, in-8).

Francisoie Mai'det. Histoire de la langue romane, depuis la conquête des Gaules par Oésar jusqu'à la croisade contre les Albigeois, ele. Le Pu;/, 18U), in-8.

Mahv Laion. Tableau Iiislori(|ne et littéraire de la langue parlée dans le midi de la France et connue sous le nom de langue romano -provençale. Paris, 1812, in-12.

On y trouve, [). 2^2T-5.'ï1, un .ippendice Ijibliii^Tapliiiine. cimten. I,i nnniencldturo di-s inivr.i;:es écrits en fatois du ftlidi, iiit rcljlif; à ecs Paluis.

Fil. Jist-Marie Ravnoiiard. Lexique roman, ou Diclionnaire de la langue des Troubadours, comparée avec les autres langues de l'Europe laliuc, prétéd. de nouvelles rccherclies lii^l(iriques et pbilologiques, d'un résumé de la grammaire romane, elc. Paris, 1856-15, 6 vol. in-8.

Ce j;iaiid ouvr.it;e, (jui laisse bien loin derrière Ini les glossaires de Lafombe fou Lacurne de Sainle-Palaye:, Rnqnefort, Roclie;înde, etc., a été publie et coniplêfô, après la mort àa l'auteur, par MM. Just Paquet, Pellissier, Dessalles et Cliabaille.

Grammaires romanes inédites du treizième siècle, publ. par F. Guessard. Paris, 1840, in-8.

(Cl. Odde de Triors.) Les joyeuses Recherches de la langue lolosaine. Tolose (1378). in-8.

Reitnpr. en iS4T, par les soins de iM, Gust. BruncI, de Bordeanl.

l'.-R. Martin. Essai bislorique sur le langage vulgaire des liabitaiits de Montpellier. Voy. rel Essai dans les Loisirs d'un l.iinijuedocien (Mnnlpellt«r, 1827, in 8).

Dreux du Radier. Lettre sur l'origine des langues espagnole et italienne, ou Essai sur le langage poitevin. Voy. celte Lettre dans le Mercure de France, février 17S8.

L.-A.-J. Grégoire d'Essignï. Mémoire sur l'origine du Patois picard, sur ses caraclères, sur ses rapports avec les langues cpii l'ont précédé. Paris. 1811, iu-8 de 168 p. E\lr. du Magas. encyclop. de Millin.

G. DE Larue. Essais historiques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères anglo-normands. Caen, 1851, 5 vol. in-8.

Fréd. Pll'quet. Contes populaires, préjugés , Patois, proverbes,noms de litMix de l'arrond.de Bayeus. «otiCH, 1854, iu-8.

La première édition anonyme, tirée à 40 exeinpl., est intitulée : Contca popHlatres, tradittom, proverbes et dicïoiifi... {Caen, t825, iil-!^).

L.-Marie Lareveillére-Lepaux. Noiice du Patois vendéen, suiviede chansons et d'un essai de vocabulaire. Voy. celteNot. dans le t. III des Mém. de l'Acad. Celli'iue, publ. en 1800.

Gabr.-Axt.-Jos. Hecart. Noiionssur les alléralions qu'éprouve la langue française en passant par le Patois rouchi. Voy. ces Notions dans la 2« édil. du Dirl. ruuchi-français, par G.-A.-J. H'" (Valenciennes, 1826, in-18).

F. S. CoRDiER. Dissertation sur la langue française, les Palois, et plus partintlièreinenl le patois de la Meuse. Barle-Duc, 1845, iii-8 de .')6 p.

J-.I.Ciiami'ollio.nFigeac. Nouvelles Recherches sur les Patois ou idiomes vulgaires de la France, el eu particulier sur ceux

du déparlemcnl de risérc, suivies d'un Essai sur la littérature dauphinoise, etc. Pans, 1800, in-12.

On trouve .à la lin la bililio^rapliie des ouvrages en Patois du Dauptiine.

Ollivier Jules. Essai sur l'origine et la formalion des dialectes vulgaires du Dauphiné, suivi d'une bibliographie raisonnée des Palois de la même province , par le vicomte Colomb deBalines. Valence, 1858, gr. in-8.

La Bibliographie avait déj.i paru séparément en 1S35.

J.-.I. Obehlin. Essai sur le Palois lorrain des environs du comié du Ban-de-la-Roche, fief d'Alsace. S/ras(»., 1775, in-8.

— Observalions concernant le Patois et les mœurs des gens de la Campagne. Strasbourg, 1701, in-8.

Gust. Fallot. Recbercbessur le Patois (leFratiche-Coinlé, de Lorraine et d'Alsace. Montbelliart, 1828, in-12.

Ottav. Mazzoni Toselli. Origine délia lingua ilaliana. Boloyna, 1851, 5 vol. in-8.

Voy. aussi les ouvrages de Gilles Ménage (1669), d'Ott. Ferrario (1676), etc., sur les origines de la langue italienne.

GiR. GiGLi. Saggio di tutti gl' idiomi toscani. V. cet Essai dans ses Hegole per la toscana /aoei/a (Roma, 1721. in-8).

Voy. les ouvrages d'Orazio Lombardelli (159S), de Ceiso Citladini (1GU4|, d'Ant. del Casio (1692), etc., surjes origines du dialecte toscan.

Ov. MoNTAt.RAM. Crouoprostas Felsinea overe lesalurnalt vindii-ie del pailar liolognese e'lombardo./io/o(/nn, 1655, iu-4.

G. Brunacci. Lezioueovesi traita délie anticheorigini délia lingua volgare de' Padovani e d'Ilalia. Venezia, 1750, in-4.

Guis. Valer. Vannetti. Leziono sopra il dialetio Roverelano. Roveredo, 1771, in-4.

(L'abb.GALiANi.) Del dialetio napolelano..Vapo(/,1779, in-8.

La critique de cet opuscule, publiée en 17.S0, sous le titre de lo 7ertidcchio, est attribuée au marquis de Beriu.

Man. de Larramendi. De la autiguedad y univcrsalidad del h.tscuenze en Espana. Salamanca , 1728, in-8.

Réimprimé plusieurs fois.

Fleurv Lécluse. Dissertation sur la langue basque. Toulouse, 1821), in 8 de 52 p.

Il Exislti ninj foule lie incinoires sur le? orifrines cl l'inlluence de la langue basque, depuis les Disnirsou de B. Ecliaue (16u7)^ jusqu'à la dissertalidii de M. de ILurnbi.ldt, etc.

Bern. Ai-drete, Del ori^'ony principlo do la len^iia ca^ite- Ihitiîi o romance, (jucoi se usa en Es|>ana. /{oï»a, 1G06, in-4.

Plusieurs fois reiiiipriiiiè.

JAi'CEnT DE Passa. Rcchorclies lH^tori(|nes sur la langue catalane. Voy. ces Rerli. dans le t. VI des Mém. de ta Soc. roy, des Aritiquaires de FrancCy publ. en 1824.

Eue Bertrand. Reclierclies sur les langues anciennes et modernes de la Suisse et principalemenl du canton de \aud. Genève^ 1758, in-8 de 70 p.

Fr. GitosE. A provincial Diclîonary, willi a collection ol' local proverbs and popular superstitions, London, 1787, in-8,

\V. pRVCE. ArcluEologia Cornu-brilannica; or an essay to préserve iheancient cornish languagc. S/wîr6o«e, ■1790, in-4.

On a piildii', surto'jl depuis vinpt ans, un grand numlire de plosstîres des diiïercTiU dialerles de la lan;:ue anglaise, el divers mémoires sur les orij;ines saxonnes ou iiaéliques du celte laiij.Mie.

Constantin Iconomor. Essai sur raffinitédes langues slavorusse et grecque. Petersbourg, -1820, 5 vol. in-8.

Voyez sur les origines des liui^ues slaves les .-^avants Iravanx de J. Do- Ijrowskv, de G. Dankowsky, de J. Severin Valer, de.

On remarquera que nous n'avons pas mcnlionné les noinlircui diclionnaircs. glossaires, vocalmlaircs des différents Palois ele., dans lesquels on trouve aussi des noliccs sur l'origine cl la furmilion de pus Patois. Nous aurions pu ais*ine-.l quadrupler l'étendue de celle Bil)liograpliie, en citant les histoires de paya, de provinces et de villes, oii il est question des Patois qu'on y parle enrore. Il faut aussi ne pas négliger les grands ouvrages de linguistique» tels que le Tréaor dta Recherches, de Borel, le D%ct. etymolog. de Ménage, etc. La Catalogues de livres qui contiennent le plus grand nombre d'imprimés en Patois, .-ont ceux de Cliarles Nodier (1827, 1S29 et IS44), de Libri (1847), etc.

ÇIIi©ll(!;U0aB5

Ks l'ruverhes appaiiiennent csseiuielleinent à la liltéraluro du Moyen Age et de la Renaissance. Ces deux épocjues. on le sait, coniprenncnt l'enfance el r^^^'-' jeunesse des diverses nations de l'Europe. Or. fiiez ces nations, connue chez tous les peuples anciens ou modernes, les Proverbes comptent au noml)ie des monuments primitifs du langage. Chacun a dans la mémoire ces dictons populaires cpii composent Vanlique s(i(jessp (Ips 7Uiliotis.

Le caractère particulier du Proverbe, c'esl la métaphore appliquée dans un sens moral; ce sont les (pialilés et les vices du monde physiijue opposés à ceux du monde intellectuel. Ainsi, pour expriniei- la fouii)e des méchants : // n>sl pire eau que celle qui dort : ou bien, jiour blâmer une inconséquence de langage : Trop parler nuit, trop yraller cuit. Tel est le Proverbe : tou jours l"exenq)le à côté du précepte. Le père Bouhours a observé justement que, contre un proverbe qui demeure dans le propre, il n en a cent de méta-

plioriques el de /i (jurés.

[Explications de divers termes françois que fieaiicou]) de qens confondent, etc.'

Dans les Pitivcrbes ^\u\ (lUt eu cours peudaul le Mo\en.\ge, il faut faire deux grandes

BelleB-Lcurcc. PROVERBES, Fol. I.

divisions : roux qui ("taienl parliculicrs à tel ou tel peuple, el ceux (jui, appartenant au genre humain pour ainsi dire, ont aiïecté différentes formes, suivant le goût, les usages et les langues de ceux qui les ont employés.

Chaque peuple imprime aux Proverbes qui lui sont familiers un caractère dislinctif. Chez les Italiens, le Proverbe est spirituel et fin; chez les Espagnols, il est hardi, se sert de comparaisons nol)les et élevées; chez les Français, il est surtout populaire, incisif, MKxjueur : il ne craint pas de braver les puissants et les riches; il affecte une liberté de langage qui va parfois jusqu'à la licence. En Angleterre, en Allemagne, en Paissie, et généralement dans le nord de l'Europe, le Proverbe est sévère, pédantesque et froid. Il enq)runle h la nature du sol une foule de comparaisons. C'est l'Allemagne qui nous a transmis, sous une forme moderne, plusieurs Proverbes de l'antiquité.

Pour se convaincre de toute la popularité des Proverbes pendant le Moyen Age, il suffit de parcourir h grands traits l'histoire littéraire des principales nations de l'Europe h cette époque, et celle de la France en particulier.

On trouve des Proverbes dans les premiers livres écrits en français. Le mot Proverbe n'est pas tout h fait aussi ancien. C'est seulement dans le cours du treizième siècle, qu'il connnencc h être usité. Avant celte époque, on se servait du mot rcspit, un peu plus tard de celui de réprouvier, jusqu'à ce que le proverbium des Latins ait entièrement prévalu. Le verset 24 du chapitre XIX du premier livre des Rois ( Undè et exivit proverbium : Nom est Saul inler prophelas ?) se traduisait ainsi au douzième siècle : De ço levad une parole que Vum soit dire par respit : Est Saiil entre les prophètes? Chrestien, de Troyes, commence son roman d'Erec et d'Enide par ce vers :

Li vilains dit en son ycspil.

Mais dans la seconde moitié du treizième siècle, l'auteur du roman de Baudouin de Sebourc, et les fabliers de la même époque, ne se servent plus que du mot Proverbe.

Il ne faut pas être surpris du rôle tout particulier qu'un poète populaire fait jouer à Salomon dans la littérature proverbiale. Au Moyen Age, la Bible était le livre par excellence, celui qu'on étudiait avant tous les autres, et qui servait de modèle à une foule de compositions. Salomon, comme auteur de la Sagesse, de lEcclésiaste, et enfin des Proverbes, devait servir de modèle dans cette littérature. La merveilleuse légende, invf^ntée par les rabbins, recueillie par les chrétiens de l'Orient, qui faisait du fils de David le roi de la magie, avait, dès le douzième siècle, pénétré parmi nous. Salomon, dans celle légende , était devenu l'inventeur des lettres syriaques et arabes ; son pouvoir n'avait pas de bornes : toute la natuie, animaux, végétaux, minéraux, obéissait à sa voix. Quand il voulait traverser le monde, il était porté par les venls dans les sphères célestes. Enfin, ce piince avait été assez heureux pour que la reine des fourmis s'arrêtât un jour dans sa main, el s'entretînt longtemps avec lui sur la sagesse. On comprend (ju'avec une telle rt^pulation le fils de David soit devenu le héros du Pioverbe, et que son nom ail été pris pour le synonyme de la prudence. Par une ironie singulière , mais

KT LA RENAISSANCE

qui esl l^ion en rapport avec la litléi-alure populaire de celle époque, Salomon ligure comme inlerloculcur dans un dialogue en vers français, donl la plus ancienne rédaction remonte h la fin du douzième siècle. Salomon et un certain Marconi, homme grossier, disent chacun leur Proverbe. Le roi-prophèle, fidèle à son caractère, prononce toujours une grave sentence, de la plus haute morale ; Marconi lui répond dans le même sens , mais par un Proverbe populaire qui rappelle l)eaucou[) la sagesse naïve de Sancho Pansa. Voici un exeni|)le :

Qiil snjrcs hom ?cr.i, Ici trop ne parlera, Ce dist Salomon.

Qui jii mot ne dira, Grant noise ne fera, Marcol lui respond.

Ce poème, divisé en soixante slroi)hes de six vers, porte le nom du comte de Brelague, sans qu'on puisse dire si l'un des i)rinc('s de celle l'aiiiille en est l'auteur, ou bien s'il lui est seulement dt-dié-. Des rédactions bien dilTérentesse Irouvcnl dans -- ,M..rr,M.iù,-.Mmicd.. ne ..-.«,. i,r..j.. /.,<-,/ >;.i - , .;,..

, . . ÈJ,1,„„ Jii.iu.iiilomeiiwli!. BiH. XHlinn. JcP.ri.. liniinilWL'.l.

plusieurs manuscrits.

Celle donl je viens de citer cpielques vers n'est pas la plus an. icim.'. U laul assigii.r ce rang d'ancienneté ii une autre version divis.'-e en cent soixaiilr slicp'"^- 'l'''l":Hn-. de trois .-l de deux vers. Celle rédac lion se .listingue par un caracl.Me tout parlicidier. celui dune satire vi(denle contre les ièunues et d'une liberté .rexpr.ssi..n p..rl.".jusqu'au cynisme. : Miïo.n , .\onvraux licrueils de l-abUaux H Coule». Paris, lH-2:?.

in-8. I. I•^ |>. 416.) Les Dits de Salomon et de Marcoul eurent beaucoup de vogue jus- (|uau milieu du seizième siècle : on les cite très-souvent, on y fait aussi souvent allusion. Rabelais, si habile dans la science des Proverbes, n'a pas manqué de parler de ce dialogue; il met ces mots dans la bouche de l'un de ses personnages (Livre I", chap. xxxiii. de Garguanla) :

Qui ne s'advenlure n'a cheval ny mule.

Ce dict Salomon.

Qui trop s'adventure perd ctieval el mule,

Respondit Marcon.

Soit en latin, soit en français, ce singidier dialogue fut imprimé plusieurs fois à la fin (lu (|uinzième siècle et au commencement du seizième. (Brunet, Manuel du libraire , 1. IV, p. 188.) S'il était permis de hasarder quelque conjecture au sujet de l'auteur ou de linveuteur de ce texte à Proverbes , ne pourrait-on pas dire que c'est dans les écoles universitaires du douzième siècle qu'il a dû se rencontrer? Dans ces écoles, on apprenait par cœur plusieurs ouvrages de Salomon, les Proverbes entre autres. Ce qui pourrait encore appuyer notre conjecture . c'est que parmi les hommes célèbres auxquels le Moyen Age donnait le nom de philosophes, se trouvait Marcus, que l'on représentait tantôt comme le (ils de Caton, tantôt connue Marcus Porcius Caton lui-même. Ainsi peut s'exjtliquer le nom donné h 1 interlocuteur du roi-prophète.

Calon l'ancien fut aussi, pendant le Moyen Age, i-egardé comme l'auteur d'un recueil de préceptes moraux, renfermés dans une série de distiques latins, dont le véritable auteur est resté inconnu. Ces distiques, cités par Isidore, par Alcuin, par Abailard et divers docteurs fameux du Moyen Age, servaient h l'éducation des enfants. Dans la première moitié du douzième siècle, un moine, nommé Everard, traduisit ces distiques eu vers français. Au treizième siècle, la traduction du moine était oïdjliée: on en com- |)Osa plusieurs autres, aussi en vers français, qui avaient pour auteurs, Adam de Sueil, Adam de Givenchy , Jehan de Paris et Hélie de Vinchester. C'est principalement dans les différentes traductions, faites par ces anciens rimeurs, que l'ouvrage du pseudonyme Dyonisius Caton fut transformé en un recueil de Proverbes. 11 suffit, pour s'en convaincre, de comparer la version d'Adam de Givenchy avec le texte latin. Chaque fois (pie 1 occasion s'en présente, celui-ci ne manque pas d'ajouter aux sentences du Caton le Proverbe commun qui s'y rapporte ; voici comment il traduit ce passage du préambule placé en tête des distiques : Igilur mea prœcepla ita legito ut intelliyas; légère enim et non intelligere ncgtigere esl.

Se tu lis livres sacc bien

Les qui'S tu lis et le retien ,

El tout entendes Ion afl'aire ;

(îar autrement seust d'esploit faire

l.i lionmie qui list et rien n'entent

Coni i il qui cliace et rien ne prent.

ET LA REiNAISSANCE.

Les distiques de Galon ont joui, jus(|u'à la fin du seizième siècle, dune célébrité des plus grandes. Souvent réimprimés depuis Tannée 1430 jusqu'en 1333, et même plus tard, ils furent connus à cette époque sous le nom de Motz de Calou. Ils servent de base à un recueil de Proverbes français des plus amples. (Duplessis, Bibliographie parémiologiqiie, etc., 1847, in-8, p. 137.)

Aux distiques de Dyonisius Cato, il faut joindre un autie recueil qui, sous le nom de Proverbes aux philosophes, a joui, pendant le Moyen Âge, dune grande i-éputation. A cette époque, on donnait le nom de philosophes à certains personnages célèbres de lanliquité, parmi lesquels on comptait principalement des auteurs grecs et latins. Cette dénomination était en usage dans les écoles, au commencement du treizième siècle. Guyol de Provins, qui composa un poëme satirique sous le litre de Bible, avant 1230. parle des pbilosophos anciens (jui furent avanl les chréliens. Il dit avoir entendu, dans les écoles d'Arles, raconter leur vie. leur histoire ; puis, il en donne les noms; parmi ces noms, on remarque les suivants : Platon, Sénèque, Aristote, Virgile, Socrate, Diogène. Ovide, TuUius et Horace. (Voy. cette Beô/f, danslesFa6/?o?/a;publiésparMéon, t.II, p. 307.)

Quelques ouvrages de ces génies fameux, échappés aux révolutions du Bas-Empire, servaient, comme de nos jours, à l'enseiguement dans les écoles; malheureusement, ils ne servaient pas seuls : des écrits sans valeur, méprisés aujourd'hui avec raisoii comme apocryphes, étaient souvent préférés aux chefs-d'œuvre de Virgile et de Cicéron. Aussi, trouve-t-on, parmi les philosophes, Cligers, Priciens, Stace, et le fameux Dyonisius Cato dont j'ai parlé plus haut. Le nom de ces philosophes devint populaire dans les écoles, et à l'aide des ouvrages qui leur étaient attiibués, on composa un recueil de sentences morales en vers qui fut appelé le Dit des Philosophes, ou Proverbes des Philosophes. Dans les premières rédactions de ces livres de morale, on peut retrouve!encore une imitation, sinon une traduction, des oeuvres de Vii-gile, de Sénèque ou de Cicéron. Mais h la fin du troisième siècle, quand les Dits des Philosophes sont tournés en une suite de quatrains, on n'y trouve plus que des Proverbes plus ou moins vulgaires, précédés d'un nom célèbre de l'antiquité. Voici, par exemple, celui (pii est altribuë à Juvc'unl :

Tiint vaiil aniour cuninic argent dure:

Quant argent Tiut, nininir isl mile; Qui iles]ieiit le sien folemciit, Si n'est innés ilc mile yenl.

Au coMunenccment du qiiiii/.ièmc siècle, un magistrat fiançais. (înillaume de Tignonville, qui. après avoir été (lianiiMlian de Charles VI, devint pn'vùt de Paris, traduisit . avec des augmentations noiubreuses, les sentences morales allribui'es aux Philosophes. Dans cet ouvrage assez étendu, aux noms d'Homère, de Socrate. de Platon cl d'Aiislole, se trouvent mêlés des noms tels que ceux du gran<l roi Alexandre, de Plolt-mcv, ou bien encore des noms bizarres et inintelligibles, connue ceux de Simie7-alis, de Fottydes. d'Arrhasan. dt; Loginon. Chatiuc uolicf, accoi-dé'i' à ces siugnlicis (ihilosophcs. est rcuiplic

lU

LK MOYEN AGE

(le fables exlravaganles qui résumcnl assez bien les tradilions singulières que la scolasli(]ue avait répandues sur les grands bommcs de l'anliquilé.

Jusqu'ici , je n'ai fait connaître que la partie scientifique de la littérature proverbiale française. On y voit déjà quelques traces de cet esprit caustique et railleur naturel à notre nation. 11 faut observer que tout dans cette partie ne nous appartient pas. On y relrouvc des sentences empruntées aux saintes écritures et aux ouvrages, soit en prose, soit en vers, de quehpics grands génies de la Grèce et de Rome. Il n'en est pas ainsi des trois recueils de Proverbes que je vais examiner, et qui nous montrent quels étaient l'esprit et les passions populaiies du Moyen Age. Là, rien n'est imité : le bon sens du vulgaire brille dans loul son éclat et donne beaucoup de valeur à ces Proverbes originaux. Le titre du premier recueil, et du plus ancien, en explique le sujet : Proverbes ruraux cl vulgaux. C'est une suite d'environ six cents Proverbes encore usités de nos jours.

Malgré le temps qui s'est écoulé depuis le milieu du ireizièmesiècle, malgréles changements (jui se sont opérés dans nos moeurs, dans nos croyances, dans notre langage, ces sentences empruntées aux laboureurs et au vulgaire sont encore à présent dans toutes les bouches, .le dirai plus, la rédaction d'un grand nombre n'a pas changé ; en voici quelques-uns que j'ai copiés textuellement dans un manuscrit du treizième siècle : « Bonne jornée fait qui de fol se délivre.

— A7 premiers prent ne s'en rvpent. — Ki bien aime à tari oublie. — Mieux vaut un tien que deux lu l'auras. — Ki donne lost il donne deux fois. — D' autrui cuirlarqe couroie. — // fait mal éveiller le chien qui dort. — Qui plus a plus convoite. — On ohlie plutôt le mal que le bien. — Tant grate chievrc que mal (jisl. — Besoin fait vieille troter. — Qui petit a petit perd. »

On doii prendre sans nulliiy mépriser Conseil de tons vuîre de son message.

Le bon leiuâ el le fauK deâjiriser :

Souvent un fol conseille bien un sage.

Proverbe», adage?, elc. 'M.^. du quinzième siècle, N" -1316, LaTallière, 44. Bibl. N;tL de Paris.)

Ces exemples suffisent pour faire juger du caraetère des Proverbes ruraux. J'ajouterai que plusieurs de ces Proverbes, sans appiocher du cynisme de langage que j'ai signalé dans les Dits de Safomon et de Marcoul, ne sont pas exempts d'une certaine rudesse d'expressions qui nous en révèlent l'origine.

Plusieurs des caractères que je viens de signaler se retrouvent dans une autre pièce du même genre, dont les manuscrits du treizième et du quatoizième siècle renferment des rédactions différentes. Cette pièce est intitulée Prorerôes aux vilains; elle est divisée en strophes inégales de six. de huit ou de neuf vers; quelcjuefois plusieurs Proverbes analogues sont réunis dans la même strophe, ou bien encore plusieurs vers sont consacrés au développement d'un seul Proverbe qui se trouve rejeté :i la fin de chaque strophe. C'est encore un recueil de ces vieux adages que le peuple aimait à répéter et qui l'aidaient à supporter ses souffrances et ses misères. Pour bien comprendre toute la portée de ces Proverbes, moitié sévères et tristes, moitié plaisants, mais toujours satiriques, attribués au vilain, il faut être fixé sur le sens que pendant le Moyen Age on a donné à cette locution. Généralenient, elle était prise en mauvaise part et comme synonyme de lâche, de poltron, enfin de notre mot canaille. Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler quelques-uns des Proverbes où les vilains sont mis en jeu. Qu'y trouve-l-on? haine et mépris :

Oignez villaiii il vous poindra.

Peignez villiiin il vous oiiulra

Villain afl'amé demi enragé

Villain enriclii ne fonnoit pas d'amis.

Plusieurs pièces en prose ou en vers ont constaté tout le mépris qu'entrauiait après elle cette expression de vilain. Vne entre autres donne à cet égard les révélations les plus curieuses; elle est intitulée : Des XXI II manières de vilains. Elle énumère toutes K*s espèces de vilains que l'on connaissait au treizième siècle, et leurs caractères diflérents. On y parle du vilain babouin « qui s'en va devant l'église Notre-Dame de Paris, regarde les statues des rois (jui sont au grand portail et dit : Voilà Pépin, voilà Charlemagne; ainsi jusqu'à saint Louis. » N'est-ce pas là le badaud de nos jours? On y parle encore du vilain prince « (]ui vient plaider pour les auli'es vilains |>ar-devant le bailli et dit : << Au temps de mon aïeul et de mon bisaïeul, mes vaches furent i)ar ces j)rés. nos brebis dans ces plaines. » [Les XXIH manières de vilains, pièce in-8 publiée par M. Er. .Michel ; Paris, 1833. — Pour les Proverbes aux vilains, voy. Crapelet, Proveibes et dictons populaires du treizième et du quatorzième siècles, Paris, 1831, in-S, p Kii), et notre IJvre des Proverbes français, Paris, lSi2, in- 12, t. II, Appendices.)

La troisième |)iè(e est iulilulée Le Dit de l'Apostoile Le Dit du Pape), et se compose de diclons po|)ulaires bien plutôt que de Proverbes. C'est une suite «le sobriquets donnés .aux villes [iriut ipales de la Erance et aux diiferentes contrées de l'Europe pendant le Moyen Age. Ces sobri(|uels, empruntés soit au commerce, soit aux usages, soit à la position physi(pie de ( Ikuiuc pays, jettent le [)lus grand jour sur leur histoire, et, sous ce

lapport, le T)il de rApostoile niérile une attention [taiiiculière. Dans cette simple énuniélalion : « Concile d'Aposloile, — Parlements de roi, — Assemblée de chevaliers, — Compagnie de clercs, — Huveries de bourgeois, — Foule de vilains, » on a l'idée de la société féodale et du caractère des classes diverses qui la composaient. Dans cette pièce, (|ui nous fait connaître la qualification particulière aux différentes contrées de l'Europe, on peut discerner l'état des mœurs, les usages, et parfois le degré de civilisation de ces contrées. Un bon nombre de ces dictons populaires s'appliquent aux provinces ou aux villes principales de la France et donnent des détails précieux sur la position pliysique, le commerce, liinlustiie, le caractère spécial de chacune d'elles. Sans nul doute, ce Dit de l'Apostoile a servi de modèle pour la composition d'une pièce très-rare, imprimée à la fin du quinzième siècle, et aussi plusieurs fois dans le seizième, sous le titre de Dit des pays joyeux. (Brunet, Manuel du libraire, t. II, p. 110; Duplessis, Bibliographie parémiologique, p. 134.)

Le Dit de l'Apostoile peut servir d'intermédiaire entre les Proverbes proprement dits et les Proverbes historiques qu'on retrouve chez tous les peuples, mais principalement en France. La différence qui existe entre ces Proverbes et ceux d'un autre genre est facile à saisir. Tandis que le Pi'overbe commun consacie une vérité morale ou vulgaire, le Proverbe historique rappelle un événement remarquable, singulier, ou un honune célèbre à quelque titre que ce soit, ou bien encore il fait allusion au caractère physique et moral d'un pays, d'une province, d'une ville. Ce sont comme des annales populaires destinées à graver dans la mémoire de chacun les principaux faits de l'histoire. Quand on cherche à connaître la véritable origine de ces Proverbes, elle échappe; seulement on s'aperçoit qu'ils remontent plus haut qu'on ne le pensait d'abord. Voici un exemple : A propos de la moutarde de Dijon, ouvrez le premier venu de ces recueils d'anecdotes ou de Proverbes qui se publient chaque année, vous y lirez que les habitants de Dijon, ayant équipé h leurs frais mille hommes d'armes, les envoyèrent, en 1388, au duc Philippe le Hardi, occupé à conquérir la Flandre ; qu'en récompense de ce service le duc accorda aux habitants de Dijon la permission de porter ses armes avec la devise : Moull me tarde; mais comme dans cette devise, écrite sur un drapeau, il arrivait queUjuefois que la syllabe me se trouvait cachée, on lisait moutarde. De là serait venu ce sobriquet appliqué à la ville de Dijon. Mais ce qui doit faire douter un peu de la réalité de cette anecdote, c'est que l'on trouve dans le Dit de l'Apostoile, composé h la fin du treizième siècle : moutarde de Dijon. Il en est ainsi pour les anguilles ou Languille de Melun, et pour ce Proverbe si connu : Faute d'uti point Martin perdit son âme ou son âne. (Voy. notre Livre des Proverbes français, t. II, p. 42-4i.)

Les Proverbes historiques relatifs à la France sont nombreux. Pas de provinces, de villes, de bourgs, de localités des plus minces, qui n'en aient produit quelques-uns; on en compte six sur les Flamands, cinq sur les Gascons , dix-huit sur les Normands et la Normandie, douze sur Orléans, trente sur Paris, etc.

i:t la renaissance.

Les Proverbes hisloiiques relalils à des noms propres sont Irès-connus. 11 n'est personne qui. en cherchant dans sa niémoh-e, ne s'en rappelle quelcpies-iins. Pour la France, ou peut les diviser en deux catégories : ceux qui ont rai)porl à des noms propres de tous les temps, de tous les pays; ceux qui appartiennent au hlason. Vn bon nond)re des devises héraldiques ne sont que d'anciens Proverbes appliqués au nom des grandes familles :

Le bois est vert et les feuilles sont Arces. A tout venant Beaujeu.

Maille à maille se fait VAubergeon.

Bonne est La Haye autour du Bled.

Un certain nombre de dictons populaires se rapportent à la Noblesse de chacune de nos provinces; pour la Bourgogne :

Iticlie de Clinlons,

Noble de Vienne,

l'reux de Vergy,

Fin de Ncurchalcl, Et la maison de BcaufrcmonI, D'où sont sortis les bons barons.

i*our le Dauphiné

Arces, Varces, Grange et Comier :

Telles regarde qui ne les ose toucher; Mais gare la queue des Allcman El des Berangiers.

Pour la Bretagne, dans l'évèchéde Léon :

Pour l'Angoumois

Aiitiiiiiilé de l'enlioet.

Vaillance des Chaslel, Richesse de Kerman, Chevalerie de Kergournadec.

t'aulrc. Chambres et Tisons Sont d'Angoulcsmc les anciennes maisons.

Les Proverbes de cette nature ont beaucoup d'inlc'rèt; ils rappellent une civilisation qui n'est plus; ils s't'lèvent ii toute la hauteur de riiistoirc. (Le père Mi;M;sT!ui:it. fOrùjinc (les OrnemeiUs, des Armoiries. Lyon, 1G80, in-12, j». 2:52, chap. XI, Dp l'Oriijine des Devises, des Armoiries.)

Quant aux Proverbes relatifs aux noms propres, qui n'appartiennent pas au blason, ils sont très-variés, et se l'apportent à des hommes de toutes les époques et de toutes les conditions, lis aflectenl un caractère particulier, celui de la satire et de la moquerie :

Vieux comme llirodc.

llippocralc dit oui et (iallien dit non. Quelquerois le bon llomire soinmoilli'.

Presque (oujours celle sorte do Proverhes fait allusion ;i un liail liisIorir[ue bien (onnu :

<Jc n'est plus le Itiiips que la reine Bcillie filait. Tout ce que dépense Ogcr appaitionta Cliailemagne.

Par allusion h la révolle de ce paladin conire leinpereur d'Occident.

Bourbon marcIie devant.

Dernier mol du (onnélable, au moment où il fut tué devant Rome.

Le sermon de Calvin a fait pronder le canon.

Mais afin de mieux faire juger du caractère des Proverbes français, usités pendant le Moyen Age, et jusqu'aux premières années du seizième siècle , je vais i-eproduire ici les plus remarquables , d'après un i-ecueil rangé suivant l'ordre alpliabélique. et qui date de cette époque :

A beau pnrienr, closes oreilles.

A bon cliicn bon os.

A bon entendeur ne fault (ju'une parole.

.\ chair de cliien sauce de loup.

\ cliacun oiseau son nid lui est beau,

A dur àne dur aiguillon.

A toute peine est dû salaire.

Aussi tôt meurt jeune que vieux.

Aille toi, Dieu te aidera.

.Ainsi dit le renard des mures, quand il n'en peut avoir : Elles ne sont pas bonnes.

A la fin sera le renarl moync.

Amis valent mieux que argent.

Amour fait moult [heaucoup), argent fait tout

Amour se montre où elle est.

Je ne puis venir à mes fins.

De prendre raun faix suis contraint.

Attr.ipet y sont les plus fins ; Qui trop enibr.vsse mal estr.iint.

Pioierbcs, add-os, etc. (Sis. du quiniii-me sicclc, dc-jà cite.)

A Dieu, à père et à niaitre, nul ne peut rendre équivalent. A vieille mule frein doré.

Eï LA RE?<ÂISSANCE.

Au moirJe n'a si grand Jonini.ige que de seigneur à fol

courage.

Au besoin voil-on l'amy.

Aux lions souvent mesclief.

Beaucoup promettre et lii^n tenir fait tenir fol en espérance.

Beaus services font amis, et vrav dire ennemis.

iiî luis ici k-vmil 1c< yeulx Fn ce luull lieu dcl aUendrtn», Kn fonvoicUnl, pour noir iniculi, Prendre la lune d*cc let dciiU.

ProveiltCi, atlaf!''', de. (M<, du quiniirnie «ifele, di*ji cité.)

Haine de prince signifie mort d'Iioninu'. Honneurs changent les nnenrs.

l/lialiit ne fait pas le moine.

Besoin fait vieille trotter.

Bien a en sa maison qui de ses voisins est aimé.

Bien faict n'est jamais penlu.

Bon cœur ne peut mentir.

Bons molz n'espargncnt nulz.

Bonne journée fait, qui de fol se délivre.

Bonne vie embellit.

Borgne est roy entre aveugles.

Briefve oraison tantôt monte au ciel, et longuement boire fait les verres vuydes.

Charrue de chien ne vaut rien.

Chacun cuide ( croit ) .avoir la meilleure femme.

Chacune vieille son deuil |)laint.

Château abatu est à demi refnil.

Ce n'est pas or tout ce qui luit.

Ce que nature donne nulz ne peut l'oter.

Ce que nature engendre nest point honte de le nourrir.

Celny scait assez qui vit bien.

Comparaisons sont odieuses, ('outre Dieu nul ne peut, '.outre la mort n'a point d\ippel.

be bri'bis com|iU'is niangc biin le loup.

De jeune angelot vieux diable.

De jeune avocat héritage penlu, et de nouveau médecin cinuti'rc bossu.

De nouveau tout est beau.

Dieu ne veut pas plus (pi'on ne peut.

Dieu jiaye tout.

Dieu sçait bien ce cpi'il nous faut.

Dieu punit tout ipiaiid il lui plait.

Dieu voit tout. Diligence passe science.

D'oisraui , de chiens, d'arme*, 'smours, pour un plaisir mille «loueurs.

Douce parole rompt grand ire 'eolére).

lui la cour U> niv chacun est pour soy.

' Kn In queue gist U- venin.

La fiiin rliaSM' le loup lior* du bois.

La nuit porte conseil.

La plus méchante roue du char ciu' toujours.

LK MOYEN AGH

L'cauc (lonn.mt \ault \nf (\up l'caue courant. Les petits sont sujet? aii\ loi\, et les f;raiuls en lont à loin- [îuise.

On crie toujours le loup plus jrros ipi'il n'est.

Parliien scrxiret lo\al estre, souvent le valel ilevii'ul ni;iitre.

Tout \ray n'est pas bon à dire.

Trop parler nuit, trop gralcrcuit.

Vin vieux, auii vieux et or vieux, sont aimés en tous lieux.

DiL'ii vetill ^'ouvciitc rois |>ei'ii)elli-u L'Iiomme giLTÎr : qui di ju vcuU, Quoi qu'il en [leult adveiiip, mcttiu La cliarrelle devant les lircrfs.

ProvtfiLcs, adages, etc. [M-. iln qninzii-me siùck-, di-jt rilL- )

Kii lisant les ouvrages de lout genre ëcrils en IVaiivais depuis la (in du douzième siècle jiiscjuà celle du iiuinziènie. il est facile d'y reconnaître l'emploi IrcHpient des Pioverbes «■onimuns. Non-seulement les auteurs de romans d'amoui', de contes et de fabliaux, les citent il tout propos, mais encore ceux qui se livrent à la composition dœuvres plus sf'rieuses, comme les vies des saints, les chansons de geste, les chroniques, soit en prose, soil en vers, ne dédaignent pas d'en faire usage. Chrestien de Troyes commence ainsi le roman de Percerai , une de ses compositions les plus graves. puis(ju'elle contient le récit de la recherche du Graal, ce vase sacré dans lequel Jésus-Christ, dit on. célélira la Cène (Ribl. Nation., fonds Cangé, Ms. n" 73) :

Qui pria seine pcHl ciirll.

Et qui auques reeoillir velt, An tel lieu sa semance espanile.

Que fruit à eenldobles li ranile; Car en terre qui rien ne vaut, lionne semanre y scelle et fault.

!>(■ même poé-te commence aussi [lar un |)rov(ii)c le roman d' lùrr el l-'.nide (liibl. Nat.. F. Cangé, Ms. 73 î :

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