‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 3)Chapitre 47 sur 68 · HORLCXÎE ASTRONOMIQUE DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

HORLCXÎE ASTRONOMIQUE DE STRASBOURG

«mécuU* «D 157 3 ptr OoBrAd Dtsypodlul-

f. SERÊ, DIR£XIT.

On dit qiiapii'S la iiiorl de rélecleur. alors que ses héritiers se partageaient le pays, le fou Klaus (c'est ainsi qu'il se nommait) fut estimé 80,000 risdalers (32.000 fr.), soiume énorme pour l'époque : « Les plus sages et les plus habiles, disent les chroniqueurs, pouvaient aller à l'école de ce bouffon de cour, et les princes mêmes manquaient rarement de lui demander des conseils. »

En 1370. la ville de Niort, en Poitou, s'enrichit d'une Horloge non moins curieuse <juc celle d'Iéna. Une nuiltilude de figures allégoriques la décoraient. Elle lit pendant longtemps l'orgueil de la province; elle était un objet d'envie pour les pays circonvoisins, dont les habitants venaient la visiter en grant révérence. Le sieur Bouhain, auteur de celte Horloge, en a donné une description qui peut paraître emphatique; cependant, d'après ce qu'en disent plusieurs historiens, notanuuent le jésuite Scholt et le révérend père Alexandre, elle n'était pas inférieure aux plus belles horloges de l'époque.

Celle de Strasbourg, construite en la7.3, était la merveille des merveilles. Sa réputation s'étendit dans toutes les parties de l'Europe. Angelo Rocca, qui écrivait au commenceiuent du dix-septième siècle, en fait un grand éloge. On l'avait placée au sonuuet d'une tour dans l'intérieur de la cathédrale. Une sphère mouvanle, snr iatpielle «''laient tracées les planètes, les constellations, etc., en était la pièce la plus iuqiorlante. I']lle accomplissait son mouvement de rotation en trois cent soixante-rin(| jours. Des deux ccMés et au-dessous du cadran de l'horloge, étaient i'e[trésenlées, sous la ligui'e de personnages et d'images allégori(pies, les fêles principales de l'année et les solenuilis de l'Eglise. D'aiilies cadrans, distribués avec symétrie sur la façade de la tour, marquaient les jours de la semaine, le quantième du mois, les signes du zodiaque, les phases de la lune, le lever et le coucher du soleil, etc. A chaque heure, deux anges sonnaient de la trompette; lorsque leur conceil était termiiK'. la cloche tintait l'heure: jjuis, inuni'diatelement, un coq, perché au l'aîte de l'hoi-loge. (h'ployait avec bruit ses ailes, et, pai' deux fois, faisait entendre son chant natui'el. Le rouage de la souueiie. par- le moyen de trappes mobiles, de cylindres el de ressorts cachés aux yeux du iiulifu . laisail niduvoii' et fonctionner une (juantité consid(Mable d'automates, exécutés avec beaucoup d'art. Rocca, qui nous donne ces diMails dans son Coiiimcularium âr Campants, dit ipic l'on attribuait la construction de cette mervi'illeuse niacliiue ;i Nicolas (^opeinic, (|ui llorissail vers le mili(Mi du seizième siècle. 11 ajoute (ju'après que cet habile matlié-maticien eut mis la dei iiière niaiu ii son n'uvre, les échevins et consuls di- la ville lui lirenl crever les yeux. ])i)ui' lui nier la possibilit('' d'en exécuter une |iareilli- aulie pari.

Nous nous étonnons. ;i bon droit, ipiun ('crivain exa<l et judicieux, connue l'é-laii .Vngelo Rocca. se soi! lait le pi-opagateur d'une li-.iditioii absindeel tout ii l'ail inviaisemblable. D'abord, il n'est pas vrai (pie (>oiierni( lut lauleur de rilorloge de SliaNbouig; ce grand astronome n'est peut-être jamais allé en .\lsace; ou sait d ailleurs «pie l'Iloiloge. qu'on lui alliibiie. a ('lé' exécutée par Conrad Dasypodiii-- en l.'IT.Î : ou peut ( diisiiller. sui- ce lait, .Mel< liior Adam. Ealcouuet et pres(|iie Ions les ailleurs (pii ont et lil sur l'Horlogerie. Il va plus, Dasypode a éciit un livre pour <lonni'i' la description conipleie

vi:i

(le son Horloge : il en fait ressortir avec soin toutes les Ijeaulés; il y montre toutes les difficullés qu'il a surmontées, tous les problèmes malhématiques qu'il a résolus; enfin, en lisant ce livre, on est saisi dadmiration pour l'homme de génie qui ne craignit pas d'entreprendre el qui eut le bonheur de mener à bien son immense chef-d'œuvre, la uloiie de Strasbourg, et rornement de la magnifique cathédrale de cette ville.

L'Horloge de Lvon. faite en 1598 par Nicolas Lyppyus. de liàle en Suisse, acquit une célébrité non moins grande que celle de Strasl)Ourg. Pleins compliquée que cette dernière, elle était beaucoup mieux exécutée. Quelques années plus tard, elle fut réparée el notablement augmentée par Nourrisson, habile horloger lyonnais. Celte Horloge donna lieu à une fable à peu près semblable à celle qu'a reproduite Rocca, au sujet de l'Hoi loge de Strasbourg. Le peuple avait la ferme croyance que Lyppyus fut mis ;i mort après avoir achevé son chef-d'œuvre. Celte tradition s'est maintenue jusqu'à notre dixneuvième siècle; et il n'est pas rare d'entendre encore aujourd hui d'ignorantes vieilles femmes ou d'infimes ciceroui affiimer rauthenlicité de cet inqualifiable assassinat. Nous ne chercherons pas h prouver l'absurdité d'une telle fable : nos lecteurs savent bien que. même au seizième siècle, on ne tuait pas les gens pour crime de chef-d'œuvre. Si, vers la même époque, l'horloger Clavelé fut brûlé vif, ce n'est pas parce qu'il avait fabriqut' la première horloge en bois : on s'est plu à en faire un sorcier, uniquement parce qu'il était calviniste. Quant à Lyppyus. il mourut tranquillement, honoré et respecté, dans sa ville natale, à Bàle en Suisse.

A toutes les horloges remarquables déjà citées, il faut ajouter celles de Saint-Lambert de Liège, de Nuieniberg. d'Augsbourg, de Bàle. et, enfin, celle de Médina-del- Campo.

L'époque de Louis XllI fut le dernier reflet de la renaissance des arts en Eui ope. La décadence se faisait pressentir en Allemagne, en France et en Italie. L'Angleterre seule, quoique profondément ébranlée par de grands événements politiques el par la chute d'une tète royale, n'en continua pas moins à produire des pièces d'Horlogerie comparables, sous bien des rapports, à celles du règne d'Elisabeth. On voit à Londres, dans plusieurs caljinets d'amateurs, et entre autres dans celui du docteur Hobbes, des horloges portatives et des montres, fabriquées sous Charles l""". qui toutes sont remarquables par l'excellence du mécanisme et par la richesse des ciselures. Sous le même règne, ou pendant la dictature de Cromwel, des artistes anglais, d'un véritable talent, exécutèrent des Horloges monumentales qui furent placées dans diverses églises de Londres et dans les catbt'diales d'Édindiourg, de Ghiscow. de Perth. de Dublin, etc. Le docteui' Hélein cite particulièrement l'horloge de Saint-Dunslau. à Londres, et celle de la cathédrale de Cantoibéry.

Les horlogers français de la même époque se bornaient à imiter les ouvrages de leurs devanciers. Cependant, (pielques années avant la mort du cardinal de Richelieu, des artistes recommandables firent de louables efi'orts pour créer une ère nouvelle à l'Hoilogerie. Ils inventèrent des outils précieux pour la confection des pièces qui coni]K)seni

ET LA RENAISSANCK.

les rouages des nionlres et des horloges grosses on petites. (()n peut voii- le détail de

^ tt-s inventions dans lexcellenl ouvraue

de Tliioul laîné. ) La partie purement mécanique de l'art s'amélioia donc quelque peu sous certains rapports, mais la lorme extérieure, l'élégance et la pureté du dessin, l'originalité et la vigueur de la ( iselure et de la gravure dénénérèrenl rapidement. Les grosses horloges ellesmêmes perdirent de leur prestige: on les fit sans automates; les vieux Jacquemarts tombèrent en disci'édil : leurs bras de fer, rouilh's par le temps, se levaient en criant poui- Irapper les heures. Ilélas ! ces vf'-térans de l'Horlogerie ancienne send)laienl pressentir la Un de leur rigne !

Ainsi, comme on vinil de le voir.

'Hoilogerie. proprement dite, nacpiil au Moyen Age : elle élail admirable à la lienaissance: mais, disons-le, si les quatorzième, (juin/ième et seizième siècles furent si fertiles en grands boilogers. il faut, avant [oui. en rendre hommage aux |)uissanls prolecteurs, (|ui ne se lassèrent pas d encourager les maîtres de l'art, soit en applauilissaul ;i leurs succès, soit en leur a|>lanissant le chemin des honneni's et (le la Inrluiic. l'aiiiii les protecteurs éclairés (Il ' la scicud- des Jean J(iii\cii(i' <•! des Henri de Vie, nous nous lèruns un dcvoii' ili' ( ilrr (Jiai'li's V. Philippe le ardi . du( de lîomgo^ni'. Louis \ll .

(!e(»rges d"Andi(»ise, .Maximilien I'^ einpciciir il \Mlrii lie. .Ican Ciaicas Nisconli. l'raïK'oisl", (IharlesQuint. Iichud I rbin. Henri Vil! el les principaux seigneurs de sa cour. Maximilien II. ei. enlin. Ileini II. Charli's l\. Ilemi ill el Henri IV.

( .liarli>,(jiiinl lit |iliisi|iii(|(s intéresser .'I riiinlogerie : il aima pa^r>ioiHiemenl

(tilr lie Sdinl-Lamlicrl, dam lu railii'ilrale lïe Ll^gt, eircillrr .1 lu lit) ild .oitii^mu «iùrlo.

Beiux-Arlc

.;E, Kol IX.

TJ-: MOYEN AGE

cello l)ollo scionce. On sait, on cITol, qu'après avoir déposé volontairement sa couronne impériale, ee prinee. voulant terminer sa vie dans la retraite, trouva dans son goùl poulies arts nii'caniques un secours assuré contre les ennuis résultant de la monotonie du cloître. 11 engagea Jannellus Turianus. un des plus grands mathématiciens de son époque, à venir habiter avec lui le couvent de Saint-Just; et là, ces deux hommes, célèbres à divers litres, s" occupèrent à composer des pièces mécaniques fort curieuses, dont les elfels surprenants émerveillèrent les religieux du monastère. Turianus et son illustre énude construisirent successivement de grosses montres à quantième et ;i réveille-iualin, des horloges portatives à automates, fort compliquées. Charles Quint se fût trouve'' heureux, sil eût pu parvenir à les régler simultanément; mais, quelles que fussent les peines qu'il se donnait, il gémissait de voir chacune de ces horloges varier plus ou moins, et sonner la même heure à quelques minutes dinteivalle. Le vainqueur de Fi'ançois I", et le plus profond politique du seizième siècle, tentait en effet rim|)ossible. On faisait, à son époque, des pièces d'horlogerie merveilleusement travaillées; mais il n'était donné h personne de les faire marcher sans perturbation. Galilée ne vivait pas encore! Huyghens n'avait pas appliqué le pendule aux Horloges!

Pierre DUBOIS,

IK- l'Alli.-.i.-o des Beim-Ail*.

IJiibbc Salier. Rcclierclies sur les Horloges des Anciens. Voy. ces lU'cli. au t. IV des Mém. de l'Arad. des Inscr. et Belles- Leilrex.

.1. Fi\. Beeck Calkoen. Disserl.itlo matlieni.-.uitiquaria de Horologiis vetcrum sciotliericis. Ainst., 1797, ln-8, lig.

Gaspauis ScHOTTi Tecliuicu curiosa sivc iniraliilia nrlis libris xu comprehensa. Herbipoli, i(Wi, 2 vol. iii-4, fig.

Le 9e livre traite des inveniions en usage chez les dilTereiits peuples pour mesurer le temps. L'auteur avait annonce une Horoçrapliie universelle, qui n'a pas parti.

Jacq. Alexandre. Ti-aité général des Horloges. Paris, 173i, in-8, (ig.

liEiiTiioiD. Histoire de la mesure du temps par les Horloges. Paris. 1802, 2 vol. iii-4, lig.

Seb. MisssTEK. Compositio Horologiorum in piano, muro, Iruiicis, aiiulo concavo, cyliiidro et variis (|tiadrantil)us, cuni signorum zodiaci et divers, lioraruiii inscriptionibus. flasileœ, H. Petrus, 1.^51, in-4, fig. s. b.

On crnit ipic c'est le preuner traité de Gnonioniqne qui ait été imprime, rar celui de Jean Scimner, Ilorarit cylindri canenrs , qui aurait été publie en 1515, selon Montucla, n'existe probablement pas sous celle date.

La seconde cdit. de l'onvra^jc de Sêb. Mtinsler, sons te titre d'//oroïogiographia (Basileaî, H. Peirus, 1 !iôô, in-i, li^.), est beaueoii[> aip^mentée.

JoANN. Dkïandri .\nnulus vulgarls horarius, cujus usus ad certam reglonein insliluitur. Mapurgi , Cervicornus . l")/)?, in-i.

Orontii Finei, Delpbinatis, de solnribus Horologiis et qua-

draiitibus libri IV. Parisiis, Gui. Cavelat, laOO, iii-i , lig.

Ce traité avait d'abord paru en 15^2 dans un recueil : /*roIo?na(/n?8ia. op>iB uarium.... Parisiis, in-fol.

Jean Rillast. Géométrie et Horlogiograpliie , contenant la description, fabrication et usage des Horloges solaires (augin. par Claude de Boissicre). Paris, 1008, in 4, fig.

La [uemiere edil. est intitulée : ttecifil d'lInrLn<jiographt<', contenant m vmjt-deitx chap, la drBcription... Pari', Vincent Scrlenas, ioljl, li:;.

-Andr. Schoneri GiiomonicT. Sorimhcrgœ, Monlaniis , d.'j62, in-fol.

Elie Vinet. Manière de faire les solaires ou cadrans. Puirtiers, l.'iOi, in-4.

Gio-Batt. Vimeiîcato, milanese, monaco di Ccrtosa. Dialogo de gli Horologi solari, nel quale,con ragioui spéculative et praticcbe, facilmenle s'insegna il modo da fabriear tutlile sorti di Horologi. Viiie:ia, Gab. Giulito de Ferrari, I.MÏO, in-4, fig.

Jo. Bapt. Bknedicti, de Gnoinonuin umbrarumque solarium usu. Augustœ-Tauriiiuruiii, 1571, in-fol., fig.

CuRisT. CLAViiGnomonices libri \lll. liomœ, 1381, in-fol.

— Horologiorum nova descriplio. Hoiiiœ, Zaïielttis, l.MW. in-4.

Gio. Paoi.o Galluci. Délia fabrica e uso del nuovo Horologio universale ad ogni lalitudine... Venelia, Grat. Pertliacino, 1S90, in-4.

ET LA RENâISSâNCI-:.

F. Cheribini Sandoi iNi Tliaiimalemina clierubinum catliolieum, coutincns uni\crsalia et particularia instrumenta ad onines arcus et lieras ilalii-as, lniheniieas et gallicas, diurnas et noclurnas, diguosceudas, et ad coniponenda per universuni orbem earuni multiformla Ilnrologia, presci'lini ilalica, ex- >|uisitissimum. Venetiis, 1398, in-fol., fig.

Valextino Pixi. Fabrica degl' Horologi solari. Venetiis, 1598, in-fol., lig.

JoAN. VoELii Libri très île Hurologiis sciotlicriois. Turnoni, 1608, in-l, lig.

\ixCESLAi BiDOWEZ Circiibis Hnrologii lunaris et Solaris, et gnomon apologeticus ejusdem circuli. Ilanuviœ, lOlC. in-4.

P. DE Flol'trièbes. Traité d'Horologiograpliie . auquel est enseigné à descrire et construire toutes sortes d'Horloges au soleil Paris, 1619, in-8, lig.

Geoeg. ScniiNDEiiGEBi Demonstratiii et consiructio Horologioruni mivorum. h'ribur-ji, H)2"2, in-4, fig.

J. Tarde. Les usages du quadrant à l'aiguille aimantée. Paris, 1623, 2 vol. in-4.

Salomon de Caus. Pratique et démonstration des Horloges ■inlaires. Paris. 1(^)24, in-fol., lig.

Jo. Sahazini Horograpbum universale. Parisiis, 1630, in-4, fig.

Jaco- DiDtiCT. Le nouveau Sciatcre, pour fabriquer toutes sortes d'Horloges solaires sans centre. Ulois, 1631, in-8, fig.

Athan. KiBCiiERii Primilia' gnomonicœ catoptric», hoc est Horologiograpbia; nova- specularis.yli.cnioHe, 1(535, in-4, fig.

— .\rs magna luris et umbra> , in dicem libros digesta. Romœ, 164."), 2 vol. in-fol., lig.

Mltii) Oddi. Degli lIoroloL'i trattalo. \'eneliis, 1(538, in-4, lig.

Hlme. Méllwide universelle pour faire toutes sortes de ca- <lrans. Paris, 1(540, in-8, lig.

Pierre de Ste Marie Magdeleixe. Traite d'IIorlogiograpbie. Paris, 1C41, in-8, fig.

Première cdit. de ce Irailé, souvent réimprimé au dix-scptièmcsiijclc.

De VAriEZARO. Traité de l'origine et usage du quadrant anaicmatique. Paris, 1(143, in-8.

.Vbr. Bosse. La méthode universelle de Desargues, pour dresser les cadrans au soleil. Paris, 1643, in-8, lig.

P. BonvNET. L'Horograpliie ingénieuse, rontiuant des connaissances et des curiositez agréables dans la composition des cadrans. Paris, 1647 ou 16(i3, in-8, fig.

— L'Horographie curieuse, contenant diverses méthodes pour faire justeuiciil et siircment toutes sortes d'Horloges. La Flèche, 1(5 ii, in-8, lig.

Ki-'imprimé |ilu»icuri fui».

— Le Cadran des cadrans. Parts, KiSS, in-8.

En. Maignan. Pcrspccliva lioraria, sive de Horograpliia gnomica libri IV. Huma'. I(i48, in-fol., fig.

Pn. LansBebgen. Itedenckingen op dcn dngclycksclicn ende jiicrivitschen loop van deii Acrdl-klonl. MidileW, 1650, \n-i,

— Besrhrvvinge dcr Wlnkke-sormewysers, uyt liet latin, en vertneit door Jai . .Mogge. Miililelliurg. l(5.'i(l, in-fiil., lig.

Pierre Georges. Horloge inngneliipie, ellipti(|uc ou ovale nouveau, de facile usage et très-commode pour trouver les heures du jour et de la nuit. Tout, 1660, in-8, fig

DiiMEN. M*RTiNEi.i.f. Ilorlogi clenicntnri. Venrtia, 1669, in-4, lig.

Hexr. CoETSii Horologiosrapliia plana. lAt'jd.-Iialur. . 1689, in-4, fig.

— Beschryvinge van Vlakke-sonnewysers. Leiden, 170."), in-4, fig.

B. M. Castroxil's. Horographia universalis. Panormi . 1728, in-fol., fig.

I) y a encore une foute de traitê« et de dis^ertitionâ sur la Gnomuiiique, entre autres cem de Pardies (ItiTS), d'Oiaiiain (i67!î), de Kiciier i ITOl), df. Rivard IT-tlVi, de Bedos de Celles iITTA^. de Laprise flTSI , de Garnier (l"7ô,, de Polonceau (178S), etc.

Leonabdo Ximenes. Del vecchio c nuovo gnomone liorentino. Firenze, 1754, in-4, fig.

G. PiAzzi. Suir orologio italiano ed europeo rillcssioni. Palei-mo, 1798, in-8.

.\Rca. -Maria Radi. Scienza di Horologi a polvere. Rojna, , 1663, in-4.

DoMEN. Mabtinelli. Horlogi elcinenlari, con l'acqua, l.i

(err.i, l'aria e il fuoco. V'eneliis, 1669, in-4, fig.

1 Voy. aussi les Raitont des forces mouvantes, par Salomon de Cau^

(Franc/*., 1615, in-fol., fifr.), les Remarq. et expértencet physiques sur la construction d'une nouvelle clepsydre, par .^muntous; le Traité de ta construction des instruments de mathématiqw's. par Bion '^liv. lll, ch. 7): la 3Ianicre géométrique et rjsnérale de faire d's clepsydres, par Varijnoii (dans les ifem. de t'.tcad. des Sciences, lt>9&;, etc.

Falcoxxet. Dissertation sur Jacques de Dondis, auteur d'une Horloge singulière; et, à cette occasion, sur les anciennes Horloges. Voy. celte dissert, dans le t. XX de Vllisl. et Mém. de l'Acad. des Inscript, et Belles-Lettres.

Pierre Dcbois. Vies des Horlogers célèbres de l'Europe , depuis Gerbert (dixième siècle) jusqu'à Breguet (dix-neuvième siècle); ouvrage sous presse pour paraitre prochainement.

Cet ou»ra(;e, fruit de longues rcclicrclies, sera précède d'une préface de M. P. Lacroix. L'auteur a publie, en 1845 l'Horlogerie , Discours ni tjcra, in-3 de 24 p.

(Gabr. Peicnot.) L'illustre Jacquemart de Dijon. Détails historiques, instructifs et amusants sur ce haut personnage, domicilié en plein air depuis 1382, publ. avec sa perinissioii en 1832, le tout composé de pièces et de morceaux , tant en

frani;ais vieux et moderne qu'en patois bourguignon Dijon.

1833, in-8 de 108 p., fig.

Cette savante facétie cnmmeiice par une notice sur les anciennes Horloges.

Oronge Fini: Description de l'Horloge planétaire faite par l'ordre de M. le cardinal de Lorraine, de l'invention d'Oroncc Fine, en 1333, in-4.

C'est Nicérun 'jui cite cette pièce, avec plusieurs autres ouvrages de l'auteur, relatifs a la Gnomonique.

CoNRADi Dasvpodii Descriptio Horologiiastronornici .\rgeiilinensis, in summotcmplo ererli. Anjcnturali, Viriut, \\u^, in-4.

Itéimprimè louf ce litre : Hsron mrchanicui, aru llorlogii Argintorati descriptio (Arij'enl., llïSO, in-S).

Nie. FniscHLiNi Carmen de astronomico Horologio Argentoratensi. Argent., itu,'}, in-4.

Il cii*te aiitfi une Deicription de l'Horloge de Niort, cvcculéo par Bouliain , en 1570, pièce que nous n'aront trouvée nulle part.

La Bibl. htst. de la France, èdil. de Kesret de Funtotle , cile , loui le no 3601 1, un Mi-moire munuirril sur l'Horlo-e ptililic d'.\uxerre, par Potel, chanoine, du liSoriele litlcriire de cette ville.

Fb. (]a\celi.ii:ri. Varie notizic sopra i cainpanili c sopra ogni snria diOrlogi, ed iin'appendircdi monumenti, Vot. ces Notices à la suili' iriiii inémnire de l'aiileur : Le due nuove campane di Cainpidwjliu Uotna, 1806, in-i).

Extraits des principaux articles des statuts des mnilres Horlogers, des années |'>i4-1719, regisfrées en Parlement, avec le précis des éilits, ordonnâmes, arrêts, etc. recueillis

Îiar (.)laude Itaillard, ancien i;arde de lu coininunanlé. Paris, 1752, in-4.

Christ. Ht vi.iii:Nslliirolo(;niin. Ilaiiw-fomit.. 1638, in- 1,

fin.

Li: .MUVK.N AGE KT LA RENAISSANCE.

— Hoiologiuiii oscillatoriuni. Parisiis, i673, in-fol., fig.

Vor. divers traites tlii mômi: auteur dans le Journal dâe Savants.

Jean dk Haitefeihi.lk. Pendule perpétuelle. Paris, l()78, iii-i, lig.

l/ai'teiir a fait lieaur(iu|i itc traite^ relatifs i rHt>rIo:;erie , iintainiiieiit : Avis auT Hortog*urs, en 169i,

Matt. Campam de Alimems, Ildrologiuni soin tialuni: mntti atqiie ingénia diinetions et numerans niomenta tcmporis constantissinie :i'i|iialia. lioniœ, 1077, in-4.

Ijii.BEnTi Ci.AtiCK, Ouglitretlus explicatus. ulii de loiistriictione Horoidgioruin Lomlini, KiSS, in-8.

r.iiill. Otiplilrcd, savant matliematicien anglais, avait puliliê dans son nuvrai;e intitule : ClaviB mathpmaticœ , une fi<?oniélrie hortojriograpliiqne.

Derham. Triiili- d'ilnrlngerle |iniir les montres et les peti-

dules, contenant le calcul des nombres propres i (ouïes sortes de mouvements ; la manière de faire et de noter les carillons ; l'histoire ancienne et moderne de l'Horlogerie, itc, traduit de l'angl. (par A. Massj '?) Paris, 170), in-12, lig.

Thioi T. Traite} de l'Horlogerie mcclianiipe et pralitiuc. Paris, 1711, 2 vol. in-4, fig.

Febd. Bertiioii). Essai sur l'Horloïerie. Paris, 178(i, 2 vol. in-4, fig.

Vûy. encore les ouvrages de Beliard, Lelion, de Servières, Lepaule. Laliire.Vipniaus, Sullv, etc., et la plupart des traites >iir l'Horlngeric moderne, où il est (jnestion quelquefois de celle du Moyen ,4gc. Nous avons, au reste, dans cette Bibliographie, cite plusieurs ouvrages qui concernent exclusivement l'Horlogerie du dix-septiême sii^cle, mais qui sont nécessaires .'t riiisinire chronologique de la science et de l'art.

Le Catalogue de la bibliothèque de Diiicourt d'Hangard i(<12) contient lia grand nombre de Mémoires sur rHorlogeric.

«rcvpjsscKJ^eô.

•o»AÎT-ON il (juel siècle vl à quel {leuple apjKulieiil la dëcouverle de larl de lisser des Tapisseries sui' lesquelles élaienl re[»r('senlées de mei'veilleiises liisidires héroïques ou religieuses? Le Moyeu Aj^e. qui lit un si lirillaiil usa;;c de cel art. <|ui déeoia de ses |)ro(luils les cllàleiiiix . les liùlcis de villi', les ealln'drales. ne I iuveiila \>;\s : il l'ini- |iruiila à rauliquili'-.

Au plus IdUi (iiiOii iciult'. (Il ellfl . dans lis annales des peu|ilts, un reiiconln- quelque nienliou de ces fragiles uiouiinicnls de lil. de Soie ri de laine, qui se r,'ill:i( lieiil ii I liisldiri' de la |ieiii ture aiilanl i|u ii <('lle de 1 indiisliie. \insi. la Itilile nous luunlre des (•lolles iiss(-es. utiii-seuleiiieiil an iiielier. mais

l'APÎSSES.;." .

i-oi i

encore ii la main , ou , [lour mieux dire, richcnienl l)ro(lées à l'aiguille sur un canevas. Elles servaient de décoration et représenlaicnl des figures diverses. On peut s'en convaincre en lisant dans l'Exode la description des rideaux qui entouraient le tabernacle. (]es broderies exécutées h l'aiguille, en iil de soie , d'or ou de laine , sont appelées opus pliiinarii, parce qu'on cherchait à imiter l'éclat du plumage des oiseaux. Le voile du Saint des Saints, au coniraire, était un magnili(pic ouvrage dû à l'iiabileté du tisserand {opiis arlificis), c"est-;i-dii"e exécuté h la navette avec des trames de dillérentes couleurs : il représentait des figures de chérubins.

Les Babyloniens employèrent également les Tapisseries à exposer les mystères de la religion et à perpétuer la mémoire des faits historiques. « Le palais des rois de Baliylone. dit Philostrale dans la Vie cV Apollonius de Tyaiie, était, au lieu de peintures, orné de Tapisseries tissées d'or et d'argent. Ou représentait, sur ces tapisseries, des fables grecques, des Andromède, des Amymone, souvent Orphée, etc. »

Apollonius, dans ses Argonautiques, livre I, nous dit aussi cond>ien les étoffes babyloniennes excellaient par les dessins en couleurs variées, qu'y exécutaient les femmes du pays. Pline le naturaliste i-aconle (liv. VUl, chap. i9) que des tapis destinés à couvrir les lits de festin, lapis fabriqués à Babylone, et qui, du temps de Métellus Scipion, avaient été vendus huit cent mille sesterces, furent achetés par Néron au prix énorme de deux millions de sesterces.

Les Egyptiens paraissent avoir été également habiles dans l'art de la tapisserie à l'aiguille ou broderie, et dans celui de la tapisserie lissée. Ce furent eux, dil-on, qui introduisirent, pour ce genre de tapisserie, l'usage de travailler assis; jusque là. on n'avait travaillé que debout, parce que les (ils de la chaîne étaient tendus de haut en bas perpendiculairement, comme ils le sont encore aujourd'hui dans la haute-lisse, au lieu d'être placés horizontalement. Homère et Virgile font, en plusieurs endroits, allusion à ce mode de travail, et Sénèque, dans sa lettre 90, nous apprend qu'on assujettissait les fils vers le bas, au moyen d'une'pièce de bois, h laquelle on attachait des poids très-lourds, comme cela se pratique dans nos manufactures actuelles, où les lisses sont arrêtées siii- un cylindre.

Les Grecs ne restèrent pas en arrièi'e dans un art dont ils attribuaient I invention à Minerve. Ainsi, Philomèle, selon la fable, avait letracé en laine la triste aventure de Progné, et Pénélope, selon l'histoire et la poésie, avait brodé sur la toile les événements de la vie d'Ulysse. Homère, dans une foule de passages, décrit des tentures faites à l'aiguille ou exécutées par le tissage. Au troisième chaut de l'Iliade, on voit Hélène travaillant h un ouvrage de broderie, où étaient représentés les combats sanglants des Grecs et desTroyens; on rencontre, dans l'Odyssée, une foule de vers (liv. iv, vers 121: liv. xxni. vers 758, etc.), où il est question de Tapisseries : le manteau d'Ulysse représentait un chien déchiraiU un faon, etc.

L'usage de broder des cond)als et des chasses sui- les habits semble avoir duré fort longtcnqts Suivant Hérodote, certains peuples des environs de la mer Caspienne ai-

RT LA IIKXAISSANCK.

niaienl :i lijj;iirer. sur leurs vèlcnienls, des animaux et des (leurs. Pliiloslrale, Cléuieni d'Alexandrie, Pline, parlent aussi de cet usage, et, plus près de nous. Aslerius, évèque d'Aniasée, se plaignait, au quatrième siècle, de la folie du temps, (jui faisait attacher, disait-il, un grand prix à « cet art de tisser, aussi,\ain qu'inutile, et qui. par la combinaison de la chaîne et de la trame, imite la peinture. Lorsque des hommes ainsi vêtus, ajoute le pieux évèque, paraissent dans la rue. les passants les regardent comme des murailles peintes. Leurs habits sont des tableaux que les petits enlants se montrent au doigt. Il y a des lions, des panthères, des ours. 11 y a des rochers, des bois, des chasseurs. Les i)lus dévots portent le Christ, ses disciples et ses miracles. Ici Ion voit les noces de Galilée et les cruches de vin. Là, c'est le paralytique chargé de sou lii. la pécheresse aux pieds de Jésus, ou le Lazare ressuscitant. »

Les Latins, qui perl'ectionnèrent tous les arts, fabriquaient aussi des Tapisseries quils nommaient aulœa. Les Grecs les appelaient, avant eux. nE:i-iT».5,u.aTï..

Le nom d'aulœa leur était venu de ce que, quand Atlale, roi de Pergame. institua le peuple romain son héritier, on trouva, parmi les meubles de son palais, des Tapisseries magnifi(pies biodées d'or. (Pline, liv. YllI.)

Les Romains avaient, en outre, des tapis précieux qu'ils élendaieiil sur leurs lits de festin et auties. (Voy. Théocrile, Horace, Catulle.) Ces tapis, (pii s'appelèrent vcslcs et ijausupa. représentaient souvent des figures gigantesques, des sujets fabuleux ou héroïques.

Cicéron, dans ses Tusculanes, liv. Y, chap. 6, en parlant du lit d'or sur lequel Denys. tyran de Syracuse, fit asseoir le flatteur Damoclès, dit que ce lit était couveri d'un tapis magnifique : CoUocari eum jussil in aurvo lecto, slrato pulchcrrimo Icalii'i sliagnlo. ma(j)iificis operilms pirlo. Ailleurs, dans sa seconde Veri'ine, Cicéron fait uiu' autre mention bien |ilus euiiense des Tapisseries, en parlant de ces tapis si coimus, dit-il. dans toute la Sicile sous le nom d'Atlaliipies. cpii avaient été volés à Heius, par Veri'ès, et que celui-ci aurait pu revendre deux cent mille sesterces.

Les premiers temps du Moyen Age nous olfienl jieu de documeniN rciaiils aux Tapisseries. Nos vaillants aïeux méprisaient tout art manuel : ou m- les voyait donc pas. conune les jeunes Romains du siècle de Theodose. si lOu s eu r:qiporle à Muller Cuin menlulio liistorica de (jciiio, munbus el hi.XH (vri Tlirodosiditi, p. 122 . (•ni|ii(iy<'r leur temps rt faire (Ip la tapisserie (acu quidem pingendo lauili( ii opère tenqius fefellerunl . Celte occupation <''lait réservée aux fenmies, et. des l'oiigiuc «le la Mioiian liic h-, Ili^toriens nous les montrent livrées à des travaux de celle espèce. Ainsi, dans un grand noudtre de passages. Gri-goiic de Toins. le pèiv de notre histoire, |iarle de Tapisseï les (piel(piefois fort riches, faites par les fenuues et même par les princesses, nolamnienl au livre ii de ses Gcsia Ihi jirr Fraiiros, loisijue Clovis consent à se faire chn-tieu ; « Cette uou\el!e est portée à révè(pie, (|iii, <(imlile de joie, doiiiie ordre di' |ire|iai ei les loiits sacrés; des toiles peintes (imluageni les i lies, les «'-glises sont tniiees i\r iciiiiires. » {Velis drpiclis adiimhrauliir plaira'; irrlvsiiv lorliiiis adontuiiliu . etc. Ailleurs, iii rappelant la runsi'cratioii de li-glise de Saiiil-Deiiis. C.i'i'goire de Tmirs racdiile ipùm \

appeudii des lapisseries brodées en or et garnies de perles. Enliu, nous savons que la reine Adélaïde, femme de Hugues Capet, fil présent à cette même église, d'une chasuble, d'un parement d'autel , ainsi que de tentures travaillées de sa propre main, et Jacques Doublet, dans son Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, rapporte que la reine Berthe, qui, selon notre vieux proverbe, fdait beaucoup, broda également à l'aiguille, sur un canevas, des sujets représentant la gloire de sa famille.

Ce ne fut donc que vers le neuvième siècle, au plus tôt, que la fabrication des tapis et autres tentures exécutées par le lissage commença h s'introduire en France. Jusque là, on avait brodé seulement à l'aiguille, et ce procédé subsista encore longtemps, concurremment avec le tissage; mais ce dernier ne larda pas à l'emporter. Nous trouvons, en eflet (Lebeijf, Uistoire d'Auxcrre, t. I, p. 173), que saint AngelmedeNorwége, évèque d'Auxerre, mort en 840 ou environ, faisait faire un grand nombre de tapis pour le chœur de son église : Tapetia eliamoptima, ad sedilia basilicœ exornandœ , plurima contulil. Nous voyons aussi, dans une ancienne chronique publiée par Marlenne et Durand, éditeurs de YAmplissima Collectio (t. V, col. 1 106 et 1 107), que vers l'an 985 il existait, à l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, une vaste manufacture d'étoffes, et spécialement de Tapisseries, que les religieux tissaient eux-mêmes. Ce passage de rj?Hp//ss///m Collectio est vraiment curieux et mérite d'être traduit en entier. «Robert III, abbé. Du temps de ce révérend père, l'œuvre ou fabrique du cloître s'embellit de splendides travaux de peinture et de sculpture , accompagnés de légendes en vers. Ledit père, amateur passionné, rechercha et acquit une quantité considérable d'ornements inouïs, tels que grands dorserets (ou dossiers, dorsalia) en laine, courtines, factiers (ou dais, fasterdia), tentures, tapis de bancs et autres ornements brodés de diverses images. Il fit faire, entre autres, deux tapisseries, d'une qualité et dune ampleur admirables, représentant des éléphants, et ces pièces furent assemblées à l'aide dune soie précieuse par des tapissiers h gages. Il ordonna aussi de lisser deux dorsei'ets en laine. Or, pendant qu'on fabriquait l'un de ces tapis, ledit abbé étant allé en France, le frère cellérier défendit aux tapissiers d'exécuter la trame avec le procédé accoutumé : « Eh bien ! dirent ceux-ci, en l'absence de notre bon seigneur, nous n'abandonnerons pas notre travail, mais, puisque vous nous contrariez, nous ferons un ouvrage en sens contraire. » C'est ce qu'on peut vérifier aujourd'hui. Ils firent donc plusieurs tapis, aussi longs que larges, représentant des lions d'argent sur champ de gueules, avec une bordure blanche, semée d'animaux et d'oiseaux rouges. Cette pièce unitjue resta chez nous connue un modèle de ce genre d'ouvrage, jusqu'au temps de l'abbé Guillaume, et passa |»our la plus remarquable des tapisseries du monastère. En elfet, dans les grandes solennités, l'abbé laisail tendre le lapis aux éléphants, et l'un des prieurs, le lapis aux lions. L'abbé Robert donna aussi au monastère un tapis oi'ué de roues, que l'on tend sur la muraille avec les autres; il décora, en outre, trois chasubles garnies d'une large broderie d'or... ))

Plus lard, au commencement du onzième siècle, labbé Mathieu accrut encore les

richesses de l'abbaye en ce genre d'ornement {Ampl. Coll., t. V, col. 1 130 el 1131) : « Ce vénérable père fit aussi deux beaux dorserets qui se tendent dans le chœur aux principales solennités; sur l'une de ces tapisseries sont représentés deux vieillai'ds avec des harpes et des instruments de musique; sur l'autre, l'Apocalypse de saint Jean, élégamment historié. 11 fil encore exécuter plusieurs lonlures, d'une merveilleuse beauté, ornées de sagittaires, de lions et autres animaux , qui, aux fêles solennelles, élaienl appendues dans la nef de léglise. »

Nous lisons dans les Miracles de saint Benoît, publiés par Dachery, que, le jour de Pâques de l'année 1095. l'église du monastère de Fleuii-sur-Loire fut ornée de tentures nombreuses [tapelibus phirimis); eldans la Vie de saint Gervais, abbé de Saint-Riquier. publiée par le même bénédictin, que ce saint fit exécuter, vers l'an 1060, d(>s lapis irèsremarquables pour léglise de son abbaye. Ces témoignages sont loin drlre les seu^ qui prouvent qu'au onzième siècle, l'usage de tendre des Tapisseries dans les églises, pour les décorer, jouissait d'une grande faveur, malgré le blâme doni il avait été frapptdabord. En effet, nous savons, par un passage du recueil intitulé Thésaurus Anecdolorum, que le règlement de l'ordre de Cluny iirohibait cet usage comme propre h donner seulement une vainc satisfaction aux regards {pulcitra lapeliu vwiis coloribus dcpicUi. hœc omnia non necessarius iisus, scd oculorum amcupisceiilia requiril.) .\ussi, les villes. comme les monastères, tenaient-elles à honneur d'avoir dans leur sein une manufacture de Tapisseries. Poitiers, dès 1025, en possédait une dont les produits étaient fort recherchés. Les tissus qu'elle exécutait offraient des portraits de rois, d'empereurs, et des sujets tirés de l'Ecriture sainte. Telle était sa renouunée, que les princes et les prêtres étrangers s'adressaient à elle pour satisfaire leur oslentalion. Voici, à ce propos, une singulière correspondance qui eut lieu l'an 1025, entre Guillaume IV. comte de Poilou. et un évèque italien nommé Léon. Cet évèque écrit à Guillaume pour lui demaudei-. entre autres présents, un lapis aduiii-able : « .Mille inibi mulaiii niiial)ileiii el liaiHini pra?tiosum el lapelmn mirabile, pro quo te rogavi aille sex annos. Amen dico libi; non perdes mcrcedeiii luam , et (piiilipiid vulueris dalio libi. » Guillaume lui lil la faci'lieiise réponse qui suit : « Mulaiii cpiaui rogasli non possuui ad pia-seiis libi millere, cpiia non babeo lalem (jiialem ad opiis liunn vellem, nec reperilur in noslris i)arlibus mula corniila, vel qu;e Ires caudas habeat vel (juinque pedes, vel alla hujus modi. ul congrue possisdiceieinirabilem. Millam verotibi, (piam ( ilius potero, unam oplimam ex nielioii bus (|uas res[)erire possim in noslrâ |)alrià , ( iim fra'uo pra-lioso. Ctelerum lapelnni lilu posseni millere nisi fuissem oblilus (piaula' lon!.iiUi(liuis el latilndinis janidiidiun requisisli. Remémora ergo, preeor, cpiam longum el laluiii esse velis, el niillelui- libi, elc. >-

Mais nos pères n'élaienl pas seuls liabiles dans cet arl nouveau. Les peuples du Nord, selon Dudon, (jui rédigea, au onzième siè( le. la Clu'(ini(iue des dues de Normandie, le piaTupiaienl avec une grande dexlérité. Il vanle smloiil la siipéiioiilé des Anglais, la- (|uelle (;lail lelleiuenl reconnue, «pTun disail un oundijc ainilais, quand on voulail (!•'•signer (piehpie iielje broderie ou i|nel(|ne riclie l;qiis. La (^lii'oniipie de Norniamiie nous

allesle aussi (|iic la duchesse Gonnor, épouse de Ricliard 1", fil, avec l'aide de ses brodeurs, des draps de toile, de soie et de broderie, ornés d'hisloires et d'images représentant la vierge Mai-ie et les saints, pour décorer l'église de Notre-Dame de Rouen.

Enfin l'Orient, qui de tout temps s'était distingué dans la confection des tapis, et où cet art n'avait jamais cessé d'être cullivé depuis l'époque la plus ancienne, l'Orient brille encore au Moyen Age par ses produits lissés en soie on en laine, brochés d'argent et d'or. C'est lui qui fournissait en grande partie ces magnifiques étoffes chargées d'écussonsou d'animaux chimériques, qu'on appelait alors scullatœ ou ocellalœves'es; de même que, plus lard, il put seul fournir ces si)lendides tentures qu'on appela tapis sarrazinois . Anastase le Bibliothécaire, qui écrivait son ouvrage De vitis Ponlificum bien avant le onzième siècle, enlreà cet égard, en décrivant le mobilier des églises, dans des détails circonstanciés et curieux. 11 parle aussi des Tapisseries à personnages, qui paraissent avoir précédé et amené la peinture. Dès le temps de Chailemagne, le pape Léon 111 (79a) pour orner le maître-autel de l'église de la bienheureuse mère de Dieu h Rome. « fit un voile de pourpre dorée portant l'histoire de la Nativité et de Siméon, et au milieu, l'Annonciation de la Vierge »; pour l'autel de l'église de Saint-Laurent, il « fit un voile de soie dorée portant l'histoire de la Passion de Notre-Seigneur et de la Résurrection »; il plaça sur l'autel de Sain'-Pierre « un voile de pourpre dorée, orné de pierres Itrécieuses. On y voyait, d'un côté, l'histoire du Sauveur donnant à saint Pierre le pouvoir de lier et de délier: de l'autre, la Passion de saint Pierre et de saint Paul, d'une grandeur remarquable. » L'ouvrage d' Anastase est plein de descriptions analogues qui nous montrent les églises et les autels garnis de lapisseiies ornées d'aigles, de vautours, de lions, ou leprésentant des sujets de l'Evangile et de la légende des saints. La plupart de ces tissus historiés provenaient de l'Orient ou de l'Egypte.

Au douzième et au treizième siècle, l'usage des Tapisseries devint encore plus généi-al. Il passa, des églises et des monastères, dans les châteaux et dans les demeures particulières. Si, au milieu de la solitude du cloître, les moines, pour se créer une occupation, avaient tissé la laine et la soie, les châtelaines et leurs suivantes, au fond des manoirs, durant les longues veillées d'hiver qu'interrompait seulement la lecluie de quelques œuvres de piété ou de chevalerie, brodèrent à l'aiguille les gestes glorieux de nos pères. Les hautes mui-ailles de ces froides salles de pierres parlaient sans cesse au cœur et à l'imagination, lorsqu'elles étaient couvertes d'intéressantes histoires, de précieux renseignements ou de belliqueux souvenirs, qui en dissimulaient la nudité.

Un monument unique en ce genre, qui a été conservé jusqu'à nos jours malgré la fragilité de son tissu, c'est la fameuse Tapisserie de Rayeux, dite de la reine Malhilde. représentant la conquête de r.\ngleteiTe par les Normands en lOtiC. Ce monument historique, qui a été l'objet de tant de dissertations contradictoires publiées depuis un siècle par les savants français et anglais , n'a peut-être pas l'origine et l'antiquité que la tradiiion lui donne ; mais si la reine IMalhilde ou Mahaul de Flandres, épouse de Guillaume le liàlard, ne la point brodé elle-même de ses mains, connue on le raconte, en mémoire

(le lexpédilion viclorieuse de son mari, il esl certain que celle broderie a élc exéculée au douzième siècle, el sans doute par des femmes anglaises, si i-enommées alor-s par leurs ouvrages ;i laiguille. Amjlicœ nationis fnninœ mullum valenl ani et ami lextiira, dil un contemporain de Mathilde. Quoi qu'il en soil , on ne trouve aïK nu document (pii fasse mention de cette curieuse Tapisserie, opus uniflivum, avant un inventaire, diessé en 147G. des « joyaux , capses, rcli(iuaircs. ornements, lentes, parements » de la cathédrale de Bayeux , qui possédait aussi le manteau duc.d de Guillaume de jNormandie et celui de sa femme. Un article de cet inventaire est ainsi conçu : « Item. Ine ti-ès longue « el eslroile telle ;i broderies de ymaiges et escripleaulx faisans représentation du Con- « quesl d'Angleterre, laquelle esl tendue environ la nef de l'église le jour el par les oc- " laves des Reliques. » On reconnaît, à cette désignation, la Tapisserie connue sous le nom de Toilelli' du duc Guillaume, qui n'est autre (lu'une pièce de toile brune, ayant 11) pouces de haut et 210 pieds 11 pouces de long, sur huiuelle on a tracé à l'aiguille, avec de la laine de diverses couleurs, croisée el couchée, imitant les hachures du dessin, une suite de soixante-douze sujets , acconqjagnc de légendes en latin m('langé de saxon. Ces sujets comprennenl à peu près toute l'histoire de la conquête de l'Angleterre par (luillainne le Bâtard, telle que la ra|)portenl les chroniqueurs normands, et suilout Hobiil Wace, depuis l'ambassade d'ilaiold en Normandie jusqu'à sa mort apris la i)ataille d llaslings. La broderie offi-e , au premier aspect , un ensemble de figures d'animaux et de ligui-es d'hommes grossièrement dessinées; mais ces figures ont cependant du caractère . (t le trait primitif, (pi'on retrouve encore sous la broderie, ne manque |)as d une certaine habileté, même d'une sorte de correction qui ra|)pelle beaucoup le style byzantin. Quand aux couleurs de la laine, le verl-bleuàlrc, le cramoisi cl le rose, elles ont si l)iin résiste à l'action du lenq)s, qu'elles sendtleni n'avoir rien perdu de leur éclat. Les oi'uements delà double bordure, entre laquelle se déroule un diame composé de .'jlîO figures, sont les mêmes que ceux des peintures des manuscrits au Moyen Age. Enfin . en I absence de toute indication précise, on peut attribuer ce grand ouvrage à dame Leviet. brodeuse de la i-eiue Mathilde. (pii <'xcellait dans SdU art el qui auia peint en laine les aimalis de la cou(juèle de Cuillaume, pour en làire don ii la ( atiiediale de l'.ayeux. Ou croit (pie cette Tapissei'ie, que (juehjues anti(piaires regardent conmie ayant servi de courtines à une tente de guerre, n'a jamais été destinée qu'àp«>vv le< Imiir de ri'gliseoù la reine Mathilde voulut èlre inhumée.

Le luxe prit en Erance, de|Hiis celle époque, un innnense accniissenienl. Les ( idisades. en mèlar.t les honnues de nos contrc-es :i ceux de l'Oec ideni, en leur laisanl (omiaitre les richesses de Constantinople et les meiveilles du pidais iiniK-riai de l'.laquerne, exalti-rent leui' imaginalidu et agrandirent h urs besoins. Aussi. rap[iorta-t-(in de l'Orient fusage de tendre les appartements ave( di s peaux vernissées, gaulln'rs el dorées : c'(''tait ordinairement du ( nir de chi'vie ou de mouton. On i inpioya d'aboid les peaux dans toute leur grandeur, par pii'ces ini'gales; mais, plus lard, le ( nir fut prepanen (•arr(''s uniformes d'environ deux pieds de hauteur sur un peu moins de largeur. On

LE MOYKN AGE

réunissail ensuite ces fiagnients en les cousant, et ils formaient de belles et solides tentures capables de résister à Ihuniidité des donjons, beaucoup mieux que de fragiles tissus d'étoffe. Nos aïeux donnèrent h ces tentures de cuir, qui se fabriquîrenl surtout à Venise et à Cordoue, le nom d'or basané, parce qu'elles étaient formées de basane dorée h plat ou gauffrée en couleur d'or.

Quant aux tissus de laine, les villes de la Flandre et de l'Angleterre en fournissaient la chrétienté : leur commerce avait pris alors une très-grande extension. Mathieu de Westminster nous donne plusieurs renseignements à ce sujet, et nous lisons dans le recueil des lois anglaises sous Edouard I", recueil connu sous le nom de Fleta , que le devoir du chambricr rsl de veiller à ce que les chambres soient ornées de tapisseries. (Ut canienu tapelis et banqueriis orncntur. Lib. II, cap. vi, § 1.) Le chand^rier avait droit de garder pour lui, connue immunité de sa charge, tous les anciens tapis ainsi que les sièges garnis de broderies. {Permissum est quod camerariits ex antiquâ consuetudine habiul omnia vetera banqnalia et tapelos. Cap. vu, §3.) Enfin les Tapisseries étaient tellement estimées et regardées comme choses de prix, qu'elles faisaient souvent l'objet des dispositions testamentaires d'un moui-ant. Nous tirons l'exemple suivant du Formularium anyiicaïuiin de Madox : « Item, unam aulam viridem, cuui armis meis, et unam aulam bleu (sic), cum torellis, cum lecto ejusdem sellit, etc. »

A cette époque, on employait des tapis, non-seulement pour décorer l'intérieur des maisons, mais pour s'asseoir dessus, à la manière des Orientaux. Cette particularité, que confirmeraient au besoin les miniatures des manuscrits du treizième siècle, se trouve menlioimée dans le Lai de l' Espine, par Marie de France :

E( dans le Lui de Graciant :

Li rois s'iissist por déporter Sur un lapis devaiil le dais

Dcjiisie II séir le fist Sor un lapis

Le sire de .loinville nous apprend également que saint Louis avait l'habitude de s'asseoir par terre sur un tapis, entouré de ses gens, et de rendre ainsi la justice : « Et fesoil estendre tapis pour nous seoir entour li. »

Enfin, au Moyen Age, on fit encore grand usage des Tapisseries dans la confection des lentes loyales et seigneuriales de voyage, de guerre, de tournoi ou de chasse; seulement, ces Tapisseries prenaient des noms particuliers, suivant la place qui leur était attribuée. Celles qui formaient l'inlérieur de la tente et servaient de tapis de pied, de table ou de lit, se nommaient aucubes; celles qui recouvraient la charpente et les toiles extérieures de la tente, se nommaient tref, de ttifolium , parce que la tente était dans l'origine composée de trois pièces d'élollcs triangulaires de différentes couleurs. Voici, au reste, la description dune tente mililaire. lelle que nous la donne la Chanson (VAuheri de Bouryoïjne :

L MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE

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Tapisserie. PI. V.

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