‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similéChapitre 21 sur 65 · SS · texte numérisé non relu

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Des tournois, joutes et pas d'armes.

e cierge, que nous avons vu protéger la Chevalerie et l'investir d'une auréole et d'une dignité presque sacrées, se garda bien de montrer la même indulgence pour les jeux guerriers nommés tournois, joules , j>as d'armes, manifestations brillantes et guerrières, quelquefois dangereuses, de l'esprit chevaleresque. L'Eglise admettait moins encore les due/s judiciaires dont nous venons de parler, institution germanique, antérieure à la Chevalerie chrétienne, et dont le sens était fataliste; quand elle était forcée de la tolérer et de suivre le courant des idées populaires, elle faisait toutes ses réserves. Sans cesse elle protestait contre cette coutume, d'après laquelle femmes, enfants, tombeaux. églises même, avaient un champion [campeador) choisi parmi les chevaliers; le Cid n'est que le excellence de l'Espagne chrétienne (el Cid campeador). Tout en sanctifiant

LE MOYEN AGE la généreuse protection accordée aux opprimés, l'Église essaya toujours de détruire ou d'affaiblir cette tradition farouche du paganisme , qui confondait la force avec le droit . et la victoire avec le jugement de Dieu. Elle se montra presque aussi sévère poui les combats simulés, où dans l'origine les accidents se multipliaient beaucoup soixante personnes périrent dans un célèbre tournoi d'Allemagne. Ces « jeu> abominables, » comme dit Innocent III. « mort du corps et de lame, » furent souvent frappés d'excommunication, et la sépulture fui refusée à ceux qui j prenaient part. En l'an 1175. en Saxe, l'évèque Weichman, après un tournoi où seize personnes avaient succombé, excommunia tous les assisU Beaucoup plus tard, le cardinal Nicolas, supplié de permettre un ton [tendant les fêtes, n'accorda que les jours de carnaval, « trois jours a carême. »

Dès le neuvième siècle , le pape Eugène lance les mêmes anathèmes contre les tournois ; au seizième siècle. l'Eglise les excommunie encore. Mais les mœurs sont toujours plus fortes que les décrets; le Moyen Age n'eut pas de plaisirs plus aimés et plus suivis que les tournois, les pas d'armes et les joutes. Une législation spéciale les régissait : leur origine se perdait dans les ténèbres de l'antiquité germanique; le peuple les regardait comme sa propriété , la noblesse comme son privilège : il eût été plus facile à un monarque de bouleverser les institutions que d'abolir ces combats simulés.

Dès que les nouvelles races sont en contact avec l'ancien inonde, elles prêtent leurs jeux guerriers à Rome alanguie et efféminée : au sixième siècle , Ennodius en parle dans son Éloge de Théodoric; au neuvième, Neidhart ou Nilhard décrit les fêtes militaires données après la bataille de Fontanet par Louis le Germanique et Charles le Chauve. Alors un tournoi ne se mêlait ni de galanterie ni de point d'honneur: on n'y voyait ni magnifiques étoiles.

Champion de tournoi (quinzième siècle), lire de Vita imperatort» Maxitnitiani, elc, 1 ïO-1. a>ec gravures de BurçraaUT, d'après le; dessins d'Albert Durer.

ET LÀ RENAISSANCE, ni bannières semées d'or et d'argent; les princesses et les suzeraines ne paraissaient pas sur les éehafauds. L'était un passe-temps violent qui permettait à ces hommes de fer de mesurer leurs forces et de heurter leurs armures; peu importail qu'il se terminât par des blessures ou que les dames fissent attention aux vainqueurs. Ces rudes origines se modifièrent avec les métamorphoses successives de la monarchie et des mœurs françaises.

En général, on proclamait les tournois après les promotions de chevaliers; les mariages des rois ou leurs entrées dans les villes servaient d'occasion ou de prétexte à ces

Joules à l'entrée de la reine [sabeau, d'après une miniature des CUroniims de Froissarl [quinzième siècle) en 4 vol in-Fol.

Us. Je la Bibl. Nal. de Paris.

fêles chevaleresques, qui changeaient de forme selon le caractère que la civilisation des temps et des peuples avaient imprimé à la Chevalerie. Dans quelques villes italiennes, où l'esprit bourgeois et commerçant dominait, les popolani se battaient avec des sacs remplis de terre; c'était leur tournoi.

Le choix même des armes variait selon les lieux et les temps. En France, la lance était faite, en général, du bois le plus droit et le plus léger, de sapin, de sycomore, de tremble; les meilleures étaient de Irène. Le bout de la lance était armé d'une pointe d'acier bien trempé et garni d'un gonfanon ou d'une banderole flottante. En Allemagne

Mœurs et usages de la vie civile.

CHEVALERIE, Fol. XIII.

et en Ecosse on se servait souvent de lances de chêne. L'auteur de YOrdene de Chevalerie

énumère ainsi les armes du chevalier, à chacune desquelles il attribue un sens moral et mystique : l'épée, la lance, le chapeau de fer, les éperons , la gorg 1ère (hausse-col), la masse la miséricorde

la açon et manière des gantelet*. . Tournois du roi fient quinzième siècle;, Mi. S351 •■ de la Bibl. Nat. à'. Paris. '

( couteau à croix ), ecu, les gantelets, la selle, le frein du cheval, la test 1ère et harnement (harnais), le

pourpoint (cotte d'armes), le seignal (blason) et la bannière (1 elendard). Parmi ces armes, la miséricorde et la masse ne servaient guère dans les tournois.

Le bon roi René, que l'on peut regarder comme le législateur définitif de la Chevalerie dans le midi de la France, a pris la peine de dessiner lui-même les armes et 1 es ha mais en usage dans les l ou rnois angevins, provençaux et siciliens, vers le milieu du quinzième

Dessins des harnois de teste, de corps et de bra*, timbre* et lambrequins qne on appelle en Flandre» et en Br.ib.nl hicheures ou bachements , cottes d'armes , selles, hours et liousseures de ChevaulE, masse» et espées pour toumoTer. ■

Tournois du roi Rtnc quiruièine siècle) , M», deji cité.

i Pourlrait du sac pour mettre dedans le hourt. » Tournoi* du roi René fquiniième siècle ', Ms. déjà cité. — Not*. >ous pensons que le hourt était une espèce de plastron tiestiné à protéger le poitrail du chetal contre le heurt oh choc de la lance.

siècle. Le Moyen Age expirait alors; les régions les plus civilisées de l'Europe reconnais-

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I . - Histoire du hODrt à l'endroit. « ». - Histoire du hourt à l'en-

\ers. « 5. « La couverte do hourt. •

i. o Espi-e et misse. •

Tournoi» du roi lient quinzième PÎècle , Us. drj i cité

. Uarde-Lras, aianl-tras. Uni .le liarnois blanc que Je cuir linuillv. ., Tournois du roi Rmr Quinzième siècle), M,, déjà cl.'.

saicnl pour suzerain cet homme excellent, cet esprit aimable et cet artiste distingué,

et l'on ne peut s'étonner du luxe, de l'élégance et de la richesse qui distinguent ces armures, depuis le casque à grille surmonté du timbre en cuir bouilly , jusqu'au hourt destiné à protéger la croupe et les jambes de derrière du destrier. On remarquera l'épée droite et la lourde masse, qui, malgré la solidité des cuirasses

et des caparaçons, devait asséner des coups si terribles.

Il ne faut pas confondre les tournois avec les joutes , bien que les uns et les autres employassent les mêmes armes et se rapportassent à la même origine; h joute était proprement le combat à la lance de seul à seul. On a ensuite étendu la signification de ce mol à d'autres combats : les anciens écrivains , qui confondaient les termes, ont confondu les idées ; joute vient de juxta et signifie le combat de près. Ainsi le tournoi avait lieu entre plusieurs chevaliers qui combattaient eu troupe ; la joute était un combat singulier d'homme à homme. Quoique les joules terminassent ordinairement les tournois, il y en avait aussi qui se faisaient seules, indépendamment d'aucun tournoi; on les nommait joules à tous venants , joutes grandes et pleinières. Celui qui paraissait pour la première fois aux joules, remettait son heaume ou casque au héraut, à moins qu'il ne l'eût déjà donné dans les tournois.

Comme les dames étaient l'âme des joutes, il était juste qu'elles fussent célébrées dans ces combats singuliers d'une manière particulière; aussi, les chevaliers ne terminaient-ils aucune joute de la lance sans faire en leur honneur une dernière joule , qu'ils nommaient lance des dames; et cet hommage se répétait en combattant pour elles à l'épée. a la hache d'armes et à la dague.

On a beaucoup discuté sur l'élymologie des mots tournoi et joute; quelques savants prétendent que joule vient de jeu, ce qui nous semble peu probable. Quant au mot

i Cuirasse rt armures des bras, propres pour tournoyer, o Tournoi» du roi René (quinzième siècle), 31 s. déjà cilé.

tournoi, il exprime la même idée que les anciens indiquaient par le mot cirque, la forme circulaire de l'arène et le lournoyement du combat ; le mot allemand turnierenà le même

Combat singulier et à l'arme blanche entre Maximilien et un chevalier allemand. Aventures du chevalier à la roue, on de Tetoerà

gravures de Burrmaver, dessins d'Albert Durer.

sens, celui d'une lutte équestre, à la lance . à la hache , a l'épée, ayant lieu dans une lice préparée à cet effet, de forme circulaire dans les premiers temps, et carrée dans la suite. Pendant qu'on préparait les lices, les écus armoriés des chevaliers restaient suspendus aux barrières ou aux fenêtres de leurs logis respectifs; les hérauts proclamaient les noms des combattants, et si quelque dame niait la galanterie ou la loyauté de l'un

d'eux, il était déclaré incapable de prendre part à la solennité chevaleresque. Les principaux règlements des tournois consistaient à ne pas frapper avec la pointe, mais avec le tranchant; à ne point combattre hors de son rang, à ne pas blesser le cheval de l'adversaire, à ne porter le coup de lance qu'au visage et au plastron: enfin à ne plus frapper un chevalier dès qu'il avait levé sa visière. Les fanfares sonnaient; les dames et les juges du camp s'asseyaient sur leurs «strades décorées de tapis ornés de banderoles, et les chevaliers superbement équipés, parés des couleurs de leurs dames, suivis de leurs écuyers, faisaient le tour (tvrnieren) de la lice en saluant les seigneurs et les dames; chacun se plaçait au poste assigné , et le combat commençait. Les dessins, exécutés d'après les monuments mêmes, donneront une idée bien plus juste que nos paroles ne I h m riaient le faire de ces solennités belliqueuses qui. plus lard, quand la Chevalerie, absorbée par la monarchie, tomba en décadence . se transformèrent en carrousels, fêtes sans périls , mais non sans élégance ni sans éclat.

Aux époques les plus ilorissantes de la Chevalerie, les déiails que nous venons d'indiquer en passant, se paraient de mille circonstances accessoires et poétiques, sur lesquelles nous devons revenir.

C'était un coup d'œil varié et plein d'intérêt que les préparatifs mêmes du tournoi, Sur les murailles extérieures des cloîtres et des monastères voisins les écus armoriés de ceux qui prétendaient entrer dans les lices demeuraient suspendus plusieurs jours. Les suzerains et damoiselles venaient les examiner; un héraut ou poursuivant d'armes leur nommait les chevaliers auxquels ces blasons appartenaient : et si parmi les prétendants

« Les Seigneurs Cluefs font de leurs blasons feneslreSa » Tournois du roi René .quiimcuie »iecle

Ms. déjà cité.

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il s'en trouvait quelqu'un dont une daine eût sujet de se plaindre, soit parce qu'il avait mal parlé d'elle, soit pour autre offense ou injure, elle touchait le timbre ou écu de ses armes pour le recommander aux juges du tournoi , c'est-à-dire pour requérir justice. Après avoir fait les informations nécessaires, les arbitres devaient prononcer, et si le «rime avait été prouvé juridiquement, la punition suivait de près. Ainsi une pensée

sérieuse et un intérêt dramatique se mêlaient à ces jeux en apparence puérils; ils servaient aussi d'école et d'apprentissage aux jeunes écuyers. La veille du grand combat, ces derniers s'essayaient entre eux dans la lice; ces préludes, auxquels on attachait de l'importance, et auxquels les dames ne dédaignaient point d'assister, s'appelaient essais ou éprouves (épreuves) . vêpres du tournoi, escrémies (escrimes) ; les armes dont on se servait étaient plus légères et inoins dangereuses que celles des chevaliers. Ensuite venait le grand tournoi. — la haute journée, — la forte journée, — le maître tournoi, — la maîtresse éprouve.

Une multitude innombrable de spectateurs en étaient les témoins. Ceux d'entre les écuyers qui s'étaient le plus signalés dans les premiers essais et qui en avaient remporté le prix , obtenaient quelquefois l'ordre de Chevalerie, et acquéraient le droit de figurer dans les tournois.

Comme les jeux Olympiques de la Grèce, ces solennités populaires mettaient en jeu toutes les ambitions et faisaient battre tous les cœurs. On dressait, au fond de la lice, des échafauds la plupart du temps couverts, quelquefois carrés, souvent construits en fornie de tours, partagés en loges et en gradins, décorés avec toute la magnificence

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reneslres, • 1s. dt-j \ cité.

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possible de tapis orientaux, de pavillons dorés, de bannières el de banderoles , d'écussons et d'armoiries. Là se plaçaient les rois et les reines, les princes et les princesses, les dames et les damoiselles. enfin les anciens chevaliers, juges naturels de ces combats dans lesquels il ne leur était plus permis de se distinguer. La richesse des étoffes et des pierreries relevait encore l'éclat du spectacle. Des juges spéciaux, des maréchaux du camp, des conseillers ou assistants avaient leurs places marquées pour maintenir dans

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Hvsloire et façon des Lices de ChalTaut. » Tournois du roi René (quinzième siècle', Ms déjà cité.

le champ de bataille les lois de la Chevalerie chrétienne , et pour donner leurs avis el leurs secours à ceux qui pourraient en avoir besoin. Une multitude de rois d'armes, hérauts d'armes ou poursuivants d'armes stationnaient dans l'intérieur de l'arène et en dehors; leur devoir était d'observer les combattants et de préparer un rapport fidèle des coups portés et reçus; souvent leur voix retentissait au milieu du combat pour avertir les jeunes chevaliers qui faisaient leur première entrée dans les tournois de ce qu'ils devaient a la noblesse de leurs ancêtres : « Souviens-loi de qui lu es fils! Ne forligne pas! » Des bandes de musiciens ou ménétriers occupaient des estrades séparées, prêts à célébrer par leurs fanfares les exploits des héros. De toute part circulaient des varlets ou sergents, prompts et actifs, destinés au service des lices; c'étaient eux qui remplaçaient ou ramassaient les armes brisées, et qui maintenaient l'ordre.

Le son des clairons et des doulcines, instruments d'ailleurs beaucoup moins bruyants pendant le Moven Age que de nos jours, annonçait l'arrivée des chevaliers superbement armés et équipés, suivis de leurs écuyers a cheval; tous s'avançaient à pas lents et solennels. Dans les temps et dans les pays où la Chevalerie avait revêtu le caractère romanesque et platonique , on voyait quelquefois les damoiselles et les dames entrer les premières, tenant en main des chaînes qui leur servaient à conduire les chevaliers leurs esclaves; elles ne faisaient tomber ces fers qu'au moment où les combattants s'élançaient dans la lice pour mériter par de beaux exploits le titre t\'esclave, de serviteur de la beauté, titre mystique, gage de victoire, engagement à ne faire que de grandes

Chevalerie. PI. IV.

Rîvaud et Rao:net. dsl.

.A Bisson et Cottard, exe.

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