‹ Le Moyen Âge et la Renaissance (volume 2)Chapitre 20 sur 74 · VUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE

Fl’anchissons un siècle d’un seul bond, et regardons de nouveau 1 Occident.

Quel changement! Quel mouvement tiimulleux dans 1 Europe entière! Quelle vie ardente s’est développée dans ces cités qui naguère rampaient, silencieuses et moines, au pied du château de leurs maîtres! Au douzième siècle comme au dixième, un fait capital domine la situation. Tout à l’heure, c’était l’extension envahissante de la féodalité; maintenant, c’est la réaction des villes contre les châteaux féodaux; c est 1 esprit de cite

renaissant sous la forme de l’esprit bourgeois, qui, ainsi que la Erance elle-rriêine, emprunte un nom teulonique pour réagir contre le régime issu de la conquête des Teutons. Ce qui renaît, ce n’est pas la municipalité romaine de l’Empire, abâtardie par la servitude au milieu de son faste et de ses arts l’csplcndissants, c’est (juelque chose de rude oa souvent de quasi-barbare dans la forme, mais de fort et de généreux au fond, et (jui, autant que le permet la différence des temps, rappellerait bien plutôt les petites l é-piibliques antérieures à l’Empire romain.

Les circonstances de ce grand mouvement et les institutions qui en résultent , oHrent l’aspect d’une variété infinie; mais l’idenlilé se retrouve au fond dans les principes et Ifbut de la révolution qui remue toute l'Europe centrale, et qui réagit plus ou moins foi tement sur les régions extrêmes : l’Italie, la France et l’Allemagne s’entraînent runc l’autre. Si les principes et le but sont identiques, c’est-à-dire le rétablissement ou le ralfermissement de la liberté civile, l’abolition des impôts arbitraires cl l’organisation des villes en corps politiques, il y a cependant diversité d’origines : deux [fuissanles inq)ulsions initiales sont venues, lune du midi, 1 autre du nord. C est , d un c<jle, 1 esprit gréco-latin des mimicipes antiques, ranimé par opposition au génie des barbares et transformé par un souffle démocratique; de l’autre côté, l’esprit libre et égalitaire des vieilles tribus celtiques et germaniques ressuscité contre la biérarebie militaire enfantée jiar la conquête : l’Europe est soulevée par ces deux courants d’idées qui la poussent a la lois vers une civilisation nouvelle, vers une nouvelle organisation de la vie ui-baine.

Quand l’œil moins ébloui par le tumulte d’un tel spectacle peut saisir les dillérenccs. il distingue dans le mouvement de l’Europe centrale deux zônes principales : 1“ la llauieïtalie avec le midi de la France ; 2" la France du nord et la Teutonie. La France centrale offre quelque chose de moins tranché, de moins éclatant, comme une transition un peu pâle entre ces deux régions si puissamment agitées. Plus loin, apparaissent la F.astille. suivant son développement original et isolé; l’Angleterre, dominée et réorganisée pai- les Franco-Normands; la Scandinavie et les Slaves occidentaux, inlluencés plus ou moins directement par l’Allemagne.

Reposons un instant nos regards sur chacun des deux centres d'action que imiis venons de reconnaître.

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