‹ Le Moyen Âge et la Renaissance (volume 2)Chapitre 22 sur 74 · DÉCADENCE DES COMMUNES. — PROGRÈS DU TIERS-ÉTAT · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DES COMMUNES. — PROGRÈS DU TIERS-ÉTAT

Nous n’avons pas à poursuivre l’hisloire de la vie municipale dans le monde moderne. Terminons par quelques observations sur la disparition graduelle des mille petites républiques communales ou consulaires qui avaient couvert 1 Europe.

L’Italie n’est plus ici de notre ressort; ses principales cités étaient devenues des états, dont les phases se relient à l’histoire générale des nations européennes. Dans 1 empire

allemand, la plupart des villes libres et impériales, soit avant, soit après la Révolution française, finirent par être englobées dans les états des princes; quelques autres avaient été réunies au royaume de France, auquel elles appartenaient, soit par l’oi igine et la langue, soit au moins par la situation géographique. En Espagne, les Communes firent sortir de leur sein la représentation nationale des Cortès : le parti des Cortès, qui succomba sous les coups de la royauté au temps de Charîes-Quint, prenait le titre de Communeros] les libertés municipales ne périrent pas complètement avec l’autorité des Cortès. En Angleterre, les villes n’absorbèrent pas, comme en Espagne, la représentation nationale; mais elles prirent une place, que rien ne put leur enlever, dans une constitution plus forte et plus durable que celle de la Castille.

La France aussi, sous d’autres formes, vit ses villes admises aux États-généraux (.*i provinciaux, qui représentèrent la société française, du quatorzième au dix-septième siècle. Les villes, auxquelles furent adjoints plus lard les roturiers libres des campagnes, formèrent le tiers-état, à côté des deux premiers ordres, c’est-à-dire du clergé et de la noblesse. Il y eut à la fois, chez nous, par une apparente contradiction, décadence des libertés communales et progrès du tiers-état sous la monarchie. A mesure que le gouvernement se régularisait, que les grands fiefs étaient absorbés par la couronne, que les parlements et les autres cours souveraines, sortis de la bourgeoisie, étendaient leurs hautes attributions judiciaires et administratives, la force unitaire organisée sous la forme monarchique était moins disposée à tolérer l’indépendance locale des Communes, qui devenait d’ailleurs moins nécessaire à la société. Il n’était plus besoin du droit de guerre, depuis qu’il n’y avait plus de seigneurs qui pussent envahir les cités ; plus besoin de la pleine juridiction locale, depuis qu’il existait des tribunaux plus élevés et plus éclairés que les corps de ville ; plus de possession et de garde exclusive des mui’s et remparts, depuis que le progrès de l’art militaire rendait les garnisons nécessaires au salut des villes frontières. L’État se substitue à la Commune pour toutes ces choses, révolutiou nécessaire au développement de la nationalité, mais dans laquelle périssent des libertés précieuses. La taille arbitraire, en effet, finit par reparaître, quand la royauté absolue demeure le seul pouvoir réel de l’État. Les Communes et Bourgeoisies avaient d'abord voté isolément l’impôt, puis les états-généraux l’avaient voté collectivement; le roi finit par le percevoir sans vote et de sa pleine autorité, comme avait voulu le laire autrefois le seigneur féodal. Il subsistait toutefois, dans un certain nombre de nos vieilles cites, de remarquables débris du régime communal et consulaire : les formes avaient généralement survécu au fond; quelques villes avaient même conservé la liante justice dans certains cas : Saint-Quentin par exemple. La Révolution emporta ces débris des libertés antiques pêle-mêle avec les débris de la servitude féodale et avec la monarchie elle inêine: mais elle rendit un hommage solennel au nom vénérable de Co?)W}une, en 1 appliquant à toute ville, bourg ou village français, qu’elle enveloppa dans un même système municipal.

Henri MARTIN,

Autour de VHistoire de France, couronnée par F.Acailémie des Irrscri^ious et Belles-l.^nre<.

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