VITI
K. Dietrich Kullmann. Stœdtewesen des Mittelalters. Bonn, 1826, 4 vol. in-8.
Gautier de Wt. Considéralions sur l’ancienneté de
l’existence du Tiers-Etat ; sur l’institution ^^ommunes et sur les effets quelles ont produits. Pans, 178 J, in-«.
Vov dans le tom. xxxvii des Mém. de V Acad, des Insorip.,, son « em. dans lequel «amine s’il y a eu, sous les ™
ordre de citoyens à qui on puisse appliquer le nom de Tiers-hlat.
Jac. Nie. Moreau. Exposé hislor. des Administrations ponul. auxanc. époq. delamonarcliie. Parts, 1 /89, 2 vol. in-8.
Yov encore le grand ouvrage du même auteur : Principes de morale, de poûtique et de droit public, puisés dans Vhistoire de notre monarchie (Paris, 1777-89, 21 vol. in-S).
Yov. aussi les ouvrages du comte de Boulainviiliers, et les Observations sur rmst. de France io l’abbé Mably, avec 1 Essai sur I H.stotre de
France, que M. Guisol y a joint en les réimprimant (Pans, 1823, T vol.). Guichard. Dissertation histor. surles Communes deFrance,
leur origine et leur» vicissitudes. Paris, 1819, in-8.
P. J. S. Dufey. Histoire des Communes de France, et législation municipale, depuis la fin du onzième siecle jusqu à nos jours. Paris, 1828, in-8.
Charte de Commune en langue romane, publiée par Cliampollion-Figeac. Paris, 1829, in-8.
' Le rLeil des Monuments de l’Histoire du Tiers-Etat que doit pu¬
blier M. Aug. Thierry, dans la collection des Documente inédits sur VHist. de France, rassemblera les chartes^ originales des Communes, qui se trouvent dispersées dans une multitude d’ouvrages.
L. G. OuDART Feudrix de Breqüigny. Dissertations sur l’affranchissement des Communes et sur l’établissenmnt r^s Bourgeoisies. Voy. ces deux Disserl. en lele des t. X et XI des Ordonnances des rois de France de la troisième race.
Voy aussi deus dissertations sur l’établissement des Communes en France, dans le tom. XL des item, de t'Acad. des Inscrip. et Sell.-Lettr.
AuG. Thierry. Lettres sur l’histoire de France. Pam,
1836 in-8. Rapports sur les Monuments inédits u^l liisloire
du Tiers-Etat. Paris, impr. roy., 1857,, m-8 de 52 p.
Ce Rapport n’est que l’ébauche de la grande introduction histonque que le même auteur doit mettre en tête du recueil de Documents inédits pour servir à l’Histoire du Tiers-Etal en France.
Vov aussi les nouvelles Histoires de France, par Sismondi, Michelet, Capefigue et Henri Martin, qui ont traité avec beaucoup de développement riiistoirc de la formation des Communes.
Capefigue. Histoire constit. etadministr. de la France, depuis la mort de Philippe-Auguste. Paris, iSoi, 4 vol.in-8.
Yoy. la deuxieme époque de VHist. de la Civilisation en Franc, (depuis le onzième siècle), par M. Guizot.
Juste Paquet. Mémoire sur l’état dos Institutions provinciales, communales, et des corporalion^de l’ancienne France, à l’avènement de Louis XL Paris, 18oo, iii-8.
De Barante. Des Communes et de l’Aristocratie. Paris,
Favier. Recherches historiques sur les Municipalités, depuis les Gaulois jusqu’à nos jours. Paris, '1789, in-8.
L. J. DE Boileau , avocat. Recueil de Règlemenls et Recherchés concernant la Municip. Paris, 1784,4 vol. in-12.
C. Leber. Histoire critique du Pouvoir municipal, de la condition des cités, des Villes et des bourgs, et de l’administration des Communes, depuis l’onguie de la monarchie justju’à nos jours. Paris, 1828, in-8.
Fr. Juste Marie Raynoüard. Histoire du Droit municipal en France, sous la domination Romaine et sous les trois dynasties. Paris, 1829, 2 vol. in-8.
Cl. Fr. Et. Dupin. Histoire de l’Administration locale, ou Revue histor. des changements survenus dans l’organisation admiiiistr. des Villes et des Communes. Paris, 1829, iii-8.
P. Nie. Bonamy. Observations sur les Villes municipales et en particulier sur le nom de consul donné à leurs magistrats. Voy. ces Observ. au t. XVH des Mém. de l'Acad. des Insc. et Belles-Lettres.
L’abbé Bouquet. Del’adminislr-allon municipale des Villes en France, depuis Clovis jusqu’au temps où le gouvernement féodal commenceàs’introduire.Voy. ce mém. dans let. XLV des Mém. de l’Acad. des Inscr. et Bell.-Lett.
Fr. Nie. Edg. Droz. Essai sur l’iiist. des Bourgeoisies du roi, des seigneurs et desVilles,ouExpos. abr. des changements survenus dans Tadministr. de la justice et de la police sous le gouvern. municipal et féodal. Besançon, 1760, iii-8.
Varsavaux. Traité des Droits des Communes et desBourgeoisies, contenant l’origine des titres et qualités de noble, bourgeois, serf, mainmortable. Nantes, 1/59, iii— 1-*.
Le Roy. Dissertation sur l’origine de l’Hôtel-de-Ville de Paris, avec les preuves. Paris, 1725, in-fol.
Publ. en tête de la grande Hist. de Paris, par Félibien et Lohmeau. Yoy. aussi les Recherches sur le gouvernement mumetpal par M. ! ermu de Lincy, en télé de l’ouvrage de Victor Calliat sur 1 Holelde-Ville (1845, in-fol.).
Recueil des Edits de création des offices de gouverneurs, maires, éclievins, consuls, jurais, capitouls, ^greffiers des hôtels-de-ville, eont. leurs privilèges. Paris, 1/q4, in-4.
Archives administratives de la ville de Reims. Collection de pièces inédites pouvant servir à l’Iiistoire des institutions dans l’intérieur de la cité; par Pierre Varin. Paris, impr. deCrapelet, 1859 et ann. suiv., 8 vol. in-4.
Fait partie de la Collée, de docum. inédits sur VHist. de France.
Tailliar. De l’Affrancbissemenjl des Communes dans le nord de la France. Cambrai, 1857, in-8.
Yoy an-'si un Mémoire du même auteur: Coup d’œil sur les destinées du régime municipal dans le nord de la Gau/e (St-ümer, 1838, in-8|. ^
J. Albisson. Discours surPorigine des Municipalités diocésaines du Languedoc et leur formation. Avignon, 1787, in-8.
Al. du Mège. Histoire des Institut, relig., polit., civ., littér. de la ville de Toulouse. Toulouse, 1844, 4 vol. in-8, fig.
Yoy aussi dans les histoires de provinces et de villes, surtout dans ■ celles publiées depuis vingt ans, tout ce qui est relatif au grand monveraenl communal du treizième siècle.
JüL. Van Praet. De l’origine des Communes flamandes. Gand et Mons, 1829, in-8.
Yoy aussi Y Hist. de la Flandre et de ses institutions civile, et politiques iusqu’en I3ü5, Irad. de l’allem. de Leop.-Aug. AVarnkœnig, par A. E. Ghelld.ilf [Bruxelles, 1855, 2 vol. in-«).
Sim Pierre Ernst. Histoire abrégée du Tiers-Elat de Brabant ou Mémoire historique dans lequel, apres un coup d’œil sur la constitution des Villes du Moyen Age on voit l’origine des Communes en Brabant. Maestricht, 1 /88, in-8.
M J. Bast. L’Institution des Communes dans la Belgique pendant les douzième et treizième siècles. Gand, 1819, in.4. CooMANs. Les Communes belges. Bruxelles, 1847,in-12.
J. Jos. Raepsaet. Analyse historique et critique de l’onu-ine et des progrès des Droits civils , politiques el religieux dèrRelges et dés Gaulois. Gand, 1824-26, 5 vol. i.i-8.
Eug. Montag. Gescliichte der deulschen Slaatsburgeliclien freylieit. Bamberg, 1812, in-8.
E. Tiieod. Gaupp. Uber deutsche Stadlegrûndung ,
Stadiverfasung... /cwa, 1824, in-8.
Fbied. Kortum. Die Entsteliungsgescliichle der Freitstadtisclien bunde im Mitlelalter. Zurich, 182/, in-8.
WiLL. Petyt. JusantiquumCommunium Angliæ asserliim. Londini, 1680, in-8. , • ,
Ge Traite a été vivement rriliqué dans nn recne.l ecr.l en anglais ; Introduetio ad veterem Anglorum hisloriam (Lond., 1684, in-lol.).
Humphrey Mackworth. La défense des Droits des Communes d’Angleterre, trad. de l’angl. Rotterdam, \ /02, in-12.
Carlo Morbio. Storia dei Municipi italiam ülustrati, con documenti inediti. Milano, 1856-58, 4 vol in 8 ( t. i a iv ).
Vov. l’ouvrage Sacchi : De/la oond./fone eoonom/ca vnor.
e poht. degli ItaHani nei bassi templ (Milano, 18.8, . vol. in-8).
Voy aussi la pliipai t des ouvrages indiques dans la Bibliographie de l’Iiilroducliou de notre livre : Condition de, personne, et des terres.
Di;S IXSTITLTIONS CIILVAIÆ
iu-s(juns
E mot Chevalerie exprime un cnsemhle de mœurs, d'idees e( deeoiUumes. pariieulierau Moyeu Age européen et doul l’analogue ne se l’etrouve pas dans les annales humaines.
La naissanee de la (dievalei'ie eoïneide avee l'oriulne des nalions modernes. Le ehevalier n'esl pas le miles ro-
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i'.iœars -.i arî I2. vie civile
„,ai„ le fontossia homme d'armes; c'est le . guerrier sur sa moulure, . ^ssodaut le cheval sa conquête à sa force et à son adresse. Dès que les leu.ons apparaissent dans I hisloire, la Chevalerie s'annonce; l’homme, fier de sa personnalne, honore le chef plus puissani que lui, et accepte des liens hiérarchiques qui ne détruisent pas son indepe dance Égal de l'inférieur, dévoué au chef, professant la religion de la paiole et de a loyauté {Opprobrium non damnum barbarus horrens) , fMe maigre tout a 1 engagement piis;^adoranl la vérité (dus trene), la bonne foi rigoureuse, le Germain est déjà l’ébaudie du chevalier chrétien. Tacite le dit expressément ; « Le Germain prend pou, vertu l’entêtement à remplir sa promesse; joueur elfrene, il lu, arme de hasaidei sa liberté même; il se laisse charger de fers par le gagnant, même moins jeune et plus vigoureux. . [Tacil. (le Mor. German. ) l-a délicatesse du point d honneur la ver, e
considérée connne religion, sont les marques distinctives du Irue man en Angleterre, du
Il 1 iiûx-ciiiAi* • iflpps si Drofondénicnt inlier6nl6S ti lo race
mmse/i en Allemagne, du die^aliei, — Klees SI proioBut p,,
teutoniqne, qu’on les retrouve sur la limite des Vosges et aux bords du Danube, Écosse comme en Norvvége, depuis l'Islande jusqu'à la Foret Noire. , , • „
Etre fidèle, ne pas mentir, n'avoir jias peur, - on reconnaissait a ces signes le héros germain; ce sont encore aujoiird hui les vertus capitales, la ''eH'on civique des trte de l' Amérique septentrionale. Pour elles comme pour le guerrier germain, le „la,ve cj sacré- qui le por e doit être pur, vrai et brave. Scuto framœaqne jiwenem ornant ÏTci è • . Le j une guerrier reçoit solennellement le bouclier et la framee ; » 1 investiture des mies lui est conférée au nom de la conimiiuanté par les jiarents et la tribu; adopte crmmë digne de ceindre l'épée, il compte dans l’État, car il a reçu avec le roit d s armes la capacité jtolitiqtie. Il peut se montrer la framée à la main sur le champ
bataille et dans les diverlisseineiits guerriers.
On n'imaginait point alors de fête sans combat, ni de combat reel ou simule, qui ne raruielàt la religioi, de la bravoure et du dévouement. .Aussi ces fêtes belliqueuses avaientelles lieu au rètoiir du soleil. On sait que les deux solstices étaient s^olennises pa, les vieux rites solaires que les tribus germaniques avaient apportes d Asie. Pendant le i ojen Age'le Solstice d’été (Sonne-vende o« retour du Soleil) s’est confondu avec la Pentecôte, le Solëticë d’hiver est devenu la fête de Noël (Iule). Le Vale-lop des Ang ais . huche de Noël » que l’on bride après l’avoir portée en triomphe et couronnée de fleuis, est un ü:; l-' sSëdinave. La fête du 'iiifc (ou yule), initiation de l’Ère hivernale, étau a fe.e ^ Coin du feu des longs repas et des coupes videes; le Sonne-vende ou Solsiice d ele, ramenait l’activité avec les combats qui ouvraient la campagne d’ete. Voila pourquoi la Pentecôte est restée, au Moyen Age, l’époque favorite des tournois. Dans les Attila désigne le Sonne-vende connne époque de rende.-vous potn- les S«eri e.s bon i guignons. Les grands tournois de la Pentecôte sont décrits avec detail dans des . ornai. s du loi Arllmr et dans la plupart des limes de gestes; l’auteur du roman ’
parodie exacte du Moyen Age sérieux, montre le Lion roi des annnaux tenant plénière, et célébrant des fêles guerrières auxquelles ses sujets sont coiiNoques.
Avant de parler des simulacres de bataille ou lournois , occupons-nous des nioîurs réelles au sein desquelles la Chevalerie devait éclore. Ces mœurs étaient vouees au combat. La lutte avec la nature ennemie constituant le fond de la vie se[)tentiionale, ne pas combattre, c’était n’élre pas homme; dans le paradis Scandinave, tournoi sans (in, les héros goûtaient le plaisir de se tuer chaque jour, pour renaître et se tuei‘ encore. Modèles primitifs des chevaliers du Moyen Age, ils faisaient vœu comme ces derniers d’accomplir quelque aventui’e, et prenaient a témoin de La sainteté de leur pai ole un des animaux sacrés. C’est sur le sanglier consacré au Dieu de l’élocpience Ihugi, (pie le guerrier Scandinave Helgi prononce son vœu, type du célèbre vœu du héron. Paul Diacre (Warnfried) raconte qu’un roi ou chef {eyning , kimj) des Longobards ne voulut pas permettre à son fils de s’asseoir h sa table, avant (pie le chef (Tune autre tribu lui eut conféré le droit du combat, en V adoptant comme fils de guerre. L adoption du glaive, paternité d’héroïsme, se rattachait aux idées germani(jues du dévouement personnel; Theud-ryk (Théodoric) adopte le cyning des Ercls (roi des llérulesj, par la lance, le bouclier et le cheval; il le fait chevalier. Le vieux mot français adouhvr (adopter), n’a pas d’autre origine. Le père des armes frappant au visage le fih adoiitil indiquait ainsi les nouveaux rapports qui conféraient cà l’un la puissance, ;i l’auli'c le dévouement; après quoi le père embrassait le fils : cérémonie qui est devenue Vaccoladr ou lacolée. Charlemagne révisant les lois des habitants de la Frise et leur concc'dani des privilèges, les reconnut dignes de devenir chevaliers, hommes d’aunes : « Le gou- « verneur, dit-il dans son ordonnance, donnera un soufflet :i celui qu’il armera, et (pii « par cette cérémonie sera élevé à la milice. »
Tels sont les vestiges païens, les traces odiniques, les premiers linéaments de l'insiilution chevaleresque. Le Duel, dont nous allons parler tout à l’heure, s'y associe intimement, et n’en est pas le résultat. Le Duel représente la force individuelle luttant devant Dieu qui préside au combat et décide le triomphe.
On a voulu rattacher la Chevalerie aux mœurs arabes et même à la civilisation romaine ; cette dernière opinion n’est pas soutenable. Sidoine Apollinaire, saint Augustin, saint Jérijme, Ausone, Cassiodore, font une peinture assez détaillée des mœurs romaines au moment où les nations germaniques devinrent redoutables, pour (jue l'on reconnaisse combien peu de rapport il y avait entre la civilisation latine et rinslitution ehevalerescpie. Les poésies arabes primitives, le roman û' Antar et le Koran, prouvent aussi (]u elle n a jamais pu exister chez les Arabes. Si la générosité, la valeur, le culte du dévouement, le sentiment de la grâce, l’amour de l’élégance et du luxe, sentiments humains que certaines conditions de société développent, créèrent les volupleuses et heioiques splendeurs de Bagdad et Cordoue, il ne faut pas en conclure que les sujets d Al-Baschid tussent des chevaliers.. Sans doute ils se plaisaient aux délicatesses et aux rallinemenls du point d’honneur. A l’époque où Charlemagne rédigeant ses capitulaires réglait la vente des pommes de son verger et des légumes de ses potagers, .Xbdérame écrivait di^s ghazels élégiaques pour une esclave adorée, et faisait construire de délicieux harems
et de brillantes mosquées. Mais le vrai chevalier c’était le vieux Cid Campeador, monté sur son cheval Bahieça et armé de sa grande épée, allant en guerre suivi de ses fds, pour donner l’exemple aux Hidalgos chrétiens.
Le germe dur et austère de la Chevalerie seplentrionale continuait de pousser lentement ; on a confondu les fleurs passagères nées de la civilisation oi ientale, avec le chêne gothique dont elles furent la parure élégante et non le soutien.
Le Djerid , encore usité en Orient, est le véritable tournoi des Ai“ahes; armés de longs roseaux , qui ne peuvent blesser personne, les cavaliers s’évitant et se rencontrant tour à tour, font briller dans des voltes rapides leur agilité et celle de leurs chevaux. Quelquelois les lançant au grand galop, ils enlèvent à la pointe de leurs roseaux les bagues suspendues aux branches d un arbre. Les Orientaux l éservent le glaive pour la lutte séi’ieuse; on connaît le mot d’un andjassadeur musulman sur les tournois :
« Si c’est un jeu, c’est trop; si c’est sérieux, c’est trop peu. »
Pour former r Institution chevaleresque, il a fallu 1 élément germanicpie d’abord , puis 1 élément chrétien. Les races germaniques avaient apporté dans le monde nouveau la religion de la guerre et celle du serment; ce n’était pas assez. Vers la fin du
Chevaliers allemands (quinzième siècle), extraits de Vita imperatoris ilaximUiani, elc., 2 vol. in— t, avec gravures de Burgmayer, d’après les dessins d'Albert Durer.
onzième siècle^ lorsque se fut apaise le grand bouülonucinenl produit par le nudange et l'antagonisme de tant de nations et d’intérêts, on vit l’eiemenl chrétien se rendre maître de l’élément germanique et la Chevalerie apparaître en Provence. Sous un climat charmant, cà l’abri des ruines, parmi les vestiges des nmnicipalités romaines, la tradition élégante d’une civilisation de luxe s’élait conservée; la tout y était chrétien, a demi-volu[i- 1 lieux . à demi-romain; les conquérants subirent rinlliience générale. A leur rude et primitive Chevalerie ils joignirent le culte de la Vierge, et leur platonisme mystiipie se transforma en actes singuliers.
De là celte nouvelle situation des femmes qui donna un caracl(*re éti ange a la Chevalerie iirovem/ale.
Rien d’analogue à cette situation ne s’élait présenté dans la gi ave majesté des mœurs latines , et dans la liberté des iiKeurs athéniemifsetsjiartiatcs. Briseïs esclave favorite , Didon créature maudite et frappée du destin, ne ressemblent pas aux I)omiias (]ui conqiosaient les cours d'amour [u'ovencales.
et que Guillaume Eaydit ou Imbauli lie Vaciueyras cboisissaient pour dames de leurs pensées.
Celles-ci . cbrétiennes et clievale-
Cuur d'amour [jiuvonçulf, d’apros mi couvercle de miroir, sculplc eu ivoire, à la liu du Iroizicmc sir'cle.
resques. ont neanmoins un rapport lointain avec les traditions germaniques. Sur le fond payen do 1 Kdda une étincelle singulière glisse et se joue; c’est l’adoi-aiion ou plutôt la terreur de la femme considérée comme être surnaturel et magnétique, en raj>porl avec les puissances mconmies. La WalUyrie est plus qu'une nymphe greciiue. Si la nymphe représente la beauté.
la Walkyrie symbolise la pensée électrique, divinatrice, prophétique et propagatrice. Dans certaines Sagas, on voit le héros éveiller au sommet des rochers runiquesla Femme, la prophétesse des Ass, qu’il faut enchaîner si l’on veut obtenir les Runes ou les secrets de la sagesse. Cette puissance mystérieuse que les modernes ont reconnue sous le nom de lucidité magnétique, n’était point ignorée de l’antiquité; Tacite en fait mention pour la première fois ( V. de moribus Germanonim, — Vila Agricolœ).
Tout cela est septentrional. Sous les latitudes fi’oides et sévères, la femme, moins exclusivement vouée que sa sœur de l’Orient aux caprices sensuels de l’homme, exerce une inlluence plus immatérielle. Que fut- ce donc quand la Vierge mère de Dieu vint s’asseoir sur le trône du monde? Les chevaliers germaniques lui jurèrent foi sérieuse, hommagedésintéressé. La femme, l’amour qui est sa vie, s’identifièrent avec la générosité, la vaillance et la courtoisie. Pendant que les théologiens rattachaient au dogme de l’amour chrétien, la théorie platonique de l’amonr créateur et universel, chevaliers, dames et poètes confondaient dans une dévotion nouvelle et liizarre ces doctrines et ces souvenirs. L’amour chevaleresque, bienfait du ciel, flamme sacrée, foi profonde, [>ère de toutes les élégances et de tous les héroïsmes, fut regardé comme la source unique de la valeur et de la délicatesse, des qualités sociales et des vertus guerrières. Tout chevalier était nécessairement , comme le disent Froissart à propos du vieux Venceslas , roi de
Dohême , et Cino da Pistoia à propos d’un vieillard de soixante-dix ans. Etre épris d’une certaine beauté de sentiment idéal i eprésentée par une dame vivante, devint une mode, une habitude, une nécessité, qui donna sou empreinte à l’institution de la Chevalerie. L’amour ainsi considéré n’était ni une sensation vive, ni une émotion passagère, mais un état habituel de l’àine, règle des belles manières et de la courtoisie, apanage des âmes d'élite. Rarberini éci it au quatorzième siècle un traité delà politesse et des mœurs élégantes, qu’il intitule Enseignemenls d'amour. Un vieux guerrier, le maréchal de Cariuthie, est représenté dans une chronique autrichienne comme « très-amoureux » et exhortant ses soldats h bien se battre pur amour « afin, ajoute-t-il, que les dames en
parlent au pays, et qu’elles décident « quel aura été le plus bi-ave de tous, » Joinville*
s’écrie encore au milieu d’un combat livré aux Sarrasins : « Nous parlerons de ceci dans lacbam bre des dames ! »
Telle est la trame conq)li(|uée dont s’est formé le tissu des mœurs singulières qu’on nomme mœurs chevaleresques.
Citez les Scandinaves et les Teutons, l’idée clievaieresque était en germe et en ébauche; ce sentiment vague et indécis prit une forme politique dans V investi iiire et Y adoption germaniques; [tuis un caractère religieux sous la loi chrétienne ; enfin une teinte platonique et raffinée dans la Provence romaine. L’institution proprement dite natjuit alors : institution fixe et puissante, religieuse et politi(jue, destinée à se perpétuer jusqu’au quatorzième siècle, à s’affaiblir jusqu’au seizième, [)erdant sans cesse sa vigueur et sa réalité; enfin à se survivre comme imitation et comme fantôme, au moment où la révolution française vint abolir la dernière trace.
11 faut donc reconnaître plusieurs époques dans l’histoire de la Chevalerie; — 1“ les origines anl(*rieuresà l’institution et (jui se perdent dans la nuit teutonique; — 2” l’institution née au commencement du douzième siècle en Provence, et cédant vers la fin du treizième aux coups du légiste Philippe le Bel; — 3“ la décadence cpii se propage d’affaissement en affaissement juscpi'au règne de F rançois P'' ; — 4“ enfin la dernière époipie. pendant laquelle certaines traditions affaiblies et certaines
Chevalier allemand (quinzièuie siècle), eslrait de Vita impe- • • i * 1 1 *
ratoTiè àlaximtliani^ e(c. , 2 vol. in-4, avec gravures de )l lHUCS cillliOUCS COUSCrVCllt IC SOllVCniT tlC lll VU'
Burgmayer, d’après les destins d'Albert Durer. ^
chevaleresque et la simulent quelquefois.
Esquissons rapidement ces diverses phases. Les Eddas. Tacite et le poiaue Dano- Anglo-Saxon de Beowulf contiennent les documents de la première. L austère Mllehardouin annonce la seconde , bien mieux caractérisée encore par Joinville . qui en est le narrateur et le représentant; rinslitution chevaleresque, chrétienne, guerrière, platonique est en pleine vigueur dans ses charmants récits. Les dames y apparaissent sur le premier plan, arment les héros , confèrent l'ordre de Chevalerie et décernent le prix de l’honneur. C’est alors que Dante le platonicien écrit son grand poème « uniquement, dit-