PROPRE A DAIXSER EN ROND
Sur lair : Donne vos, donne vcs. etc.
Enter vez, marques et mioiis (l),
.l’aime lacrouste de parfond (2), .l’aime Partie, j’aime la crie (3),
, l’aime la crouste de parfond.
Au matin quand nous nous Ievon‘<, .l’aime la crouste de parfond,
Dans les entennes trimardons (4), .T’aime la crouste de parfond.
Ou au creux de ces ratichons (5)
J 'aime la crouste de parfond.
Nos luques (6) nous leur présentons, l’aime la crouste de parfond.
Puis dans les boules et fremions (7), .l’aime la crouste de parfond.
Cassons des lianes (8) si nous pouvons, .T’aime la crouste de parfond.
Puis quand avons force michons (9j, .l’aime la crouste de parfond ,
Dans les piolles (lo) les dépensons, .T’aime la crouste de parfond.
Aussi au soir quand arrivons ,
.T’aime la crouste de parfond ,
Dans le castus où nous piaussons (il , .T’aime la crouste de parfond.
Les barbaudiers sont franeillons (I2j, .T’aime la crouste de parfond ,
Font riffoder nos ornichons (i 3) , .l'aime la crouste de parfond.
Avec nos marques et mions ,
, T’ aime la crouste de parfond,
Tous ensemble les morfions ( 1 4) , .T’aime Partie, J’aime la crie.
;i) Entendez, Tilles et garçons. — (2) De pâté. — (3) J’aime le pain, j’aime la viande. — (4 Allons dans les églises. — (5) Ou au logis de ces abbés. — (6) Certificats. — (7) Foires et marchés. — (s' Coupons des bourses. — :9) Force argent. — (lol Tavernes. — Al) Dans l’hôpital où nous dormons. — (12 Les gardiens sont français. — (13) Font cuire nos poulets. — (14' T^es mangeons.
Apres tous les details qu’on vient de lire sur nos anciens gueux et sur les Cours des - iracles, on est peut-être tenté de croire que nous étions favorisés de ce côté là - il n en est rien cependant, et les Italiens l’emportaient de beaucoup sur nous. Chez eu’x les gueux avmenl reçu le uom de Uianti ou de Ceretani, et .se subdivisaieut eu plus .1,’ quarante especes, dont un certain Hafael Frianoro s’est plu à nous retracer la physiologie, Les premiers dont il parle étaient les Bumfi, ,,ui recueillaient .l’aliondaules aumônes, au moyen défaussés bulles, de faux certilicats dont ils étaient porteurs. IK montraient leurs reliquaires et leurs indulgences, assurant qu'ils pouvaient délivrer non-seulement les âmes du purgatoire, mais encore celles de l’enlér, en ilépit du démon. Apres les Btanh on trouve les Felsi ou fourbes, qui se donnaient pour iirspiles de Dieu et doues du don de prophétie. Ils feignaient d’aller par un clieniin ei de continuer leur voyage; mais, prenant ensuite un détour, ils revenaient s’ils pensaient faire plus de gam. Ils cherchaient à s’emparer de l’esprit des belles-mères e es brus, sachant bien que la paix règne rarement entre elles. Ils annonçaieni qu II y avait dans les maisons des trésors cachés et sous la garde de malins esprits ii eux connus, tresors qui ne pouvaient être découverts que par le moyen des .sacrifices, es prières et des jeunes de leurs confrères; que de les chercher autrement, ce sérail risquer de perdre la vie; qu’enfin leur compagnie était toute-puissante auprès de Dieu .
qu il ne fallait qu introduire un de ses membres dans la maison de ceux qui voiilaien i
sortir cl un danger quelconque.
Venaient ensuite les Comparizanli ou Compères, qui , voyant leurs femmes grosses songeaient a se décharger sur autrui des frais de couches et de nourrice, et à se concilier la faveur des grands en les faisant parrains de leurs enfants.
Une autre espèce de vagabonds, qui méritait bien mieux ce titre , était celle des AffraU . qui couraient le monde en habit de religieux et usurpaient toutes les fonctions altriuees aux membres des ordres monastiques, à ce point qu’ils avaient l’impudence de ire a messe, annonçant partout où ils passaient que c’était le premier sacrifice de eur sacerdoce, afin de gagner davantage, ou à Faumône ou à l’offrande. L’inquisition, comme on le pense bien, leur faisait une rude guerre.
Frianoro nomme ensuite les Falsi Bordoni ou pèlerins sans dévotion. Ces coureurs d ordinaire lombards et natifs pour la plupart de Milan ou de Pavie, s’annonçaienl comme allant a Saint-Jacques, à Notre- Dame- de-Lorette, à Rome, à Jérusalem ou autres lieux de dévotion. On les reconnaissait surtout à leur chapeau, attaché derrièiv sur les épaulés, et tout émaillé de médailles de plomb, qu’ils ne laissaient pas de veu- ( ve au prix de l’argent, aussi bien que leurs coquilles. Au reste, ils demandaient glorieusement l’aumône , disant qu’ils ne pouvaient, en conscience, vivre de leurs biens durant leur pèlerinage, de peur de contrevenir au vœu qu’ils avaient lait Les J/orç/ff^m n’opéraient que dans les villes. Quand ils avaient besoin d'aroeni ffs laisaient porter une cloche et une lampe, et, marchant avec un àne et un chapelet a la main, ils demandaient de quoi payer la cloche qu’ils annonçaient avoir nouvelleiCBurs et Usages de h vie civile. BOHÉMIENS . MENDIANTS . etc. Fol. Il
ment achetée, et faisaient semblant de dire beaucoup d’oraisons pour les bienfaiteurs. Le peuple se laissait prendre à ces momeries, auxquelles d’ailleurs les Morghigeri joignaient une importunité dont il n’était pas facile de s’affranchir.
Les Accalosi faisaient beaucoup plus de frais pour lui accrocher son argent. Comme l’indique leur nom , cette classe de vagabonds revêtaient les dehors de captifs rachetés qui échappaient à peine à l’esclavage ou cà la prison. Ils disaient toujours qu’ils avaient des frères ou des parents entre les mains des Turcs, des Sarrasins ou des Corsaires, atin qu’on leur donnât moyen de les racheter. Je me figure les voir arriver dans une ville ou dans un château. Ils s’en vont au milieu d’une grande place, font du bruit avec une fronde, et, ayant amassé beaucoup de monde, ils commencent à crier : Allah Allah, Allah hebber, elhemdu, lillahi, la illah, ilelach, et d’autres mots d’une langue inintelligible; ils montrent les chaînes dont ils disent avoir été liés si longtemps, racontent les aventures de leur prison et de leur évasion , et découvrent les marques des coups qu’ils supposent avoir reçus de la main des infidèles, et qui ne sont que des cicatrices faites à dessein. A les en croire, pendant tout le temps de leur servitude, ils n’ont jamais mangé que du pain sec, du biscuit noir comme de la terre, ni bu que de l’eau corrompue; ils chantent une longue chanson de leur composition sur le sujet de leurs souffrances, et tirent des larmes de tous les yeux, comme de l’argent de toutes les bourses.
Sans nous arrêter aux Calcidiarü, dont l’industrie consistait à escroquer du vin, du pain, quelques autres denrées de la saison, et des cierges, aux femmes qui étaient mères ou qui souhaitaient de l’être, nous dirons quelques mots des Charlatans ou Affarfanli. Ils supposaient des miracles, disaient avoir commis des péchés graves et énormes, pour la punition desquels Dieu les avait frappés d’une terrible infirmité, qui n’avait disparu qu’après qu’ils avaient fait vœu d’aller par le monde pour raconter la justice et la grande miséricorde du Tout-Puissant à leur égard. Ils se frappaient le coi ps avec de petites chaînettes de fer, ou faisaient semblant de se battre et de se déchirer la poitrine avec une grosse pierre, qui n’était quelquefois qu’im ballon; enfin, mettant du sang au bout de certaines cordelettes, ils feignaient de s’écorcher à force de pénitence.
Sous le nom à' Accaponi, l’Italie avait aussi ses Sahouleux et ses Francs^Mitoux. Ces niarauds se faisaient venir d’horribles plaies aux jambes, avec de la poudre de pain Ju’ûlé, du sang de lièvre et d’autres ingrédients, de manière à présenter l’apparence du feu Saint- Antoine ou de quelque autre mal incurable; et, comme c’était une opinion reçue qu’un chapon mort appliqué sur certains ulcères était dévoré par la plaie de préférence à la chair humaine, ils demandaient tous les jours des chapons pour se faire un médicament; mais, en réalité, ils s’en régalaient à la barbe de ceux qui les leur donnaient. Or, c’est de ces chapons qu’ils mangent que les Italiens ont pris sujet de les iKumner Accaponi, comme qui dirait enchaponnés.
Les AllacrimanH ou Pleureurs devaient ce nom à la faculté qu’ils avaient de répandre
Sr deTarrnf ™ qu’ils ouq.loyuic, pour
. saieiit leuis légataires. Les Credo™ se livraient à l’escroquerie, au moyeu <lu safrau
leurs delà*'™'?'’ 'f'' “™‘‘ “""dis que les Ca,,naMdi„u don-
urs de change troquaient des perles, des bagues et des chaînes ,1’orlausses contre de
trer d’IborTdesr"' *“l‘"h
n’en a^ient que l’a^arelct!” pour d’autres qui
IwTrmirîfT ‘‘ff. et d’événements extraordinaires.
' ma!ede afe‘’“ ’ 1 üeux éloignés
nia„e de la Vierge ou de quelque saint avait pleuré, sué ou courbé la lèle et là -dessus ils en lendment une figure, en débitant quelque miracle qu’elle avait fait Les Mon ou f^aigueiirs s at^quaien, aux mères, se disant en possession d’une eau .slinllliée ! ,,!
. ai la vertu de faire croître le corps des petits enfants plus que d’ordinaiie iusqu’à une haute smtiire, ou de les faire bientôt périr. Par une autrO .sorte de pi";!"il!,u es Poii/îom s annonçaient comme tirant leur origine de saint Paul; et, en témoimn..,' e ce qu ,1s avançaient, ,1s chassaient les serpents, buvaient et mangeaient des chois enime„,es sans en recevoir aucun dommage : ce qui venait, à ce Qu’ils racontaieu, de la faveur que saint Paul obtint à Malte pour tous ses imitoteurs, m.hs eu réOlitO X; contre-poisons qu’ils avaient grand soin de prendre à l’avance ’
cette dont je ne vois pas trop le droit à figurer dans
cette liste , e j arrive aux M/acer6m»/i ou Protobianli. maîtres gueux plus rusés et plus
pervers que les autres, qui ne se faisaient pas scrupule de tromper Ici coXé! 0
cau.se des images de saints qu’ils portaient ordinairement devant la poitrine pour les a|^re baiser aux lideles en les expo.sant à leurs yeux, ne dupaient que les simples qui faisaient I aumône. Ces coureurs chantaient tantôt des cantiques en l’Iioiinein- de samt Simon de Trente, tantôt les sept joies de Notre-Dame ou l’oraison du Scapulaire
Te SomWahles à ùos Hu-
, AUarantati s annonçaient comme ayant été mordus de quelques uiiinaiix uiu
naiæent sur le territoire deTareule, et comme étant, par suite, tombés dans une espèce folie. 11» branbaient furieusement la tète, tremblaient des genoux, reimnieul le» ev res grinçaient des dents, chantaient et dansaient hors de propos, et faisaient mille Wies. Ils ne demandaient rien; mais le compagnon qui les conduisait ramassait des a , mones pour eux. Plus semblables encore que les ..|cc«;w,„ à nos Sabonleux les irm *«ti simulaient des attaques de mal caduc et s’ariangoaien, de manière qu’elles ne .^ . urprissent jamais que lorsqu’ds étaient en gronde compagnie, alin que. eu se releant, ,1s pussent recevoir quelque aumône de ceux qui les entouraient. I es 4p,,e-en„
I euiandaient des morceaux de iiain , et. après en avoir a,nas,sé beaucoup, ils inau.Tair morceaux et vendaient les pains entiers; ils faisaient semblant de mépriser le vin
de ne prendre précisément que ce qui leur était nécessaire pour vivre , et d’aimer la nudité.
Cet amour caractérisait plus particulièrement les Cocchini, autre classe de gueux italiens, qui , pareils à nos anciens Polissons, se plaisaient à aller nus, même en hiver, et ramassaient des nippes et de l’argent , tout en affectant d’aimer par-dessus tout la nudité et la pauvreté pour l’amour de Dieu.
A entendre les Spelrini , faux ecclésiastiques qui se présentaient en habits de prêtre , ces gueux demandaient pour les pauvres de l’hôpital de San-Antonio, de San-Bartolomeo de Bénévent, pour les lépreux de San-Lazzero, pour les incurables et autres malades; mais on comprend, de reste, que ces aumônes n’allaient pas plus loin que les mains qui les recevaient.
Nos Convertis étaient représentés, en Italie, par les Jucchi ou RibaUezzali. Ceux-ci disaient avoir été autrefois de riches juifs, et devoir, à des visions terribles, à des miracles inouïs et incroyables, qu’ils racontaient, d’avoir tout laissé, par l’inspiration de Dieu et à l’exemple des apôtres, pour suivre la pauvreté du Christ. Dans toutes les villes où ils arrivaient, ils se faisaient baptiser de nouveau, et, outre ce qu’ils tiraient de leurs parrains, ils escroquaient encore aux autres des effets et de l’argent, en sorte que, suivant la remarque de l’ancien traducteur de Frianoro, ils devenaient riches comme des juifs en disant qu’ils cessaient d’être tels.
La revue que nous avons entreprise des gueux italiens dure depuis longtemps, et cependant nous ne sommes pas encore au bout. Nous n’avons rien dit, par exemple, des Ascioîïi, qui contrefaisaient les fous, d’autres fois les sourds et les muets, ne demandaient rien de précis, poussaient des cris inarticulés, tordant la bouche, roulant des yeux hagards, et étendant les mains pour y recevoir des aumônes; ni des Allampadarii, qui cherchaient, pendant la semaine sainte ou les grandes fêtes, de l’huile pour les lampes qu’on allume devant le saint sacrement ou devant les images de la Vierge; ni des Aüremanli ou Tremblants, qui, paraissant ou perclus ou paralytiques, tremblaient toujours , et n’ôtaient leur chapeau pour recevoir l’aumône qu’en semblant craindre le bien qu’on leur faisait; ni des A/farinali, qui cherchaient partout de la farine , sous prétexte d’en faire des hosties pour la célébration de messes qui se diraient pour les vivants et pour les morts; ni des Falpalori ou Mœslri delle arli, qui, ne pouvant plus courir, soit à cause de leur âge ou de leur faiblesse, demeuraient au logis, et, à l’imitation des maîtres ës arts , apprenaient aux enfants tous les secrets de l’art de tromper. L’un des plus habiles dans ce genre d’enseignement ne demandait pas moins de trois ans à ceux qui se mettaient sous sa direction , et avant toute chose il leur faisait apprendre la langue fourbesque ou l’argot italien.
En nommant encore les Reliquiarii ou Vendeurs de fausses reliques; les A/famiglioli, qui gueusaient accompagnés d’une nombreuse famille; les Poveri vergognosi ou Pauvres honteux, qui, nonobstant leur indigence, voulaient être pris pour riches, et croyaient que l’aumône leur était due parce qu’ils se disaient nobles; les Rabunati ou
ET LA KENAISSANCE.
Sptrilali, qui, remuant la tête de temps en temps, meuglaient et soufflaient à la façon es taureaux, pour montrer qu’ils étaient possédés du démon, par suite de désobéissance ou de coups a leur père , et de sa malédiction ; les Ruffiti ou Brûlés , dont on donnera une idee suffisante en les assimilant complètement à nos Bulles ou Riffodés; les Sbricci, qui allaient presque nus et imploraient la pitié d’une voix lamentable, affirmant faussement qu’ds avaient été assassinés ou pris par les Turcs, et qu’ils s’étaient échappés de leurs mains sans autre chose que la vie; les Formigolii, faux soldats qui disaient venir e quelque guerre contre les Infidèles et y avoir reçu une arquebusade, ce qui faisait qu Ils arment quelque partie du corps bandée , et que, pour ne point voler, ils cherchaient leur subsistance comme la fourmi , à laquelle ils devaient leur nom; en nommant encore, dis-je, ces nouvelles variétés de mendiants italiens, on serait loin d’en avoir épuisé le catalope, aussi long peut-être que celui des fourberies humaines; car, comme on Ment de le voir, chez nos voisins de l’autre côté des Alpes, les gueux avaient compris de bonne heure l’avantage des spécialités. Nous ne doutons pas qu’à partir d’une époque difficile a préciser, ils n’aient fortement contribué à l’éducation des nôtres; du moins, Henri Estienne le déclaré positivement quand il dit dans son Apologie pour Hérodote, IV r, ch. 15 : . De puis que nos couppebourses ou happebourses se sont frottez aux robbes de ceux d’Jtolie, il faut confesser qu’on a bien veu d’autres tours d’habileté, qu’on n a\oit accoustumé de voir. Or, quand je parle des couppebourses, je pren ce mot plii.s généralement que sa propre signification ne porte : asçavoir pour tous ceux qui sçavent SI len jouer de passe-passe par quelque façon que ce soit, que sans aucune violence ils lont passer dans leur bourse l’argent qui est en celle d’autruy. »
Il nous serait aisé de dresser l’inventaire des diverses catégories de gueux qui exploitaient au Moyen Age la crédulité et la bourse de nos voisins d’outre- Pyrénées, d’outre- Manche et d’outre-Rhin ; mais, sans compter que cet exposé nous emporterait bien au ela des bornes qui nous sont prescrites, nous pouvons assurer qu’on ne trouve rien , chez les vagabonds espagnols, anglais et allemands, qui n’ait son analogue chez les Cagnardiers de notre pays et les Bimii ou Pitocchi de l’Italie. On est donc bien près quan on connaît 1 histoire de la mendicité dans ces deux pays, de savoir parfaitement ce qu’elle fut dans tout le reste de l’Europe pendant le Moyen Age.
L’histoire des voleurs grands et petits , pendant cette longue période , est plus dillici e a exposer; je doute même qu’il soit possible d’en savoir autre chose, que des anecdotes plus ou moins intéressantes, mais sans liaison entre elles. Il est h croire cepenant que les larrons n’opérèrent pas toujours isolément, et qu’ils comprirent de bonne eure les avantages de l’association. Cela étant, il dut y avoir, surtout pendant les moments désastreux où la guerre régnait, souvent dans l’Europe entière, des ti’oupes de bandits qui augmentaient la désolation et qui avaient une longue existence sous empire de lois particulières; car, ainsi que le lait remarquer Pascal, «c'est une plaisante chose à considérer, de ce qu’il y a des gens dans le inonde qui, avant renonce a toutes les loix de Dieu et de la nature, s’en sont faites eux-inèmes Mœurs et Usages de la vie privée. BOHEMIENS , MENDIANTS , etc, Fol. XVll.
auxquelles ils obéissent exactement, comme, par exemple, les voleurs, etc. •' Qui pourrait retracer l’histoire de ceux qui apparurent à l’aurore des temps modernes ? Alors , comme pendant l’âqe de fer,
Ce fut alors qu’à mine fiere Parut ce grand porte-rapiere ,
Bras de fer, qui tout le premier Fit trembler le lard au charnier;
Puis vinrent les Scarabombilles,
Les Manchots , les Jambes de billes ,
L’Ovide en belle humeur de M’ M. ne. L., in-4“, pag. 28.
Les Ballafrez , les Bresche-dens ,
Qui tous ensemble alloient jettans Gens et maisons par les fenestres, Détroussans lais , détroussans prestres , Mordans, grondans, fumans, humans Jusqu’au lait des petits enfans.
Dassoucij, etc. A Paris , chez Charles de Sercy,
Les Tafurs, ou Halegrins, que nous voyons à la suite de Godefroi de Bouillon, vers la lin du onzième siècle, faisaient bien pis. C’étaient de terribles truands ou ribauds, qui étaient accusés de violer les tombeaux et de se nourrir de chair humaine : aussi, inspiraient-ils une grande horreur aux Infidèles, qui redoutaient bien plus la férocité de ces bandits que la valeur des croisés. Ceux-ci même, bien qu’ils les eussent pour alliés, se défiaient d’eux et ne voulaient les aborder qu’en état de défense. L’abbé Guibert de Nogent, qui en parle assez longuement au VIP livre de son Histoire, dit que c étaient des espèces de gens qui marchaient nu-pieds, sans armes, et qui ne pouvaient posséder qu une certaine somme d’argent; ils présentaient l’aspect de la nudité et de l’indigence, précédaient l’armée, et vivaient de racines et de végétaux les plus communs. Leur chef était un Normand, issu de bon lieu, à ce qu’on disait, qui, se voyant sans avoir, avait renoncé à son rang et à son costume habituel, pour prendre le titre de roi Tafur ou de roi des truands. Dans de certaines occasions, il fouillait son monde, et ceux sur lesquels il trouvait deux sous, à l’instant même il les reniait pour ses sujets, leur intimait l’ordre d’acheter des armes, et les incorporait dans l’armée. D’un autre côté, il recrutait sa troupe parmi ceux chez lesquels il voyait le goût de la pauvreté et du dédain pour l’argent. « On ne peut dire, ajoute le chroniqueur, combien ces gens- là étaient nécessaires pour le transport des vivres à forfait, dans le siège des villes pour lancer des pierres; d’autant qu’en portant des fardeaux ils allaient plus vile que les ânes et les bêtes de somme, et qu’ils rivalisaient de promptitude avec les balistes et les machines de guerre. » Nous croyons que ces Tafurs étaient, de fait ou de volonté, voleurs ; qu’ils avaient exercé cette profession avant leur pèlerinage en Terre- Sainte, ou qu’ils la continuaient pendant la croisade, ou qu’en tous les cas ils embrassèrent ce beau métier, une fois qu’elle fut finie. Si l’on n’est pas de notre avis, on nous accordera bien que c’étaient des gueux et des vagabonds, et l’on n’aura qu’à nous reprocher de n’avoir point remonté de quelques alinéas l’article que nous venons de consacrer aux Tafurs; mais nous persistons à croire que ce n’était pas à des exploits ordinaires, qu’ils devaient leur réputation d’anthropophages, et leur chef, les fonctions d’exécuteur officiel que lui attribue l’auteur de la Chanson d’ Antioche.
ET LA liENAISSANCE.
Ln autre trouvère nous a conservé le récit des borts tours d'Eustaclie le Moine, espece de Robin Hood artésien , qui , après avoir jeté le froc aux orties , embrassa là 'le de bandit, et ne l’abandonna que pour devenir amiral de Fbilippe-Auguste et mourir devant Sandwich, en 1217. Il faut lire, dans l’ouvrage du rimeur contemporain, comment Eustaehe, apres une querelle avec son abbé, vola, à l’aide d’une conjuration magique, la moitié d’un porc dans la cuisine du couvent, et porta son butin chez, un cabaretierdu voisinage, dans la maison duquel il passait ses nuits à manger et à boire surtout a jouer an tremerel. Pour y suffire, il volait tout ce qui lui tombait sous la
main, et le mettait en gage, sans même en excepter les ornements de l’église et les vetements de ses frères : ’
Tout embloit Wistaces le Mogne. — Vers 279.
Plus tard, il s’attache particulièrement à faire du mal à Renaud de Dammartin comte de Boulogne , dont il avait à se plaindre. Tantôt c’est un superbe cheval qu’il lui 'Ole, presque sous ses yeux; tantôt il lui mutile ses gens; d’autres lois, il .saccaae
1 ecurie et met le feu à la résidence de ce seigneur.
Wistasces tous les chevaîs prist,
La ^-ile aluma et esprist. — Vers 915.
II n’était pas tellement acharné contre Kenaud, qu’il ne fît également du mal à d’autres. Une fois, c’est un bourgeois de Corbie qu’il dévalise complètement; une autre fois c est un chevalier qu’il tue; il va jusqu’à se Jeter, suivi de sa bande, sur l’arrière-garde elarmee royale, et lui enlève cinq chevaliers et onze chevaux. Avec tout cela, le terrible moine était généreux : un jour, ayant arrêté un marchand boulonnais qui \enait de Bruges avec une somme de soixante livres, il lui demanda combien il avait argent. Le marchand, effrayé, lui déclara la vérité. Eustaehe, ayant vérifié le fait, ne lui prit pas un denier et le renvoya sain et sauf, en lui affirmant que le moindrt’ mensonge sur la quotité de la somme dont il était porteur, en eût amené la confiscation Une autre fois, l’homme auquel i! devait tous ses malheurs étant tombé entre ses mains, il lui fît grâce de la vie et le laissa libre de se retirer, sans vouloir néanmoins faire la paix avec lui. A tous ces détails , nous pourrions ajouter le récit des nonibreux stratagèmes employés par Eustaehe pour dépister le comte et ses gens, .sans cesse h .sa poursuite, surtout pour lui voler ses chevaux, qu’il paraît avoir particulièrement convoites; nous nous bornerons à dire, avec son biographe, qu’il fut plus rusé larron que - augis d’Aigremont, qui vola la couronne de France et les éiiées des paladins de C arlemagne, et que Basin, qui lutta de finesse avec lui.
Trave(r)s, ne Baras, ne Haimès Ne sorent onques tant d’abès [de ruse).
Vers 298.
Ces liois derniers, d’une tige moins illustre que le cousin de Renaud de Montaiib iii et presque inconnus aujourd’hui , méritent bien cependant d’êire remis en iiionioire ei
cités comme les plus habiles filous des temps anciens et modernes. Deux d’entre eux étaient de Laon et fils d’un père qui avait occupé une haute position , ou , pour parler sans figure, qui nvait été pendu. C’étaient Barat et Haimet. Avec leur camarade Travers, ils mirent longtemps à contribution laïques et moines. Un jour qu’ils se promenaient ensemble dans un bois , Haimet vit au haut d’un chêne un nid de pie , et la mère qui couvait ses œufs. Il montre tout cela à Travers et à son frère , et leur demande ce qu’ils penseraient d’un homme qui enlèverait les œufs et redescendrait de l’arbre sans que la pie s’en aperçût. Barat juge la chose impossible. Aussitôt Haimet aborde l’épreuve; il rampe comme un serpent le long du tronc, arrive au nid, l’ouvre doucement par-dessous, reçoit les œufs et les montre à ses compagnons, qui le proclament passé maître en fait de vol; mais, s’il remettait les œufs dans le nid, ce serait bien autre chose. Il s’y engage et recommence son ascension. A peine avait -il touché aux premières branches de l’arbre , que Barat le suit à son insu , lui détache les braies du corps, et redescend en toute hâte, à la grande admiration comme au grand chagrin de Travers, qui se sentait incapable d’en faire autant. Le sentiment de son infériorité et la crainte des dangers qu’elle pourrait lui valoir, l’engagent à rentrer dans la bonne voie et à ne plus devoir sa vie qu’au travail. Il revient chez lui, se comporte en homme de bien , et l’abondance ne tarda pas à récompenser ses efforts. Noël venu , il tua un cochon qu’il avait nourri au logis, et le suspendit à la poutre de sa maison; mais il eût bien mieux fait de le vendre : il se serait épargné par là bien des tribulations , comme vous allez voir. Un jour, qu’il était au bois, ses deux associés, cherchant fortune, arrivèrent chez lui ; ils trouvèrent sa femme occupée à filer et firent la revue de la maison. Barat, ayant découvert le cochon, le montre à Haimet, et tombe d’accord avec lui de le manger sans le propriétaire, puisque Travers avait voulu le manger sans eux. Celui-ci, revenu chez lui, apprend la visite que sa femme avait reçue, et reconnaît, dans le portrait qu’elle lui fait, les deux filous. Il est tenté de dire adieu à son cochon; mais sa ménagère lui pr opose de le mettre en un autre endi’oit et de donner ainsi le change aux larrons. Ainsi fut fait. La nuit venue, Haimet et Bai’at pénètrent dans la maison par un trou qu’ils fir ent , et celui-ci se dirige ver s l’endroit où il avait vu pendre le cochon ; il ne tr ouve plus que le lien , le tâte, et le sent coupé. Pendant qu’il communique à son fr’ère cette fâcheuse nouvelle. Travers, qui ne dormait que d’un œil, se lève, s’assure que son cochon était bien encore où il l’avait mis, et va dans l’étable à sa vache. Barat profite du moment, et, contrefaisant la voix du mari, il lui demande, comme s’il l’avait oublié, l’endroit où il avait caché le cochon. Celle-ci le dit au voleur, qui , sans perdre une minute, se saisit de sa proie et enfile la venelle en compagnie d’Haimet. Traver's, après avoir- bien fermé ses portes, r-evient se coucher, et sa femme le gourmande sur la faiblesse de sa mémoire. D’abord il ne comprend rien à ce reproche; mais bientôt la lumière se fait dans son esprit, et il s’écr ie douloureusement que son cochon a fel uns saiil^ et qu’ils ne le r-everront jamais, s’il ne parvient à l’enlever aux voleurs. Il suit le sentier qu’ils avaient pris et parvient h les atteindre : « Donne-moi cela , dit-il
à Barat qui était en arrière à cause du fardeau qui ralentissait sa marche, tu es trop las; assieds^oi, je le porterai à mon tour. Barat, croyant avoir affaire à Haimel charge le cochon sur le cou de son propriétaire et prend les devants; il n’avait pas lait beaucoup de chemin , qu’il est rejoint par son frère, qui avait les mains vides. 11 découvre le tour que Travers venait de leur jouer, et se met en mesure de rentrer en possession du cochon. Pour^ela , il ôte sa chemise, la pose sur sa tète en forme de coiffe se donne le mieux qu’il peut l’apparence d’une femme, court à toutes jambes, par’un autre chemin , vers la maison de Travers, qui ne tarde point à arriver avec sa charge Aussitôt qu’il l’entend , contrefaisant la voix de la femme, il se lamente sur la perte'le 1 animal et sur l’absence du maître. Celui-ci, complètement abusé, remet le cochon entre les mains du voleur, tout en croyant le donner à sa femme, et rentre au logis où .1 trouve sa compagne en larmes. Il voit qu’il est trompé de nouveau , et prend le chemin du bois. Les deux frères venaient d’y allumer do feu au pied d’un chêne, pour goiiter du fruit de leur vol avant qu’il pût leur échapper. Pendant qu’ils ramassaient çà et la des branches mortes , Travers se glisse près du feu , qui , alimenté par du bois verl . ne jetait alors aucune flamme, et, sans daigner ressaisir le cochon , il monte au chêne, et s y pend par le bras, après s’être débarrassé de ses vêtements. Haimet, ayant levé les yeux et aperçu Travers en chemise, crut reconnaître son père et fit part de son idée à arat, qui prend la fuite avec son frère. Travers, ne voyant plus personne, descend de arbre, s empare du cochon et le rapporte en entier au logis : « Sœur, dit-il à s i temme, allume le feu; si nous voulons que notre bacon nous reste, il nous faut le faire cuire. .) L’une fait le feu et verse de l’eau dans le chaudron, l’autre dépèce l’animal par morceaux et l’y met. Tombant de sommeil , il recommande h sa femme de veiller sur la marmite, pendant que lui se couchera tout habillé. Celle-ci s’établit au coin de la cheminee , et ne reste pas longtemps sans succomber elle-même au sommeil. Pendant w temps-la, Barat se lamentait d’avoir été joué par Travers ; mais , décidé à ne pas aban donner la partie, il se met en route avec son frère vers le domicile de leur ancien compagnon. Arrive a la porte, il regarde par le trou de la serrure et voit le chaudron qui bouillait. Haimet prend alors une longue verge de coudrier qu’il rend pointue à l’aide d un couteau; il monte ensuite sur le toit, et le découvre à l’endroit où le chaudron bouillait. Par cette ouverture, il vit la femme de Travers qui sommeillait et dont la tête tombait et se relevait tour à tour. Jugeant le moment propice, il pique une pièce de lard et la tire hors du chaudron ; mais, à l’instant même où il ramenait la gaule à lui. Tra\ers se réveille, et, s’adressant aux voleurs : « Seigneurs qui êtes là-haut, dit-il vous avez tort de découvrir ma maison; en coniiiiuant ainsi, nous n’en finirions pis* Descendez et partageons le cochon. » Haimet descend , et on fait trois parts de l’aniiml ’
deux pour les voleurs et l’autre pour celui qui l’avait nourri : encore, n’élait-ce nis h meilleure.
Dans un autre labliau de la même époque, égalemeul publié par Méou et analysé unl-e Grand d’Aussy, c'est un paysan picard, nommé Brifand, qui va au inarclié 'vendre
une pièce de toile; il la portait sur l’épaule, suivi par un filou qui songe à se l’approprier. Dans ce but, le voleur se la coud devant lui sur sa cote. Arrivés dans la foule , il pousse et fait tomber le paysan , qui laisse échapper sa toile et commence par se ramasser; quand il en vient à son paquet, il ne le retrouve plus; le filou, après l’avoir enlevé très-adroitement, l’avait placé sur son épaule et s’était allé ranger parmi les autres vilains. Brifaud, ne trouvant pas ce qu’il cherchait, réclame sa toile à cor et à cri. Le filou l’écoutait sans se troubler; enfin, il lui demande la cause de ses plaintes. Le vilain lui conte sa perte : « Imbécile , répond celui qui en était l’auteur , regarde ? si tu avais eu l’esprit de coudre , comme moi , ta toile à ton habit, tu l’aurais encore. »
Comme on vient de le voir, déjà au treizième siècle les filous étaient passablement délurés, et les bons tours qu’ils jouaient au pauvre monde valaient bien les meilleurs de ceux qu’enregistrent chaque jour les gazettes de tribunaux. Dans les deux siècles suivants, la science ne put que faire des progrès, et Pathelin ne manqua jamais de disciples, comme Villon de sujets. On sait qu’on a attribué à ce poète, expert en Var/ de la pince et du croc, un poème, de près de 1,200 vers, intitulé : Les Repeues franches. C’est un recueil d’histoires édifiantes dont voici la morale :
C’est bien disné, quand on eschappe Sans desbourcer pas ung denier,
Et dire adieu au tavernier
En torchant son nez à la nappe. — 'Vers 918.
Comme on n’y lit rien qui ne se trouve ailleurs, ou que nous n’ayons lu ou entendu raconter cent fois, nous ne nous y arrêterons pas.
Nous en ferons autant, quoique à regret, pour la Légende de maître Pierre Faifeu, espèce de Panurge qui était devenu habile en friponnerie au point de duper des Bohémiens, avec lesquels il jouait à Angers, vers 1518; nous ne mentionnerons également (jue pour mémoire la quinzième serée de Bouchet, qui traite des Larrons, des Voleurs, des Picoreurs et Mattois; mais nous nous arrêterons à raconter une fantaisie du roi Charles IX, qui marque dans l’histoire des tireurs de laine : a II voulut un jour, dit Brantôme, sçavoir les dextérités et finesses des coupeurs de bourse et enfans de la matte en leurs larcins, et pour ce il commanda au capitaine La Chambre, qu’il aymoit (car il aymoit toutes sortes de gens habiles), de luy amener, un jour de festin et bal solemnel, dix ou douze enfans de la matte, des plus fins et meilleurs coupeurs de bourse et tireurs de laine, et que hardyment ils vinssent, sur sa foy et en toute seureté, et qu’ils jouassent hardyment et dextrement leur jeu, car il leur permettoit tout; el après, qu’ils luy rapportassent tout au butin , comme ils en font de serment, car il le vouloit tout veoir, et puis leur redonneroit. Le capitaine La Chambre n’y faillit pas, car il vous en amena dix, triés sur le volet, desliés et fins à dorer, qui les présenta au roy; auxquels il trouva très-belle façon, et bien habillés, et braves comme le bastard de Lupé : et, se voulant mettre à table et puis au bal , il leur recommanda de jouer bien
leur jeu , et qu’ils luy fissent signe quand ils muguetteroient leur homme ou leur ilatne ■ car .1 avo.t recommandé et hommes et dames, sans espargner aucunes personnes, l'è roy, a son d.sner, ne parla guieres ceste fois aux uns et aux autres, sinon par boutades s amusant a veoyr le jeu des autres, qui ryoit quand il voyoit les autres faire signe qu ,1s avo.ent joue leur farce, ou qu’il les voyoit desniaiser leur homme ou femme Ils en firent de mesmes a la presse du bal; et enfin, après le disner et le bal, il voulut tou, veoyr au bureau du butm, et trouva qu’ils avoient bien gaigné trois mille escus, ou en bourses e, argent, ou en pierreries, perles et joyaux, jusqu’à aucuns qui perdirent euts cappes, dont le roy cuyda crever de rire, outre tous les larcins, voyant les gallans desvahses de leurs cappes , e, s’en aller en pourpoint comme laquais. Le ro, leu, lendit a tous le butm, avecques commandement et défense qu’il leur fit exprès de ne la, re plus ceste vie, autrement qu’il les feroit pendre s’ils s’en mesloient jamais plus e, qu , s en prendroit au capitaine La Chambre, et qu’ils l’allassent servir à la guei re Ouelque étrange que puisse nous paraître cette fantaisie de Charles L\ , il ne faut pas croire qu’elle fût la première de ce genre. Avant ce prince , sous Henri II , le maréclial de Strozzi avait employé des filous pour une espièglerie qu’il voulait faire h Brusquel favori du ro,; raa,s la,ssons encore parler Brantôme, qui nous a conservé cette anecdote , . Au bout de quelques jours que Brusque, n’y pensoi, pas, M. le mareschal le mt to,r a son logts de la poste, ou ,1 y avoil esté plusieurs fois, et avoil bien veu espte et recognu son cabinet où il mettoit sa vaisselle d’argent.... et là mena avec luv un matots serrurter, s, fin et habile à crochetter serrures, qu’il n’en fut jamais un tel' avoù este curteux de le trouver par la ville de Paris, et l’avoit faict habiller connne un pnnce. Estant donc venu au logis dudict Brusquet, il se mit à deviser un peu avec uy, ayant embouche auparavant ledict serrurier; et, en se potirmenant dans la chan,bre dudtct Brusquet avec luy, ,1 fit signe audict serrurier là où estait le nid, et puiv prit Brusquet par la main, le mena pourmener dans son jardin et voir son escuverie e aissa en sa chambre ses gentilshommes et des capitaines matois qu’il avoi, emprunes, qui ça, qui la; et, leur ayant recommandé le jeu, il s’en alla. Les autres n’v fiif irent point; car en un tour de main le serrurier eut ouvert le cabinet, où ils iu inlent ce qu ,1s peurent. Et, ayant poussé et ressei-ré le cabinet fort bien, qui ne paroissoit qu on y eust touche, sortirent, les uns avec leur butin, les aunes sans ,■10,, pour aecompaiguer leur maistre, qui , voyant que le jeu estait bien faic, , il s’en va ei d,ct adieu a Brusquet, sans vouloir prendre la collation qu’il 1,,, présenta. Quelques jows apres, led,ct Brusquet vint au lever du roy, triste, uiorne et pensif, qui avoil descomert son lare, qui en fit ses plaiiictes au roy et à tout le momie, doi'l on lu, len marry , mais M. le mareschal s’en mit à rire et à luy fai.e la guerre : que luv qu, rorapoit les autres avo.t esté trompé. L’autre, qui ne peut jamais ri.e, c!,r il es,!,i, or avare de nature, faisoit toujoiii-s du marniiteiix. Enfin, M. le maies, h,l luv dernanda ce qu’,1 luy vouloit donner, et qu’il luy feroit recouvi er ce qu’il avoil ,v.-r,lu'- Il fit tant avec luy qu’en baillant la moityé de la vaisselle il quittoi, l’amre: mais .Al h'
mareschal n’en retint que pour cinq cents escus, car il y en avoit pour deux mille. H luy fît rendre tout, disant qu’il falloit donner le droit au serrurier et aux enfans de la inathe qui avoient faict le coup : ce qu’il fît aussy tost; et luy rendit tout son faict, fors ce qu’il donna aux mathois , qu’il avoit réservé en marché faisant. Et voylà Brusquet remis en joye jusques au rendre. »
Quelque intéressantes que soient ces anecdotes pour l’histoire des mattois, de ces marchands qui prenaient l’argent sans compter ni peser, comme on disait alors, elles auraient encore plus de prix pour nous, si l’auteur n’avait point négligé de nous dire où le capitaine La Chambre et le maréchal de Strozzi étaient allés chercher les complices de leurs espiègleries. Ils les avaient sans doute pris dans les Cours des Miracles, au Port-au-Foin, où les officiers de la courte-épée avaient leur quartier-général, ou h la Pierre-au-Lait , à côté de Saint-Jacques -la-Boucherie; ce qu’il y a de sûr, c’est que Noël du Fail, qui écrivait à la fin du seizième siècle, signale ce lieu comme mal hanté et habité par des escrocs. Il appelle aussi échevins de la Pierre-au-Laü des gens habiles à tricher au jeu.
Si , à l’exemple du maréchal de Strozzi , Charles IX employait les voleurs à ses plaisirs, ses prédécesseurs s’étaient montrés peu disposés à plaisanter avec eux. Sans remonter aux premiers temps de notre histoire, où la législation était impitoyable pour les vols et les larcins, nous voyons que les rois de France de la troisième race promulguèrent les ordonnances les plus sévères contre ceux qui se rendaient coupables de ces crimes ou délits. Ainsi, les Établissements de saint Louis, dans lesquels ce roi comprit quelques lois de ses prédécesseurs et plusieurs de celles qu’il avait publiées avant 1270, époque à laquelle ce code fut rédigé, prononcent la peine de mort et la confiscation contre les voleurs de grand chemin , que le fait eût été commis de jour ou de nuit. « Et tous ceus qui font tel mefet, porte l’ancien texte, si doivent estre pendu , trainé, et tuit li mueble est au baron. Et se il ont terre, ou mesons en la terre au baron, li bers {le baron) les doit ardoir {brûler)^ et les prés areir {labourer)^ et les vignes estreper (eaî/frper), et les arbres cerner. » (Ch. 26.) On punissait aussi de mort les voleurs de nuit et les voleurs domestiques; mais les autres voleurs de jour étaient condamnés à diverses peines, selon les choses qu’ils avaient volées, et ils étaient punis de mort au troisième larcin. Les compagnons des voleurs, et ceux qui recelaient les effets volés, étaient traités comme les voleurs; il en était de mêmie des femmes qui les accompagnaient, avec cette différence que, si elles volaient avec eux, elles étaient brûlées. Cette législation fut maintenue , • sauf de légères variations, jusqu’à François I", qui introduisit, pour le crime de vol, le supplice de la roue, par son ordonnance du mois de janvier 1534.
Dans les Coutumes de Bordeaux, dont la rédaction remonte au moins à trois siècles de là, le vol de jour était puni du pilori pour la première fois; à la seconde, le coupable perdait l’oreille, et, à la troisième, il était pendu. Ce dernier traitement était celui des voleurs de nuit, des voleurs domestiques et de ceux qui avaient déjà perdu l’oreille.
ET EA RENAISSANCE
Le larcin était un cas de basse justice qui était puni suivant la coutume de l’endroit où le délit avait été commis. Ainsi, à Villefranche en Périgord , celui qui , le jour ou la nuit, volait quelque chose qui ne fût point du fruit, et valant cinq sous au moins, devait courir par la ville ayant pendue au cou la chose volée, et payer soixante sous d’amende; s’il était déjà marqué, sa peine était celle de la hart, et, ses dettes une fois payées, il revenait au roi dix livres sur les biens du condamné , et le reste était rendu à ses héritiers. Quant aux voleurs de fruit, de foin, de paille ou de bois, on leur infligeait une amende, qui était plus forte si le vol avait eu lieu la nuit. De pareilles dispositions se trouvaient dans les Privilèges de Fleurance en Armagnac, confirmées par Charles Vï, en 1396. Dans une autre partie de la France, à Abbeville, quand.un homme était jugé coupable d’un vol , tous ses effets étaient confisqués par le vicomte , au profil du comte de Pontliieu, à l’exception des choses que celui qui les réclamait prouvait lui avoir été volées. Le voleur, d’abord jugé par les échevins, était mis au pilori, puis livré au vicomte. Pareille chose avait lieu à Péroone et ailleurs. A Eyrieu en Dauphiné, si un homme, pressé par la faim et n’ayant pas de quoi acheter des vivres, volait ce qui lui était nécessaire pour un repas, on ne lui faisait que des réprimandes et des menaces; s’il avait sur loi de l’argent ou quelque objet équivalent, il ne devait être ni appliqué à la question ni marqué, mais fustigé nu et chassé de la ville. Il n’y avait quun seul cas où le filou fût puni de mort : c’est lorsqu’il était surpris exerçant sa coupable industrie dans le sanctuaire de la justice. Les choses se passaient, du moins, ainsi, du temps d’Estienne Pasquier, à en juger par une phrase du livre VIII, chap. io! de ses Recherches de la France, où il est question d’une harangue de « Monsieur Riant, advocat du roy en la cour de parlement... prenant en l’audiance ses conclusions de
mort contre un pauvre coupeur de bourse, qui en plein playdoyer avoit esté surpris au meffect. »
On n en finirait pas si l’on voulait rechercher et indiquer en détail toutes les dispositions penales relatives au vol , consignées dans les mille et une coutumes qui régissaient la France au Moyen Age; et il faudrait des volumes pour faire connaître à fond les voleurs de notre pays, surtout si l’on voulait y joindre, comme objets de comparaison, ceux du reste de l’Europe. Un pareil travail, sans doute, ne serait pas dénué d intérêt : aussi ne renonçons-nous pas à nous en occuper un jour. Nous aurons alors a examiner les diverses catégories établies dans l'Anliquilé des Larrons de Garcia, qui divise les industriels dont nous parlons en voleurs, stafadours, tireurs de laine, ^i?rumets, apôtres, cigarreres, daciens, mallettes, coupeurs de bourses et maîtres d’hôtel • nous ferons connaître Vaguilucho, Valiviado, Valmiforero, Vallanero, le baæamano] le bocado, bolala ou bolador, le boUeador, le cachtichero, le calelero, le calabacero , le ciealero ou cicarazale, le chancero; en un mot, les nombreuses variétés de larrons espagnols, dont les désignations forment à elles seules un dictionnaire. Nous passerons également en revue les soixante-quatre espèces de voleurs anglais, et les esj^ws encore plus nombreuses qui fleurissaient de l’autre côté du Rhin et des Alpes. Heureux Kœurs et Usages de la vie privée. BQHEMIfJS , MENDIANTS , etc. Fol Xil
si notre labeur obtient la faveur qui accueillit , il y a deux siècles , V Histoire generale des larrons, divisée en trois livres, recueil des aventures des plus célèbres voleurs depuis le règne de Henri IV jusqu’au moment de l’impression de l’ouvrage, c’est-à-dire jusqu’en 1636. Dans ce volume, que l’époque moderne peut disputer au Moyen Age, nos ancêtres lisaient avec avidité le récit de soixante-dix assassinats, vols et escroqueries, qui, avec les vingt et une histoires de courtisanes, de fripons et de partisans, rassemblées dans V Arl de plumer la poule sans crier, sont encore d’une lecture piquante pour ceux qui veulent se rendre un compte exact d’un certain côté de la vie d’autrefois.