DEPPING
De la Société des .Vntiquaircs de Fr.\ncc.
Herm. Fr Koecheri, Nova bihiiotheca llebraica, cimi praef J. Gott. Eichliornii. lenœ. i78ô, in-i.
Jos. Chr. Wolpii, Bibliotlieca llcbræa. Ilamburgi et Lipsiæ, 1715-55, 4 vol. in—t.
C’est une véritable Encyclopédie Ilébraîque.
Blas. Ugoiini Tliesaurus Anliquitatimi sacrarum, coniploctens seloctissima clarissimornm viroruin opuscula in quibus veleruni llebi'a'’oruin mores, le£;cs, institiita, ritus sacri et civiles illustrantur. Venetiis, 17ii-(jS1, 54 vol. infol., Il g.
sc|Mréineiil sur les anliqiiilés judaïques, et que nous détaillons dans cette Libliügr.qiliie.
Hadii. Reland! Compendium antiquitalum llebraicarum. ritrajecti, 1708, in-8.
On pourrait citer une trentaine d’ouvrages savants, qu’on ne lit plus, traitant aussi des antiquités hébraïques , notannnent ceux qui [lortent pour titre : da Republica I/ebrœorum , par Melcli. Leydecker, Ch. Sigonius, .1. Et. Menochius, Corn. Bertrauius, Joacl». L. Reimer, etc.
CoNR. Ikenii Antiquitates Hebraicæ, secundum triplicem Uebrœonim statum. Bremœ, 1764, in-8. — Jo. H. Scbacbt Animadversiones ad C. Ikcnii Antiquitates... Traj. ad Rhen 1810, in-8.
Georg. Gentii Histoiia Judaica, res Judæorum ab eversa æde Ilierosolymitaua ad bæc fere tcinpora usque complexa; de liel)iæo in latinum versa. Amst., 1651, in-4.
L auteur de celte liistnire, qui a été traduite en espagnol, est Salomon, nu de Verga; le texte original a paru à Prague en 1009.
Geoi'.g. Gentii Virga coraplectens varias calamitates et marlyria Judæorum. Amst., 1680, in-4.
Jac. Basnage. Histoire des Juifs, depuis J.-C. jusqu’à présent, nouv. édit. uugm. La Haye, 1716, 15 vol. in-12.
L. jM. Boissi Dissertations critiques, pour servir d’éclaircissemenls à l’histoire des Juifs avant et après Jésus-Christ. Ravis, 1785, 2 vol. in-12.
Essais historiques et critiques sur les Juifs anciens et modernes (par L. M. de Boissi?). Lyon, 1771,4 part, en 2 vol. in-12.
.1. M. JosT. Geschichte der Israeliten seit der Zeit der Maccabæer... Berlin, 1820 28, 9 vol. in-8.
L auteur a publie en 1832 un abrégé de celle histoire (2 vol, in-3\ dans laquelle il s’occupe des peuplades dispersées el des sectes du peuple'lsraéllle jusqu’à nos jours.
B. H. Raym. Capefigue. Histoire philosophique des Juifs, depuis la décadence des Macbabées jusqu'à nos jours. Paris, 1855, in-8.
Depping. Les Juifs dans le Moyen Age. Essai hisloriqiie sur leur état eivil, eommercial et littéraire. Paris, 1854,
Le chev. Bail. Etat des Juils en France, en Espagne et en Italie, depuis le commencement du cinquième siècle jusqu’à la fin du quinzième siècle, sous les divers rapports (lu droit civil, du commerce et de la littérature. l’aris, 1825, in-8.
Artii. Beügnot. Les Juifs d’Occident, ou recherches sur l’état civil, le commerce et la littérature des Juifs en France, en Espagne et en Italie pendant la durée du Moyen Age. Paris, 1824, 5 part. in-8.
Miclicl Bürr a publié une frilique de cet inivrage dans nue Leltre au rédactüur de VArgua (Par., 1824, iu-8 de vin pag.).
lÜM. Al'g. Begin. Histoire des Juifs dans le nord-ouest de la France. Voy. ce fragment de ï Histoire des Juifs d'Occident, (|uc prépare l’auteur, dans les d/èm. de l’Arad. de Metz, ann. 1845, 1 partie, p. 5 à 550, pl.
Le même aiileiir a piiltlié, dans le Recueil des travaux de la Société des Sciences medicales de la Moselle , quatre Lettres messines sur quelques Medaeins Juifs.
Jean Liron. Dissertation sur le temps de rétablissement des Juifs en France, contre Basnage. Paris, 1708, in-12.
De Blossières Tovey. L’bistoire et les aiitupiités des Jnils en .4ngleterre, rccueitl. des historiens anglais, des archives de la Tour de Londres, etc. (en anglais). Oxford, 17.57, in-4.
Simone Luzatto, ralibino bebreo. Discorso circa il stato dogli Hebrci ed in particular dimoranti iiell’ inclita cilta di \ cnetia, et un’ appendice al trattnto dell’ opinioni e dogmi
degl’ Hebrei d’ail’ universal non dissonant! e de riti loro più principal!. Venetia, 1658, in-4.
Giov. DE Giovanni. L’Ebraismo délia Sicilia. Paleinio. 1748, in-4.
ViCT. DE Carben. De vita et moribus Judæorum. Parisiis,
hRANC. Le Fevre. Secretz et mystères des Juifs, trad. du grec. Paris, 1557, in-8.
Paul Erer. L’estât de la religion et république du peuple Judaïque. Lyon, 1564, in-10.
JoH. Drusii, de sectis Judaicis commentarii. Arnhemiœ, 1019, in-4.
Leone da Modena. Historia degli riti Hebraici, dove si lia breve e total relafioiie di tulta la vita, costnmi, riti e osservanze degli Hebrei di qucsli tempi. (Editore Gaffarel.) Parigi, 1657, in-12.
Celte édition est la première. La seconde , revue et considër.iblement augmentée par l’auteur, parut en 1658 et fut suivie de beaucoup d’autres. Léon de Mudène a composé, en italien et en hébreu, divers ouvrages fuit utiles pour riiisloire des mœurs juives.
— Cérémonies et coutumes qui s’observent parmi les Juifs, trad. de 1 italien, par D. Recared Simeon (Richard Simon; avec une pref, de Fremont d’Ablancourt). Paris, 1674, in-12.
Souvent réimprimé , sous differents litres, avec ou sans le nom du traducteur, qui s intitule quelquefois J/, de Simonville. L’ouvratie orifiinal a été traduit aussi en anglais, en .illcmand, en flamand, etc.
Jo. Bdxtorfii Syiiagoga Judaica : de Judæorum fide, rilibus, ceremoniis, tam publicis et s.aeris, quam privatis in dômes tica vivendi ralione, terlia edit. Basileœ, 1661, in-8.
Thom. Godvvinus. De ritibiis Hebræorum. Ultrajecli. 1090, in-8.
Wolfang. F’ranzids. Scbola sacrificiorum patriarchalium sacra. Witlembergœ, 1654, in-4.
Hermanni WTtsii Miscellanea sacra de Judæis, cum figuris æneis. Herb.-Nassav., 1712, 2 vol. in-4, lig.
(Cl. Gros de Roze.) Traité historique du Jubilé des Juifs. Paris, 1702, in-12.
David Levi. A succinct accoimt of ibe rites and ceremoniis of tlie Jews... London (1782), in-8.
Micu. Berr. Du Rabbinisme et des traditions Juives, pour faire suite à l’article Christianisme , de Benjamin Constant, et à l’article Judaïsme, de M. de Kératry, dans [' Encijclopédir moderne, avec un avant-propos et des notes. Paris, 1852, in-8 de 72 pag.
— De la littérature Hébraïque el delà religion Juive. Vov. ce mémoire dans le Journal asiatique, année 1825.
I.e même auteur a publié dans les jtxirnaux et les revues une foule d’articles historiques, littéraires ou polémiques sur les Juifs au Moven Age.
Constant. l’Empereur ab Opvvick. De legibus Hebræorum forensibus liber singularis, ex Hebræorum paiidectis... Lugd.-Bat., Elzevirii, 1657, in-4.
Jos. Spencerus. De legibus Hebræorum ritualibiis libri III. Hagœ-Comitum, 1686, iii-4.
C. Jos. luBONATi. Bibliotlieca latino-Hebraica, sive de scriptoribus latinis qui ex diversis nalionibus contra Judæos vel de rellebraica ulcumque scripsere... Bomæ, 1675, in-fol.
Cet ouvrage fait suite .à la Btbliotheca magna rabbtnica., de J. Barlolocci de Celleno. /?OTn<p, 1675-95, 4 vol. in-fol.
Collectio Davidis, i. e. catalogus celeberrimæ illius bibliotbecæ bebrææ... Dav. Oppenbeimeri, Arcbisvnagogi oliin Pragensis. Hamburgi, 1826, in-8.
C'esI la colleclion la plus considérable de lirres liébreuv el relatifs auv J uifs. Il faut citer encore, comme renfermant un grand nombre d’ouv âges sur le même sujet , les Catalogues des bibliothèques de l'abbe Sepher. de StIvestre de Saev, etc.
^^sa;‘iL5Œi25f^iÊ5*'" ---*■'
As»
tir.*:
" ’iriic, -'■ÿî-
■'•pr<
'■ ri
rai’
Chi'omuliiL Lci'iin'vriev
VENEIIIE.
N langage (leChasse.
la Vënerie est . à i)roi)i-enienl pai'k'r.
Fart (le forcer, de
inor „u ,lo pronciro
. animal (l(‘si^n(\
p^iimi lin giaiid nombre cl animaux de la môme esjièco. La oi-iâiiion de celte saence demandail beancoi,,, de réflexion, de inoomom de tact et dexpérienoe : il s’agissait, par exemple, an milièn d’nn,. oict de comiHer, sans les voir, tons les cerls c]ni s’y ironvaieni.
lallait, par l’mspection des empreintes cpie leurs pieds laissent a terre, pir le déeliirement des branches d’arbre, pir les fumées pins on moins grosses, pins on moins dures, pins on moins color,Ces jnger l’age des animaux, leur sicxe, leur laill,.. la banlenr de leur mis; cpiel était le pins vieux, le pins gras, eiilin signaler posilicemeiil celui cpie l’on voulait chasser, l ue liés le choix Ihii cl ranimai lance, il lallait le suivre loiijonrs, sans prendre le chang,‘ en s,, servant des remar,|ne,s II, lies avant d’allacpier. Il li, liait r.x'onnaiire a chaipie occasion, sur le sol. les m,’-m,-s enipreinu^s. el ne pas les Kcfuis el Ilségts de la vie priv:e Fol I
coiifoiulre avec celles qu’aurait laissées une autre bète de même espèce et de même âge; car les animaux, effrayés par les cris incessants d’une meute, fatigués d’une fuite de plus en plus nécessaire et devenant bientôt impossible, ont l’instinct de se faire remplacer par un autre animal frais et dispos, qui, si le veneur ne savait pas démêler la i iise, rendrait la chasse interminable.
L’origine de la Vénerie remonte à Childebert II; peut-être, la connaissait- on auparavant; mais aucun document écrit ne nous en fournit la preuve. Cependant on chassa longtemps encore au hasard , en attaquant la premi re bête que l’on rencontrait. Les chasses de Charlemagne étaient presque toujours d’énormes boucheries. Les chasseurs poussaiejit le gibier dans une enceinte formée de toiles ou de filets, et là, avec des llcches, des javelots ou des lances, on tuait les bêtes par milliers ; c’éfcnt le braconnage sur une gi’ande échelle. ( Versus de Curohmagno et Leouis papœ ad eumdem advenlu. Recueil des Historiens des Gaules, t. V, p. 388.) Quoique toujours en guerre, Charlemagne ne manquait jamais l’occasion de chasser; il se reposait, en courant à travers les forêts. (' Accoustumeement chevauchoit ou chaçoit en hoiz selon la coustume françoise, car à paines est-il nascion qui autant en sçache,» disent les Cliroui(pies de Saint-Denis. Le lendemain d’une bataille, il poursuivait le buffle ou le sanglier, pour se tenir en haleine.
En formant ses équipages de Chasse, Charlemagne avait imité le faste des empereurs d’Orient : non-seulement il traînait à sa suite une armée de veneurs, mais encore l’impératrice et les princesses avaient un grand nombi e de jeunes filles et de dames poulies accompagner à la Chasse, soit que Charlemagne fut avec elles, soit que la guerre l’eût poi té vers des régions lointaines. Berthe, Gisala, Rliodaïd , Théodrada, Hildrud, filles de l’empereur, entourées d’une cour élégante et nombreuse, le front ceint d’un diadème d’or, montées sur de sujierbes coursiers, chassaient les plus féroces animaux et rivalisaient d’adresse et de courage. {Recueil des Hisf. des Gaules, t. V, p. 389.)
Pour Charlemague et ses successeurs, la Chasse était l’auxiliaire obligé de la politique. Quand il tenait sa cour plénière, on accourait de tous les points de l’empire, et c’était autant pour tuer des loups et des buffles que pour s’occuper des Saxons ou des Espagnols. La Chasse alors était mise au rang des choses les plus importantes. Les historiens racontent une partie de chasse comme une bataille ; ils n’oublient aucun détail; ils donnent les dates de l’une et de l’autre. (« Imperator, post actum Carisiacci conventum, autumnalemque venationem ex more completam, Aquas reversus est. » Éginard.) Ainsi Louis-le-Débonnaire chassa trois fois dans les Vosges : en 821 , 823 et 831 ; chaque fois, les Chroniques de Saint-Denis aji^utent au récit des événements historiques : c Et li einperes s’en alla chacier en la forêt de Vouge. «
Philippe Mouskes , évêque de Tournai , qui (( a mis en rimes toute l’histoire et la lignée des roys de Fiance, » dit qu’Aix-la-Chapelle doit son origine h une aventure de Chasse. Charlemagne , courant après un cerf h travers les bois, traverse un ruisseau ; son cheval n’a })as jilulot mis le pied dans l’eau, qu’il le retire. L’empereur, s’apercevant que ranimai boite, descend et lui tâte la sole, qu’il trouve chaude; il met sa main dans l’eau.
ET LA liEN'AISSANCE.
““ ™‘'S > ‘1>" remonte à la fin <lu IrciziiTne sièelc (Il lail pa. li,’
im l ecueil de iwesies françaises, conservé à la lîiblioU,è,|ne Nalionale sons le n* 7(i l 'J , poeme ne traite <,iie de la Chasse du cerf; mais, en l.'fâS, l’aiitcnr in,„nnu ,ln /,rr!-
Comment on doit mener en qneste son varie, n„„r , i - - -
du lto,/ Mod.s écrivit les règles de la Vénerie pour tontes les h, des. .lepiiis 1,- .-err ins lu au hevre. Son ivre est le point de d.part ,1e la science. Cernés, h-s , l,asse„rs s'Iion,',icont toujours ,1e compter, en tète des écrivains cyn,«é,i,,„..s. X.â,0|,l,on .rPu.a..,|
philosophe, historien; mais son traité de Chasse , quoique rempli d’excellentes observations sur le lièvre, et de bons conseils relativement aux chiens, ne parle que de pièges, de filets pour prendre les bêtes. Arrien, Oppien, chez les Grecs; Gratins Faliscus, Nëniésianiis , chez les Romains, écrivirent aussi des traités de Chasse, qui n’ont aucun rappoi-t avec l’art de prendre, de forcer, de tuer un cerf, un sanglier, désigné au milieu de vingt autres. Cependant un passage d’Arrien (chap. xv) ferait croire qu’à cette époque, dans les Gaules, on connaissait les principes de la Vénerie. Après l’auteur du Roy Modiis, vinrent Gace de la Vigne, Gaston l’hœbus, et Hardouin, seigneur de Fontaine-Guérin : ils écrivirent, le premier en 1359, le second en 1387, le troisième en 1394.
Giislüu l’hœhus enseignant l’art de la V'riierie . fac-siinile (l’une miniature du ms. cité ci-dessus ; Phehis. des ileduiz de la Chasse des beslfs sauvmges
Vers 13i0, Alphonse XI , roi de Castille et de Léon, vainqueur des Maures à la bataille
del Saladü, faisait écrire en espagnol un livre; de Chasse : Lihro de Monter ia; plus tard , Argote de Molina commenta, augmenta cet ouvrage, et le [)ublia en 1582 à Se-ville. Mais le traité anonyme que le roi Alphonse XI avait fail rédigei' pour son usage, n’eul jamais l’autorité ni la vogue de celui que Caston 111, dit hhœhus, comte de Eoix, dicti lui-mème à ses compagnons de Chasse. Si dans tous les pays la grande Chasse à coui ic porte le nom de Citasse française , l’honneur en est du aux auteurs cynégéti(jues français. Presque tous les teianes de Vénerie, (ju’on enjploie encore d(; nos jours, se trouvenl dans leurs ouvrages : ils les ont créés, consacrés, et la mode, (jui change si souvetii pour toutes choses, ne leur a point fait sentii-son iniluence.
(hi rencontre, })ar-ci, par-là, dans le Hot/ Madus , des ])lirases cliarmantes par leur simpliciti' : « Mute de chiens est, quand il y a douze chiens courans et un limier, et si moins en y a, elle n’est pas dicte mute, et si plus en y a, mieulx vault, cai- tant ])lus de chiens y a et meilleure est la chace et la noise (|u’ils lonl. ■> 11 y a des pages dign(“s de notre La Fontaine. L’apologue de la Loutre et du Kenard esl un chef-d’œuvi-e d(‘ style . de naturel, de naïveté, par la leçon qu’il tlonne et j>ar la manièie agrc'ahle dont elle esl présentée. Plus loin, le roi î\Iodus demande à un pauvi’e lionime (jui désirait savoii' l’art de prendre les laissons (blaireaux) : c Est-ce (]ue ces animaux t’ont liiit du mal ) -- Non, sire; mais je n’eus oneques des souliers (jui tant me dinaissenl comme ceux (pie j'ai eus qui estoient de cuir de taissons. — Eh bien ! répond Modus, je te dirai commenl tu prendras tous les laissons de ton pays, o
Le l’oi Modus et Gaston Fhœbus n’ont [»as seulement (n rit sur la Vénerie, mais encore
ils ont déci'il tous les pièges, toutes les manii res de chasseï' de leur éjKxpie.
La vache arlilicielle, dont on se sert encore de nos jours pour ap[trocher les canards, esl déci ile dans l’ouvrage de Gaston , avec c(‘lle seule dilf(M'enc(“ que c’est un cheval artihciel ; mais l’usage esl le même.
L(‘S miniatiues du manuscrit de Gaston Phœluis nous représeulenl des chasseurs tirant des lléches sur les ours, l(*s sangliiMs, les cerfs, les clievreuils. etc .: (piaud il s’agit du licvre. la llèche n’a plus (h' lér : elle se lermiiu“ par nue espé(‘e de niasse, prohahlenu'ul (“u Icm’ ou en [ilomh. (pii devint ussonnner le lievre (“I non k‘ [lerci'r. Dans une miniature, le chasseur t'st re[>r(‘siMilé. l’arhalcte ;i la main , monté sur un char l'iiloiiri' de hranches irarhres ; tout ( (da s’avaiK e conniK* un huisson amhiilaiil vin s U“ gibier, qui ne s’i'ii iiujuiète pi)int.
Fol. 1!I.
(àniiri.eiit mi |•l]el pinier l.i Unir poiji ir.iiir.iiix hcslcs . » fac riinilc d iitir luin du JUS cite ci-dessus • l'Iiflius, d« s ileilitiz de Iti Chasse des belles sanvaitjrs
Gaston Phœbns, comte de Foix, était un des plus braves cbevaliers de son temps;
dans son livre, il dit avoir eu trois grandes passions: l’amour, la guerre et la Cbasse; il avoue avec modestie, que d’antres ont eu plus de succès que lui auprès des dames , que d’autres ont été meilleurs cbevaliers :
(( PoHi' CP sproit-pp
“ Gomment on pucl traire aux lièvres , » fac-similé d’une miniature du ms. cite ci-dessus. 5
grand niceté si je en
parloye, mès de Cbasse je ne doubte (]ue je n’aye nul maistre, quoique ce soit ven-
• Gomment on pnet mener la cliarrele pour traire aux beslcs , » fac-similé d’une miniature du ms cite ci-dessus.
lance. » Gaston Pliœbus avait seize cents ebiens. Fi'oissart raconte qu’il lui en amena (juati-e d’Angletei-re ; il nous a conservé leurs noms : Tristan, Hector, / run et Rolland.
Tous les auteurs cynégétiques du xiv'’ siècle, en vantant la Cbasse comme leur passion lavorite, foui toujours res.sortir .son coté moral, c’est-à-dire qu’en cbassaut ou évite le péché (Toyseuse (oisiveté), c car qui fuyt les sept pécbiez mortels, selon uostre foy. dit Gaston Pbœbus, il devroit estre sauvé; donc bon xeneur sera sauvé. »
I.es cbasseurs grecs et romains l’cconnaissaient Diane ou Pbœbé pour leui- divinité pro-
Kl LA UENAISSAXCE.
lecti ice. I es (iaiilois doiini l eiit aussi plusicHirs noms à la lame, el ils riiivo(jiiaieiil loujours. qu'ils allassent à la giuare ou :i la Chasse : au passag(; d’une livicic;, ils ju iaieni Mehalenniii de leiii’ être propice; dans l’obscui-iU* des bois, ils s’adi-essaienl à Arflliuina. L’ëlyinologie de ce nom est inconnue, mais il sei'vil ])iobablem(*nl à nommer la l'orèl d'Ardeime, la plus grande (|ui lût en Europe, et par consé(juent C(dle (pii renfiMinait le plus de gibier. La déesse de la Cbasse était (piehjuel'ois i'epr<*senté(î pai- uiui statue de lemme, mais plus souvent encore par un étrange amalgame de pai lies d’animaux sauvages qui l’oimaient un monstrueux biéroglypbe appeb' cerntinnos, jiaice (pi’il y avait toujours des cornes, l^e cernunnos avait parfois un corps d’homme avec une t('te de cerf; il en existe un semblable sur une des faces d’un autel antique, dikouvin l dans d('s fouilles sur l’emplacement même de NiAre-Dame à Paris. Les cbasseurs siispiaidaienl cà cette espèce d’idole les pieds, les peaux, les cornes des Ix'tc's qu’ils avaient iu(*es. dans l’espérance d’obtenii* sa protection.
Saint Germain , évêque d’Auxerre et cbasseur intréjiide , avait près de sa demeure un arbre qu’il chargeait de toutes les dépouilles des animaux tués de sa main. Le poète lléric. précepteur du roi Cbarles-le-Chauve, (pii vivait au neuvième siècle, nous apjirend (pic cet arbre était un })oii‘ier. Au reste, les Homains connaissaient aussi le cernunnos. (Jvide le désigne partes mots : Volivi cornua cervi. Dans quelqu(?s pays, le cernunnos étaii collectif, il servait pour tout le village ; on choisissait le plus bel arbre pour l'ecevoir les trophées des guerriers et des chasseui's; il était chargé d’armes enlevées à l’ennemi et de dépouilles d’animaux conquises à la Cbasse. Sous cet ai’bre sacré, on tenait conseil, on jugeait les procès, on délibérait sur les alfaires publiipies. Aujourd’hui encore, dans beaucoup de villages, l’orme, (jui remplace le cernunnos, (‘st debout près de l’église, et sous son omlirage on danse lt‘S jouis de fête.
. monstre cnnnucnl les teuours soûl a raseinbb'e, » fac-similé d'une miniature du ms. du Lirtv du roy Modus'. Jlibliotli. \ation. de Paris.'
Apres l'établissemc'nt de la religion cbrélienne dans U's Gaules, les idoles furi'ul dt'truites, mais b^s cbasseurs n’en continuèrent pas nuuns à clouer ;i leur jiorie les tcit's de cerfs, les pieds de sangliers et de loups, les bêtes puantes, les oiseaux de proie, etc.
Ils n’iiivoqiiërent plus Diane, avant de partir pour la Chasse; ils s’adressèrent les uns à saint Germain d’Auxerre, les autres à saint Martin : ce qui dura jusqu’à l’époque où la France reconnut saint Denis pour son pi'otecteui’. Les chasseurs alors voulurent un saint pour eux seuls; et, comme saint Hubert, évêque de Liège au huitième si de, avait été un chasseur illustre, et que sa conversion était venue à la suite delà rencontre qu’il ht d’un cerf miraculeux poitant l’image du Clirist entre ses deux cornes, ils adoptèrent pour patron saint Hubert, qu’ils ont conservé jusqu’à nos jours.
La fête de ce saint, que l’on célèbre le 3 novembre, se célébrait aussi en avril, en mai, eu septembre et en novembre , parce (pi’il était mort en mai , que sa conversion avait eu lieu en avril, et que la translation de son corps fut faite d’abord en septembre et plus tard en novembre. A toutes ces fêles de saint Hubert, les chasseurs accouraient de fort loin. Cependant les plus Itrillantes étaient celles du printemps et de l’automne, car elles concordaient avec les grandes assenddées de la nation.
Dans ces réunions solennelles €*t à moitié politiques, les nobles hommes poilaient la <X)tto d’ai'ines armoi'iée. L’usage des babils blasonnés devint si général au quatorzième siècle, (jue les dames elles-mêmes suivaient la chasse, vêtues de robes mi-parlies, c’està-dire de deux couleurs, et parsemées de lions, de serpents, de têtes d’animaux. Les rois et les reines étaient couverts de Heurs de lis d’or. I.es chiens eux-mêmes portaient des colliers aux armes de leur maiti-e, pour qu’on put les reconnaître lorsiju’ils s’égaraient dans les bois.
L:i Chasse et même les animaux qu’on chassait bii’ent tellement en honneur au Moyen
Age, qu’une infinité de nobles làmilles allemantles, ainsi qu’une grande quantité de villes, ont pris leur nom d’un ours, d’un loup, d’un cerf, d’un lièvre, d’un chien, parce que probablement ces bêtes ont fourni jadis des épisodes intéressants à l’origine de ces villes et de ces familles. Berne et Lri viennent d’un ours et d’un buffle; les Hischleben , les Wolfenbulel , les Haseniralz , les Hundsleben et mille autres noms ofii'ent des étymologies analogues. Les cbasseiu's formaient des confréries (jui avaient leur rang marqué dans les cérémonies [mbbques, et surtout dans les processions. La chasse était d’ailleurs une espèce de franc-maçonnerie, avec ses initiations mystérieuses et sa langue il }>ai t. Les chasseurs initiés avaient leurs conleuis (*t des nondii'es symboliques. Irais et sepl. l\)ur se liiire reconnaître partout et pour être bien accueillîs de leui s confrères, ils avaient leurs signes, leurs demandes et réponses, connus dos seuls adeptes.
En li45, Gérard, duc de Clëves et burgrave de Raveusberg, créa l’ordre des chevaliers de Saint- Hubert. Les gentilshommes seuls pouvaient y être reçus; la décoration de l’ordre se composait d’une chaîne composée de cors de chasse, à laquelle était suspendue l’image de saint Hubert adorant le crucifix posé sur la tête d’un ceiT. Les chevaliers de Saint-Hubert guérissaient la rage; et, de nos jours encore, le 3 novembre, les chasseurs du pays font dire une messe à l’église de Saint-Hubert, et ils y assistent avec leurs chiens, pour les préserver de cette alfreuse maladie.
Au .Moyen Age, les chasseurs, pour réussir dans leurs entreprises, faisaient quelquefois pacte avec Satan : ils livraient leur âme en échange d’une llccbe, d’une balle enchantée, dont les coups éütient cerUiins. Les vieilles légendes sont remplies de semblables histoires. Dans ce temps de crédulité naïve, il était naturel d’orner de merveilleux récits les anecdotes qui avaient rap[)or t à la passion favorite du plus grand nombre. Un ceiT chassé par Dagobert s’étant réfugié près du tombeau de saint Denis, la meute, saisie de respect, s’arrêta tout court, et le cerf fut sauvé. Tantôt, c’est un lièvre qui, après avoir épuisé toutes ses ruses pour échapper aux chiens, se jette dans les bras d’un saint homme qui lui sauve la vie. Ailleurs, on voit un ours aux abois grimper sur un arbre où un eimite avait accroché ses habits , et trouver son salut sous le froc du pieux solitaire. Après, viennent les chasses fantastiques, des chevaliers ayant chassé toute leur vie chassent encore après. leur mort; et puis, le fantôme de feu qui arrêta Charles IX chassant dans la forêt de Lions , près Rouen ; et puis , la rencontre de Henri IV avec le grand - veneur à Fontainebleau. On croyait généralement à l’existence des loups-garous ; hommes, ils chassaient pendant le jour; loups, ils chassîiieiit pendant la nuit. En 1251, 1573 et 1578 , les parh'ments de Besançon, de Dole et de Paris, en ont fait brûler phisieurs.
A cette époque, les chasses les plus dangereuses étaient préférées, précisianent parce qu’elles étaient dangereuses. Charlemagne joignait au plus grand courage une force de corps prodigieuse. Un ours étiit devenu la terreur des Vosges : plusieurs chasseurs, ayant voulu venger la mort de quelques habitants , furent eux-mêmes ses victimes. Charlemagne accourt avec ses veneurs et ses meutes. On lance l’ours, qui tue plusieurs chiens. Charles est le premier h l’atüique ; bientôt il se trouve seul, au sommet d'un rocher. L’ours arrive et s’élance contre le roi : ils se prennent corps à corps, et la lutte finit par la mon de l’ours, (jue Charles précipite au fond du ravin où étaient restés ses compaguon^
(juiUuume MaJgeneste, veneur rlu riu. mort en 1301, ainsi représenté sur sa tombe, jadis dans le cloître de l’.Abbaje de Long-Pont.
LE \iOYE.\ AGE
émerveillés. C’est alors que retentirent pour la première fois les cris de : Vive Charlesle Grand! Les chasseurs, armés d’une cuirasse, bardés de fer, attaquaient l’ours, h pied , et lorsque l’animal les étreignait de ses énormes griffes , ils lui plongeaient un large coutelas dans le cœur. Godefroy de Bouillon fut , dit-on , le héros d’une chasse de cette espèce. (Voy. le Miroir de Lorraine dans la Philomèle séraphique. Tournay, Adrien Quinqué , 163*2 , in-1 2. )
Charlemagne était très-jaloux de son droit de Chasse, et il aimait à manger du gibier. '< Accoustuméement , disent les Chroniques de Saiid-üenis , estoit chacun jour servis de quatre paires de niés, tant seulement, sans le rost dont li veneour le servoient, et de celui mangeoit-il plus vohmtiers que de nul autre. » Les moines de Saint-Denis et de Saint- Thin lui demandèrent la permission de faire tuer quelques cerfs dans leurs forêts; il la leur refusa pendant plusieurs années, et si plus tard il l’accorda, ce ne fut qu’aux pi’ières très-pressantes des abbés, la chair de ces animaux devant servir à la nourriture des frères infirmes, et les peaux, à couvrir des missels ou à faire des ceintures et des gants pour les moines.
Louis IX fut non-seulement un brave guei rier, un l oi juste, un homme pieux, mais encore un chasseur intrépide. C’est à lui que l’on doit la race des chiens gris. Voici ce qu’en dit Charles IX, dans sa Chasse royale: c Le roy saint Louis, estant allé à la conqueste de la Terre-Sainte, fut fait prisonnier ; et comme , entre autres bonnes choses, il aimoit beaucoup la Chasse , estant sur le point de sa libellé, ayant sçu qu’il y avoit une race de
Ci di'vise la nalure cl la proprirtp des dciiis el comment l’on les prenl à forclie de chiens cl la saison en i|noy ils valleni mies ,» fac-similé d'une miniature
du !us. cilé ci-dessus : Livre du roy Modus.
chiens en Tartirie qui estoientfort excellents pour la Chasse du cei f, il fit tant, qu’à son retour il en amena une meute en France. Ceste race de chieiis sont ceux qu’on appelle gris, la vieille et ancienne race de cette couronne , et, dit-on , que la rage ne les accueille jamais. ■) Saint Louis ne se contentait pas de chasser le cerf: il chassait aussi le lion. Laissons parler son historien Joinville. <> Aussitost qu’il eut la connoissance du pays de Césarée, le roy se mit, luy et ses gens, à chasser aux lions, en sorte qu’ils en prindreni plusieurs; mais ils se mettoient en grand danger et j)éril de leurs corps; et la façon de
les prendre estait telle : ils alloienl a la Chasse, montés sur chevaux (pii estoient autant bien coiirans corne il estoit possible; et cpiaiid ils avoieiil trouvé aucun lion , ils le frappoient d un coup de traict d’arbaîesle ou d’arc, et le lioji , se senUint bh-ssé, couroit sus au premier qu’il voyoit, et celuy se mettoit à fuyr tant qu’il pouvoil, et en fuiant, il laissoit choir quelque couverlore ou pièce de vieux drap, et le lion qui la renconti’oii la prenoit et deschiroit, pensant que ce fust celui qui l’avoit frappi*; et ainsi (jue le lion s’amusoit à desrompre la pièce de drap, les autres s’approclioient et lui tiroient coujis de traits, et le lion, derechef , alloit après celuy qui l’avoit frappé, lequel laissoil choir une autre pièce de drap pour amuser le Ikm ; et ainsi faisoienl-ils plusieurs fois jusqu’il force de coups ils avoient tué le lion. -> ’
Les premières permissions de Chasse ont été accordées aux bourgeois, sous le règne de saint Louis, cà la condition de donner au seigneur, sur les terres duquel se liiisail la Chasse un cuissof de la bête prise. C’est de Ik que vient la coutume, religieusement observée encore^de nos jours par les gardes-chasses, de présenter le pied de la bêle à la personne (jui dirige la Chasse ou à celle qui doit en avoir les honneurs.
Charles VI aimait sans doute beaucoup le gibier, car il prélevait un droit sur toutes les bêles qu on tuait dans son voisinage. « Nous nous réservons la tête et les pieds ( ungnlas) des sangliers, dit son ordonnance de 1397, l’échine des ours , les pieds {planlas) des cerfs et l’épaule des biches. •>
^Louis XI, toujours occupé de guerres, d’intrigues , de politique , de ruses, fut le plus déterminé chasseur de son époque. « J’ai esté, dit-il dans «ne lettre à M. de Bressiiire. j ai esté a^eiti de Normandie, que l’armée des Aiiglois est rompue pour ceste année ; je
. Oumm'ul ['mi pH'.il la Iruie à foril.e ilo chiai.s, fac-similé «ruiie miaialuie lia ms eilé ci-iiessus.
m’en retourne prendre et tuer des sangliers , afin que je u’en perde la saison, en atteu-
<lant l’autre pour prendre et tuer des Anglois. » (Tiustan i.’Ermite de Soeiers . Cabine! (lu roi Louis XI.)
Pourtoiite chose, Louis XI était avare; quand il s’agissait de la Cliasse. il était prodigue. Il enti-eteiiait des légions de chiens, d’oiseaux, de veneurs et de fauconniers: il était si
jaloux du droit de Chasse , qu’il l’avait défendue, même aux gentilshommes, sous peine de la corde. Sous son règne , dit Mézeray, « c’estoit un bien plus grand crime d’avoir tué un cerf qu’un homme, de quoi ils faisoient d’estranges contes. » Lorsqu il devint vieux, malade , infirme, il voulait que ses ennemis le crussent encore jeune et dispos. 11 faisait acheter des chevaux vigoureux et fringants dans les royaumes voisins 5 il envoyait des messagers en Espagne et en Bretagne pour chercher des chiens ^ on annonçait en grande pompe que c’était pour le roi •. le prix augmentait nécessairement et on le doublait encore. On lui amenait des chevaux napolitains, des faucons de Tartarie, des léopards d’Afrique, des élans et des rennes de Norvège. « De chacune de ces hestes, dit Commines , donna aux marchands quatre mille cinq cents florins d’Allemagne. »
Les individus, les corporations , les rois, qui voulaient plaire h Louis XI , lui faisaient présent d’un chien, d’un faucon, d’un veneur habile, d’un bon fauconnier ou d’un cheval. « Le roy d’Angleterre, dit Commines , envoya des trompes de chasse et des bou¬
teilles de cuyr, à rencontre des belles pièces d’or, couppe d’or, vaisselle , pierreries et autres belles besongnes que le roi et autres seigneurs avoient données à Warwick, à sou partement de Rouen. »
Louis XI défendit la Chasse à tous ; seigneurs, nobles, paysans furent mis sur la meme ligue. Pour assurer l’exécution de ses ordres, il fit faire des visites domiciliaires dans le.s châteaux, comme dans les chaumières; tout ce qui ressemblait a im filet, à 1111 piège. .1 une arme de Chasse, fut saisi et brûlé. L’héritier du trône, son fils même, n’avait pas la
Rivaud et Racincl. del.
permission de chasser; retenu dans le château d’Anihoise, on voulait qu’il fût aussi ignorant qu’ignoré. Un jour, le dauphin pria tant son gouverneur Duhouchage, que celui-ci consentit h faire une promenade dans les bois. Le roi le sut, et Duhoucliage eut grand’
peine à garder sa tête sur ses épaules.
Üu moment que Charles VIII fut monté sur le trône, il se dédommagea des privations qu’il avait subies : il chassa tous les jours. Il permit aux nobles de chasser; on n’entendit plus que les cris des chiens et les hennissements des chevaux. La cour avait été triste, ombrageuse, sous Louis XI ; elle devint gaie, folâtre, enfantine, sous un roi de treize ans. Les veneurs de Louis XI ne ftiisaient leur office qu’en tremblant, car le vieux roi ne plaisantait guère ; Charles VIII rendit la gaieté à tout le monde, la Chasse redevint un plaisir.
Les rois ayant tous la passion de la Chasse , il était naturel que les courtisans et les valets cherchassent tous les moyens de la satisfaire. Chacun inventait des méthodes; on allait chez les peuples voisins : on leur empruntait des pièges, des armes , des ruses ; on introduisait, eu France, des animaux, inconnus auparavant, pour les multiplier et les chasser ensuite. Le l’cnne fut apporté de la Norvège; le faisan, de la Tartarie; le léopard lui -même fut amené en France et dressé à prendre h' gibier pour le compte de l’homme. Les chasseurs, à cheval, avaient derrière eux une caisse placée en façon de porter manteau; sur cette caisse était placé le
Citasse au léopard (wP siècle) , d'après une estampe de Jean Stradan. i ' i i *1
Ic'c^pard. Ces chasseurs couraient la plaine et les bois, précédés de quelcjues chiens pour faire Ic'ver le gibier. Du moment que la b(*te partait, le léopard bondissait ajerès elle, et en trois sauts elle était prise. Les chasseurs metUiient alors pied à terre ; ils présentaient au Icxipard un morceau de chair fraîche dans une sébile [ileine de sang, et l'animal leur aliandonnait sa proie.
Écoutons le moine de Saint-Denis, auteur de la Vie de Charles F/, écrite en latin : « Galëas, duc de Milan, passionné pour la Chasse et voulant s’y divertir avec plus » noble équipage qu’aucun autre prince, ne se contentoit pas de belles meutes de » chiens, en divers bourgs et villages, où ils étoient tous nourris aux dépens des )' paysans ; il vouloit avoir des léopards et autres bêtes étrangères, pour les exercer » contre celles des champs et des forêts. >
Mathieu de Couci, dans sa Chronique du règne de Charles Vil, parle aussi de la c hasse que Galéas lit faire aux environs de Milan pour amuser le duc de Elèves et autres ambassadeurs du duc de Bourgogne. « Ils allèrent, dit-il, à l’eshat des champs, où ils trouvèrent de petits chiens courants, chassant aux lièvres, et sitost qu’il s’en levoit un, il y avoit trois ou quatre léopards à cheval derrière des hommes, qui sailloient et prenoient les lièvres à la course. )
Cette singulière façon de chasser ne s’établit en France que longtemps après. Louis XI voulut l’essayer, car il fit venir des léopards de l’Africjue; mais Charles VllI et Louis XII, qui sans doute avaient connu ce genre de Chasse pendant leur séjour en Lombardie, en donnèient les premiers le spectacle à leur cour. Il est certain que l.ouis XII avait des léopards dans ses é(piipages de Vénerie. (Lettres de Louis XII, publ. par J. Godefroy. Bruxelles, 1712, t. II, p. 42.)
Jodelle, qui vivait sous Henri II et Charles IX, a fait une ode sur la Chasse où l’on trouve ces quatre vers relatifs aux léopards :
Parler aussi du lièvre on peut ,
Qu’à force on prend de telle sorte :
Rare , cjuand le léopard veut ,
En quatre ou en cinq sauts l’emporte.
L’auteur du Roman de Gérard, écrit en langue romane, dit que Charlemagne, étant allé vers le château de Houssillon pour s’en emparer, fit amener ses chiens, ses lévriers et son équipage, dans lequel on voyait des ours et des lions (ores e leos). Ces lions et ces ours étaient probablement des léopards. Louis XI, Charles VIII, Louis XII, chassaient avec des léopards. On les renfermait dans un fossé du château d’Amboise. lequel existe encore près de la Porte des Lions. 11 est très-probable que cette porte fui ainsi nommée, parce que le peuple, ainsi que l’auteur du Roman de Gérard, confondil ces léopards avec des lions.
Louis XII aimait autant la Chasse que ses prédécesseurs; mais cette passion ne lui (il point laire de folles dépenses , à l’instar de Louis XL Xon-seulement il permit aux gentilshommes de chasser sur leurs terres, mais il étendit ce droit à ses nouveaux sujets d’Italie, qui n’avaient point joui de ce privilège avant sa conquête du duché de Mihui. Son historien, Jean de Saint-Gelais, dit : « 11 mit l’Église en liberté et franchise; si feit-il pareillement les nobles, en leur donnant faculté de vivre comme l’on fait en France, sçavoir est d’avoir chiens et oiseaux et d’aller à la Chasse, comme bon leur sein-
ET LA K E NAISSANCE
bleroit, en leurs possessions el domaines, ce qiTüs n’avoieiil aceoiislumé de faire mais
en payant
avoient seulement permission de voler les cailles et perdrix aux esperviers. une grande somme de deniers. »
Si Louis XII aimait la Chasse, il ne voulait pas, <>omme Louis XI, que ses plaisirs lissent a charge au peuple. « Sa condition , ajoute Saint-Gelais, est telle en temps d(‘ n.aix quand il a pourvu a ce qui est necessaire, d’aimer la Chasse et la volerie : et, pour vrav cest un desduit qui est bienséant à tous princes et grands seigneurs, car par là s’mi esvite oisivete, la plus dangereuse de tous les vices- et nul si grand maistre (jue luv ne
pratiqua le métier si avant qu’il a làit , ne iTy eut onc.jues tant de plaisir à moins de iVais: car ) ai vu, du temps du feu roi I.ouis XI, que c’esioii merveilleuse (dmse de la despense
qui se faisoit pour sa N'énerie et Fauconnerie, et le roy a tl’aussy bons chiens et veneurs pour prendre le cerf à force, que eust oncques prince, et si ne lui couste point à moitié tjint qu’il faisoit aux autres, et en cela, comme aux autres choses, se peut connoistre son sens et sa prudence. «
François I", pendant son séjour en Italie, fut ébloui du faste que les princes de ce pays étalaient dans leurs équipages de Chasse. Il les imita , il les surpassa, à force de multiplier les impôts; il parvint même à l’emporter sur Charles-Quint, enrichi des trésors du Nouveau-Monde: ce qui lui mérita le titre de père des veneurs. Son seul ('équipage des toiles » était composé d’un commandant, d’un lieutenant, de douze veneurs à cheval , de
six valets de limiers , de six valets de chiens, chargés de soigner soixante chiens courants, et de cent archers à pied portant de grandes rot/f7c/(espèce d’épieux), uniquement eni-
ployés h dresser les toiles. Quand le roi allait à la guerre , ces cent archers étaient charg(''s des tentes et faisaient le service des gardes du corps. Cinquante chariots à six chevaux portaient les toiles ou les tentes, à la guerre ou à la Chasse. Les meilleurs capitaines de ce temps-là étaient aussi de bons chasseurs; lorsque le chevalier Bayard fut prisonnier de l’empereur, il obtint la permission de chasser à trois lieues hors de la ville qu’on lui avait donnée pour prison ; ce fut en chassant qu’il se consola de ne pas se battr e.
François L", galant chevalier, voulut que les dames l’accompagnassent dans les bois. Voici ce que dit Brantôme, à ce sujet, en parlant de Catherine de Médicis, alors dauphine :
« Elle aymoit la Chasse bien fort; sur quoy j’ay ouy faire le conte à une giande dame de la cour d’alors, que le roy François, ayant choisi et fait une troupe, qui s’appeloit l:i pelile bande des dames de la cour, des plus belles, gentilles et plus de ses favorisées, souvent se dérobant de sa cour, s’en partait et s’en alloit en autres maisons courir le cei f et passer son temps , et y demeuroit-il ainsi quelquefois retiré huit jours, dix jours, quelquefois plus , quelquefois moins, ainsi qu’il luy plaisoit et l’humeur l’en prenoit; nostn* royne, qui estait pour lors Madame la dauphine, voyant telles parties se faire sans elle , que Mesdames ses belles-sœurs en estaient, et elle demeuroitau logis, elle fil prière au roy de la mener toujours quant et luy, et luy fit cet honneur de permettre qu’elle ne bougeât jamais d’avec luy. » Catherine de Médicis devint donc chasseresse intrépide : « Elle était fort bien à cheval et hardie, et s’y tenoit de fort bonne grâce, ayant esté la première qui avoit mis la jambe sur l’arçon, d’autant que la grâce y estait la plus belle et apparoissante que sur la planchette. »
Guillaume Budé, qu’Érasme appelait le prodige de la France, fit à cette épocjue un traité de la Chasse du cerf, dédié aux enfants de François Henri d’Orléans (Henri IL père de Charles IV) et Charles d’Angoulême. Ce traité, qui forme le second livre de sa Philologie, est écrit en latin, d’un style diffus et lourd. On n’y remarque qu’un seul faii curieux, l’histoire d’un cerf qui , chassé par Louis XII à Fontainebleau , pour dépister les chiens, grimpa sur un bœuf. Cette ruse mit en désarroi meute , piqueurs et chasseurs; arrivés à l’endroit où le cerf avait pris sou étrange mouture, les chiens, fermes sur la voie , ne voulaient plus aller en avant ni retourner en arrière : « 11 semblait, dit Budé. qu’il avait eu des ailes pour s’envoler ou (pie la terre s’était ouverte et refermée sur lui pour le soustraire à la poursuite des chasseurs. *>
Le goût de la Chasse était si répandu alors, qu’ou est étouué aujourd’hui de reucoiitrer des livres de piété, remplis de termes, d’images, de métaphores empruuti's à la WMierie. Ainsi dans la For est de conscience contenant la Chasse des princes , ouvrage moral ei mystique, composé en vers et en prose au commeucemeut du seizième siècle, les vices et les péchés capitaux sont le gibier que l’auteur fait chasser ; les chiens, les cors, les armes, les gardes sont : crainte de Dieu , confession , pénitence , foi, espérance , charité , etc. Voici quelques vers de ce livre rare et singulier ;
Mœurs el Usages de la vie privée
Plaines equivocqiies sur la Chasse , par diclions el par silahes.
Je t’ai requis pour tes fourets :
Jette rects quis, porte fou retz,
Tends-les à fm contre le monstre Tant laict, affin qu’on te le monstre Pris et enserré par ta Chasse :
Prise en sera pourtant Chasse.
Sathan à ton nom deschasser S’attent : hastons-nous de chasser Sa lute , pour à loz entendre :
Salut t’en pourras lors attendre, etc.
Charles IX, auletir de la Chasse royale, excellent livre fort rare aujourd’hui, fil translater en français, par Louis Le Roy, le second livre de la Philologia de Rude; il avait même chargé ce savant de traduire la Chasse royale en latin, pour que l’Europe entière pût la lire. Charles IX était grand chasseur ; on cite de lui un exploit qui n’a jamais été imité par personne : tout seul, à cheval, sans chiens, il força un cerf. Baïf chanta ce haut fait de Vénerie dans un poème, bizarre comme tout ce qu’il écrivait :
. Sans lévriers , sans clabauts ,
Avez forcé le cerf, et par monts et par vaux ,
Maumené de vous seul , montrant que la vitesse Sauve peu le couart quand le guerrier le presse.
Que ne suis-je Conon, maistre en la cognoissance Des astres du haut ciel ! Là-haut, vostre semblance En veneur estoilé, la trompe sous le bras.
L’épieu dedans le poing , vostre cheval plus bas D’estoyles flamboyroit : Orion, qui menace La tempeste et l’esclair, vous quitteroit la place.
La Chasse royale est un livre curieux, intéressant; il contient d’excellentes notions siii' l’instinct, les habitudes, les ruses du cerf; il est plein d’érudition. Charles IX cite Ai-istote, Pline, Oppien, Gaston Phœbus. Dans le chapitre II, Du Rut des cerfs ^ on trouve une description charmante, où les combats de ces animaux sont assimilés aux anciens tournois. Charles IX avait à sa cour le sieur de Clamorgan, qui , pendant quarante-cinq ans, avait servi dans la marine, et qui, après avoir combattu les ennemis de la France, faisait la Chasse aux loups. Le roi lui demanda un jour, à Saint-Germain, comment il s’y prenait pour tuer ces animaux; Clamorgan se mit aussitôt à l’ouvrage, et écrivit sa Chasse au loup. « Par cette chasse, dit-il, on délivre le pais de telles bestes mauvaises et pernicieuses, qui, entre autres incommodités, ravissent aux lois les faons et bestes fauves, biches et cerfs, les petits cochons sous la laye, les chevreux, et aux povres gens leurs vaches, moutons et menu bestail, et, qui plus est, les jeunes enfans, voire bien souvent les grans. o
Du Foiiilloux écrivit sa Vénerie à la uiénie époque. Le roi Charles IX eu accepta la
Cunimeut on [)uet prendre les loups aux pièges , » füc-siniile d’une miniature du ms. de Phebus , du dcsdiiiz de la Chasse des bestes sauvaitjes.
dédicace. Sous un roi chasseur et écrivain cynégétique, on devait faire beaucoup de livres de Chasse, et l’on en a fait beaucoup qui sont encore fort estimés aujourd’hui.
Après Charles IX, il faut passer à Henri IV ; car Henri HI n’aimait pas la Chasse: il trouvait cet exercice trop pénible ou trop dangereux. On ne lit, dans les cbroni([ues de son règne, qu’un seul récit de Chasse aux lions, aux ours, aux taureaux; mais c’idaii plutôt une boucherie qu’une Chasse. «Le vingt-uniesme janvier 1583, le roy , a[)rès avoir l'ait ses pasques et ses prières et dévotions au couvent des Bons-Hommes de Nigeon (.à Chaillot) ausquels il donna cent escus, s’en revint au Louvre, où arrivé il lit tirer à coups d’arquehusades les lions, ours, taureaux et autres semblables, (ju’il souloit nourrir pour combattre avec les dogues, et ce, à l’occasion d’un songe qui lui estoit advenu, par lequel luy sembla que les lions, dogues et ours le mangeoient et dévoroieni. » (T, DE l’Estoile, Journal de Henri III, t. I, p. 53.)
Henri IV était grand chasseur, d’un courage à toute épreuve; il faisait la guerre aux ours dans les Pyrénées. Les chasses les idiis dangereuses étaient celles qui lui plaisaient davantage. « 11 aimoit, dit Sully dans ses Mémoires, toutes sortes de chasses (M
de voleries, et surtout les plus pénibles et hasardeuses, comme ours, loups, sangliers;
il ch assoit aussi les cerfs , chevreuils , renards , fouines et lièvres; vols pour héron, oiseaux de rivière, milans, hibous, corneilles, perdrix, à la terrasse, aux chiens couchants, et aux canards avec les barbets. » Il racontait lui-même à Sully, qu’étant prisonnier en 1 584, et ne sachant à quoi s’occuper, il s’amusait dans sa chambre à faire voler des cailles. Un jour , il engagea les dames de la conr à venir voir chasser l’ours; heureusement elles ne cédèrent point aux désirs du roi de Navarre , car il y eut , ce jour-là , des épisodes bien dramatiques. Deux ours tuèrent deux
Comnienl eu puet prcudre ours et autres bestes aui dardières,» fac-similé d’uoe miniature du IBS. cité ci-dessus.
chevaux et forcèrent dix Suisses et dix arquebusiers , dont quelques-uns furent étranglés. Un ours percé de plusieurs balles , et emportant six ou sept tronçons de piques brisées dans son corps , embrassa huit hommes qu’il trouva sur le sommet d un rocher, et se précipita dans l’abîme avec eux où tous furent mis en pièces.
Les lettres de Henri IV sont des nionimieiits qui attestent son ardeur pour la Chasse. Tout en parlant d’affaires à ses ministres ou d’amour à ses maîtresses, il ne manque jamais l’occasion de citer le cerf qu’il a couru la veille. « Mon cher cœur, j ai pris le cerl en une heure avec tout le plaisir du monde. — Je pris hier deux cerfs; je vis jouer des comédiens où je m’endormis. — J’ai pris aujourd’hui deux cerfs, et je vous aime bien.»
L’auteur de VHisioire des amours de Henri IV dit que «jamais on nelançoit un cerl. sans que le prince n’ôtât son chapeau, ne fit le signe de la croix, et puis piquoit son cheval et suivoit le cerf. » 11 ne laissait jamais échapper une occasion de chasser; tout en battant ses ennemis, s’il savait un cerf dans les environs, il prenait son temps poui courre l’un, après avoir défait les autres.
Sully raconte que le roi chassa, le lendemain de la bataille d’Yvry. Sully blessé se faisait transporter sur un brancard à son château de Rosny; il vit la campagne couverte de chiens et de chevaux : c’était l’équipage du roi. Henri IV se délassait, en chassant, des fatigues d’un combat où il avait fait des prodiges de valeur. Bientôt Sully le rencontra lui-même , qui sortait de Rosny : « J’ai dîné chez vous , mon cher Sully , et je vais coucher à Mantes ; chemin faisant, je chasserai. » Henri IV chassait en pleine gueiie au milieu des ennemis. (Voy. le Journal de P. de L’Estoile, octobre 1594.) Louis XIII n’eut qu’un seul point de ressemblance avec son père, ce fut l’amour de la Chasse.
Les conciles d’Épernon, en 507; de Mâcon, en 585; d’Agde, en 600; de Tours, en 803, etc., défendirent aux prêtres de chasser. Un synode provincial d’Auch défend aux archidiacres, lorsqu’ils visiteront leur diocèse, d’avoir plus de cinq chevaux et cinq valets, et surtout de conduire avec eux des chiens et des faucons. Mais les vieux chioniqueurs assurent qu’en sortant des séances où ces interdictions étaient lancées, les cardinaux et les évêques montaient à cheval pour courre le cerf ou jjour chasser au faucon. Des meutes de chiens suivaient les prélats jusqu’auprès de l’autel et faisaient retentir l’air de leurs glatissements. Toutefois, ces[)rélaLs ne se pei metUiient jamais de chasser le dimanche.
Plusieurs papes. Pie II, Jules II, Léon X, ont été grands chasseurs. Pie II (Ænéas Silvius) a écrit un ouvrage sur la Chasse. Le cardinal Adrien Castellesi a fait un poème* cynégétique où l’on trouve l’assemblase des plus bizarres idées qui jamais aient germe* dans le cerveau d’un homme : Diane conduit la Chasse; le cerf et le sanglier sont manqués; mais un Sicambre apporte la poudre à canon et fait tuer une si grande quantité* de gibier, que la déesse craint la destruction de l’espèce; Diane fait servir un grand le* pas, et au dessert elle improvise un sermon sur l’idolâtrie, la morale chrétienne* e*i la divinité de Jésus-Christ.
Les ecclésiastiques étaient aussi jaloux de leur droit de Chasse, que les hauts bareens. L’abbé Suger, pour ne pas laisser prescrii’e les elroits de son abbaye, que les iie)ble*s voisins envahissaient de jour en jour, fit une grande partie de Chasse dans la forêt d’Iveline. 11 invita le comte d’Évreux, Amauri de Montfort, Simon de Néaulle, Evrard de Villepreux. 11 passa huit jours sous la tente, on tua une grande quantité de gibit*r. et Suger envoya partout des présents de venaison.
Le pape Clément V, dans ses fameuses constitutions appelées Clémentines ^ défend la
Chasse aux ecclésiastiques. Cependant il la permet, dans le cas où les lapins et bêles fauves seraient en trop grande (juantité : Qtio casu, dit l’ordonnance, hoc eis pennilli-
tur. D’après ce texte, on chassait toujours dans certains couvents; le gibier se nommait quo casu; les moines chasseurs s’appelaient quo casu. Pour que le gibier fût toujours trop abondant et afin de se trouver dans le quo casu, certains moines faisaient des prières pro pullis el nidis.
Brantôme dit que François fit son Concordat avec Léon X, afin de pouvoir récompenser les services de sa noblesse en lui donnant les biens de l’Eglise. Il n’aimait pas à laisser tant de jouissances <à des « moines clostraux, gens inutiles qui ne servoient à rien qu’à boire et à manger, taverner, jouer, ou à faire des cordes d’arbaleste, des poches de furets, à prendre des connils (lapins), à siffler des linottes; voilà leurs exercices, encore étoient-ce les plus innocents. »
La Cliasse vint souvent en aide à la politique; elle causa souvent de grands crimes Mérovée, fuyant la colère de Chilpéric et de Frédégonde, se réfugia dans l’église de Saint- Martin de Tours. Le traître Boson, gagné par la reine, l’attira hors de cet asile sacré en l’engageant à venir chasser. Mérovée sortit de l’église et fut assassiné. Ce même Chilpéric fut encore assassiné par ordre de Frédégonde, à l’occasion d’une partie de Chasse. Louis, comte de Flandres, était pour ainsi dire prisonnier de ses sujets, qui voulaient le forcer à épouser la fille d’Edouard 111, roi d’Angleterre. 11 retardait toujours l’exécution de la promesse qu’il avait faite; enfin arriva le moment où il fallait conchue. La veille de la cérémonie, il eut la liberté de chasser au faucon. Un héron se lève, le prince lâche son faucon et le suit à cheval en criant; il court, il galope, comme emporté par l’ardeur de la Chasse, et gagne ainsi les terres de Fiance. Le roi de Navari e était allié des Anglais; mais, lorsqu’en 1370, ils furent battus par Du Guesclin, il vit (ju’il y aurait plus d’avantage pour lui ii se tourner du côté de Charles V : ne voulant pas avoir l’air de violer la foi jurée à Edouard 111, il se fit enlever dans une partie de Chasse et il sauva ainsi son honneur et ses intérêts. Ce fut également à la faveur d’une partie de tdiasse, iju’Henri IV quitta Paris pour se rendre à Senlis , où ses amis vinrent le joindre.
Autrefois la Chasse était toujours pour quelque chose dans les cérémonies publiques. En 1389, lorsque Isabeau de Bavière fit son entrée à Paris, on vit des magnificences jusqu’alors inconnues. Dieu le Père, le Fils el le Saint-Esprit, tous les anges du paradis étaient représentés dans les rues, tapissées de diaps de soie. « Au plain d’un chàtel , charpenté de bois et de guérites, contenaut grand espace, dit Froissait, avoii une garenne et grand foison de ramée, et dedans grand foison de lièvres, de connils et d’oisillons, qui voloienl hors et y revoloient à sauf garant, pour la doute du peupK* qu’ils véoient. El de ce bois et ramée, du coté où les dames vinrent, issit un gi-aïul Itlanc cerf; d’autre part issiient hors du bois et de la ramée un lion et un aigle faits ti-ès-pi‘oprement, et approchoient fierement ce cerf. Lorsissirent hors du bois et de la ïamée jeunes pucelles environ douze, très-iâchement parées en chapelets d’or, tenaui ('spées toutes nues en leurs mains, et se mirent entre le cerf et l’aigle et le lion, cl montrèrent qu’à l’espée vouloieut garder le cerl‘. » (Froissakt.)
Ivn 1401 , lorsque Louis XI fit son entrée à Paris par la poi1e Saint-Denis, ou lui
donna le spectacle d’une Chasse <à la biche, près de la lontaiiK; Saint-Innocent. « On y fît moult grant bruit de chiens et de trompes de Chasse, dit la Chronique scandaleuse ;
la reine reçut en présent im h(;aii cerl' lait de confiture, ([ui avoit les armes d’icelle noble roync pendues au col. »
L(‘ 17 févj'iei’ 1453, dans im festin splendide que donna l’hilippe, duc de Boui’gogne et de Brabant, on vil des choses meiveilleuses. Un pâté, giganles(pie comme le cheval de Troie, nmfermait vingt-huit personnages, qui tour à tour en sortirent pour réjouir la noble compagnie par leurs chants cl leurs danses. « El après, au pas lé , fut fait utie Chasse qui glalissoit en manièi’e de petits chiens, et à la fin eti manière de lévriers, et hoüoieni valets de chiens et braconniers qui sonnoient de lronq)e en iceluy pas té , comme s’ils eussent esté dans une forest » (Matthieu de Coucy, Hist. de Charles Vil.)
Voici encore un divertissement bien singulier que le comte d’Eu, père de Catherine de Clèves, épouse du duc de Guise assassiné à Blois, voulut se donner en relevant d’une maladie. En effet, les distractions contribuent au rétablissement de la santé. On forma une enceinte avec des planches, on fit un amphithéâtre pour les dames; et trois sangliers de trois ans furent lâchés dans le cirque. Vinrent ensuite les chasseurs ipii devaient les combattre; ils étaient montés sur des chevaux vigoureux, mais a selles dessanglées; ils étaient armés d’une lance montée, c’est-à-dire dont le 1er était emousst* i et qu’on appelait alors arme courtoise. L’un d’eux atta(piait le sangîiei’ et lui [)ortaii I quelques coups de lance; le sanglier fondait sur le chasseur, qui l’évitait en tournant 1 son cheval. Si dans ce mouvement la selle chavirait, le cavalier toml)ait par terre;
I avant que le sanglier arrivât sur lui, les autres chasseurs arrêtaient l’animal a coups \ de lance et donnaient au cavalier désarçonné le temps de remonter a cheval. Cela durait 1 jusqu’au moment où les sangliers, fatigués, haletants, ne pouvaient plus se détendre;
I alors on lâchait des chiens, qui achevaient la fête.
Le roi d’Espagne Philippe III donna un spectacle semblable à sa cour; il combattit un énorme sanglier, à cheval; sa lance était terminée par deux branches de fer recour-
-C<>mment on doit huer et corner,» fac-similé d’une miniature du ms. de Phebus, du desduiz de la Chasse des bestes sauvaiges.
LE MOYEA AGE
bées en dehors , de sorte qu’elle formait une pince dont il pouvait saisir le boutoir du sanglier sans cependant le blesser. Dans cette Chasse , on ne pouvait tuer l’animal , qu’en le harcelant, ce qui demandait beaucoup d’adresse, découragé et de sang-froid.
La Chasse du cerf blanc était bien autre chose encore; les vieux romanciers en parlent comme d’une fête solennelle qui coûtait toujours la vie aux plus braves chevaliers. Cette Chasse du cerf blanc devait être bien ancienne, puisque au temps du roi Artusla coutume en était déjà perdue. Ce roi voulut la faire revivre. Celui qui tuait le cerf blanc
Comineut on doit (*.scorchier le cerf et le desfaire, » lac-siinile d'une miniature du ms. cité ci-dessus.
avait le droit de donner un baiser à la plus belle. Ce baiser était l’origine de bien des rivalités, de bien des querelles; de sorte que la Chasse du cerf blanc avait toujours un triste lendemain; on en cite une où treize chevaliers perdirent la vie, et cependant les romanciers assurent que les dames préféraient cette Chasse à toutes les autres.
Jl.