PREMIERE RENAISSANCE, OU RENAISSANCE FRANÇAISE
Les guerres de la fin du quatorzième et du commencement du quinzième siècle avaient affaibli la royauté; à la faveur des factions qui avaient divisé la maison de France, les peuples avaient accru leur prépondérance; les bourgeois des villes devenaient redoutables, et leurs plus proches adversaires, les grands vassaux, commençaient
à plier. Endormie dans le luxe , l’Église avait cessé d’être militante, la scolastique était plongée dans la routine, et le règne du latin expirant avec les derniers docteurs, la vieille école désarmée, ainsi que les mœurs relâchées commençaient à prêter le flanc aux coups prochains de Luther et de Calvin. C’est alors que Louis XI monta sur un trône qu il sentit la nécessité de mettre hors de l’atteinte de l’aristocratie féodale, si funeste à son père et à son aïeul. Il chercha un auxiliaire dans l’élément bourgeois, et encouragea l’art nouveau de l’imprimerie.
Cette situation nouvelle rendit une impulsion favorable à la langue et à la littérature françaises ; l’esprit public, dégagé de ses langes, préluda à une première Renaissance toute spontanée et purement nationale. L’idiome vulgaire se revêtit tout à coup des formes qu’il était destiné à conserver plus tard, et il se produisit un petit groupe d’auteurs qui, pour nos contemporains, semblent encore avoir moins vieilli que leurs successeurs, les érudits de la Renaissance italienne, tout bariolés de néologismes grecs et latins. Lorsque , plus tard , ces derniers furent abattus par les contemporains de Malherbe et par l’Académie naissante , les restaurateurs du langage national se rattachèrent, à leur insu, à la tradition interrompue des premiers rénovateurs que nous signalons en ce moment.
Quatre ouvrages symbolisent ce mouvement trop peu observé : Le petit Jehan de Sainlré par Antoine de la Sale, Les Teslamenls de François Villon, Les cenl Nouvelles de Louis XI, et Les Mémoires de Philippe de Comines.
Il est à remarquer que notre langue ne dut rien, en cette occasion, aux érudits, ni aux maîtres des écoles : l’expérience de la vie, le naturel, l’éducation, l’indépendance, tels furent les mobiles de tous les progrès du français. Les premiers trouvères savaient peu de chose; Villehardouin , Joinville, étaient des soldats; Froissart avait, dès sa jeunesse, secoué le joug des écoles; Antoine de la Sale est un homme de cour; les collaborateurs de Louis XI sont de. jeunes seigneurs d’humeur joviale ; Comines est un personnage politique qui, de son propre aveu, n’a aucune littérature, mais quelque peu d’expérience; » enfin, Villon, le prince des poètes de ce temps, est le fils d’une pauvresse, le rebut de fUniversité, et, ce qui est pire, un pilier de mauvais lieux, un tireur de bourses, un coupe-jarret.
Il fallait, comme l’a compris Malherbe plus tard, que la langue et la poésie nationales fussent retrempées au sein même du peuple et surgissent du ruisseau de la place Saint-Jean.
Le petit Jehan de Sainlré marque la transition ; c’est le prototype du roman de mœurs : le bon sens et l’esprit d’observation, la recherche des sentiments délicats et naturels commencèrent à introduire ici la vérité dans le style. Cependant ce joli conte, à la filiation duquel semblent remonter les romans de madame de'la Fayette, tient encore par un fil au Moyen Age scolastique et verbeux; il est entremêlé de sermons subtils sur les commandements de Dieu et sur les péchés capitaux. Le style d’Antoine de la Sale n’est ni très-iucisif, ni très-nouveau; mais il a de certaines touches imprévues, et, sous cette
plume facile, le français acquiert des nuances tendres, jusque-là sans exemple.
C’est vers ce temps-là, grâce à la réunion du duché de Bourgogne, et sous l’influence de ce petit groupe d’auteurs, que l’unité française triomphe des dialectes. On ne sera plus désormais, dans le langage écrit, ni champenois, ni picard, ni bourguignon, ni normand : on sera français; et, quand on aura la prétention d’être lu, on viendra chercher à Paris ou à la cour la tradition du beau-parler.
Un progrès plus décisif est marqué par l’apparition des Cenl Nouvelles, rédigées à Geneppe, par le dauphin Louis et ses compagnons d’exil. Inspiration du Midi mise en œuvre à la française, et suivant le goût naturel de notre pays. Dans ce livre, on observe une recherche marquée de la concision, genre de mérite non soupçonné jusque-là, et de l’élégance de la forme : on y démêle l’embryon d’un langage destiné à devenir classique L’esprit français a retrouvé son allure et joue avec une souple fermeté.
Ainsi , trois ouvrages donnent tout à coup le style finement nuancé du roman de mœurs, le ton vif et piquant de l’apologue, de l’anecdote si essentiellement française, et enfin , grâce à Philippe de Comines , un premier modèle accompli du langage plus soutenu, plus grave, plus philosophique de l’histoire. Le seigneur d’Argenton est flexible, précis, ample, nerveux; son parler semble tout moderne, et, à quelques nuances orthographiques, à quelques mots vieillis près, séparé de celui du règne de Henri IV par un intervalle de peu d’années. De Comines h François de Sales, du PelitJelian de Sainlré à la Princesse de Clèves, des Cent Nouvelles aux Contes de Brantôme et de La Fontaine, de Villon à Regnier, nous suivrions, sans solution de continuité, la marche de l’esprit national , les progrès de la forme et l’épuration du goût. Entre ces maîtres et ceux de la Renaissance italienne, la parenté n’est pas appréciable : ces derniers ne procèdent ni de leurs devanciers, ni de leurs successeurs. Ils sont étrangers, leurs mœurs ne sont pas les nôtres, leur culte est le paganisme, leur esprit est imité, leur goût n’est point à eux, leur langue est une savante convention ; aussi , fut-elle, entre leurs mains, un but, et non un moyen, fait anormal et tout nouveau chez nous. L’admirable sagacité de Boileau avait entrevu quelques lueurs de ces vérités, lorsqu’il excepta de ses rigoureux arrêts contre nos vieux romanciers, qu’il ne connaissait point, Villon, qu'il félicite d’avoir débrouillé le premier leur arl confus.
Entre Villon et les vieux romanciers, il y a toute une révolution ; entre Villon et la seconde Renaissance, la seule que la critique ait jusqu’ici consacrée, il y a des abîmes. Il marque l’apogée de la période qui a succédé de loin à celle de nos romanciers. Villon est le héros poétique de cette école intermédiaire que nous avons (jualifiée de Renaissance française, et que brisa la coterie italienne et grecque. Ainsi, nous dirons de lui tout au rebours : Villon fut le dernier...
C’était un très-grand poète ; il s'éleva spontanément, sans cesser d’être simple et réel, au ton mâle et vigoureux de l’éloquence; il est toujours hardi et coloré; il atteint au grand style, sans latiniser et sans tomber dans la déclamation. En même temps, Villon est philosophe et railleur. Il possède, en outre, une teinte de mélancolie inconnue avant
lui. Son rhythme est ferme, en dépit de Thiatus; son inspiration est puisée dans la nature et l’humanité. Mélange singulier de sensibilité et de rudesse , il n’est point apprêté : c’est un athlète qui combat nu. Par la manière crue dont il met en relief les objets qu’il veut peindre, et par la fougue de son pinceau, il semble être l’aïeul de l’école romantique, aussi bien qu’il est l’un des précurseurs de la grande école classique des lyriques français. Pauvre et, comme il le dit, « ne voyant du pain qu’aux fenestres, » poursuivi par le remords de sa mauvaise vie et par les limiers de la justice , il déplore ses fautes , ses malheurs ; il plaint sa mère et accuse le sort de sa naissance :
Pauvre je suis de ma jeunesse,
De pauvre et de petite extrace...
Pauvreté tous nous suit et trace ;
Sur les tumbeaux de mes ancestres,
Les âmes desquels Dieu embrasse !
On n’y voit couronnes ui sceptres.
Mais à quoi bon se lamenter? son cœur lui dit parfois :
Si tu n’as tant que Jacques Cœur,
Mieux vaut vivre soubs gros bùraux Pauvre, qu’avoir esté seigneur Et pourrir soubs riches tumbeaux.
Cette pensée de la mort, qui nous rend tous à l’égalité, le frappe et lui inspire une peinture d’une sombre énergie :
... Et meurt Paris ou Hélène...
Quiconque meurt, meurt à douleur.
Celui qui perd vent et haleine,
Son flel se crève sur sou cœur :
Puis , sue , Dieu sait quelle sueur !
Et n’est qui de ses maux l’allège ;
Car enfans n’a , frère ni sœur ,
Qui lors voulust estre son pleige (sa caution).
La mort le faict frémir, pallir.
Le nez courber, les veines tendre.
Le col enfler, la chair mollir,
Joinctes et nerfs croistre et estendre...
— Corps féminin qui tant es tendre,
Polli, souef, si gracieux,
Faudra-t-il à ces maux entendre?
— Oui , ou tout vif aller ès deux !
Voilà bien le Moyen Age catholique avec son cortège de terreurs; c’est la poésie avant le règne fleuri des Muses; mais c’est aussi la langue nationale avec ses tours divers,
BellEs-LtUres. LANGUES. Fol. IX.
hardis, instrument qui se prête à l’énergie et aux traits inspirés par le génie de l’auteur.
Cette période, grossière encore, mais en voie de progrès, se brise là.. Déjà les neuf sœurs descendent de l’Hélicon; l’antique Olympe, armé de ses attributs, se dirige vers l’Occident ; les dieux et les demi-dieux du paganisme vont s’élancer sur la Gaule et semer à pleines mains les mots, avec les fleurs du parler de Rome et d’Athènes, à travers les champs de la langue française.
SECONDE RENAISSANCE, OU PÉRIODE d’iMITATION. — AVENEMENT DE HENRI IV.
« L’impulsion première de la Renaissance, écrit M. Nisard, vint de l’Italie : nos guerres dans ce pays nous apportèrent, avec le mal de l’imitation, les livres grecs et latins qui devaient nous en guérir. »
Celte pensée nous montre à quel point l’imitation est l’incurable maladie du génie français. Esprit judicieux, caractère supérieur aux préjugés d’autrefois, M. Nisard ne sent la possibilité de vaincre l’imitation italienne qu’en y substituant celle des Latins et des Grecs. Ce n’est pas dans le sentiment de la nature, ni dans la philosophique étude du génie national, qu’il trouve un remède à Titalianisme : non; cette panacée, il la cueille dans les livres étrangers, il l’extrait des débris de deux langues mortes.
Évitons de tels préjugés : cette Renaissance, au point de vue du langage, se compose de trois manies d’imitation simultanées. La cour nous livra à l’imitation italienne , qui fut une mode; la réforme fit naître l’hellénisme; enfin, l’Église, retrempée dans la latinité pure, quand le calvinisme l’eut rendue aux ardeurs de la lutte, préconisa l’imitation latine.
C’est sous François I" que fut émancipé l’idiome vulgaire : ce prince ordonna que désormais les actes publics fussent rédigés en français. Jusque-là, ce langage n’avait guère été olBciellement signalé que par les arrêts des évêques et des synodes, qui, à diverses reprises, en prohibèrent l’usage dans la translation ou les commentaires de la sainte Écriture. Précautions justifiées ; les textes mis à la portée de tous, c’est la discussion ouverte , c’est le chemin des hérésies. Luther changea la religion de l’Allemagne en donnant à ce pays, pour premier modèle classique du langage régénéré, une traduction de la Bible.
Chez nous, la réforme fut un instant à même d’en faire autant; mais, émanée des corporations religieuses, et doctorale avant tout, elle méprisa d’abord l’idiome populaire et opposa le grec au latin. Puis, elle opposa le latin épuré d’après les textes antiques au latin de la basoche catholique ; puis enfin, elle se résolulà devenir française : Estienne, Calvin et ses disciples daignèrent traduire leurs premiers écrits. Mais l’impulsion ne fut pas assez spontanée pour passionner le peuple, sur la tête duquel la réforme passa.
L’arislocralie seule en fut pénétrée, ce qui livra les huguenots, sous Charles IX, aux poignards populaires et à l’arquebuse des rois.
C’est sous l’empire de ces révolutions que le français devint exclusivement langue littéraire et philosophique. Pour l’affranchir du latin, les Budé, les Estienne, les Sylvius, les Daurat le caparaçonnèrent de grec, premier acte d’opposition. Le grec fut persécuté et pourchassé dans les cloîtres; on prêcha contre èette langue, qui, suivant les orthodoxes, était la mère de toutes les hérésies. Néanmoins François I" en constitua l’enseignement au collège de France, en 1530. Rabelais, Joachim du Bellay, Fontaine, Ronsard et sa pléiade, Sibillet, Jodelle, du Bartas, symbolisent l’invasion de l’imitation grecque dans les lettres françaises; tandis que Montaigne, Amyot, Calvin même , se rattachent à l’élément latin, qui triompha. C’est h cetle époque, et sous l’influence de ces causes, que le français est réellement devenu une langue néolatine. La lexicologie, très-romaine, triompha, en dépit d’Henri Estienne, de la syntaxe, qui possédait d’intimes conformités avec le grec.
Sous l'influence des lettres profanes restaurées, le français fut donc remué profondément; chaque auteur versa son érudition dans son style , chacun se fit un langage, et l’unité fut ajournée. Les classes populaires la conservèrent seules; car le français littéraire, tout hérissé de mots, de tours grecs ou cicéroniens, n’était guère plus h leur portée que le bas latin des clercs. Esprit de système et d’imitation qui fit avorter l’œuvre de la Renaissance, h laquelle la nation ne prit point part. En dehors de l’érudition, les courtisans revenus d’Italie, qui se qualifiaient de Romipètes, avaient introduit d’autres altérations non moins impopulaires. Ils furent fustigés, dans le traité du Langage courlisanesque el ilalianizé, par Henri Estienne, qui proscrivait toute imitation au nom du grec, dont il encourageait le pillage. En même temps, les latinistes
tonnaient contre les hellénistes et les pindariseurs.
Calvin seul ne trempa dans aucune néologie , grâce à son exil et à son dédain des lettres profanes. Son école , réfugiée à Genève, fut latiniste quant au style et à l’esprit, mais purement nationale en ce qui concerne le fond même du langage. Sans être le plus brillant, ni le plus artiste, Calvin est le plus français des auteurs de ce temps. C’est un trait d’union entre Comines et François de Sales, entre le règne de Louis XI et celui de Henri IV.
Procédons avec ordre : de ces influences, la première en date, c’est celle de l’élément grec. Elle a pour cause première la prise de Constantinople par Mahomet II, en 1453. Exilés, fugitifs, les docteurs chrétiens du rite grec se réfugièrent en Italie d’abord, puis en France, et partout ils apportèrent les livres de l’antiquité, oubliés depuis longtemps dans notre patrie, qui ne savait plus la langue d’Homère, dont ces bannis se firent les professeurs à travers l’Occident. Le goût des lettres antiques arriva en France avec nos armées lorsqu’elles revinrent d’Italie ; et deux hommes, deux typographes, doués d’une activité infatigable et d’une érudition immense, fournirent un aliment à ces nouveautés. L’un, Robert Estienne, régénéra le latin; l’autre créa la bibliothèque grecque : c’est
Henri Estienne, fils du précédent. Il épura les textes et publia successivement Maxime de Tyr, Diodore, Xénophon, Thucydide, Hérodote, Sophocle, Eschyle, Diogène- Laerce, Plutarque, Apollonius de Rhodes, Callimaque, Platon, Sextus, Moschus, Théocrite, Dion, Anacréon, Pindare, etc.; enfin, il donna, sous le nom de Thésaurus linguæ grœcœ , un Dictionnaire complet et raisonné qui lui coûta douzcNans de travail- assidu.
Son père en avait fait autant au profit de la latinité. On lui doit à peu près toutes nos éditions des classiques de Rome , plus le Trésor de la langue latine. Il est en outre l’auteur de notre premier dictionnaire français-latin et d’une grammaire française dont ses successeurs ont profité. Henri Estienne, lui, ému d’un zèle patriotique, consacra sa plume à la défense du français contre les latiniseurs intrépides, contre les courtisans infatués de termes italiens , et auteurs d’un jargon ridicule qui n’a laissé que trop de vestiges. Estienne intitula l’un de ses petits traités : De la précellence du langage français. C’est là que, pour la seconde fois, l’on a revendiqué, en faveur de notre parler national, la suprématie parmi les autres idiomes modernes. Trois siècles auparavant , Brunetto Latini l’avait déjà déclaré plus délectable et plus plaisant à ouïr que Titalien. Toutes les conclusions de notre Estienne ne sont pas admissibles, et il exalte certains ornements du style de ce temps-là qui sembleraient de mauvais goût aujourd’hui. Son principal but est de dégager ses contemporains de l’imitation des idiomes étrangers modernes, et de relier notre langue à la tradition grecque. Il nous fournit, dans un dialogue entre Philausone (l’ami de l’Italie) et Celtophile (le français pur), un curieux exemple du style des courtisans. Philausone débute ainsi : « Il n’y a pas longtemps qu’aiant quelque martel in teste, ce qui m’advient quand je fais ma stanse en la cour, et estant sorti après le past pour aller spaceger, je trouvay par la strade un mien ami. Or, voyant qu’il se montret tout sbigoltit de mon langage dont usent les gentilshommes francès qui ont quelque garbe , je me mis à ragionner avec luy; et, voyant qu’il lui semblet fort strane, voire avoir de la gofferie et de la balorderie, je lui donnay des raisons bastantes pour lui caver cela de la fantasie, » etc.
On voit qu’outre la manie des emprunts, les courtisans possédaient celle d’altérer l’orthographe, de remplacer o^ par è, et de rechercher la' prononciation des ultramontains.
La manie des hellénistes alla plus loin; ils prétendirent soumettre la langue à une prosodie imaginaire, abolir les formes de notre versification et mesurer des carmes (carmina) avec des dactyles et des spondées, à la façon des Grecs et des Latins. Jodelle crut versifier en écrivant ce soi-disant distique :
Phœbus, A | mour, Cy | pris veut | sauver, | nourrir et | orner Ton vers, | cœur et | chef,*] d’ombre, de | flamme, de | fleurs.
C’est dans l’enthousiasme de ces folles inventions que Ronsard s’écriait :
Ab ! que je suis marry que la Muse françoyse Ne peut dire ces mots comme faict la grégeoise ;
Ocymore, Dispotme, Oligoclii'onien !
Certes je les dirois du sang Valésien !
Voilà des regrets touchants. Ajoutons que l’avenir réservait à Ronsard des consolations : la langue française possède environ trois mille deux cents mots tirés du grec, et totalement inconnus, pour la plupart, avant la Renaissance. Ils sont issus des livres; mais la voix du peuple ne les a pas coulés dans le moule national. Pour d’autres auteurs, ces tendances étaient involontaires, tant le goût y était porté : témoin du Bellay, qui interdit l’usage des termes étrangers , et dans le court opuscule de qui j’en ai relevé une soixantaine.
Quant à la manie de latiniser en français afin d’ennoblir la langue, elle distinguait surtout les disciples et les maîtres de l’Université. Rabelais nous a laissé un monument achevé de ce genre de démence. — « D’où viens-tu? ») demande Pantagruel à un écolier de Paris. Et celui-ci répond : « De Valme, inclyle et célèbre Académie que l’on vocüe Lulèce. — Et à quoy passez-vous le temps, vous aultres estudiants? — Nous Iransfretans la Sequane en dilucule et crépuscule; nous déambulons par les compyles et quadrivyes de Vurbe; nous despumons la verbocination laliale, et, comme verisimiles amorabondz, captons la bénévolence de Xomnijuge, omniforme et omnigène sexe féminin, » etc.
Pantagruel est outré de cette pédanterie; mais le docteur Alcofribas, qui lui inspire ce sage courroux contre le latinisme , s’accommoderait mieux de l’hellénisme. Français par l’esprit et le génie, il puise avec si peu de discrétion à la fontaine grecque, que, pour le lire et l’entendre, il est besoin d’un glossaire français si l’on est Grec, et du Thésaurus grœcœ linguœ si l’on est Français.
Cette démagogie linguistique fut servie par une nouvelle espèce de fous qui se ruèrent soudain à l’exploitation de l’anarchie du moment. Les poètes, les gens de caprice décomposaient la langue : il survint des cuistres pour ériger le désordre en préceptes. Ils brent des grammaires, non dans le but d’enseigner le français, mais dans celui d’imposer leurs utopies et de soumettre la langue à leurs inventions. Le premier de ces ennemis du langage, dont la race s’est perpétuée jusqu’à nous, fut Jacques Dubois dit Sylvius, savant consommé et monomane d’érudition. Il rédigea sa grammaire française en latin et bouleversa l’alphabet. On le loue d’avoir distingué le premier i ei u, voyelles, de j et v, consonnes; mais on ignore qu’il voulût opérer cette amélioration au moyen de signes étranges et nouveaux. De plus, il plaça, pour des motifs à lui particuliers, certaines lettres hors des lignes et à califourchon sur d’autres, et il réforma les mots pour les rapprocher du latin. Il admet trois genres dans les noms, conjugue nos verbes comme ceux des Latins; bref, il calque Donat et les grammatistes de la décadence romaine ; exemple suivi par ses héritiers , à qui l’on doit les vices radicaux de nos grammaires.
Meigret, son successeur, bouleversa l’orthographe; il voulut, ainsi que Jacques Peleticr, du Mans, que l’on écrivît comme on prononce. Or, comme Meigret, étant Lyonnais, prononçait autrement que le Manceau, son émule, ils se disputèrent sur la forme
des mois et furent bafoués, l’un et l’autre, par Guillaume des Autels. Survint ensuite Kamus, qui créa des lettres et orna les anciennes d’une légion de fourches, de queues, de cornes, de cédilles, de lances et d’autres appendices burlesques. Tous prétendaient » [ère qadrer lé lelres é fécrillur ao haliman dé voes e à la prononciacion , sans avoer égarl ao loés sophisliqes dé dérivezons aoqèles se soumellel aocuns dé noires corne beufs ao jou. »
Tels sont les dignes précepteurs de nos grammairiens, qui ont rejeté leur orthographe, conservé le fond latin de leurs doctrines empruntées, et , comme eux , assimilé le fi ançais à une langue morte. Ils n’en ont jamais enseigné les règles h personne. Ce siècle ne vit naître qu’une grammaire française digne de ce nom, celle de Jean Palsgrave, la première de toutes, écrite en 1530, en anglais, par un Anglais, et pour enseigner notre langue aux enfants de la sœur de Henri VIII. Ce traité, que nous avons, le premier, longuement analysé dans \ IHsloire des révolulions du langage, constitue le plus curieux dépôt des formes anciennes de notre idiome ; il contient seul les éléments d’une bonne grammaire nationale, dont nous sommes encore dépourvus. La France ne possède qu’un exemplaire de ce précieux livre.
On reconnaît, quand on parcourt les auteurs didactiques de la Renaissance, en y comprenant le cortège des rhéteurs gréco-latins, que la langue, en ce moment, subit un travail de fermentation complet. La métamorphose qui s’opère en l’espace de trente ans, de 1333 au règne de Charles IX, est prodigieuse.
Les écrivains de la réforme, je le répète, échappèrent seuls h celte contagion : c’est au milieu des réformés, c’est à l’ahri des engouements de l’antiquité païenne et des modes de la cour, que s’était conservée la naïve et pure tradition.
Dans ce siècle où l’érudition étrangère , répandue comme une lave ardente sur le terrain des traditions nationales, menace d’engloutir le français, deux hommes sont restés purs de tout alliage ; Biaise de Montluc et Jean Calvin : le premier, à son insu, parce qu’il était né bien avant la Renaissance et n’avait étudié que la guerre; le second, de parti délibéré, parce qu’il rejetait les arts profanes et l’éclat des pompes extérieures. L’un et l’autre, ils se rattachent .à la première Renaissance, au langage de Philippe de Comines; on les prendrait pour les frères aînés de Charron, de Descartes et de François de Sales, tant ils ont peu vieilli ; tandis que les pléiades gréco-italiques ont pâli en quelques années. La forme austère des premiers pères de Port-Koyal émane évidemment des traditions de l’école calviniste.
Le plus ancien des poètes de la Renaissance est le moins suranné et le plus intelligible : Clément Marot n’avait été qu’effleuré par ces modes subites; son langage était formé antérieurement, et ses liaisons avec le parti protestant le maintinrent dans le droit sentier. Son esprit gaulois lutta contre les excès de la Muse antique.
Nous sommes à même de reconnaître déjà la principale cause de la catastrophe de Ronsard et de ses disciples : c’est le travestissement de leur langage. Ce grand poète, qui créa le style lyrique et donna les premiers modèles d’une poésie noble, majestueuse,
inconnue avant lui, ne fut jamais bien entendu du peuple; aussi, quand la cour se fut lassée du grec et de l’italien, Ronsard eut le sort des atours de la saison passée.
Autre chose est donc de juger de la Renaissance au point de vue de l’art, du génie, de la grâce, de l’invention, du style, de la pensée en un mot, ou bien d’en apprécier isolément les conséquences matérielles sur l’essence même du langage. Elle le fit dévier de ses voies naturelles , elle en retarda la régulière formation et y sema une foule d’éléments hétérogènes. Elle nous a légué, outre les hellénismes et les latinismes, environ six cents vocables italiens, parmi lesquels presque tous les mots actuels relatifs à l’art militaire, à la vénerie, à la toilette des dames ; elle a servi de mobile à la plupart des variations, des mutilations de l’orthographe et surtout de la prononciation, où la mignardise introduisit l’affectation des sons maigres au lieu des sons pleins.
Le règne des Valois et des Médicis prolongea de beaucoup l’hellénisme et surtout ritalianisme ; la cour n’était presque plus française : les dernières lueurs de ce goût brillèrent durant la vogue du cavalier Marin et à l’école des Précieuses; puis, cet engouement tourna peu à peu à l’imitation espagnole , dont la littérature fut plus sérieusement atteinte que le langage. La manie de modifier la langue, de la régenter sans le concours du peuple, passa de Tibère, de Claude, de Chilpéric et des grammairiens, au cénacle de l’hôtel de Rambouillet. Ce fut là le véritable ridicule de cette cohorte d’esprits éminents.
Quand, après la chute de la Ligue, la cour cessa d’être ultramontaine et florentine, lorsque l’esprit de la réforme pénétra au Louvre à la suite de Henri IV, le génie et la langue du peuple reprirent l’ascendant : Malherbe, le gentilhomme de la place Mauberl, se fit le tyran des mots et des syllabes; Charron et François de Sales, encouragés par le Béarnais, firent entendre le philosophique langage de la raison, de la piété vraie; et de toutes les entreprises de l’école expirante, il ne survécut que l’alliance de l’esprit français avec le génie de l’antique latinité. Montaigne avait cimenté cette union, Montaigne, esprit libre, ondoyant, divers; génie souple, dédaigneux des doctrines impérieuses, et profondément imbu de la pensée romaine, dont son style gardait une saveurfine et adoucie. Son érudition de philosophe a reti-empé son génie et son style; son indépendance , insouciante et flexible en ses allures , l’a préservé de la servilité imitative. Peintre de l’âme humaine , il n’avait d’autre modèle que la nature , et ne pouvait parler que le langage qui répondait à sa pensée. 11 l’exprima sans la traduire. Jusqu’à l’avéneluent de Pascal, Montaigne nous paraît être l’écrivain qui a le plus merveilleusement employé la langue française. Il eut pour élèves Charron et tous les capricieux philosophes du siècle dix-huitième.
A peine Henri IV eut-il entr’ouvert le siècle de Louis XIV, que les jeunes auteurs cessèrent tout à coup de comprendre Ronsard, du Bartas, du Bellay, Baïf, et, il le faut avouer, Rabelais lui-même, si ingénieux dans son hellénisme et si national par l’esprit. Mais, en matière de langage, quand la lettre tue, l’esprit échoue à vivifier. Cependant ces mêmes auteurs, repus d’érudition jusqu’à satiété, entendaient encore à merveille
Villon, Comines et Marot. Plus d’une fois, ils s’étonnèrent eux-mêmes de cette apparente anomalie : « Marot, disait La Bruyère, Marot, par son tour et par son style, semble avoir écrit depuis Ronsard; il n’y a guère, entre ce premier et nous, que la différence de quelques mots. »
C’est ce qui fait aussi que Boileau , cherchant un auteur à exhumer du fatras des siècles gothiques, un barbare à citer avec éloge dans la droite lignée de nos ancêtres , enjambait toute la Renaissance et tombait juste sur Villon.
11 faut confesser aussi qu’à la cour des derniers Valois, ces étranges maniaques, la poésie, dont ils étaient amoureux, s’était imprégnée de toute la bizarrerie de ces burlesques et lugubres Mécènes : Amadis Jamyn, Remi Belleau, du Bartas en étaient venus à la plus étrange mascarade du style et du langage, sans parler des concelli et autres mignonnes fleurettes. C’est ici que les travestissements se portèrent aux plus grands excès : car la prose, à la même époque, renaissait néolatine avec Âmyot; mollement italienne mais élégante encore, avec Brantôme, bon esprit qui ne cueillait par delà les monts que des fruits mûrs.
C’est l’avénement de la maison de Bourbon qui mit fin à l’œuvre de la Renaissance. Esquissons rapidement, pour conclure, le tableau de cette révolution toute politique.
Quand la Ligue fut organisée par les Guise et leurs adhérents, la Renaissance, essentiellement catholique, à Jupiter et Apollon près, brillait de son plus vif éclat. Son empire fut prolongé par Catherine de Médicis, qui s’empara de la Ligue au lieu de l’abattre , et en perpétua l’esprit. C’était l’esprit italien , conséquence forcée de la politique italienne. Le long règne de Catherine fit durer celui du langage courtisanesque et de l’imitation , goût commun à la Ligue et h la cour des Valois, deux camps rivaux , également hostiles au roi de Navarre.
Lorsque ce dernier éleva tout ensemble au trône la maison de Bourbon et l’esprit du protestantisme , bannir les levains de la Ligue et les allures des Valois, ses anciens ennemis, devint le but naturel de ses efforts. Il s’agissait de donner à la nouvelle cour une autre direction morale; d’en chasser le goût des choses de l’Italie, des poignards, des poisons de l’Italie; d’en éloigner les principes ultramontains et l’ascendant de Rome, auxiliaires des idées de la Ligue. La langue, la littérature étaient impliquées dans cette entreprise. Catholique de fraîche date, Henri IV gouvernait avec Sully, protestant; l’auleur de l'édit de Nantes préludait à son œuvre de conciliation en chargeant François de Sales d’opposer au fanatisme une religion pacifique, tolérante et éclairée. Cette pensée de Henri nous a valu V Iniroduclion à la vie dévoie. Le langage religieux de la France moderne a Henri là pour la première fois au sein de l’Église. Abattre le vieux levain de l’Italie, c’est ce que Henri permettait à Malherbe d’appeler euphémiquement : dégasconner la cour. Ce rigide pédagogue, certain d’oser tout dire, doué d’un esprit mordant, d’une réplique leste et acérée, était plus redoutable encore pour les courtisans affectés d'ultramontanisme que pour les méchants poètes. Cependant quelques-uns de ceux-ci, tels que Desportes, Bertaut et Théophile, génie dont l’or était mêlé d’alliage.
tendaient h se relever des singularités de la Renaissance. C’est en vain ; absolu dans sa doctrine, Malherbe en fit une sorte de Gironde littéraire : il les mit à mort, et plus tard Boileau livra leurs cendres au vent.
Le caractère même du roi Henri eut une grande part à cette rénovation de la vieille langue française et de l’esprit gaulois , comme on disait déjà. Instruit par les revers, enfant de ses œuvres , héros parvenu, Henri IV, ennemi de l’afféterie, personnification du bon sens, raisonnait comme un sage et parlait comme un soldat; son âme forte et railleuse était tout imbue de l’esprit gascon, qui est la quintessence de l’esprit français. Son premier cri s’était exhalé de ses lèvres frottées d’ail et humectées de vin ; sa parole garda toujours le parfum du peuple qui l’aima et le reconnut pour sien. En ces temps, l’on imitait le maître : les courtisans apprirent à parler sur le pont Neuf; le français, dès longtemps banni de la cour, en retrouva le chemin, et la littérature se conforma sans peine h cette régénération.
Voilà donc ce que gagna la langue à la chute de la Renaissance, et voici ce qu’elle perdit par la tyrannie trop sévère de cette réaction. Systématique à l’excès, Malherbe rendit la Muse trop étudiée : la langue, telle qu’il la contraignit d’être, se trouva fort élaguée. Disciplinée par lui , la poésie devint timide, un peu guindée, et perdit de son natif enjouement. A force d’émonder, de brosserie tissu du langage, Malherbe amincit le corps de l’étoffe; et l’Académie, son élève, contribua, tout en perfectionnant l’œuvre paternelle , à un réel appauvrissement du français : sort inévitable d’une langue allaitée jadis par des controversistes, et disciplinée au profit de la logique, de la lutte populaire, puis de la philosophie. Partout l’esprit du calvinisme, une des formes passagères du génie de l’opposition, a brûlé les images et pourchassé l’idolâtrie des arts. Malherbe est moindre et plus grand que ne l’ont représenté les partis contraires. Depuis deux siècles, le peuple des poètes a arraché, à son école, de justes concessions; mais, après tout, l’arrêt de Boileau, qui consacre sa puissante initiative , n’a pu être rapporté.
C’est avec le règne des Valois qu’expire l’ère si prolongée de l’adolescence de notre langue. Pour elle , le Moyen Age , c’est-à-dire la période irrégulière , incertaine et changeante, finit là, en même temps que la seconde Renaissance, phase dernière de ces longues révolutions. Pour la littérature , comme pour le langage français, la civilisation moderne commence avec le siècle dont Henri IV a bercé les premiers ans.
Francis WEY.
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Cet oairage a été trad. de nOQvean par J. Manget (1809) et par madame de Condorcet.
Cii. Nodier. Notions élémentaires de lingui.stique, ou Histoire abrégée de la parole et de l’écriture Paris, 1834, in-8.
Est. Guiciiart. L’harmonie étymologique des Langues, où .se démontre évidemment, par plusieurs antiquitez curieusement recherchées, que toutes les Langues sont descendues de l’hébraique. Paris, 1618, in-8.
Voy. aussi les Éléments primitifs des Langues , découverts par la comparaison des racines de l'hébj'eu avec celles du grec, du latin et du français, par Bergier {Par., 1764, in-12).
J. -B. PniLEMON Sermet. ttistoire de la formation des Langues, servant d’introd. au Dict. génér. étymologique. Pal'is, 1846, in-8.
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Keimpr. plusieurs fois, et avec des comment, de Gaspar Waser ( Tiguri, 1610, in-8l.
\oY. àussile Mithridates de .1. Cbr. Adeluug (ileHin , 1806-17, 5 vol. in-Sl; le dictionnaire polyglotte de Calepin; VKttjmologicon universale de VVhiler, et une foule de traités, de glossaires, etc,
.Toa. Severin V.ater Linguarum totius orbis index alphabeticus, (piarura grammatice, lexica, collectiones vocabulorum recensentur, palria signilicatur, liistoria adumbratur, lat. et german. Berolini, 1815, in-8.
James Parsons. Bemains of Japbet ; being historical in- (luiries into tbe affinity and origine of tbe european Languages. London, 1767, gr. in-4.
J.AC. Borc.oini Liber de origine, usu et ratione vulgarium vocum Linguæ gallicæ, italicæ etbispanicæ. Parisiis, 1583, in-4.
Ces. Lücchesim. Délia illustrazione délie Lingue antiche e moderne e principalinente delP italiana procurata nel secolo XVllI dagP Italiani, ragionamento. Lucca, 1819, in-8.
Cii. Denina. La clef des Langues ou Observations sur l’origine et la formation des principales Langues qu’on parle et qu’on écrit en Europe. Berlin, 1803, 3 vol. in-8.
La plus grande partie de cet ouvrage avait paru en différents mémoires ,
de 1782 à 1802, dans le recueil de l'Acad. de Berlin.
Cii. Gottl. Arndt. Ueber der Ursprung und die verschiedenartige Werwandl.scbaft der europæisehen Sprachen. Franefurt, 1818, ih-8.
Al. Murray. History of tbe european Languages, or Researches into tbe affinities of lhe tentonie, greek , celtic, sclavoiiic and indian nations Edinburgh, 1823, 2 vol. in-8.
Stepii. Weston’s Speeimen of the eonformity of the european Languages, vitli tlic oriental Languages. London, 1802, in-8.
Kennedy. Rcsearches into the origin and affmity of the principal Languages of Asia and Europa. London, 1828, in-4.
Fr.-Just.-Mar. Ravnouard. Influence de la Langue romane rustique .sur les Langues de l’Europe latine. Paris, 1835, in-8 de 95 p.
Voy. aussi sou Lexique roman ou Dictionnaire de la Ixingue des trou-
badours comparée avec les autres Langues de V Europe latine, préccrl. de Doua, recberches bistor. et pliilologiques (Par,, I8d(i-1G, 6 vol. iu-8}.
Gabr Henri. Histoire de la Langue française. Paris, 181 1 , 2 vol. in-8.
I. D. B. A. (.loACH. nu Bellay, Angevin.) La deffense et illustration de la Langue françoise. Paris, l’Angelier, 1549, in-8.
Plosiears fois réimpr. à part et avec les œuvres de l’auteur. Cet opuscule douua lieu à la publication anonyme de Quinlil lloratiaii par Cb. Fun^ taine {Lyon, 1651, in-8).
H. Estienne. Project du livre intitulé ; De la précellence du Langage françois. Paris, Mamert Pâtisson, 1579, in-8.
De Rivarol. De l’universalité de la Langue française. Paris, 1784, in-12.
Voy. aussi, dn même auteur. Discours prélim. du nouv. dict. de la Langue française {Par., 1797, in-4).
Schwab. Dissertation sur les causes de l’univer.salité de la Langue française, trad. de l’allem. par D. Robelot. Paris, 1803, in-8.
C. N. Allou. Essai sur l’universalité de la Langue française, ses causes, ses effets, etc. Paris, 1828, in-8.
Guill. Rarotti Oratio de geiite et Lingiia francica. Witeb., 1572, in-8.
Et. Pasquier. De la Langue françoise, de son origine, de ses différens idiomes et de l’étymologie de plusieurs termes... Voy. le 8' livre de ses Bech. de la France.
J. Liron. De l’origine de la Langue françoise; dissertation où l’on recherche en quel temiis elle a commencé à devenir vulgaire. Voy, cette Dissert, dans le t. I de .ses Singularités historiques (Par., 1734, 4 vol. iii-12).
Voy. aussi, dans le t. Ilf du même ouvrage : Que la langue latine était vulgaire parmi les Gaules au sixième siècle.
Enlart de Granda al. Discours liistoriqiie sur l’origine de la Langue françoise, lu à la Société littéraire d’.Arras. Voy. ce Disc, dans le Mercure de France, Juin et Juillet 1757.
Voy. aussi dans le Mercure, août, même année, une lettre de Levesque de la Ravallière à Fauteur de ce Discours.
Et. de Bvrdaz.vn. Dissertation sur l’origine de la Langue françoise. Voy. cette Dissert, en tète de VOrdène de chevalerie (Lauzanne, 1759, in-12).
Cl. Bern. Petitot. Essai sur l’origine et la formation de la Langue française. Voy. cet Essai en tête de la nouv. édit, de la Grammaire génér. et raisonnée de Port-Royal (1803).
J. Ampère. Histoire de la formation de la Langue française. Paris, 1841, in-8.
Pour servir d'introduction à THist. de la litterat. franc, au Moyen Age , que l'auteur se propose de publier.
Voy. aussi le premier vol. de VHist. littér. de la Frarice, par les BénédictiuB , 1733, in-4.
Duclos. Mémoires sur l’origine et les révolutions des Langues celtique et françoise. Voy. ces Mém. dans les t. XV el XVH des Mém. de l'Acad. des Inscr. et Belles- Lettres.
J. Den. de Lanjuinais. Des Langues et des nations celtiques. Voy. ce mém. extr. du Mithridates d’.Adelung, dans les t. IV et V des Mém. de l'Acad. Celtique.
J. -B. Bullet. Mémoires sur la Langue celtique, contenanl : 1" l’iii.stoire de celte Langue; 2" une description étymologique des villes, rivières, montagnes, etc., des Gaules; 3" un dictionnaire celtique. Besançon, 1754-70, 3 vol. in-fol.
L. N. H. L. La découverte de l’origine et de l’étymologie de tous les mots composant la Langue française, avec l’explication des noms d’hommes et leurs prénoms , des noms de villes, etc., ou l’Histoire des peuples de la Gaule Belgique au temps de l’invasion romaine. Saint-Quentin, 1846, in-8.
J. DE Bast. Recherches historiques et littéraires sur la Langue celtique, gauloise et tudesque. Gand, 1815-16, 2 part. in-4.
J. Tiionnelier. Sur les origines sémitiques et indo-tarfarcs
Gust. Falloï. Rechei'ches sur les formes grammaticales de la Langue française et de ses dialectes au treizième siècle, publ. par Paul Akermann. Paris, in-8.
Voy. ViCtude sur la lamjue française , à propos de cet ouvr., par Francis Wey, 1840, gr. in-S.
Gabr. Pkignot. Essai sur l’origine de la Langue française et sur un recueil de monuments authentiques de cette Langue classés chronologiquement depuis le neuvième siècle jusqu’au dix-septième, avec notes, etc. bijou et Paris. 1835, in-8.
Extr. de la 41® livraison de la France littéraire de Ch. Malo. Voy. aossi, du même anieur: Mélanges littéraires, pkilologiques et bibliograjihiques (Par., 1818, iu-8).
de la nation et de ta Langue celtiques ou des anciens Gaulois. Paris, 1840, in-8 de 80 p.
C. Galli. Essai sur le nom et la Langue des anciens Celles. Paris, 1844, in-8.
W.-F. EnwARns. Recherches sur les Langues celtiques. Paris, Impr. roy., 1844, in-8.
Jacq. LF. Brigant. Mémoire sur la Langue des Français, la même que celle des Gaulois leurs ancêtres. Paris, 1787, in-8.
Voy. fqcore les ouvrafies de linguialique du même auteur, qui a clierebé CüusiHiiimeiit l'oriqine de la L.u)3uc française dans le celle uu ie basbreton : Klnnents de ta Laïujue des Celles (lomérites ou Bretons (Strasbojr.q. 1179, in.S,; Observât fondamentales sur tes Langues anciennes et modernes (Par., 1787, iu-4), etc.
J. Dan. Scnoia'FLiN. De Linguis in Franciæ regno. Voy. cette dissertât, dans le t. I de l'Alsatia illustrata (Colmariæ, 1751, in-foL).
Ant. Rivet. Observations sur la Langue françoise ou romance, formée du latin. Voy. ces Observ. dans les t. A’II et VllI de VHist. littér. de la France.
P. Nig. Ronaviv. Mémoire sur l’introduction de la Langue latine dans les Gaules sous la domination des Romains. Voy. ce Mém. dans le t. XXIV des Mém. de VAcad. des Inscr. et Belles- Lettres.
— Dissertation sur les Causes de la cessation de la Langue tudesque en France. Voy. cette Dissert, dans le t. XXVI des Mém. de VAcad. des Iriser, et Belles-Lettres.
— Réflexions sur la Langue latine vulgaire pour servir d’introduction à l’explication des serments en langue romane, prononcés par Louis de Germanie et par les seigneurs français, sujets de Charles-le-Chauve, dans l’assemblée de Strasbourg de l’an 842. Voy. ces réll. dans le t. XXIV des Mém. de VAcad. des Inscr. et Belles- Lettres.
Jos. Théo, de Mourcin de Meymi-Lanacgarie. Serments prêtés à Strasbourg en 842 par Cbarles-le-Cbauve, Louisle-Geimanique et leurs armées respectives, extr. de Nitbard, trad. en franç., avec des notes grammat. et crit., des observât. sur les Langues romane et francique, et un spécimen du ms. Paris, 1815, in-8 de xiv et 84 p., avec 1 pl.
Voy. aassi, dans le t. XXVI des Mém. de V.^cad. des Inscript, et Bell.'^ Lettr., DD Mémoire de Bonamy sur les mêmes Serments.
P. Alex. Levesque de lv Ravallière. Sur la Langue vulgaire de la Gaule depuis César jusqu’au règne de Pliilippe- Auguste. Voy. ce mém. dans le t. XXIII des Mém. de VAcad. des Inscr. cl Belles-Lettres.
Henri Griffet. De la Langue des François sous la première race. Voy. cette dissert, dans le t. il de son édit, de l’//isL de France du père Daniel (Par., 1751 , 17 vol. in-4).
(J. Barrois.) Eléments carlovingiens linguistiques et littéraires. Paris, 184G, in-4, fig.
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Falconnet. Sur nos premiers traducteurs françois. Voy. ce Mém. dans le t. VII de VHist. et Mém. de VAcad. des Inscr. et Belles-Lettres.
Jean Lebecf. Recherches sur les plus anciennes traductions en langue française. Voy. ces Rech. dans le t. XYH des Mém de VAcad. des Inscr. et Belles-Lettres.
Voy. aosai l'iDtroducliun bietoriqoe qui précède lea Quatre livres des Rois, trad. en franc, du douzième siècle, publ. par M. Leroux de Lincy dans la Collect. des docum. inédits (Pari#, Impr. roy., 1842, iu-4).
Cl. Favchet. Recueil de l’origine de la Langue et poésie françoise, ryme et romans. Paris, Pâtisson, 1581, in-4.
F. Géntn. Des variations du Langage français depuis le douzième siècle , ou Recherches des principes qui devraient régler l’orthographe et la prononciation. Paris, 1845, in-8.
Gille Menvge. Dictionnaire étymologiiiue de la Langue françoise, avec les Origines françoises de Caseneuve, les additions de I*. Jacob et de Simon de Valhebert, le discours de P. Besnier et le vocabulaire hagiologifiue de l’abbé Chastelain ; nouv. édit, avec les étymolog. de Huet, Leduchat, etc., et le Trésor des recherches et anti(|uités gauloises et françoises, de Borel, le tout mis en ordre et augm. par A. -F. Jault. Paris, 1750, 2 vol. in-fol.
La 1’'® édit, de ce dictionuaire avait paru en on vol. in-4, 1650, sous ce litre ; Origine de la Langue françoise. La 1'’® édit, du Trésor des Rech. de Borel est de 1655, iD‘4.
Voy. aussi les deux Glossaires de Ducauge (Gloss, medice et injimee latinitatis et Gloss, mediœ et infimœ Grœcitalis).
J. -B. L.acvrne de Sainte-Palaye et G. -J. Mocchet. Glossaire de l’ancienne Langue française depuis son origine jusqu’au siècle de Louis XIV, t. I, in-fol. de 735 p. (inachevé).
Ce volume, qu’on imprimait à l’Imprimerie royale, sous les auspices de i'Acad. des Inscr. et Bell. -Lettr., a été mis au pilou en 1792 ; l’ouvrage , dont le manuscrit existe à la Bibl. Nation., devait avoir 10 à 12 volumes. Lacurne de Sainte-Palaye avait publ. , en 1756, in-4 , le Projet d'un gloS‘ saire françois.
Voy. aussi le Dict. du tieux Langage franç., par Lacombe (1766, 2 vol. in-S), le Glossaire de la Langue romane , par J. -B. -B. Roquefort (1808- 20, 3 vol. in-8), le Lexique roman, par Raynouard (1838-44, 6 vol. in-8), etc.
Cii. PoucENS. Trésor des origines ou Dictionnaire grammatical raisonné de la Langue française. Spécimen. Paris, Impr. roy. 1819, in-4.
Voy. aussi V .^rchéol. française du même auteur {Paris, 1821-24, 2 vol. in*-8).
Cii. Nodier. Dictionnaire de la Langue écrite (A-Acc). Paris , 1813 , in-8.
Spécimen du grand ouvrage d’élymologle qoe l’aoteor avait annoncé dans une brochure intitulée : Archéologie ou système universel et raisonné des Langues : Prolégomènes (Paris, 1810, in-8).
J. -B. -R. DE Roquefort et Ciiampollion-Figeac. Dictionnaire étymologique de la Langue française où les mots sont classés par famille. Paris, 1829, 2 vol. in-8.
(P.AVEIN Paris*) Essai d’un dictionnaire historique de la Langue française (a-.vcces). Paris, 1847, in-4 de lO f.
Jean Palsgrave. L’esclaii cis-semciit de la Langue françoyse. London, J. Haukins, 1530, in-fol. goth.
Cette grammaire française , éérite en anglais , est tellement rare qu’on la réimpr. en ce moment dans la collect. des documents inédits relat. à Thist. de France.
Jean Sylvivs. In Linguam gallicam isagoge, una cum ejusdem grammatica laf ino-gallica , ex hebreis, græcis et latinis authoribus. Parisiis, Bob. Stephanus, 1531, in-4.
(Bonav. des Periers?) Briefve doctrine pour deuenient escripre selon la propriété du françoys. Voy. cet opuscule à la fin du Miroir de Vaine pécheresse, de Marguerite, reine de Navarre, édit, de Lyon, Lcprince, 1538, petit in-8.
Francis AVey. Histoire des révolutions du Langage en France. I^aris, 1848, in-8.
Louis Meigret. Le trette de la gi’ammeve francoeze Paris, Chr. ^Vechel, 1550, in-4 de 144 ff.
Voy. les critiques auxquelles ce siugulier traité donna lieu , et qui amenèrent de plus singulières répliques de la part de Meigret , contre Guill. des Autels et Jacq. Pelletier, qui l’avaient raillé.
J. Pelletier du Mans. Dialogue de l’ortliogiafe et prononciation françoise, départi en deu\ livres. Poitiers, Enguilbert Marnef, 1550, p. in-8.
Voy. encore plusieurs ouvrages de grammaire de la même époque, en )atin ou en français, par Jo. Pilot (1561), de Masparrault (1595), et autres.
G. \b. Meurier. La Grammaire françoise. Anvers, Plantin, 1557, in-8.
Pierre Ramus. Gramere. Paris, And. Wechel, 1562 , iii-8 de 126 p.
Réimpr. plosieors fois atec le titre de Grammaire de P. de la Ramée.
(Rob. Estienine.) Traicté dé Grammaire françoise. Paris, R. Estienne, 1569, in-8.
Trad. en lal. sous àe GaHicæ grammatices lihellus , et réimpr.
ainsi à la suite de VHijpomneses de ga lica Lingua, de Henri Estienne (Pflr., typ. H. Stephani, 1582, 111-8).
L.\ur. Jolbert Dialogue sur la cacograpliie françoise. Voy. ce Dial, dans son Traite du ris (Par., 1579, in-8).
Ab. M.ath. des Moystardieres. Devis de la Langue françoise. Paris, J. de Bordeaux, 1572, p. in-8.
JoACH. Pebionii Dialogorum de Linguæ gallicæ origine, ejusque cum græca cognatione libri IV. Parisiis, Sebast. Nivellius, 1555, in-8.
H. Estienne. Traicté de la conformité du Language françois avec le grec, divisé en trois livres, avec une préface remonstrant quelque partie du désordre et abus qui se commet aujourd’buy en l’usage de la Langue françoise ; en ce traicté sont découverts queltjues secrets, tant de la langue grecque que de la françoise. S. n.ets. d. {Genève, 1565), in-8.
Pierre Bonamy. Observations sur la conformité du grec vulgaire avec notre Langue. Voy. ces Observ. dans le t. XXIII des Mém. de l’Acad. des Inscr. et Betl.-Lettr.
Voy. aussi le curieox livre De Republiea et Lingua francka ac gotUica ( Lugd. , 1 .559, in-4 ) , où Julien Taboetius soutient que la Langue française est fo mée du grec.
Léon Trippault. Celt belleni.sme ou Étymologie des mots françois tirés du grec, et les preuves, en général, de la descente de nostre Langue. Orléans, Étoi Gibier, 1580, petit in-8
L’Accord de la Langue françoise avec la latine, par lequel se cognoistra le moyen de bien ordonner et composer toutz motz desquelz est faicte mention au vocabulaire des deu\ Langues. Parisiis, ap. Sim. Colinœum, 1540, in-8 de 34 ff.
Voy. aussi VEtymologicon Jranç. de l'Hetropolitain (J. Lebon). Par., 1571, iu-8.
(H. Estienne.) Deux dialogues du nouveau Langage françois italianizé et autrement déguizé, princiiialement entre les courtisans de ce temps ; de plusieurs nouveautez qui ont accompagné ceste nouveauté de langage ; de quelques courtisanismes modernes et de quelques singularitez courtisanesques. S. n. et s. d. (Genève, t578), in-s.
Cl. Mitalirii, De vocabulis quæ Judæi in Galliam introduxerunt. Voy. ce traité à la suite de l’ouvrage d’Henri Estienne ; Hijpomneses de gall. Lingua peregrinis eani discenlibus necessariœ (S. n , 1582, in-8).
Car. Bovilli (Bouvelle). Liber de differentia vulgarium Linguarum et galli sermonis varietate; quæ voces apud Galles sint tictitiæ et arbitrariæ vel barbaræ, quæ item ab origine latina manarint, de hallucinatione gallicanorum nominurn. Parisiis, ex ojffic. Bob. Stephani, 1583, in-4.
Wolfg. Hungerns réfuta le syetème de Bouvelle dans un traité intitulé: Linguæ germaiiûœ vindiciitio {.\rgentoruti. 1586, in-8).
Lonov. Doi.ce. Libri delle osservationi délia volgar Lingua. Bologne, 1564, in-8.
Aless. Citolini. Lettera in difesa de la Lingua volgare Vinegia, Fr. Marcolino da Forli, 1540, in-4.
Réimpr. arec des addit. et une lettre de Girol. Ruscelli. Vineg. , 1551 ,
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p. Fr. Giambullari. Il Gello, cioe ragionamenti de la prima orgine délia toscana Lingua. Fiorenza, 1546, in-4.
Réimpr. en 1649, sous ce titre : Origine delta Lengua Jiorenlina , in-fol.
Celso CiTT vDiNi. Trattato délia vera origine e del processo e nome délia nostra Lingua, scritto in vulgar sanese. Vene~ tia, G. B. Ciotti, 1601, in-8.
Paolo Béni. L’Anticrusca overo il Parangone dell’ italiana Lingua , nel quai si mostra chiaramente che l’antica sia inculta e rozza, e la moderna regolata e gentile. Padova, Batt. Martini, 161 2, in-4.
Vuy. la répoDse d’Orlando Peacetti (Verona, 1613, iD-4) et la réplique (Il Cavaleanti) de Mich. Angelo Fonte (Padoua, 1614, in-4),
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Egid. Menagio. Origini délia Lingua italiana ; colla giunta de’ modi di dire italiani, raccolti e dichiarati dal medesimo. Geneva, 1685, in-fol.
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Barafin. Sur la Langue nationale, ou Dissertation sur ces questions ; Les idiomes hollandais et tlamands forment-ils la même langue? etc. Bruxelles. 1815, broeb. in-8.
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Jo. Georg. Eccardi Historia studii etymologici Linguæ germanicæ bactenus impensi , ubi scriptores plerique recensentur et dijudicantur, qui in origines et antiquitates Linguæ teutonicæ, sax., belg. , dan., suec., norweg. et island,, veteris item celticæ, goth., franc, atque anglo-sax. inquisiverunt, etc. Hanoverœ, 1711, in-8.
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Stepii. Srinneri Etimologicon Linguæ anglieanæ. Londini, 1671, in-fol.
Jamieson’s Hermes scytliicus, or tbe radical affinities of tbe greek and latin Languages to tbe gotbic. Edinburgh, 1814, in-8.
Nous u’avons pu iudiquer qu'un petit nombre des livres qui traiient des Langues eu général et de la l.augue fnoçaise en particulier: une Bibliographie de l.t Linguistique est encore à faite.
On trouvera, dans la Bibliographie du chapitre des Patois, nombre d’ouvrages relatifs aux Langues, que nous omeltous ici pour ne pas tomber dans des redites.
N ne peut se faire une idëe juste des Patois .
qu’en se figurant un fleuve primitif dont le lit n’est pas creuse et qui s’épanche librement, couvrant de ses eaux les vallées et les plaines : peu à peu, son cours se régularise, ses rives se forment, et on ne voit plus sur les terres, auparavant inondées, que des marais et des étangs. De même , quand la langue romaine, parlée par des millions d’hommes , fut transformée, régularisée, et se renferma dans les limites
que lui traçait la civilisation , il resta çà et là , en dehors de ces limites conventionnelles, de grands lambeaux, plus ou moins dénaturés par le temps, le frottement de la langue
EelleB-LcUres
PATOIS , Fol. 1.
nouvelle el risolenieiit, qu’on est convenu d’appeler Patois. Dans tous les pays qui n’avaient pas de relations avec les villes, daus les districts des montagnes, des villages, des campagnes, les Patois reproduisaient, au Moyen Age , el ils conservent encore le type, les couleurs et l’originalité de la langue primitive. On ne retrouvait même que dans ces vieilles sources le mélange des divers idiomes qui ont passé depuis le commencement des temps sur les lèvres de nos pères, et ces mots, aujourd’hui oubliés, qui viennent rappeler comme des éclairs le génie et les moeurs des générations disparues.
Les Patois de France, dont nous traiterons d’abord, se divisaient, au Moyen Age, en deux familles aussi tranchées que les races qu’ils représentent : celle des Patois méridionaux parlés par la race romaine et gallo-romaine, et celle des Patois français, idiomes vulgaires des populations établies en deçà de la Loire. On compte douze dialectes principaux dans la première famille : le languedocien , le provençal, le gascon proprement dit, Yage?iois, le bordelais, \e béarnais, le guercinois , le rouergal , Y auvergnat , le limousin , le périgourdin et le dauphinois. Tous ces dialectes dérivent directement du latin que Rome imposa jadis, après la conquête, comme langue nationale. 11 s’y mêle seulement, en (juantité assez notable, des débris des langues parlées avant l’arrivée des Romains, telles que le grec et le celtique, car la variété des idiomes fut un des traits caractérisli(pies des Gaulois, qui, au rapport de César, avaient autant de manières de s’exi)rimer, que de tribus : Eâdeni non usque qtiâque linguâ utuntur, sed paululum variala. A cet élément celto-grec vint s’ajouter plus tard, à la chute de l’Empire, une petite invasion de mots gothiques et arabes, lesquels, perdus sous l’alluvion latine, achevèrent de constituer le fonds des Patois actuels. Tous ces patois vécurent isolés et parlés par le peiq)le, sans participer aux progrès des langues néo-latines, que les troubadours, au midi, portèrent à un si haut point de perfection, que les trouvères firent si piquantes et si pittorescjues au nord. Ils dégénérèrent bien un peu, ils laissèrent bien se faner quelques-unes de leurs vieilles couleurs: mais, en définitive, comme le peuple est celui qui oublie le moins les traditions et le langage de ses pères, ils traversèrent victorieusement le Moyen Age et la Renaissance, où nous nous plaçons pour les peindre, en commençant par le languedocien.
Voici comment Goudouli définissait ce Patois, au commencement du dix-septième siècle, dans sa prose mignarde, si étrangement coloriée, si originale et si inimitable : « Repoussons tous ceux qui font la grimace à la moimdi ne {moundino, toulousaine),
tant parce qu’il leur est impossible de se plonger dans la connaissance de sa grâce {emprigoundi dedin la connaissenço de sa gracia) , que pour nous faire croire qu’ils ont trouvé la fève au gâteau de la suflisance. Chassons le mépris avec le mépris, et de toutes leurs paroles railleuses et moqueuses {nffîados et Irnfandièros) faisons des bulles de savon !... Car, je vous le demande, est-ce que la rose pompon {muscadclo) cesse de nous chatouiller l’odorat et les yeux , parce que le frelon enfouit son aiguillon dans ses feuilles vermeilles?... Nourrisson de Toulouse, il me plaît de maintenir son langage beau et capable de débrouiller toute sorte de conceptions, et parce motif, tout à fait digne de se
pavaner avec un plumet de prix et d’estime! Un seul reproche on lui peut faire, c'est de devoir quelque chose au latin; mais, s’il lui a emprunté comme le français, l’italien et l’espagnol, qui se vantent avec raison d'avoir atteint le [)lushaut échelon de la perfecli()n, ne puis-je citer une foule de mots du [)ays qui vivent de leurs rentes, tels (jue bruc, hruyère; casca/, hahil; carrmra, grincer, etc. Par ma foi, leur antiquité me feiait croire que lorsque les langues se trouvèrent, par le mandement de Dieu, au tomheau de Nemrod, la nôtre était du nombre. Si d’ailleurs Tolus, petit-fils de Noé, a, selon ro()inion commune, fondé Toulouse, il n’y aurait rien d’extraordinaire qu’elle eût servi à la construction de ce bâtiment, dont les girouettes devaient raser le ciel et prévenir le débordement printannier [mcujenc) d’un autre déluge. »
Sans remonter aussi haut que Goudouli, on peut établir, à l’aide de documents histoliqiies certains, l’antiquité du Patojs de Toulouse, et démontrer combien peu il a subi d’altérations dans sa marche à travers les siècles.
Sans parler ici des Serments, trop de fois cités, de 842, dont le Patois toulousain aurait le droit de revendiquer la moitié des mots, il existe une épitaphe qui lui appartient tout entière, car, aujourd’hui même, aucune des expressions qu’elle renferme n’est bannie du langage usuel. Cette épitaphe est celle de Bernhard, duc de Septimanie, poignardé par l'empereur Carie le Chauve dans le cloître de Saint-Sernin de Toulouse :
Aissi jay lo coms eN Bernat , Fidel credeire al sang sacrat Que tos temps pros hom es estât.
Preguem la divina bontat Qu'aquela fis que l'a tuât,
Posca son arm’ aver salvat.
Ici Bernlnrd est enterré, Croyaiil fidèle au sang sacré, Qui toujours montra loyaulé.
Prions la divine bonté.
Que cet(e fin qui l’a tué, Puisse son âme avoir sauvée!
Retrouvée au commencement du dix-septième siècle et communiquée à La Faille, auteur des Annales de Toulouse, par M. de Masnau, conseiller au parlement, cette pièce lût traitée d’apocryphe par Baluze , et a été regardée par M. Raynouard comme se rapportant au milieu du douzième siècle. Nous l’avons restituée avec soin, et maintenons qu’elle ne dépasse pas l’an 1000. En accordant, au surplus, qu’elle est postérieure à cette époque, on ne peut nier que le Patois ne fût formé depuis longtemps, puisque, malgré les huit cents ans écoulés, h très-peu de différence près, la langue de cette inscription est la langue vulgaire actuelle. Ce fait est surabondamment démontré par les monuments de 1230. On pourrait lire, au premier paysan venu des rives de la Garonne, de l’Orh ou de l’Agout, le morceau suivant de l’histoire originale de la Croisade , qu’il le traduirait sur-le-champ sans hésitation :
Or (lis riiisloria que can ledit comte Ramon fouec mort Or, dit l’iiistoire, que lorsque le comte Raimon fut jiiorl et aisso escumcniat l’an 1228, se Iroba que lodit comte Jove et même excommunié l’an 1228, il se trouva que ledit comte 'olguel pacifikaret accordai- tôt et cascuns del débats è ques- Jeune voulut pacifier et accorder tous et cbacuns des débats tios qu’el è son dicb paire avian agut. et diflérends que sondit père et lui avaient eus.
Décalque un peu pâle, mais fidèle du latin vulgaire, le Patois languedocien , pendant
lüiil le Moyen Age, la Renaissance et la période séculaire qui précéda et suivit les guerres de religion, conserve sa clarlé, son allure vive et ses terminaisons romaines, comme le prouvent ces fragments empruntés aux treizième, quatorzième, quinzième et seizième siècles.
Que iieguna femna ni aulra doua de la villa ni de la lionor Que nulle dame ni autre femme de la ville ou de riionneur de Montalba no corleja ni auze corlejar neguna jazenl , si no (territoire) de Monlauban ne fréquente ni ne s’avise de fréera cosina seconda déla o de so marit o cozina gcrmana é quenler sa voisine, à moins qu’elle ne soit sacousine germaine daqui en amont o comaires; e aquelas que o puosco far tan ou celle de son mari, ou plus proche encore, ou sa commère, solamen lo dimenlgeè no en un autre dia de la semena, ex- et que ces fréquentations ne puissent avoir lieu que le dicepladas Joglaressas. manche et non un autre jour de la semaine. Sont exceptées
{Ordenanaa déU veatirs de laa donaa de Montalba, Arclilves de Monlauban, loUlofois lôS l)ül<ldinCS. livre Rouge, fol. 60, an 1291).
L’an 1309 lo X jorn de jonoycr, lo rei de Fransa son cos propri fes cremazar mestre J . de Betizac à Ttdosa quar dis que era eretge. Item, sapchatz que lo rei voliè que J. de Betizac perdes la testa, et J. de Betizac ausit que la testa dévia perdre respoudet al rei qu’el avié agut d’una Juzieva dos éfans è que eretge era et la jusiicia partenié al cnqueredor è non al rei, item lo rei ausit aquéstas paraulas de sohre dig. J. de Betizac comandet que fo ars è cremal et aitisins fo fag lo rei
préSGllS. (Mé:n ires mss. de B. de BovisseL)
Dona Clamença se bous plat Jou bous dirè pla la bertat De la guerra que sés passada Entre Pey lou rei de Lèoun,
Hanric soun fray rei d’Aragoun È dab Guesclin soun camarada.
L’honor, la fè, l’amour de Deus Eran touts lous soulis mouteus Qu’els portaron d’ana fa guerra Contra lous cruels Sarrazis,
Aquo fac que nostrès Moundis Se bouteguen jouis la hanera.
Deus ! qu’ero aco en aquel temps !
Las femnas qu’crou l’abets prens Bouleban estar ajagudas,
È que leurs efans fouron grans Per poudè pourta lous carcans È las bêlas lansas agudas !...
L’an 1509 et le dixième jour de janvier, le roi de France lit brûler son propre cousin à Toulouse, maître J. de Bélizac, qui était, disait-il, hérétique. Item, sachez que le roi voulait que J. de Bétizac perdît la tète, et J. de Bétizac voyant que la tête il devait perdre, répondit au roi qu’il avait eu deux enfants d’une Juive et qu’il était hérétique et justiciable de l’inquisiteur. Le roi, à ces paroles, ordonna que J. de Bétizac fût ars et rôti, ce qui fut fait, le roi présent.
Dame Cleraence, s’il vous plaît.
Je vous dirai la vérité De la guerre qui s’est passée Entre Pierre, le roi de Léon,
Henry, son frère, roi d’Aragon Et Du Guesclin son camarade.
L’honneur, la foi, l’amour de Dieu Étaient les seuls motifs Qui les portaient à faire la guerre Aux cruels Sarrazins,
Ce qui fit que nos Toulousains Se rangèrent sous leur bannière.
Dieu ! le beau temps que c’était alors !
Jusqu’aux femmes enceintes Qui auraient voulu être mères,
• Et que leurs enfants fussent grands
Pour pouvoir porter les colliers d’or Et les belles lances aiguës !
(Chanson dite la Vérité, faite au commencement du quinzième siècle, sur la guerre d’Espagne).
Dans ces trois morceaux, entre lesquels il y a trois siècles, bien qu’appartenant d ailleurs aux trois principaux dialectes du languedocien, le toulousain, le dialecte du Tarn et celui du Bas-Languedoc, on ne remarque, à part la physionomie un peu romane du récit de Bovisset, que deux différences de prononciation : la finale en è des verbes voliè, parleniè , aviè, et celle en a des substantifs passada, camarada, qui depuis le seizième siècle est en o :
lin bezen cos un camarado, Diiii qui soubcn aben rigut, Tout l’esprit se m’es emaugut E ma gayetat relirado.
En voyant mort un camarade
Avec lequel nous avons souvent ri,
Tout mon esprit s’est troublé, Toute ma gaîté s’est enfuie....
(Goudouli, Noubèio noiireto dcl ramelct motmdi.)
Encore, le premier idiotisme, pour confirmer ce qui a etc avancé plus haut, savoir que le Patois languedocien n’a presque pas changé depuis huit siècles, se retrouve-t-il intégralement dans le Patois contemporain :
E què quant aco lou prenié.
Tout braffant annav è venié.
(Le Siège de Caderousee, 1er chant.)
Lon paüc dè fuin que sourtissié,
A rè de boun nou sentissié.
(/d., 2e chant.)
Te perdiei dins aquel miebant sounebé mi fugissiés.
(Le Trésor de Suftetan/eon. scène 4.)
Et que lorsque cela le prenait.
Tout furieux il allait et venait...
Le peu de fumée qui sortait, A rien de bon ne sentait.
Je te perdais dans ce mauvais rêve... (u me fuyais. ..
Durant tout le Moyen Age et dans la brillante période appelée Renaissance , le dialecte du Languedoc fut le premier, sans contredit, des dérivés de la langue rustique et du roman; comme le climat influe largement sur le langage d’un peuple, et que celui de rOccilanie est un des plus beaux de la France, l’azur de ce ciel admirable, les rayons d’or du soleil de Montpellier et de Toulouse, les paysages ravissants de fraîcheur de Béziers et de Limoux, les vertes collines du Minervois, les vallées délicieuses de l’Hérault et de l’Aude se reflètent, pour ainsi dire, dans le Patois languedocien. On sent, à sa douceur mélodieuse, qu’il naquit sous l’olivier et le platane; la poésie imagée de ses expressions, la vivacité de ses tournures, rappellent ces terres si fécondes en moissons, en fruits et en fleurs, et au parfum d’antiquité qu’il exhale, on reconnaît les souvenirs de Rome et de la Grèce, comme, lorsque l’autan souffle au printemps, on reconnaît les senteurs embaumées des Baléares.
Le seul dialecte qui pût lui disputer la palme au Moyen Age, était peut-être le béarnais. Rétléchissant dans ses mots gracieux la riante nature des Pyrénées, ce Patois du Béarn est, de tous les dialectes formés des débris du celtique, du grec, du latin et de l’arabe, celui qui a le plus de suavité, de nombre, d’harmonie et de mollesse. Ainsi que l’italien, il se plie très-facilement aux compositions poétiques. Ce qui contribue surtout à lui donner une grâce infinie , c’est que presque tous ses substantifs ont un diminutif et un augmentatif. Il abonde en termes techniques, exprimant, d’un seul mot et d’une manière énergique et pittoresque, ce qu’on ne saurait rendre en français que par une périphrase. Biche en verbes qui se conjuguent facilement, et dont les modes sont d’une régularité et d’une rapidité singulières, car ils rejettent l’aide des pronoms, en participes qu’on forme en ajoutant un mot, il doit, à l’abondance de ses voyelles, cette richesse musicale et cette prosodie qui en font le Patois le plus doux des provinces du Sud. (Vignaxcourt, Notice sur les poésies béarnaises.)
ni
Voyez si, en écoulant cette chanson que Gaston Phœbus écrivait au quatorzième siècle, on trouve l’éloge exagéré :
Aqueres mountines Que la liaütos soun Doundines Que ta Iiaütos soun Doundoun.
Ces montagnes Qui si haules sont , Dondine!
Qui si hautes sont, Dondon !
M’empaclien de bède Mas amours oun soun Doundène
Mes amours oun soun Doundoun.
M’empêchent de voir Mes amours où ils sont.
Dondène!
Mes amours où ils sont, Dondon !
Si sabï las bède Ou las rencountra Doundène,
Ou las rencountra Dounda.
Passeri l’aiguette Chen poü de m’nega Doundène,
Chen poü de m’nega Dounda.
Si je savais les voir,
Ou les rencontrer, Dondène !
Ou les rencontrer, Dondé !
Je passerais le Gave Sans peur de me noyer, Dondène !
Sans peur de me noyer, Dondé !
La même douceur caractérise le cantique populaire qu’entonna courageusement Jeanne d’Albrel en donnant le jour h Henri IV :
Nouste Dame deü cap deü poun Ayudat me à d’aquest bore ;
Prcgats per me aû Diou deü Ceü Qu’me bouille bie delioura leü ;
D’u maynat qu’a m’fassie lou doun.
Tout d’inquaübaüt dous monte l’implore.
Nouste Dame deü cap deü poun Ayudat me à d’aquesl bore!...
Notre Dame du bout du pont,
Ob ! secourez-moi à cette heure :
Priez pour moi le dieu du Ciel,
Qu’il veuille bien me délivrer bientôt !
D’un garçon qu’il me fasse don ,
Jusque par-dessus les montagnes je l’implore! Notre Dame du bout du pont.
Oh! secourez-moi à cette heure!...
Tel était le Patois béarnais au Moyen Age, avant qu’il se fût encore adouci et assoupli dans les vers mielleux de Despourrins. D’une nature complètement opposée, le provençal vulgaire se teignit fortement, lors de la première formation, d’une couleur hellénique. Le latin domina bien dans la constitution générale de ce dialecte , comme dans celle de tous les autres, mais sous l’enveloppe romaine, le radical grec, primitivement enseigné aux Gelto-Ligures par les émigrants de Phocée, s’était conservé et perçait toujours. Ainsi, la plupart des mots qui expriment les actions de la vie maritime ou pastorale des ancêtres furent purement ioniens. Le fdet h mailles larges porta le nom A' aragnaou (ràf7.;o), les fdels ordinaires prirent ceux de bregin, calen, gamgui, madrago, eissaougo, SPligOUtlttire (de êpoü;, xaXivàj «Kiaa-yo, favj'â|jLn, jzàvSpa— (Z';ü), aâyiîvr.) . Coilime IcS COlOllS phOCeCUS leurs pères, les Provençaux du Moyen Age appelèrent la barque sqidfou (de az.àur,) , la
hune(/a6«s (deT*S‘;), le cvoc, ganchnu [Aq •yau.^b,-); les chevilles pour les rames, escaoume (de (Txax.ixci;), eiî même temps qu’ils appelaient l’cclair, lan (de >.«^4.;), le pétrin, maslro (de (Axjcrjia), le bourgeon de la vigne, bourrou (de les clôtures de parc, cledos
(dexxiJo;), et le pain arloun (d’apro;). Outre une grande partie des termes de la vie commune, les Provençaux gardèrent encore des Grecs la prononciation gutturale et les èsprits rudes. A ces dilférences près, le Patois provençal du Moyen Age et de la Renaissance se rapprochait singulièrement, et de manière à -se confondre avec les plus voisins, des autres dialectes méridionaux, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre en comparant ces trois morceaux qui remontent au quatorzième, au quinzième et au seizième siècles.
Le premier est uu extrait des Registres de la cour des comptes de Marseille , daté de 1358 :
Comte fayt entré mossegnor Folco de Agout, segnor d’Assaüt et de Ralhan.a, scnescal de Proeiisa en nom é per lo rei Lois et inadoiia la regiiia d’una part, et mossegnor Jélian, comte d’Armagnac d'autra part, per la maniera que sensiet. Prémieramen, deu lodit mossegnor lo senescal en nom que dessus al dit mossegnor d’Armanhac per las premieras convenansas faitas entre lor so es essaber per lo servie! que lodit mossegnor d’Armanbac a fayt en la guerra de Proensa...
Compte fait entre monseigneur Foulques d’Agoùt, seigneur d’Assault et de Ralbane , sénécbal de Provence , au nom et pour le roi Louis et madame la reine d’une part ; et de l’autre, monseigneur Jeban , comte d’Armagnac , ainsi qu’il suit : Premièrement, doit ledit monseigneur le sénéchal audit monseigneur d’Armagnac, par les conventions entre eux faites, savoir pour le service que ledit M. d’Armagnac a fait en la guerre de Provence...
Le second monument, qui nous sert h établir parfaitement l’état du Patois provençal au quinzième siècle, est le début des États de Provence, le 9 octobre 1473 :
Lo nom de Nostre Senhor Dieus J.-C. é de la sia gloriosa mairé et de tola la santa cort celeslial envocan, loqual eu tota bona é perfecta obra si deu envocar, car del processit tôt bon é pacifie ensenhamen é pareillemen del très que haut é très cxcellen princé é senhor nostré rei Rcigniér per la gracia de Dieus, rei de Jérusalem, de Arago, de ambas las Sicilias, de Valencia. »
(Elals de Provence aous le roi René, registre Potentiop.)
Le nom de Notre Seigneur Dieu J.-C. et de sa glorieuse Mère et de toute la sainte Cour céleste nous invoquons, lequel se doit en toute œuvre bonne et parfaite invoquer, car de lui procède tout bon et pacifique enseignement et pareillement celui de notre très-haut et très-excellent prince et seigneur le roi René, par la grâce de Dieu, roi de Jérusalem, d’Aragon, des Deux-Siciles et de Valence...
Et afin qu’on ne dise pas que ces deux documents sont dans une langue différente de celle du peuple, voici la formule des épousailles en 1361, et une lettre d’un ouvrier de Grasse, écrite au quinzième siècle, qui montrent s’il y avait deux idiomes vulgaires en Provence :
leu Bérenguièra donc mon cos à tu Johan per liai moller e per liai spoza.
A quoi Jean répondait :
Et ieu ti recebe et donc moun cos à tu Berenguièra , per liai marit é per liai spos.
(Troisième cartulaire de Jean Delptiin, notaire à Draguignan.}
Moi Bérangère, je donne mon corps à toi, Jehan, en qualité de femme loyale et de loyale épouse.
Et moi je te reçois et te donne mon corps , Bérangère , à titre de loyal mari et de loyal conjoint.
La lettre, datée d’Arles, était ainsi conçue ;
« Senhe paire à vous de bon cor ini recomandi ; la présent es per vous avisar como y’eu ai resauput voiro letlro en laquai mi mandas belcop de bcsonlios ; yeu ai resauput ma roupo ambe mas camisos et alcuns libres del magister Joban Maurel losquals los l’y ai donals ; d’autra part, se non âges pensât et sauput que mon mestré non âges, tengut botiquo ni esperanso de tenir, yeu non fosso pas vengut en Arle per demorar embel, car jamai non tendra botiquo. Yeu ai mandat à Bernart dos otres lettros, é el non es vengut, car el era malaul. Mathiou tirant as Aïs, l’y passet de qué lo Irobet al liech, non poguet venir, mais lodit mon fraire es tornat à Aïs lodit jorn qué la lettre es faebo, l’y ai dich qué fesso venir Bernart o si el non venié yeu non l’attendraï plus, car non delibéri de perdré moun temps et veyraï de trobar qualqué partit : Non autro al présent voys qué à Dieus sie en vos : m’y recommandères si us plas , à ma maïre , à mas serres et conliats et à tous nostres bouns amies. »
(Bouche, Essat sur l'J/tstoire de Provencf,)
« Seigneur père, à vous de bon cœur je me recommande; la présente est pour vous annoncer que j’ai reçu votre lettre dans laquelle vous me mandez beaucoup de détails ; j’ai reçu aussi mon caban, mes chemises et quelques livres du magister Jean Maurel, que je lui ai donnés. D’autre part, si je n’avais pas cru et pensé que mon maître avait une boutique, tandis qu’il n’est pas même dans l’espérance d’en ouvrir, je me serais bien gardé de venir chez lui à Arles. J’ai écrit à Bernard deux lettres, mais il n'est pas venu, car il était malade. Mathieu, qui tirait vers Aix, passa chez lui et le trouva au lit ; mon frère, toutefois, étant retourné à Aix le jour où je finissais cette lettre, je l’ai chargé de faire venir Bernard, car s’il ne venait pas, il me serait impossible de l’attendre, mon intention n’étant, certes, de perdre ici mon temps. Je délibérerai donc de prendre un parti définitif. Je n’ajouterai plus rien , sinon que Dieu soit avec vous. Recommandez-moi, s’il vous plaît, à ma mère, à mes sœurs et cousins, et à tous nos bons amis. »
Comme pour contrasler avec la rudesse native du provençal , et se liant par sa douceur avec le languedocien, par l’harmonie de ses inflexions avec le béarnais, le Patois gascon proprement dit, se développa au Moyen Age dans ces vallées qui s’ouvrent, ainsi que les rayons d’un éventail, depuis le pied des Pyrénées jusqu’à la Garonne et l’Océan. Dans ce vaste espace, les influences locales le modifièrent h la longue et le partagèrent en deux dialectes principaux : sur le dialecte supérieur, ce fut le béarnais qui agit; sur le dialecte inférieur, partant de la Réole et s’étendant dans tout le Bordelais et l’entredeux mers, ce furent deux causes bien opposées : le climat mou, pluvieux et humide qui détend les fibres et engourdit les populations, ou du moins les rend lymphatiques, et la domination anglaise. Les Anglais de 1152 h 1457, c’est-à-dire durant trois cents ans, possédèrent ces belles contrées. Or, la langue qu’ils employaient dans leurs relations privées et politiques, était celle que parlaient nos pères du Nord. Nul doute à cet égard, car il nous reste la plus grande partie de leurs actes, et particulièrement la correspondance des gouverneui’s et des princes, dont nous citerons en preuve ce curieux spécimen échappé en 1355 à la plume du fameux Prince noir :
« Révèrent père en Diex et très foiable ami, voiliez savoir que puis la feisance de nos « darreins lettres que nous vous envoiasmes, accordé est par avys et consel de tous les « seigneurs eslauntz entour nous et de seigneurs et de barons de Gascoigne, par cause « que le comte d’Eininacke (d’ Armagnac) estoit clieveteyn des guerres nostre adversaire « et son lieutenant en tout le pays de Lange de Oke (Languedoc) , nous veinmes à Car- « cassoun, qui est ville plus graunt, plus fort et plus béai que York, et à Seint-Matan, « aussi graunt que Norwiche (Norwick. » (Robert d’AvESBURv; p. 210.)
Il était donc tout naturel que cette langue septentrionale déteignît pendant ces trois siècles sur le Patois du Bordelais, où régnait sans rivale l’influence de l’Angleterre, tandis que les comtés plus éloignés comme l’Agenais, ou soumis comme l’Armagnac et
les sables (lu Landescol et à des féodaux indépendants, conservaient pur et sans mélange l’idiome national.
Ainsi, en 1356, le comte d’ Armagnac annonçait en ces termes, aux peuples de sa jui idiction, l’issue funeste de la bataille de Poitiers :
« Cars amies ab la plus gran trislor et dolor de cor que « Chers amis, avec la plus grande tristesse et douleur d’âme avenir nos poguès vos fau assaher que dilus ac VIII jorns que qui pût nous advenir, je vous fais savoir que lundi, il y eut huit lü rei niossenhor se combaltct al) lo prince de Gulas. )> jours, le roi monseigneur livra bataille au prince de Galles... »
Un peu gourmé toutefois dans la bouche des grands et surtout dans celle des d’ Armagnac (car on se rappela longtemps, à la cour de France, la fière parodie du Quos e(jo, aux temps des guerres de la Croix Blanche : Se y dabalü... Si je descends!...), le Patois gascon reprenait toute sa gentillesse et ses grâces naïves sur les lèvres du peuple. Peuton rien voir de plus gracieux que cette chanson, qui retentit, dans tout le Moyen Age, sous les tourelles des seigneurs de l’Agenais, quand les blés doraient les plaines?
Lou boun Diou bous baillé tant de béous