C.oume las poulos ereii d’éous
Gentiou Seignou !
Ah ! dounatz y la guillonèou As compagnons !
Lou boun Diou bous baillé tant de poulets
Couine las ségos ban de brouquets Gentiou Seignou!
-Ab! dounalz y, etc.
Lou boun Diou bous baillé tant de pitchoiis
Coumo de pletz as coutillous,
Gentiou Seignou !
Ah ! dounatz y, etc.
E jou né un hastuun bien heit,
Qué rollo lé joun é la neit,
Gentiou Seignou!
Ah ! dounatz y, etc.
Si m’asseben bubo un cop,
Pourtari millou moun esclop,
Gentiou Seignou!
.Ah ! dounatz y, etc.
Lebon Dieu vous donne autant de bœufs
Que nos poules nous feront d’œufs.
Gentil Seigneur!
Ah! donnez donc la guionnée Aux compagnons!...
Le bon Dieu vous donne autant de poulets
Que les moissons ont de bouquets.
Gentil Seigneur!
Ah ! donnez donc, etc.
Le bon Dieu vous donne autant de garçons
Qu’il est de plis à ces jupons.
Gentil Seigneur !
Ah ! donnez donc, etc.
Mon bâton est bien fait : sans bruit,
Il roule le jour et la nuit.
Gentil Seigneur!
Ah ! donnez donc, etc.
Mais si je bois un coup bientôt.
J’en traînerai mieux mon sabot.
Gentil Seigneur !
Ab ! donnez donc, etc.
Séparé de ce doux idiome par la Garonne au sud et par les limites de l’Agenais à l’ouest, le dialecte du bas Quercy et de la partie de l’Albigeois, située sur la rive droilt» du Tarn, tenait le milieu entre l’euphonie agenaise et la dureté des dialectes montagnards qui le pressaient au nord. Essentiellement latin, à tel point que, dans certains (îintons , h Castel-Sarrazin et h U.ampsas, par exemple , la plupart des verbes se con-
Bslles-Lettres.
PATOIS, Fol. V
jugiieiil cüiiiiiie à Rome : mi dixerunt (ils me dirent), mi fecerunt, etc., ce Patois offre la plus grande clarté, et à la régularité de ses formes grammalicales, on s’aperçoit qu’il a été fixé de bonne heure : nous comparerions, en effet, un de ses monuments les plus curieux , le poème de Sainte-Foi, si populaire dans le onzième siècle , que toute la Biscaye et r Aragon et les contrées gasconnes ( tola Basconh et Aragos e len conlrada de Guuscos) le savaient par cœur, à un fragment pris dans le langage actuel, sans y trouver une divergence sensible. Tel il était au Moyen Age, tel il est aujourd’hui. Ceux qui auraient désir de l’éliulier, en jugeront h ces quelques vers du poème de Sainte-Foi :
Aprep can Jesus Cliristz fo natz, Mes en cros è ressuscilatz...
Altra ves s’enilevciic un dia Que una pro feninia issia E menet son efan per ma.
Dieus que tarai de nioun efan!
Lassa captiva, coin soy morta Que l’aiga moun efan n’eporta !
(Mss. de r.Arsenal, n° 10 .
Après quand Jésus-Christ fut né,
Mis en croix et ressuscité...
Une autre fois, il se trouva qu’un jour Une femme arrivait.
Menant son enfant par la main...
Dieu! que ferai-je de mon enfant?
Hélas ! malheureuse, je suis morte.
L’eau mou enfant emporte !...
Un autre caractère du Patois du Tarn, qui se rattachait par un nouveau lien à la langue latine , c’est la richesse des diminutifs et des augmentatifs. Aussi opulent sous ce rapport que le béarnais, il ne différait que par le son des voyelles, sourdes quelquefois en Béarn comme \'e muet français et qui sonnent toujours o et ou dans le Patois du Tarn. L’Albigeois, le Montalbanais, voulaient-ils parler, au Moyen Age, d’un pré, d’un grand pré ou d’une vaste prairie, ils rendaient leur idée sans le secours d’un adjectif, et disaient : un pî'at, uno pradOjtmo pradayo. S’ils voulaient désigner, au contraire, un petit pré ou un pré d’une extrême petitesse, leur Patois leur fournissait deux mots parfaits : pradel, pradèlou. De même, au lieu de dire un joli petit ange, un joli enfant, un petit troupeau, un petit agneau, un petit oiseau, un petit chien, une pouliche, ils disaient un augèlou, un anfètou, un auzèlou, un cagnoultou, un troupèlou, uno cabalèlo. (Massol, Histoire du pays d' Albigeois.)
Le Patois du Tarn dot la série des Patois méridionaux des plaines, et il ne reste plus qu’à examiner le groupe des Patois montagnards. Il se compose de quatre grands rameaux sortis également et provignés, comme disait le vieux Caseneuve, de la souche romaine, le quercinois supérieur, le ruthènois ou rouergal, le périgourdin et le limousin. Ce qui les distingua tous aux époques dont nous nous occupons, et ce qui les distingue encore, ce fut d’abord une sorte de rudesse originelle, due, à n’en pas douter, aux premiers radicaux celtiques, rudesse dont ces idiomes ne se dépouilleront qu’en mourant. Plusieurs causes empêchèrent que ce langage s’adoucit et se pliât h des formes plus euphoniques : la première est l’isolement de l’homme; la seconde, l’âpreté du sol qui l’a vu naître, et sur lequel il se développe au milieu des plus durs travaux. Sur ces
(ilaleaux calcaires fol lement accidentés, la vie est une lutte perpétuelle contre la nature, et le travail un effort quotidien, une tension brutale de toute la force physique. A moilii* cultivé, désert par intervalles, et d’un aspect généralement sombre et sauvage, tout ce réseau de montagnes qui tourne autour des bassins de la Dordogne et du Tarn et va s’attacher aux pics granitiques de l’Auvergne, n’entendit jamais qu’une langue moins douce, moins (lexible, moins harmonieuse, que celle des plaines, bien qu’elle ne fût dépourvue ni de vigueur ni de correction.
En premier lieu, il faut constater une fait important, je veux parler de la similitude des quatre dialectes, au Moyen Age et jusque vers la fin du quinzième siècle : cette similitude va résulter pour nous de la comparaison de morceaux détachés de chacun des divers dialectes montagnards.
Et fo mandat al Rci per nicssatgc coron, Que Quintia, l’avescjuc de Rliodes veramen, Era fugit sa oltra per ponre gandinem,
Car la gent de Rhodes a fag perseguimen, Disen que la volia venre certanamen Al nohlè rei de Fransa et era amaranien...
Il fut mandé au roi par messager courant,
Que Quintilien, l'évêque de Rodez vraiment, S’élait enfui pardelà pour trouver asile.
Car le peuple de Rodez l’avait poursuivi, Disant qu’il le voulait vendre certainemeiil Au noble roi de Fi-ance, et cela lui était amer.
(DoMtN'ici, Disqui?ilio de Prærogativâ allodiorum in provinciis Narbonensi el Aquitanâ.)
De ce morceau rimé en Rouergue, vers le milieu du treizième siècle, rapprochez cette inscription, copiée par nous, en 1837, sur le mur intérieur de l’oratoire de Rocamadour. en Quercy :
Remambransa sia qitod an No : dni : M. CC : LXXXX : VU.
L O Senhor de Ileljoc ; laissed :
VI sols : de renda : per son :
Aniversari : al : coven de Rocamador :
Laquais : es : en : la : (esta : Bti : Marcelli:
Qu’il soit mémoire, que, l’année Du Seigneur 1297,
Le seigneur de Beaujeu laissa 6 sols de rente pour son anniversaire Au couvent de Rocamadour :
Lequel anniversaire se trouve le Jour de la fête du bienheureux Marcel.
Ajoutez ce fragment, dicté, le 22 septembre 1425, par Arcliambaud VI, comte de Périgord :
Premieramen, donan e recommandai! noslra arma è nosire cor a nostre seignorDieu tout poderos, et a la Verges gloriosa maire de nostre Salvador et a tota la cor celestial de paradis et en aprep ordenam què quand se vendra que nos irem de vita a trepassamen volem et ordenam eslre sebelit en la sepullura laquai mossenbor mon paire Archambault, comte de Périgord, faix far en lo coven dels fraires minours de Mounlignac, laissai! mieg quintal de cera aldigs fraires per la luminarie del outare per far quattre torchos per ardre lo joun lie nostra sepultura. »
(Ribliotlièque nationaley collection Doat, tora. 244.)
Premièrement, nous donnons et recommandons notre âme et notre corps à notre Seigneur Dieu tout-puissant et à la Vierge glorieuse mère de notre Sauveur et à toute la cour céleste du Paradis , et puis nous ordonnons qu’au moment où nous passerons de vie à trépas , on nous porte dans le tombeau que monseigneur mon père Arcliambaud, comte de Périgord, fit faire au couvent des Frères-mineurs de Montignac, laissant un demi-quintal de cire auxdits frères pour le luminaire de l’autel et pour quatre torches qui devront brûler le jour de notre sépulture.
Puis, ce vieux forléal de la ville de Limoges, tracé vers la fin du quinzième siècle :
VT
Le dijeou XII d’october foguet fag lo forleal deu vi en !a Le jeudi 12 d’octobre, fut fait le forléal du vin en la manianiera accoustumado e publiât a soun de troumpo ; la cargo nière accoutumée, et publié à son de trompe : soit la charge den vi 27 sols 5 deniers. de vin 27 sols 3 deniers.
Et la comparaison de ces quatre morceaux aehevée, personne ne pourra nier que les (|uatre dialectes ne fussent identiques, au Moyen Age. Vers la fin de la Renaissance, il s’opéra en eux un changement de prononciation très-remarquable et qui fut simultané et général : toutes les terminaisons en a sonnèrent o ; la voyelle a céda presque partout la place h la voyelle o, ce qui rendit tout h coup les quatre Patois sourds et lourds. Reconiiaîtrail-on, par exemple, la langue précédente, si dégagée et si lucide, dans celle chanson limousine de la fin du seizième siècle?
Toleü qn’oven piola l’oulado Goloupon dit! loti scttodour Oti porlan de nostre omoiir,
Ou d’oquèlo qiiè nous ogrado.
Tan que sen dret son ébourlbià Per uno nivu de fumado Ma l’io dous dès par s’ossita Eital se passe lo viliado.
Dès que nous avons pelé la potée de châtaignes, Nous galoppons dans le séchoir :
Là, nous parlons de notre amour Et de celle qui nous plaît le plus.
Tant que nous sommes debout , nous restons aveuglés Par un nuage de fumée.
Mais il y a de la paille pour s'asseoir;
Et ainsi la veillée se passe...
En 1 150, la langue polie de l’Auvergne était celle de tout le midi. Pierre le Troubadour chaulait ainsi à cetle époque :
Belba mes la Hors d’aguilcii Quant aug del fin joy la doussor Que fan l’auzel novellamen,
Pel temps qu’es tornat en verdor E son de flor cubert li ran Gruec vermèlb è vert è blan.
Belle n’est la fleur d’églantier.
Lorsque j’entends la douce joie Qu’exhale l’oiseau printannier.
Au temps où la plaine verdoie,
Et qu’on n’aperçoit dans les champs.
Que bouquets rouges, verts et blancs.
Or, dans ces vers qui appartiennent, je le répète, à la langue romane, langue poétique et politique de tout le midi, nul trait distinctif pour l’Auvergne. Le caractère général de la langue romano-méridionale était l’unité et l’imiformité la plus rigoureuse, soit (|u’on la parlât au sud, à l’est, h l’ouest ou au nord de la partie Aquitanique. Il n’en était pas de même des Patois qu’une teinte locale distinguait toujours. Ainsi, le Patois auvergnat, congénère avec les Patois montagnards, et composé des mêmes éléments gallo-romains, plus mêlés de grec toutefois, était séparé des dialectes voisins par une série d’idiotismes qui lui donnaient une couleur toute particulière. Profusion de voyelles, grand penchant à l’élision, emploi fréquent du z reproductif du l des Grecs, adoucissement des consonnes fortes, et, de préférence, pour les finales en a et en ia ; voilà ce qui, au Moyen Age, caractérisa d’abord le Patois d’Auvergne. 11 était le premier d’ailleui’s qui eût substitué le v h l’s et le c même, comme il fait encore aujourd’hui :
Ati Von dor sen paü d’avei dè fau vegi Ni moul’ (ro de cugi.
(Joseph Pastubel, chanlrc do l’église de Morilforrand).
Ici l’on doi’(, sans peur d’avoir de faux voisins Et beaucoup trop de cousins.
Son rè dcaure à Seignour lou bcii rjuille a (ou cheau : Sans rien devoir au Seigneur loul liien quitte et tout sien.
Lou princes que eligit fuc En avio nom Tèvè lou duc, Cougi gerni’ à l’eniperadour.
Le prince qui fut élu Avait nom Tcve le duc,
Cousin germain de l’empereur...
[.Ms. de lii Vie de Ste-Valérie de Limuges).
Quant au Patois dauphinois qui ferme le cercle des Patois méridionaux, il se présentait, quoique dans une zone bien éloignée, avec les mêmes teintes françaises que le bordelais. Comme ce dernier, en elîet, il avait \'e muet pour terminaison, là où les autres dialectes employaient rigoureusement les voyelles o ou a, et de plus il fourmillait d’une terminaison en i qui lui était propre :
Table qui branle,
Fille qui court Et femme qui parle latin.
Feront toujours mauvaise lin.
Table qui brande,
Filli qui landre E fenna qui parla lali, Fara toujou n’a mala fi.
Le fonds, du reste, se composait, comme chez les autres, d’un mélange de celtique, de grec, de latin, parsemé de mots barbares en état d’insurrection contre toutes les règles grammaticales de l’ancienne latinité, ce qui lui avait mérité, à très-juste titre, le nom de rustique. « Ita nempe rusticarn appellabant quia latinitatis legibus absens esset prorsus et barbaris potissimum aspersa vocabulis. » (Dücange, Glossarium mediœ et infimœ latinitatis, t. 1.)
Telle était la famille méridionale des Patois de France, au Moyen Age. Celle des Patois purement français, du septième au seizième siècles, s’y rattachait par les liens les {)lus étioits, comme le prouvent les conciles de Mayence, de Tours, de Reims, un capitulaire de Charlemagne , Orderic Vital, Helganct, l’auteur de la Vie de saint Suger, Rheginon, saint Lloy, Pascase Radbert, Gérard de Corbie, Bérenger, Mabillon, Ducange, Fleury, auteur de l’Histoire ecclésiastique, etc. Ainsi, Marie de France appelait l’agneau aignel. et Giraud Riquier le troubadour, anhel; août, dans la traduction du Castoiement, se dit aost, et dans Mathieu de Quercy, agost. \er’jus s’exprime, dans les Ordonnances des rois de France, par aigrest, et dans la traduction d’Albucasis, par agras , nom méridional actuel. Rabelais appelle aguar (hagard), ce que le Breviari d'ainor (le Bréviaire d’amour) appelle agiter. L’eau, dans le nord, est, en 1266, comme on le voit dans un vieux titre conservé par Pérard, aigue, et au midi, aigua (Vie de saint Honorât). Dans la traduction du Psautier de Corbie, aube se dit albe, et dans le troubadour Bertrand d’Alamanon, alba, de même pour aries bélier, bague bagage, baube bègue, balme grotte, barri faubourg, barnaige noblesse, batail battant, bésil renversement, charnel chameau, cainsil chemise, capitani capitaine, cive oignon, astèle éclat de bois, colp coup, cors cœur, mont monde, mès mois, clerciet clergé, negun personne, pareit mur, piel cheveux, plusor plusieurs (Cartulaire d’Auchy), doneor prodigue, escars avare, relinquir laisser, qu’on trouve simultanément dans les Prophéties de Merlin, le Roman
de Fier à-Bras, la Récollection des histoires de France, la Vie de saint Carpentier, les Ordonnances des rois de France, les Vigiles de Charles VII, Rabelais, le Roman de Brut, celui de la Violette, les Ordonnances de Philippe VI, le Roman de la Rose, la deuxième Chanson d’Aiidefroy-le-Ràtard, le Roman de Bon, les Sermons de saint Bernard, la lettre de Cancy h Édouard P’, roi d’Angleterre, l’Histoire de Metz, par D. Tabouillet, Villehardouin. Benoit de Saint-More, le poème de saint Brandaines, J. de Meung, l’Histoire de Cambrai, par Le Carpentier, les Statuts de Montpellier de 1204, la Chronique des Albigeois, celle des Apostols de Roma, Isarn l’inquisiteur, Bertrand de Born, Marcabrus le Gascon, Pierre Vidal de Toulouse, le Roman de Jaufre Pavre le troubadour, le Bréviaire d’amour, Arnaud de Marsan, Estève, Pierre, cardinal du Puy, l’Histoire vulgaire de la (iroisade albigeoise, Guilhem Figuieras, Alegret, et Pons de Capdueil, D’où l’on peut c onclure avec l’abbé Lebeuf ( Uisloire lilléraire de France, t. IX), que dans la plupart des provinces anciennement gauloises, on parlait au Moyen Age une langue vulgaire peu différente de celle des Limousins, des Périgourdins et des Provençaux. Tout ce qui distingue, en effet, d’une façon tranchée, les Patois purement fi ançais des Patois romans du midi, c’est la terminaison sourde, c’est Ve muet, c’est ensuite la couleur terne et froide des idiomes sur lesquels semble déteindre le ciel bas et nuageux de l’ouest et du nord. Voici quelques exemples qui suffiront h démontrer notre assertion, en mettant en regard des fragments des principaux Patois reproduisant le même texte, soit la première [)hrase de la parabole de l’Enfant prodigue :
« Un homme avait deux enfants, le plus jeune desquels dit à son père : Père, donnezmoi la part qui me revient de vos biens, et le père fit le partage. »
Nous soulignons tous les mots appartenant en même temps au roman méridional :
PATOIS DE CAMBRAI (nORd).
tu hom avau deux fins ; e 1’ pus josne di à sin père ; Min père, done’m clieu si peu mi revnir d’us bien, et chin père lie us a fez le partage de sin bin.
PATOIS d’arras (pas-de-calais).
Ain boine avouait deuss garclieons; T pus josne dit à sain père : Main père , baillé me dieu qui doit m’ revenir ed vou bien ; et leu père partit sain bien.