CANTON DES GRISONS
Un horn avaiva duos fils; et il juven d’el dichet al bap Bap, dom’ ta part délia faculted chC iun po tucher.
birent les mêmes règles de formalion que les Patois du midi; ainsi, partout où figurait piimitivement le 6, l’élision le fit disparaître. Les romans méridionaux construisirent ainsi leur mot taülos de tabulas, et furent imités, comme on le voit, par les romans du nord. Au reste, plus on creuserait la question, et plus le parallèle rendrait l’analogie frappante. Ces deux couplets, dont la Bresse et le Jura revendiquent la propriété, seraient entendus encore dans les trente-sept départements du sud :
Vetlia veiii lo zouli moa; Laisso brolonno lo boa.
Veltia vcni lo zouli moa Lo zouli boa brolonne...
Faut laisso brotoiino lo boa Lo boa ilou zintilliounie.
On dzor d’adcrri Que la na vola veni.
Las ouaisais de ny, Cuideron se redzoï,
O se son butas Tout en un chas.
Voici venir le joli mois, Laissons reverdir le bois ;
Voici venir le Joli mois,
Le joli bois reverdit.
11 faut laisser reverdir le bois, Le bois du genlilbomme.
Un jour d’automne Où le ciel était neigeux,
Les oiseaux de nuit,
Voulant se réjouir,
Se mirent tous En un monceau.
Et qu’on ne croie pas les autres dialectes moins riches en preuves. Au Moyen Age, les paysans de la Bretagne, qui ne parlaient pas le celto-breton, appelaient, comme le Toulousain et les habitants de Quercy et de l’Auvergne, les pièces de bois, billes', les balayures, bourriers; les morceaux de bois, du grec Bjcxt;, bronchons ; la lessive, buée-, les guêtres, gamache, du germain kamaschen ; le juchoir pour les poules, joc; les chiflbns, peillot : Vhomme grossier, ^ocson; l’oseille, vinetle. Les Baucerons exprimaient, comme dans le midi, par bader, l’action de perdre son temps; et nommaient : bondar. gaviaux, gourre, l’oustaux, paquant, le tampon, le gosier, la maison, les endroits profonds des rivières et les méchants drôles. Enfin, à Courtisols, dans la Marne, de même qu’en certains districts de la Normandie, dont les dialectes, selon Orderic Vital, sortent évidemment du latin, l’idiome vulgaire revêtit une forme gréco-romaine. Là, tomber se dit trezi (cadere); s’enivre, pionna, du grec boire; la jument, egga (equa); la belette, matella (mustella); le soc, veilla, la marmite, aula (olla); beau, galé, du grec z-»/'-;; bière, r«, du celtique vas, tombeau.
Aux deux grandes familles françaises se rattachent les deux groupes principaux composés des autres Patois européens, le groupe méridional dans lequel s’embranchent les Patois corses, espagnols, portugais, italiens, suisses, romans et valaques, et le groupe septentrional, dont les rameaux immenses couvrent la Belgique, l’Angleterre, l’Allemagne et les pays Slaves. Les Patois corses, dégagement brusque du latin parsemé de mots grecs, ce qui s’explique par l’origine phocéenne des premiers habitants, se développèrent parallèlement et dans les mêmes conditions que les Patois d’Italie et de Provence. En général, si la couleur italienne dominait au Moyen Age, comme on le
ET E.\ RENAISSANCE
voit par le leslamenl du comte Polverello, qui, en 1126, légua aux évêques d’Ajaccio ses lerres du Frasso, les vassaux, l’étang, les eaux, la maison et le port : Frasso et vasali. ron staqno et acqiie, terre, casa sua, porto: au fond, la plupart des mots étaient les mêmes qu’en Provence. Dans cette dernière contrée, par exemple, un des termes les plus usités au Moyen Age, fut celui de solier, qui voulait dire galetas; or, eu Corse, ce même, mot était emjdoyé pour dire le premier étage; maison d’un étage, rasa à solajo. Les Patois corses formaient deux branches : celles d’en-deçà et celle d’au-delà des montagnes. Les populations placées sur les versants opposés du Monte-Rotondo ou du Monte delle Oro, dont la chaîne coupe Tîle dans sa plus grande largeur du nord-ouest au sud-est, employaient des expressions toutes différentes pour lendre la même idée. D’un côté, ils disaient et disent encore gustare pour souper, et de l’autre cœnare. Quant aux habitants de Ronifacio, qu’on pourrait séparer de l’île (au dire du baron de Beaumont) sans qu’ils daignassent s’en apercevoir, ils ont retenu, des Génois, maîtres de la (iorse de 1452 à 1561 , un dialecte particulier, et de ces vieux mots qu’on ne retrouve dans aucun des deux autres Patois corses. Ceux-ci se distinguent toutefois |)ar un idiotisme assez remarquable et qui remonte an treizième sièele; alors, eomme dans les siècles derniers, certaines finales en o se changeaient en n : faltn pour fatto, departimevtu \iO\n' departimerto . Les principales compositions auxquelles sepliâient merveilleusement les Patois corses, étaient ces improvisations poétiques sur les morts {rocerare) et ces chants sauvages qui depuis tant de siècles font retentir les makis des menaees de la vendetta.
L’origine des dialectes espagnols fut eelle des dialectes corses; issus du latin, mélangés de débris ibères, gothiques et surtout arabes, ils se formèrent lors des guerres de Charlemagne et de ses successeurs conti e les enfants du Prophète. Forcés de reculer devant la croix, les Arabes, si l’on s’en rapporte à la chronique Rai cine, furent remplacés en (Catalogue par des colonies d’Aquitains. Celles-ci transplantèrent sur leur nouveau sol et leurs mœurs et cette langue vulgaire qui ne larda pas à y jeter de fortes racines. Le même système de eolonisation militaire la propagea dans le royaume de Valence : après l’expulsion des Maures, les soldats de l’armée victorieuse, qui succédèrent aux fils d’Allah, étaient, en majorité, catalans. Selon Ducange, au reste, ee Patois, nommé tantôt catalan, tantôt limousin, fut en usage h Tolède, dans le royaume de Léon, dans les Asturies, dans l’Estramadure , le royaume de Grenade, la Galice, l’Andalousie et I Aragon. Les jésuites de Ti’évoux en ont signalé l’existence dans le royaume de Valence, dans les îles de Mayorque, de Minoivjue et d’AVice. Telle était la vogue de ce dialecte catalan ou limousin, au .Moyen Age, que James, l’oi d’Aragon, eut un instant la [lensée. an rapport de Bernard Gomez, de l’employer à la transcription de ses décrets, et qu'il ne recula que devant la fierté nationale des Aragonais. Il ne paraît pas inutile d’observei'. avec Mariaua, Calça, Escolan et André Bosch, que ce dialecte était le Patois du Languedoc .
Sans outrer l’opinion de Rembo et de Cittadini, qui ont écrit ijue la langue vulgaire Italienne existait au temps même de la splendeur du latin, il est impossible de nici- I antérioi ité de cet idiome rustique ou Patois. Muratori , dit-on , en a cherché en vain
Belles- Leiirc s
PATOIS , Fol V.
lÆ MOYh:N AGE
les restes; d’abord, le savant historien avoue lui-inèine que, s’il n’a pas découvert de charte contenant quelque fragment de celte ancienne langue, il a trouvé quelques recetles pour teindre les inosaupies, où, parmi un latin fort grossier, se rencontrent, aux dates des huitième, neuvième et dixième siècles, des mélanges de langue vulgaire. (.VIüRATORi, Dissert. 32.) Puis, un auteur du dixième siècle, le plus compétent par conséquent, Gonzon, n’affîrme t-il pas le fait en ces termes? « Le Moine de Saint Gall m’accuse à faux d’ignorer les j’ègles de la grammaire, bien que je sois gêné quehpiefois en écrivant par l’habitude de noh'C langue vulgaire qui est voisine du lalin. » Celte langue vulgaire fut la mère de tous les Patois d’Italie qui se rapprochaient extrêmement des Patois provençaux , comme l’avoue Sperone Speroni {ella monstra nella fronte d'aver avuta la origine da Provenzali), et qui n’offrent entre eux, à part quelques idiotismes particuliers ou piémonlais et quelques débris de l'ancien étrusque en Toscane, que d’assez légères dilTéi*ences de prononciation premièrement (d’où le proverbe, lingua Toscana in boea romana), et ensuite de terminaison. Le Savoyard, qui côtoie le piémontais d’un côté , et le Patois français de l’autre, participait de ces deux langues, au Moyen Age, ainsi que le prouve celte vieille chanson :
Nouti'lion pi'iiisrlioii de Tcli.ivoya Lié Mardjiiga! un bon infani !
Ail! vei’liiclioux ! gare! gare! gare!
Ail! raiilaniplan !
Gare de devanl !...
Al) por sa cavalaria
Quairo pili caioa blan (ipiatre petits codions blancs).
Ah! verincbouv! etc.
Arriva sur la montagna...
Grand Diou ! que lou monde est gran !... Ah! vertuchoux! etc.
E fluide la canipagna :
Garchon, retornons-nos-en !
Ah ! vertuchoux ! etc.
Quant aux dialectes portugais, tout ce que nous venons de dire de l’espagnol et dt' l’ilalien leur est applicable de point en point. Le Portugal, en effet, avait suivi les mêmes fortunes; il avait été celte, il avait été romain, il avait oltéi aux Golhs, aux Arabes : l’affinité fut complète jusqu’en 1072. A cette époque, une révolution militaire vint modifier la langue vulgaire du Portugal dans le sens languedocien et béarnais. Enflammés par la brillante renommée du Cid, Henri de Bourgogne et son cousin Baimond liaversèrent la France pour aller conquérir eu Espagne gloire et butin sur les Infidèles. Le mal des ardents déeime en chemin leur petite armée; elle se reerute dans le Béarn. Ginq cents chevaliers du pays suivent le Bourguignon sous la bannièi e de Gaston le Noir. En Es[)agne, ils firent des prodiges. Alphonse de Castille les récompensa par la main de sa fille et par le gouvernement du Portugal érigé en comté. Guimaraèns fut la capitale d’Henri. En prenant possession de cette ville, il y naturalisa l’idiome béarnais, qui s’étendit de là, grâce aux établissements de ses chevaliers, et déteignit complètement sur le Patois portugais, dont ceux qui avaient ignoré ce fait historique ne s’expliquaient pas l’étroite ressemblance avec les Patois du Béarn.
Que si l’on excepte maintenant les Patois valaques et moldo-valaques, qui sont de
ET LA U ENA ISS AN CE.
pure orii»ine l oniano-méridionale, et les Palois romano-français de la Belgique, les aulivs Patois du 1101(1 u’avaieiU pas eelle unité, celle physionomie traiiehee qui dislinguaieiil les Patois du sud. En Angleterre, à la vérité, on trouvait, dans le Yorkshire, le Soniersetsliire, le Laneashire, le Devonshire et le Cumberland (nous ne parlons ni du gaélique* ni de la langue erse), quelques Palois servant surtout à des compositions satiriques et à ces sortes de plaisanteries appelées squib par les Anglais; mais, à travers l’anglo-saxon (pii en hérissait les termes, on reconnaissait promptement l’invasion normande. On en peut dire autant des Palois germaniques qui disparaissent au Moyen Age, dans celte langue allemande , grand et magnifique fleuve coulant h pleins bords pour les Minnesinger, ('I des Patois russes, trop eflacés dans un pays où la langue d’ailleurs n’a pu devance)la civilisation et a dû rester barbare comme les boyards jusqu’à Pieire le Grand.
MAllY-LAFON,
De la Société des Antiquaires de France.
.Y. La bihliograpliic des Patois est si considérable» qu’elle former.iil h elle <c-ule un volume entier, si Ton ajoutait aux dissertations philologiques et arclicO' logiques les vocabulaires et les grammaires de ces dialectes qu'on étudié maintenant avec tant de soin, non-seulement en France, mais encore en Allemagne et en Italie. Nous avons dû nous borner, dans un si vaste sujet, à choisir de prcrércnce les ouvrages qui traitent de l'origine et de la formation des Patois.
PiERQUiN DE Gembloux. Histoire littéraire , philologique et bibliographique des Palois. Paris, 1841, in-8.
Une bibliographie patoiêe termine cet ouvrage, auquel l'auteur avait préludé par un mémoire Intitule : Des Patois et de l'utilité de leur étude.
(Coquebert de Montbret.) Mélanges sur les langues, dialectes et Patois. Paris, 1851, in-8.
Ca. Dufresne, sieur Du Gange. Glossarium ad scriptores inediæ et iuliinæ latiiiilalis, edit. locupletior, op. et stud. moiiacborum ord. S. Benedicti (DD. Dantine , Carpentier, (iuesnié , Ch. et Nie. Toustain, Le Pelletier et Thibaut). l'arisiis, 1755. 6 vol. in-hd., fig.
Plusieurs fois réimprim. La première édit, en 3 to). in-fol.» avait paru en 167}*; la dernière, rev. et augm, par G. A. L, Henscbel, qui a refondu le Supplément de Carpenlier dans l’ouvrage de Du Gange et des bénédictins, forme S vol. in-4, publ. chez Dîdot, en 1842 et ann. suiv.
P. Carpentier. Glossarium novum, seu supplementum ad auctiorcin Glossarii Cangiani editionem. Parisiis , 17(56, i vol. in-fol.
Sebast. Botti.s. Mélanges sur les langues, dialectes et Patois, tant de la France que des autres pays, précéd. d’un Essai sur la géographie de la langue française, conteii. une colleclion d’environ cent traductions de la parabole de l’Enfanl prodigue en Patois des différentes contrées de la France... Paris, 1845, in-8.
Une partie de ce volume avait paru dans le f. VI des Mcm. de la Soc. roy. des Antiquaires de France.
Fr. Just-Marie Raynouard. Influence de la langue romane rustique sur les langues de l’Europe latine. Pauw, 1855, in-8 de 5)6 p.
J. -B. Bullet. Mémoires sur la langue celtique, contenant : l’histoire de cette langue; 2® une description étymologique des villes, rivières, monlagnes des Gaules; 5® un diclionnaire celtique. Besançon, 1754-7Ü, 3 vol. in-fol.
VoY. encore» sur les origines de la langue celtique» les ifèm, de l’Acad. des Inscr. et belles-lettreSy I. XX, XXll, XXUI, XXIV, les Além. de l'.icad. Celtique^ etc.
Jacq. Le Brigant. Éléments succincts de la langue des Celtes gomérites ou bretons, introduction à celte langue et par elle h celles de tous les peuples. Strasb., 1771), in-8.
Theop. Malo Corret de la Tour d’Auvergne. Nouvelles recherches sur la langue, l’origine et les antiquités des Bretons. Bayonne, 1792, in-8.
Ilefondu» augmodé et rèim|irimé, avec le nom de rauteiir» en 1795, en I8t)2» sous le litre d'Üctgj’n/’s gauloises, celle» des anciens peuples d‘l’Eiirope, puisées dans leur vraie source, ou Ilech'rehes, etc.
Dan. L. Miorcet de Kerdanet. Histoire de la langue des Gaulois, cl par suite, de celle des Bretons. Pennes, 1821, in-8.
J. F. ScHNAKENBURG. Tahlcau sj'uoptique et grammatical des idiomes populaires ou Palois de la France, contenant des notices sur la littérature des dialectes, etc. Berlin, 1840, in-8.
Ch. Nodier. Gominent les Palois furent détruits en France. Voyez cette savante facétie dans le lluUet. du bibliophile, I. I, no 14 de l’année 1855.
L’autuiir, qui» dans ses études cl dans scs ouvrages philologique.*, s'est occupé si souvent des Patois» ne leur a pas consacré un seul écrit spécial.
(Güst. Brunet.) Lettre (bibliographique) à M. de*“^ sur les ouvrages écrits en Patois. Bordeaux, 1859, iu-8 de 68 p.
Lacürne de Sainte-Palaye. Bemarques sur la langue française des douzième et treizième siècles comparée avec les langues provençale, ilalienne et espagnole. Voy. cesBem dans le t. XXIV desT/ém. de l'Acad. des Inscr. et Belles-Lettres.
Gust. F’allot. Bechcrches sur les formes grammaticales de la langue française et de scs dialectes au treizième siècle, puhi. par Paul Ackerinaiiii et précéd. d’une notice sur l’auteur, par Quérard. Paris, 1859, in-8.
Dessales. Les Patois du midi de la F’rance, considérés sous le double rapport de récriture et de la contexture matérielle des mots. Voy. celte disscrl. dans le Journ. de la langue française el des langues en général, no de février 1858.
J. -P. Papon. Dissertation sur l’origine et les progrès de la langue provençale. Voy. cette Dissert, dans son Ilist. génér. de Provence (Par., 1777-86, 4 vol. in-4, fig.).
.1. Didier Veean. Notes cl titres sur la langue et la lillé-
l’iitiirc provençales. Voy. ces Noies dans le il/ag'os. enej/ciop. de Millin, année 1807.
A. W. Sc:i i.EiiEi,. 01)scrvalions sur la langue et la littéra- (iire provençales. Parir, 1818, iu-8.
Fr. Just-Marie Haynoearu. Preuves hisloriques de l’ancienneté de la langue romane; Rcclierclies sur l’origine et la lorinaliou de celle langue. Voy. ces deux dissert, en lête du t. P' du Choix de poésies originales des Troubadours (Par., 1816-21, 6 vol. ia-8).
J.-C. Terrin. De l'origine, des progrès et derinlliience de la langue provençale. Voy. ce niém. dans la liev. de Provence Marseille, 1850, in-8), t. 1, p. 150.
Cabrié. Discours sur la langue et la littérature provençales, depuis son origine jusqu’à nos jours. Voy. ce Disc, en lêle du Troubadour moderne (Par., 184-4, in 8).
Francisoee Maedet. Ili stoire de la langue romane, depuis la con(|ucte des Gaules par César jusqu’à la croisade contre les Albigeois, eic. Le Puy, 1840, in-8.
Mary Lapon. Tableau bislorique et littéraire de la langue parlée dans le midi de la France et connue sous le nom de langue romano - provençale . Paris, 18-42, in-12.
On y trouve, p. 227-35J, un appendice biblioçraplnque, conicn. la iiomouclalure des ouvr.iges écrits en Patois du Midi, ou relatifs à ces Patois.
l'R. Jest-Mahie Raynoeard. Lexique roman, ou Dictionnaire de la langue des Troubadours, comparée avec les autres I l-'iugues de l’Europe latine, prétéd. de nouvelles recberebes historiques et philologiques, d’un résumé de la grammaire roinane,elc. Paris, 1856-45, 6 vol. iu 8.
(.e grand ouvrage, qtii laisse bien loin derrière lui les glossaires de Larombefon Lacnrne de Sainic-Palaye), Roquefort, Roobegude, ric., a élé l'uldiè et coin|ilelé, après la mort de ranteirr, p.ir ll.M. Just Paquet, Pellissirr, De-salies et C.babaille.
Grammaires romanes inédites ilu treizième siècle, publ. par F. Guessard. Paris, 1840, in-8.
(Cl. Odde de Triors.) Les joyeuses Recherches de la langue lolosaine. Tolose (1578), in-8
Rrimpr. en 1847, par les soins de M. Gust. Brunet, de Bordeaui.
l'.-R. Martin. Essai bislorique stir le langage vulgaire des babitatits de Montpellier. Voy. cet Essai dans les Loisirs d’un Languedocien (Montpellier, 1827, in 8).
Dreex nu Radier. Lettre sur l’origine des langues espagnole et italienne, ou Essai sur le langage poitevin. Voy. celte Leltre dans le Mercure de France, février 1758.
L.-A.-.I. Grégoire d’Essicny. Mémoire sur l’origine du Palois picard, sur ses caractères, sur ses rapports avec les langues qui l’ont précé-lé. Paris, 1811, in-8 de 168 p. Extr. du Magas, encyclop. tie Millin.
G. DE Laree, Essais historiques sur les bardes, les jongleurs cl les trouvères anglo-normands. Caen, 1854, 5 vol. in-8.
l’RED. Pleqeet. Contes popiibtires, préjugés , Patois, proverbes, noms tIe lieux de l’arrond.deBayeux. Roue», 1854, in-8.
La première édition anonyme, tirée .à 40 exeimd., est inlilnlée : Conter popHlaireê, traditionn, proverbes et dictons... (Caen, 1825, in-8).
L. -Marie Lareveillère-Lepaex. Nolice du Patois vemléeii siiiviede chansons et d’un essai de vocabulaire. Voy. celleNot. dans let. 111 des Mem. de l’Acad. Celtique, publ en 1809.
Gabr. - Ant.-Jos. Hécart. Notions sur les alléralioiis qu’éprouve la langue française eu passant par le Patois rouchi. Voy. ces Notions dans la 2'= éilit. du Dict. rouchi-français, par G. -A. -J. IP" (Valciicicnnes, 1826, in 18).
b. S. CoRoiER. Dissertation sur la langue française, les Patois, et plus particniièremcnl le patois de la Meuse. Barle-Huc, 1845, in-8 de 56 p.
J-J.CiiAMPOLLioN 1* IGEAC. Nouvelles Recberebes sur les Patois ou iilionies vulgaires de la b rance, cl en |)arlictilier sur ceux
du département de l’Isère, suivies d’un Essai sur la littérature dauphinoise, etc. Paris, 1809, in-12.
On trouve à la (in la bililiograpliie des ouvrages en Patois du D«niphiné,
Ollivier Jules. Essai sur l’origine et la formation des dialectes vulgaires du Dauphiné, suivi d’une bibliographie raisonnée des Patois de. la même province , par le vicomte Colomb de Ratines. Valence, 1858, gr. in-8.
Ld Bibliographie avait déjà paru séparément en 1835.
J. -J. Oberlin. Essai sur le Patois lorrain des environs du comté du Baii-de-la-Roche, fief d’.4lsace. Strasè., 1775, in-8.
— Observalious concernant le Patois et les mœurs des gens de la Campagne. Strasbourg, 1791, in-8.
Gest. Fai.lot. Recherches sur le Patois de Franche-Comie, de Lorraine et d’Alsace. Montbelliart, 1828, in-12.
Ottav. Mazzoni Toselli. Origine délia lingua ilaliana. Bologna, 1851, 5 vol. in-8.
Voy. aus>i les ouvrages de Gilles Ménage (166V}, d’Ült. Ferrario (1676), etc., sur le? origines de lu langue italienne.
Gir. Gigli. Saggio di tutti gP idiomi toscani. V. cet Essai dans scs Regole per la toscana favella [Woma, 1721, iu-8).
Voy. les ouvrages d’Orazio Lombardelli (1598), de Celso (.ittadiiu (1604), d Anl. del Casio (1692), etc., sur les origines du dialecte toscan.
Ov. Montalrani. Cronoprostas Felsinea overe lesaluruali viudicie del parlar holognese ejomhardo.Ro/og'na, 1655, iu-4.
G. Brenacci Lezioiieovesi traita delleantiche origini délia lingua volgare de’ Padovaui e d’Ilalia. Venezia, 1759, in-4.
Guis. Valer. Vannetti. Lezione sopra il dialctlo Roverelauo. Boveredo. 1771, in-4.
(L’ahh.GALiANi.) Del dialello iinpolelano. A’opo/f,1 779,iii-8.
La critique de cet opuscule, publiée en 1780, sols le litre de lo Vernucchto, est nltribiice au marquis de Beriu.
Man. de Larramendi. De la antigiiedad y uiiivcrsalidad del hascueiize en Espana, Salamanca , 1728, in-8.
Réimprime plusieurs fois.
Fleerv Léglese. Dissertation sur la langue basque. Toulouse, 1826, iii 8 de 52 p.
Il existe une foule de mémoires sur les origines et l'intluencc de ).i lanL'ue basque, depuis les Discursos de B. Rcliaue (1607), jusqu’à la dissertation de M. de lliimboldt, etc,
Bf.rn. Ai.drete. Del origeny priucipio de la lengiia castellaiia O romance, qiieoi se usa eu Espana. Roma , 1606, in-4.
Plusieurs fois réimprimé.
Jaebert de Passa. Recherches historiques sur la langue catalane. Voy. ces Rech. dans le t. VI des Mém. de la Soc. roy. des Antiquaires de France, publ. en 1824.
Elie Bertrand. Recherches sur les langues anciennes et modernes de la Suisse et princi[ialcment du canton de V’aud. Genève, 1758, iu-8 de 70 p.
Fr. Grose. a provincial Diclionary, wilh a collection of local proverbs and popnlar superstitions. London, 1787, in 8.
W. Pryce. Archæologia Cornu-hrilannica; or an essay to préservé lhe ancient coruish language, Sherèowc , 1790, in-4.
On a publié, surlo-it depuis vingt ans, nn grand nombre de glossaire* des differents dialectes de la langue augla-se, et divers mémoires sur le» origines saxonnes ou gaéliques de celte Lingue.
Constantin Iconomor. Essai sur l’aflinilédes langues slavorusse et grecque. Petersbourg, 1829, 5 vol. in-8.
Voyez sur les origines des langues slaves les ^avanls travaux de J. Dobrowsky, de G. Dankowsky, de J. Severin V’^aler, etc.
On remarquera que nous n’avons pas mcniiouné les nombreux dictionnaires, glossaires, vocabulaires des different> Patois, etc., dans lesquels on trouve aussi des notices sur l’origine cl la form tlion de ces Patois. Nous aurions pu aisément quadrupler l’elendue de cette Bibliographie, en citant les histoires de pays, de provinces et de villes, où il est question des Patois qu’on y parle encore. Il laiit aussi ne pas négliger les grands ouvrages de linguistique, tels que le Trésor drs RecUercheSy de Borel, le Dtci. etymolog. de Ménage, etc. i-e* Catalogues de livres qui contiennent le plus grand nombre d’imprimés en Patois, sont Ceux de Charles Nodier (1827, H29 et 1844), de Libri (1847), etc.
Pïl®il€îll8€S
ES Proverbes apparliennent essenliellenient à la lilléralure du Moyen Age et de la Renaissance. Ces deux époques, on le sait, comprennent l’enfance et eunesse des diverses nations de l’Europe. Or, chez ces nations, me chez tous les peuples anciens ou modernes, les Proverbes comptent au nombre des monuments primitifs du langage. Chacun a dans la mémoire ces dictons populaires qui composent X antique \esse des nations.
^ Le caractère particulier du Proverbe, c’est la métaphore appliquée dans un sens moral; ce sont les qualités et les vices du monde physique opposés h ceux du monde intellectuel. Ainsi, pour exprimer la fourhe des méchants : Il n'esl pire eau que celle qui dort; ou bien, pour blâmer une inconséquence de langage : Trop parler nuit, trop gratter cuit. Tel est le Proverbe : toujours l’exemple à côté du précepte. Le père Bouhours a observé justement que, contre un proverbe qui demeure dans le propre, il y en a cent de métaphoriques et de figurés. *. {Explications de divers termes françois que
Dans les Proverbes qui ont eu cours pendant le Moyen Age, il faut faire deux grandes
beaucoup de gens confondent, etc.)
BelleE-Loitres. PROVERBES, Pot. I.
divisions ; ceux qui étaient particuliers h tel ou tel peuple, et ceux qui, appartenant au genre humain pour ainsi dire, ont affecté différentes formes, suivant le goût, les usages et les langues de ceux qui les ont employés.
Chaque peuple imprime aux Proverbes qui lui sont familiers un caractère distinctif. C.hez les Italiens, le Proverbe est spirituel et fin; chez les Espagnols, il est hardi, se sert de comparaisons nobles et élevées; chez les Français, il est surtout populaire, incisif, moqueur : il ne craint pas de braver les puissants et les riches; il affecte une liberté de langage qui va parfois jusqu’à la licence. En Angleterre, en Allemagne, en Russie, et généralement dans le nord de l’Europe, le Proverbe est sévère, pédantesque et froid. 11 emprunte à la nature du sol une foule de comparaisons. C’est l’Allemagne qui nous a transmis, sous une forme moderne, plusieurs Proverbes de l’antiquité.
Pour se convaincre de toute la popularité des Proverbes pendant le Moyen Age, il suffit de parcourir à grands traits l’histoire littéraire des principales nations de l’Europe à cette époque, et celle de la France en particulier.
On trouve des Proverbes dans les premiers livres écrits en français. Le mot Proverbe n’est pas tout à fait aussi ancien. C’est seulement dans le cours du treizième siècle, qu’il commence à être usité. Avant cette époque, on se servait du mot respit, un peu plus tard de celui de réprouvier, jusqu’à ce que le proverbiiim des Latins ait entièrement prévalu. Le verset 24 du chapitre XIX du premiei’ livre des Rois ( Undè et exivit proverbium : Nam est Saul inter prophelas?) se traduisait ainsi au douzième siècle : De ço levad une parole que l'um soit dire par respit : Est Saiil entre les prophètes? Chresüen, de Troyes, commence son roman à'Erec et d’Enide par ce vers :
Li vilains dit en son respit.
Mais dans la seconde moitié du treizième siècle, l’auteur du roman de Baudouin de Sebourc, et les fabliers de la même époque, ne se servent plus que du mot Proverbe.
11 ne faut pas être surpris du rôle tout particulier qu’un poète populaire fait jouer à Salomon dans la littérature proverbiale. Au Moyen Age, la Rible était le livre par excellence, celui qu’on étudiait avant tous les autres, et qui servait de modèle à une foule de compositions. Salomon, comme auteur de la Sagesse, de l’Ecclésiaste , et enfin des Proverbes, devait servir de modèle dans cette littérature. La merveilleuse légende, inventée par les rabbins, recueillie par les chrétiens de l’Orient, qui faisait du fils de David le roi de la magie, avait, dès le douzième siècle, pénétré parmi nous. Salomon, dans cette légende, était devenu l’inventeur des lettres syriaques et arabes; sou pouvoir n’avait pas de bornes ; toute la nature, animaux, végétaux, minéraux, obéissait à sa voix. Quand il voulait traverser le monde, il était porté par les vents dans les sphères célestes. Enfin , ce prince avait été assez heureux pour que la reine des fourmis s’arrêtât un jour dans sa main, et s’entretînt longtemps avec lui sur la sagesse. On comprend (ju’avec une telle réputation le fils de David soit devenu le héros du Proverbe, et que son nom ait été pris pour le synonyme de la prudence. Par une ironie singulière , mais
qui esl luen en rupporl avec la lillé.-alurc populaire ,1c ceue époque, Salomon Heure onune unerloeuleur dans nn dialogue en vers français, don. la plus ancienne .cda.-
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Proverbe. Le roi-prophèle, fidèle à son caractère, prononce toujours une grave sentence, de la plus haute morale ; Marcoul lui répond dans le même sens , mais par un Proverbe populaire qui rappelle beaucoup la sagesse naïve de Sancho Pansa. Voici un exemple ;
Qui sages lioin sera,
Ici Irop ne parlera,
Ce dist Salomon.
Qui jà mot ne dira,
Grant noise ne fera,
Marcol lui respond.
Ce poème, divisé en soixante strophes de six vers, porte le nom du comte de Bretagne, sans qu’on puisse dire si l’un des princes de cette famille en est l’auteur, ou bien s’il lui est seulement dédié. Des rédactions bien différentes se trouvent dans plusieurs manuscrits.
Celle dont je viens de citer quelques vers n’est pas la plus ancienne. Il faut assigner c lang d ancienneté h une autre version divisée en cent soixante strophes, de quatre, de trois et de deux vers. Cette rédaction se distingue par un caractère tout particulier, celui d une satire violente contre les femmes et d’une liberté d’expression portée jusqu au cynisme. (Méon, Nouveaux Recueils de Fabliaux et Contes. Paris, 1823,
Sdlomon cl Marcoul ; fac-similé d’une gravure sur bois tirée des Diti de Salomon et Matcnul (Edition du quinzième siècle, BibL Nation, de Paris. Imprimes).
ce
iii-8, l. 1", p. 416.) Les Dits de Salomon et de Marconi eurent beaucoup de vogue jusqu’au milieu du seizième siècle : on les cite très-souvent, on y fait aussi souvent allusion. Rabelais, si babile dans la science des Proverbes , n’a pas manqué de parler de ce dialogue; il met ces mots dans la bouche de l’un de ses personnages (Livre P’, cbap. xxxiii, de Garguanta) :
Qui ne s’adventure n’a cheval ny mule,
Ce dict Salomon.
Qui trop s’adventurc perd cheval et mule,
Respondit Marcon.
Soit en latin , soit en français, ce singulier dialogue fut imprimé plusieurs fois à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, (Brunet, Manuel du libraire, t. IV, p. 188.) S’il était permis de hasarder quelque conjecture au sujet de l’auteur ou de l’inventeur de ce texte à Proverbes , ne pourrait-on pas dire que c’est dans les écoles universitaires du douzième siècle qu’il a dû se rencontrer? Dans ces écoles, on apprenait par cœur plusieurs ouvrages de Salomon, les Proverbes entre autres. Ce qui pourrait encore appuyer notre conjecture , c’est que parmi les hommes célèbres auxquels le Moyen .\ge donnait le nom de philosophes, se trouvait Mai'cus, que l’on représentait tantôt comme le fils de Caton, tantôt comme Marcus Porcins Caton lui-même. Ainsi peut s’expliquer le nom donné h l’interlocuteur du roi-prophète.
Caton l’ancien fut aussi, pendant le Moyen Age, regardé comme l’auteur d’un recueil de préceptes moraux, renfermés dans une série de distiques latins, dont le véritable auteur est resté inconnu. Ces distiques, cités par Isidore, par Alcuin, par Abailard et divers docteurs bimeiix du Moyen Age, servaient h l’éducation des enfants. Dans la jnemière moitié du douzième siècle, un moine, nommé Everard, traduisit ces distiques en vers français. Au treizième siècle, la traduction dn moine était oubliée: on en composa plusieurs autres, aussi en vers français, qui avaient })our auteurs, Adam de Sueil, .\dam de Givenchy , Jehan de Paris et Hélie de Vincbester. C’est principalement dans les différentes traductions, faites par ces anciens rimeurs, que l’ouvrage du pseudonyme Dyonisius Caton fut transformé en un recueil de Proveibes. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer la version d’Adam de Givenchy avec le texte latin. Chaque fois (|ue l’occasion s’en présente, celui-ci ne manque pas d’ajouter aux sentences du Caton le Proverbe commun qui s’y rapporte; voici comment il traduit ce passage du préambule placé en tête des distiques : Igitur mea prœcepta ita legilo ut intelligas; legere enim et non intelligere negligere est.
Se tu lis livres sace bien Les quès tu lis et le rcticii ,
Et tout entendes ton afl’aire ;
Car autrement seust d’esploit faire Li lionimc qui list et rien n’entent Com cil qui chace et rien ne prent.
Les distiques de Caton ont joui, jusqu’à la fui du seizième siècle, d'une célébrité des plus grandes. Souvent réimprimés depuis l’année 1450 jusqu’en 1533, et même plus tard, ils furent connus h cette époque sous le nom de Motz de Caton. Ils servent de base à un recueil de Proverbes français des plus amples. (Duplessis, Bibliographie par émiologique, etc., 1847, in-8, p. 137.)
Aux distiques de Dyonisius Cato, il faut joindre un autre recueil qui, sous le nom de Proverbes aux philosophes, a joui, pendant le Moyen Age, d’une grande réputation. A celte époque , on donnait le nom de philosophes à certains personnages célèbres de l’antiquité, parmi lesquels on comptait principalement des auteurs grecs et latins. Celte dénomination était en usage dans les écoles, au commencement du treizième siècle. Guyot de Provins, qui composa un poème satirique sous le titre de Bible, avant 1250. parle des philosophes anciens qui furent avant les chrétiens. 11 dit avoir entendu, dans les écoles d’Arles, raconter leur vie, leur histoire; puis, il en donne les noms; parmi ces noms, on remarque les suivants : Platon, Sénèque, Aristote, Virgile, Socrate, Diogène. Ovide, Tullius et Horace. (Voy. cette /if 6/c, danslesFa6//m<a7publiésparMéon, t.ll, p, 307.)
Quelques ouvrages de ces génies fameux, échappés aux révolutions du Bas-Empire, servaient, comme de nos jours, à l’enseignement dans les écoles; malheureusement, ils ne servaient pas seuls : des écrits sans valeur, méprisés aujourd‘’hui avec raison comme apocryphes, étaient souvent préférés aux chefs-d’œuvre de Virgile et de Cicéron. Aussi, trouve-t-on, parmi les philosophes, Cligers, Priciens, Stace, et le fameux Dyonisius Cato dont j’ai parlé plus haut. Le nom de ces philosophes devint populaire dans les écoles , et h l’aide des ouvrages qui leur étaient altribués , on composa un recueil de sentences morales en vers qui fut appelé le Dit des Philosophes, ou Proverbes des Philosophes. Dans les premières rédactions de ces livres de morale, on peut retrouver encore une imitation, sinon une traduction, des œuvres de Virgile, de Sénèque ou de Cicéron. Mais à la fin du troisième siècle, quand les Dits des Philosophes sont tournés en une suite de quatrains, on n’y trouve plus que des Proverbes plus ou moins vulgaires, précédés d’un nom célèbre de l’antiquité. Voici, par exemple, celui qui est attribué à J U vénal ;
Tant vaut amour comme argent dure:
Quant argent faut, amour est nule;
Qui despent le sien folemcnt,
Si n’est âmes de nule gent.
Au commencement du quinzième siècle, un magistrat français, Guillaume de Tignonville, qui, après avoir été chandtellan de Charles VI, devint prévôt de Paris, traduisit, avec des augmentations nondîreuses, les sentences morales attribuées aux Philoso[)hes. Dans cet ouvrage assez étendu, aux noms d’Homère, de Socrate, de Platon et d’Aristote, se trouvent mêlés des noms tels que ceux du grand roi Alexandre, de Ptolémée, ou bien encore des noms bizarres et inintelligibles, comme ceux de Simicratis, de Fonydes. d' Archasan, de Loginon. Chaque notice, accordée à ces singuliers [)hilosophes, est remplie
lit
(le fables exlravaganles qui résument assez bien les traditions singulières que la scolastique avait répandues sur les grands hommes de l’antiquité.
Jusqu’ici , je n’ai fait connaître que la partie scientifique de la littérature proverbiale française. On y voit déjà quelques traces de cet esprit caustique et railleur naturel h notre nation. Il faut observer que tout dans cette partie ne nous appartient pas. On y retrouve des sentences empruntées aux saintes écritures et aux ouvrages, soit en prose, soit en vers, de quelques grands génies de la Grèce et de Rome. Il n’en est pas ainsi des trois recueils de Proverbes que je vais examiner, et qui nous montrent quels étaient l’esprit et les passions populaires du Moyen Age. La, rien n’est imité : le bon sens du vulgaire brille dans tout son éclat et donne beaucoup de valeur à ces Proverbes originaux. Le titre du premier recueil, et du plus ancien, en explique le sujet : Proverbes ruraux et vulgaux. C’est une suite d’environ six cents Proverbes encore usités de nos jours.
Malgré le temps qui s’est écoulé depuis le milieu du treizième siècle, malgré les changements qui se sont opérés dans nos mœurs, dans nos croyances, dans notre langage, ces sentences empruntées aux laboureurs et au vulgaire sont encore h présent dans toutes les bouches.
Je dirai plus, la rédaction d’un grand nombre n’a pas changé ; en voici quel- (jues-uns que j’ai copiés textuellement dans un manuscrit du treizième siècle : ce Bonne jornée fait gui de fol se delivre.
— Ki premiers prent ne s’en repent. — Ki bien aime à tari oublie. — Mieux vaut un tien que deux tu l’auras. — Ki donne lost il donne deux fois. — D’autrui cuir lay ge couroie. — Il fait mal éveiller le chien qui dort. — Qui plus a plus convoite. — On oblie plutôt le mal que le bien. — Tant grate chievre que mal gist. — Besoin fait vieille troter. — Qui petit a petit perd. »
Ces exemples suffisenl pour faire juger du caractère des Proverbes ruraux. J'ajouterai que plusieurs de ces Proverbes, sans approcher du cynisme de langage que j’ai signalé dans les Dits de Salomon et de Marconi, ne sont pas exempts d’une certaine rudesse d’expressions qui nous en révèlent l’origine.
Plusieurs des caractères que je viens de signaler se retrouvent dans une autre pièce du même genre, dont les manuscrits du treizième et du quatorzième siècle renferment des rédactions différentes. Cette pièce est \ntïlu\ée Proverbes aux vilains; elle est divisée en strophes inégales de six, de huit ou de neuf vers ; quelquefois plusieurs Proverbes analogues sont réunis dans la même strophe, ou bien encore plusieurs vers sont consacrés au développement d’un seul Proverbe qui se trouve rejeté à la fin de chaque strophe. C'est encore un recueil de ces vieux adages que le peuple aimait à répéter et qui l’aidaient à supporter ses souffrances et ses misères. Pour bien comprendre toute la portée de ces Proverbes, moitié sévères et tristes, moitié plaisants, mais toujours satiriques, attribués au vilain, il faut être fixé sur le sens que pendant le Moyen Age on a donné h cette locution. Généralement, elle était prise en mauvaise part et comme synonyme de lâche, de poltron, enfin de notre mot canaille. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler quelques-uns des Proverbes où les vilains sont mis en jeu. Qu’y trouve-t-on? haine et mépris :
Oignez villain il vous poindra,
Poignez villain il vous oindra
Villain alTamé demi enragé
Villain enrichi ne connoit pas d’amis.
Plusieurs pièces en prose ou en vers ont constaté tout le mépris qu’entraînait après elle cette expression de vilain. Une entre autres donne à cet égard les révélations les plus curieuses; elle est intitulée : Des XXIII maniérés de vilains. Elle énumère tonies les espèces de vilains que l’on connaissait au treizième siècle, et leurs caractères différents. On y parle du vilain babouin « qui s’en va devant l’église Notre-Dame de Paris, regarde les statues des rois qui sont au grand portail et dit : Voilà Pépin, voilà Charlemagne; ainsi jusqu’à saint Louis. » N’est-ce pas là le badaud de nos jours? On y parle encore du vilain prince « qui vient plaider pour les autres vilains par-devant le bailli et dit : « Au temps de mon aïeul et de mon bisaïeul, mes vaches furent par ces prés, nos brebis dans ces plaines. » {Les XXIII maniérés de vilains, pièce in-8 publiée par M. Fr. Michel ; Paris, 1833. — Pour les Proverbes aux vilains, voy. Crapelet, Proverbes et dictons populaires du treizième et du quatorzième siècles, Paris, 1831, in-8, p. 169, et notre Livre des Proverbes français, Paris, 1842, in-12, t. II, Appendices.)
La troisième pièce est intitulée Le Dit de l’Apostoile (Le Dit du Pape), et se conqwse de dictons populaires bien plutôt que de Proverbes. C’est une suite de sobriquets donnés aux villes principales de la France et aux dilférentes contrées de l’Europe pendant le Moyen Age. Ces sobriquets, empruntés soit au commerce, soit aux usages, soit à la position physique de chaque pays, jettent le plus grand jour sur leur histoire, et, sous ce
lapport, le DU de l'Apostoile niérile une allention particulière. Dans cette simple énumération : « Concile d’Apostoile, — Parlements de roi, — Assemblée de chevaliers, — Compagnie de clercs, — Buveries de bourgeois, — Foule de vilains, » on a l’idée de la société féodale et du caractère des classes diverses qui la composaient, Dans cette pièce, qui nous fait connaître la qualification particulière aux différentes contrées de l’Europe, on peut discerner l’état des mœurs, les usages, et parfois le degré de civilisation de ces contrées. Un bon nombre de ces dictons populaires s’appliquent aux provinces ou aux villes principales de la France et donnent des détails précieux sur la position physique, le commerce, l'industrie, le caractère spécial de chacune d’elles. Sans nul doute, ce Dit de l’ A postai le a servi de modèle pour la composition d’une pièce très-rare, imirrimée à la fin du quinzième siècle, et aussi plusieurs fois dans le seizième, sous le titre de Dit des pays joyeux. (Brüinet, Manuel du libraire, t. II, p. 110; DüPLESsrs, Bibliographie parémiologique, p. 134.)
Le Dit de l’Apostoile peut servir d’intermédiaii’e entre les Pi’overbes pi’oprement dits et les Proverbes historiques qu’on retrouve chez tous les peuples, mais principalenrent en France. La différence qui existe entre ces Proverbes et ceux d’un autre gerrre est facile à saisir. Tandis que le Pr-over-he commun consacre une vérité morale otr vulgaire, le Prover be historique rappelle un événenrent remarquable, singulier, ou un horrrme célèbre à queUjue titre que ce soit, ou bien encorne il fait allusion au caractère physique et rnor’al d’un pays , d’une province , d’une ville. Ce sont comrrre des annales populaires destinées îi graver dans la mérrroire de chacun les principaux faits de l’histoire. Quand on cherche à connaître la véritable origine de ces Proverbes, elle échappe ; seulerrrent on s’aperçoit qu’ils remontent plus haut qu’on ne le pensait d’abor d. Voici un exemple : A propos de la moutarde de Dijon, ouvrez le premier venu de ces r-ecueils d’anecdotes ou de Proverbes qui se publient chaque année, vous y lirez que les habitants de Dijon, ayant équipé h leurs frais nrille hotrrrrres d’armes, les envoyèrent, en 1388, au duc Philippe le Harxli, occupé à conquér ir la Flandre ; rpr’en récompense de ce service le duc accorda aux habitants de Dijon la permission de porter ses armes avec la devise : Moult me tarde; mais comme dans cette devise, écrite sur un dr-apeau, il arrivait quelquefois que la syllabe me se trouvait cachée, on lisait moutarde. De là ser ait venu ce sobriquet ap[)liqué à la ville de Dijon. Mais ce qui doit faire douter un peu de la réalité de cette anecdote, c’est que l’on tr’ouve dans le Dit de VApostoile, corrrposé à la fin du tr’eiziènre siècle : moutarde de Dijon. Il en est ainsi pour les anguilles ou Languille de 3Ielun, et pour ce Proverbe si connu : Faute d'un point Martin perdit son âme ou son âne. (Voy. notr-e Livre des Proverbes français, t. II, p. 42-44.)
Les Proverbes historiques r*elatifs à la Fr'ance sont norrrbreux. Pas de provinces, de villes, de bourgs, de localités des plus minces, qui n'en aient produit quelques-uns; on en compte six sur les Flamands, cinq sur- les Gascons , dix-huit sur les Normands et la Nornrandie, douze sur Or-léans, tr-ente sur Paris, etc.
Les Proverbes historiques relatifs à des noms propres sont très-connus. 11 n’est personne qui, en cherchant dans sa mémoire, ne s’en rappelle quelques-uns. Pour la France, on peut les diviser en deux catégories : ceux qui ont rapport à des noms propres de tous les temps, de tous les pays; ceux qui appartiennent au blason. Un bon nombre des devises héraldiques ne sont que d’anciens Proverbes appli(jués au nom des grandes l'amilles :
Le bois est vert et les feuilles sont Arces.
A tout venant Beaujeu.
Maille à maille se fait V Aubergeon.
Bonne est La Haye autour du Bled.
Un certain nombre de dictons populaires se rapportent à la Noblesse de chacune de nos provinces; pour la Bourgogne :
Riche de Chalons,
Noble de Vienne,
Preux de Vergy,
Fin de Neufcbatel,
Et la maison de Beaufremont,
D’où sont sortis les bons barons.
Pour le Dauphiné :
Arces, Varces, Grange et Comier:
Telles regarde qui ne les ose toucher;
Mais gare la queue des Alleman Et des Berangiers.
Pour la Bretagne , dans l’évêché de Léon :
Antiquité de Penhoet,
Vaillance des Cliastel,
Richesse de Kerman,
Chevalerie de Kergournadec.
Pour l’Angoumois ;
Paulre, Chambres et Tisons Sont d’Angoulesme les anciennes maisons.
Les Proverbes de celte nature ont beaucoup d’intérêt; ils rappellent une civilisation qui n'est plus; ils s’élèvent h toute la hauteur de l’hisloire. (Le père Menestrier, l' Origine des Ornements, des Armoiries. Lyon, 1680, in-12, p. 232, chap. XI, De l’Origine des Devises, des Aiinoiries.)
Quant aux Proverbes relatifs aux noms propres, qui n’appartiennent pas au blason, ils sont très-variés, et se rapportent h des hommes de toutes les époques et de toutes les conditions. Ils affectent un caractère particulier, celui de la satire et de la mo(piei ie :
Vieux comme Hérode.
Hippocrate dit oui et Gallien dit non.
Quelquefois le bon Homère sommeille.
Presque toujours celle sorte de Proverbes fait allusion à un trait historique bien connu :
Ce n’est plus le temps que la reine Berthe filait.
Tout ce que dépense Oger appartient à Charlemagne.
Par allusion à la révolte de ce paladin contre l’empereur d’ Occident,
Bourbon marche devant.
Dernier mot du connétable , au moment où il fut tué devant Rome.
Le sermon de Calvin a fait gronder le canon.
Mais afin de mieux faire juger du caractère fies Proverbes français, usités pendant le Moyen Age, et jusqu’aux premières aimées du seizième siècle, je vais reproduire ici les plus remarquables , d’après un recueil rangé suivant l’ordre alphabétique , et qui date de cette époque :
A beau parleur, closes oreilles.
A bon chien bon os.
A bon entendeur ne fault qu’une parole.
A chair de chien sauce de loup.
A chacun oiseau son nid lui est beau.
A dur âne dur aiguillon.
\ toute peine est dû salaire.
Aussi lot meurt jeune que vieux.
Aide toi, Dieu te aidera.
Ainsi dit le renard des mures, quand il n’en peut avoir : Elles ne sont pas bonnes.
A la fin sera le renart moyne.
Amis valent mieux que argent.
Amour fait moult (beaucoup) , argent fait tout.
Amour se montre où elle est.
Je ne puis venir à mes fins,
De prendre mon faix suis contraint.
Attrapez y sont les plus fins :
Qui trop embrasse mal esiraint.
Proverbes, adages, etc. (Ms. du quinzième siècle, dt-jà cité.)
A Dieu, à père et à maître, nul ne peut rendre équivalent. A vieille mule frein doré.
Au monde ii’a si grand doininage que de seigneur à fol courage.
Au besoin voit-on l’aniy.
Aux bons souvent nieschet.
Beaucoup promettre et rien tenir fait tenir fol en espérance.
Beaux services font amis, et vray dire ennemis.
Besoin fait vieille trotter.
Bien a en sa maison qui de scs voisins est aimé. Bien faict n’est jamais perdu.
Bon cœur ne peut mentir.
Bons motz n’espargnent nulz.
Bonne journée fait, qui de fol se délivre.
Bonne vie embellit.
Je suis ici levant les yeulx En ce hault lieu des altendens,
En convoictant, pour avoir tnieulx,
Prendre la lune avec les dents.
Proverbes, adages, etc. (Ms. du quinzième siècle, déjà cite.)
Borgne, est roy entre aveugles.
Briefvc oraison tantôt monte au ciel, et longuement boire fait les verres vuydes.
Charrue de chien ne vaut rien.
Chacun cuide i croit) avoir la meilleure femme.
Chacune vieille son deuil plaint.
Cliateau abatu est à demi refait.
Ce n’est pas or tout ce qui luit.
Ce que nature donne nulz ne peut l’otcr.
Ce que nature engendre n’est point honte de le nourrir.
Ccluy scait assez qui vit bien.
Comparaisons sont odieuses.
Contre Dieu nul ne peut.
Contre la mort n’a point d’appel.
De brebis comptées mange bien le loup.
De jeune angelot vieux diable.
De jeune avocat héritage perdu, et de nouveau médecin cimetière bossu.
De nouveau tout est beau.
Dieu ne veut pas plus qu’on ne peut.
Dieu paye tout.
Dieu sçait bien ce qu’il nous faut.
Dieu punit tout quand il lui plait.
Dieu voit tout.
Diligence passe science.
D'oiseaux , de chiens , d’armes , d’amours, pour un plaisir mille douleurs.
Douce parole rompt grand ire [colère) .
En la cour le roy chacun est pour soy.
En la queue gist le venin.
Haine de prince signifie mort d’homme.
Honneurs changent les mœurs.
L’habit ne fait pas le moine.
La faim chasse le loup hors du bois.
La nuit porte conseil.
La plus méchante roue du char crie toujours.
L'eaue donnant vault pis que l’eaue rouranl.
Les petits sont sujets au\ loix, et les Grands en l'ont à leur guise.
On crie toujours le loup plus gros qu’il n'est.
Parbien serviret loyal estrc, souvent le valel devient maître Tout vray n’est pas bon à dire.
Trop parler nuit, trop graler cuit.
Vin vieux, ami vieux et or vieux, sont aimés en tous lieux.
Dieu veull souvciUu fuis pennelli'e L'homme périr : ipii di je veulx»
Quoi qu’il en pcult advenir, meUre La chcirrelte dtvanl les hœjfs.
Proverltes, adages, de. (M'. du quinzième siècle, déjà cilè )
En lisant les ouvrages de (oui genre écrits en français depuis la (in du douzième siècle jusqu’à celle du quinzième, il est facile d’y reconnaître l’emploi frequent des Proverbes communs. Non-seulement les auteurs de romans d’amour, de contes et de fabliaux, les citent ;i tout propos, mais encore ceux qui se livrent h la composition d’œuvres plus sérieuses, comme les vies des saints, les cbansons de geste, les ebroniques, soit en prose, soit en vers, ne dédaignent pas d’en faire usage. Cbrestien de ïreyes commence ainsi le roman de Percerai , une de ses compositions les plus graves, puisqu’elle contient le récit de la recberebe du Graal, ce vase sacré dans lequel Jésus-Cbrist, dit on, célébra la Cène (Ribl. Nation., fonds Cangé, Ms. n° 73) :
Qui petit seme petit cuelt.
Et qui nuques rccoillir voit.
An tel lieu sa semance espande.
Que fruit à cent dobles li rande;
Car en terre qui rien ne vaut.
Bonne semance y seclie et fault.
Le même poète commence Nat.. F. Cangé, Ms. 73 ) :
aussi parmi proverbe le roman d'Krec el Enide (Bibl.
Li vilains disten son respil.
Que tele chose a l’en en despif,
Qui mult valt mielx (|ue l’on ne cuide.
A la lin du Ireizièmo siècle, rauteiir du roman de Bauduin de Sebourc, qui se donnail |)Our le continuateur d’une des plus célèbres chansons de geste du Moyen Age, celle de la prise d’Antioche et de Jérusalem, terminait par un proverbe chacune des sirophes de son poème {U romans de Bauduin de Sebourc, IIB Boy de Jérusalem, poëme du quatorzième siècle, etc. Valenciennes, 1841, 2 vol. in-8).
L’usage de commencer ou de finir une œuvre poétique par un Proverbe était général au Moyen Age. Les trouvères ont adopté cette forme dans leurs contes et leurs fabliaux : les auteurs du roman du Renard et du roman de la Rose, ainsi que Marie de France, dans ses lais comme dans ses fables, leur en avaient donné l’exemple.
Les chroniqueurs ont employé aussi les Proverbes. Parmi ceux du treizième et du «pialorzième siècle, il en est deux principalement qui ont multiplié ce genre de citations. Le plus ancien est fauteur anonyme d’une chronique en prose, qu’on a surnommée Chronique de Bains, parce qu’il y est souvent question de fliistoire de cette ville. Ecrivain populaire, si jamais il en fut, l’auteur de cette chronique a recueilli quelquesuns des faits les plus curieux , les plus dramatiques, sinon les plus certains, des règnes de Philippe-Auguste et de saint Louis. C’est principalement pour terminer le récit d’un fait important, que le chroniqueur emploie ces dictons populaires, (|ui donnent à son style une physionomif' toute particulière. Ainsi, après avoir raconté la fin tragique de Henri roi d’Angleterre, il ajoute que ses sei viteurs voulurent faire croire que leur maître était mort subitement : il n’en fut pas ainsi, ajoute le chroniqueur, car celé çou que maisnie scait nest souvent mie {on ne peut cacher ce que toute une maison connaît). De même, en parlant du roi d’Espagne, qui avait fimprudence de s’attaquer à Richard Cœur-de-Lion , il l appelle ce Proverbe que les auteurs du Age aimaieiît beaucoup: Tant B bi. nai. de Par, s). chicvrc, que mal gist. Enfin, comme
les jongleurs et les romanciers, il cite plusieurs fois les Proverbes au vilain, quand il
PROVERBES, Fol, VIL
raconte que Philippe-Auguste, qui chevauchait, n'ayant avec lui que sa maison, n’était pas sur ses gardes, parce qu'il croyait le roi Richard en Angleterre, le chroniqueur ajoute : « Mais le vilain dit en son Proverbe : qiCen un mui de guidance n'a pas plain pol de sapience. » ( La Chronique de Bains , publiée sur le manuscrit unique de la Bibliothèque du Roi, par Louis Paris. Paris, 1837, in-8.)
I,e second chroniqueur est moins ancien; il se nommait Godefroy de Paris; il a composé en vers fiançais une histoire qui comprend la meilleure partie des règnes de Philippe le Bel et de ses fils. [Chronique métrique, puhl. par Buchon. Par., 1827, in-8.) Il possède au plus haut haut degré l’esprit moqueur et léger des enfants de la bonne ville, et se montre toujours disposé à saisir le côté ridicule des événements les plus sérieux. Sous l’année 1301, parle-t-il du comte de Nevers et de ses menées secrètes pour enlever des allii-s au roi de France, il ajoute que Philippe le Bel en fut bientôt instruit, car, dit-il.
Mal se queuvre à qui le cul paroit,
Plus loin, parlant de la défaite des Flamands à Courtray et de leur espoir déçu, il ajoute :
Car tel cuide l’aulrui avoir.
Qui perd son corps et son avoir.
Du quatorzième au quinzième siècle, c’est surtout dans les poésies populaires que les Proverbes sont employés. Continuateurs des trouvères, les poètes de cette époque aimaient à mêler ces vieux adages à leurs compositions. Vers 1381, une complainte en vingt-deux cou})lets fut composée contre Hugues Auhriot, prévôt de Paris, par les écoliers qui se vengeaient ainsi de ses sévérités h leur égard, l n des Proverbes ruraux et rulqaux termine chaque strophe. En 1449, Alain Chartier écrivit dans le même genre une ballade contre les Anglais, au sujet de la prise de Fougères; quehiues années auliaravant, une pièce semblable avait été faite lors du siège de Pontoise. Au commencement du quinzième siècle, une femme illustre par les nombreuses compositions en prose et en vers qu’elle nous a laissées, Christine de Pisan, lit grand usage des Proverbes; mais, lidèle au caractère sérieux et pédantesque qui domine tous ses écrits , ce sont plutôt les sentences des anciens philosophes qu’elle aime h reproduire, que les Proverbes communs, réjiétés par le peuple. Elle est auteur d’un ouvrage en quatrains, auquel elle a donné le titre de Proverbes moraux; elle l’a composé exprès pour l’éducation de son fils. Plusieurs poètes du quinzième siècle, célèbres dans nos annales littéraires, ont aimé à faire usage des Proverbes dans leurs rimes. Je citerai seulement Pierre Blanchet , auteur du Palhelin, Charles d’Orléans, Pierre Gringore et Villon.
Qui n’a lu ou vu reitrésenter cette comédie éminemment française de Palhelin, l’avocat nécessiteux et fripon, qui, après avoir trouvé moyen de voler une pièce de drap au marchand Guillaume, parvient, h force de roueries, à mettre le juge de son côté, et huit par être lui-même la dupe d’un lierger qn’il avait stylé h mentir? Cette excellente comédie, écrite au plus tard dans les premières années du quinzième siècle, alxinde
en Proverbes vulgaires, qui u'oul peut-être jamais reçu une meilleure api)licaliou. Plusieurs mots qui s’y trouvent sont devenus Proverbes; par exemple : Il en revient toujours à ses moulons, allusion au berger qui, h propos du drap volé, revient toujours aux moutons morts de la clavelée. Enfin, le mot de patelinage est encore, dans notri* langue, le synonyme de tromperie. (Voy. la Farce de maistre Piei're Palhelin, avec son Testament, à quatre personnages. Paris, Coustelier, 1762, petit in-8; les éditions originales sont décrites dans le Manuel du Libraire, t. III, p. 653.)
Charles d’Orléans n’a pas dédaigné dans ses poésies l’emploi des Proverbes communs. Il choisit principalement ceux qu’il croit les plus vulgaires :
Jeu qui trop dure ne vaut rien
Il convient que trop parler nuise,
Ce dit-on, et trop grater cuise...
Chose qui plail esta moitié vendue...
L'habit le moine ne fait pas.
Une des plus jolies ballades de ce poète a pour refrain cet adage : Encore est vive la souris. Dans l’emploi qu’il a fait des Proverbes, il a su mettre le choix et le bon goût tjiii distinguent tous les vers qu’il nous a laissés.
Le même art ne se rencontre pas dans les ouvrages de Pierre Gringore, un des poètes les plus féconds du quinzième siècle. Il aime beaucoup à citer des adages et des Proverbes de tout genre ; souvent il abuse de ce genre de citations. Non seulement Gringore en a composé un recueil assez complet, disposé en quatrains, mais il lésa multipliés dans ses nombreux ouvrages. Ce genre d’ornements brille surtout dans une satire en vers contre tous les états, que le poète a intitulée : Contredits de Songecreux. Il emploie, de préférence, les Proverbes communs :
En chiens, oiseaux, armes, amours.
Ce di(-on en commun langage,
Pour un plaisir mille douleurs.
Et chascun le voit par usage.
Il déploie contre le mariage et les femmes une verve intarissable et se plaît à commenter les Proverbes sur cette matière :
Le vulgaire des gens ruraux Si dit que l’homme a en sa vie Deux adversités ou grans maux ;
L’ung est si quand il se marie.
Car dès lors a peine infinie ;
L’autre est quand il se rompt le col.
Qui est meilleur, je vous affie.
Que soy marier comme ung fol.
Il termine son fameux livre des Contredits par une diatribe dont voici quelques traits :
Quem conjux diligit, odit,
vui
Ce dit Caton ; c’est la manière De contredire à tout bien dit....
Femme est l’ennemy de l’amy,
Femme est péché inévitable,
Femme est familier ennemy,
Femme déçoit plus que le dyable...
Femme est tempeste de maison...
Femme est des serpens le serpent,
Femme blandit [caresse], femme oingt et poingt, Femme gaste le firmament Et deffait ce qu’on faict à poinct.
G' est un fait digne de remarque, que raniniosité et le mépris de la littérature proverbiale à l’encontre des femmes. Sur deux cents Proverbes ou maximes qui les concernent, un bien petit nombre leur est favorable, tandis que la meilleure partie abonde en traits de satire des plus sanglants. Ce résultat est triste, quand on se rappelle que les Proverbes ont été surnommés la sagesse des nations; mais il ne faut pas oublier que le temps a mêlé beaucoup d’ivraie aux bons grains.
La supériorité de Villon sur ses contemporains ne l’a pas abandonné dans l’emploi fréquent qu’il a fait des Proverbes. L’ingénieux poêle, enfant de Paris, élève de son Lniversité fameuse, hôte habituel des tavernes et de la Cour des Miracles, connaissait bien les Proverbes, non pas ces sentences pédantesques, ces mots dorés, comme on les appelait alors, dont Gringore et les ennuyeux rimeurs de son école surchargeaient leurs écrits, mais les Proverbes ruraux et vulgaux dont j’ai parlé précédemment, et qu’il savait choisir comme des exemples propres à éclaircir sa pensée. Un des chefs-d’œuvre de Villon, cette charmante ballade où il demande ce que sont devenues les dames du temps jadis, se termine par un vers qui est cité souvent comme un Proverbe :
La royne Blanche comme un lys.
Qui chantoit à voix de sereine ;
Berllie au grant pied, Bietrix, Alix,
Aremburgs qui tint le Mayne,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Où sont-ils, Vierge souveraine !
Mais où sont les neiges d’antan (de l’an passé).!*
Villon a écrit toute une ballade avec les Proverbes communs. Voici la première slro|)he qui contient les principaux :
Tant grate chevre que mal gist;
Tant va pot à l’eau qu’il brise ;
Tant chauffe-on le fer qu’il rougit;
Tant le maille-on qu’il debrise ;
Tant vault l’homme comme on le prise ;
' Tant s’esloigne-il qu’il n’en souvient;
Tant mauvais est qu’on le desprise ;
Tant crie l’on Noël qu’il vient.
Avec la seconde moitié du quinzième siècle commence à se développer parmi nous un genre de littérature où les Proverbes devaient être d’un bien fiéquent usage; je veux parler des contes, des nouvelles, et de ces productions singulières, connues sous le nom de facéties. Il existe aussi plusieurs romans d’amour et de chevalerie de la même époque, dans lesquels nos Proverbes communs sont souvent cités. Je nommerai, entre autres, le Roman du Jouvencel, par Jean de Deuil, curieux mémoire d’un brave chevalier qui avait fait les guerres du règne de Charles VI et de Charles Vil, et qui se complaît ù raconter longuement ce qu’il a vu ou ce qu’il a entendu dire. Il mêle à son style franc et hardi, et qui seîil bien son gentil homme , les proverbes qui avaient cours parmi les hommes de guerre de son temps. Je nommerai encore l’histoire du Petit Jehan de Saintré, dont l’auteur, Antoine de la Sale, a fait preuve d’une si grande habileté de style et d’une connaissance très-étendue de la littérature des Proverbes. 11 en cite beaucoup dans ce livre ; mais il en donne un plus grand nombre dans deux ouvrages, qui ne portent pas son nom, et dont il est regardé comme le principal auteur; je veux parler des Quinze joies du mariage et des Cent nouvelles nouvelles. La nature du sujet, la manière dont il est traité, devaient nécessairement amener sous la plume de l’écrivain une foule de locutions proverbiales. Son principal mérite consiste dans la manière dont il a su les mêler h son récit. Sous ce rapport, il a déployé autant d’art dans sa prose, que Villon en a montré dans ses poésies. (Voy., au sujet du Petit Jehan de Saintré et des Quinze joies de mariage, l’introduction des Cent nouvelles nouvelles, édit, de 1841, 2 vol. in-12, et l’édition des Quinze joies de mariage, publiée chez Techener, en 18.36.)
Comme on le voit, les auteurs du seizième siècle, si habiles dans la science des Proverbes, n’ont pas manqué de modèles, et Clément Marot, Antoine de Baif, Rabelais, Noël Dufail, Henri Estienne et les auteurs de la Satire Menippée, n’ont fait que suivre la trace de leurs habiles devanciers.
Si de la France nous tournons nos regards vers les autres pays de l’Europe, nous remarquerons que pendant le Moyen Age la littérature proverbiale a été aussi originale que féconde. En Angleterre, par exemple, si nous trouvons la langue et la littérature françaises cultivées presque exclusivement depuis le douzième siècle environ jusqu’au milieu du quatorzième, nous découvrons aussi des Proverbes anglo-saxons conservés dans les plus anciens monuments de la langue anglaise, qui ont survécu à l’invasion normande. (Voy. un recueil publié à Londres, de 1841 à 1843, par M. Thomas Wright, sous le titre de Reliquiœ Antiquœ, etc.) Depuis le quatorzième siècle, tous les ouvrages de la littérature anglaise abondent en Proverbes nationaux; le caractère en est singulier: ils sont remplis de cet humour qui n’appartient qu’aux habitants de la Grande-Bretagne. Comme tous les peuples à physionomie très-marquée, les Anglais empruntent à leurs habitudes particulières quelques-uns de leurs Proverbes : Si on savait ce qui doit renchérir, on 11 aurait pas besoin d'être marchand plus d'une année. — Silence, le plus bel ornement de la femme. — Toutes nos oies sont cygnes. — Les chats ont neuf vies , les femmes en ont dix. — Echange n'est pas vol. — Dieu nous envoie la viande, et le diable
les cuisiniers. — Salomon était bien sage et Samson était bien fort; toutefois ni l'un ni rautre ne pouvaient payer argent avant que de Vavoir. — Où la haye est basse tout le monde passe. — Le diable fait 'son pâté de Noël des doigts de notaires et des langues d'avocats. (J. Howell, Lexicon Tetragloton, Lond. 1660, 1 vol. in fol. ^ au mot Proverbes.)
L’Italie et l’Espagne sont avec la France les pays de l’Europe où les Proverbes ont été le plus fréquemment employés. La littérature de ces deux nations est presque aussi riche que la notre en ouvrages sur cette matière.
Les prosateurs et les poètes ne furent pas les seuls, au Moyen Age, h faire usage des
4e suis Fauveau qui désire à toute heure Estre cslrille et devant et derrière.
De in’estriller qui ne scet la manière A coup pert temps et trop en vain labeure.
Proverbes, adages, etc, (Ms. du quinzième siècle, déjà cité).
Proverbes. Chevaliers, bourgeois, artisans les avaient souvent à la bouche. Ils figuraient
sur les nieiil)les, dans les tapisseries ou les tableaux; quelques-uns servaient d’enseignes : un libiaire de Paris, au quinzième siècle, avait adopté le Proverbe de Y Elri Ile-Fauve au.
Entre les plus curieux monuments en ce genre, est un admirable recueil de dessins à la gouache, exécuté pour le connétable de Bourbon dans les dernières années du quinzième siècle. Au nombre des emblèmes de toute nature, renfermés dans ce recueil, <[ui fait partie des Mss. de la Bibliothèque nationale (Fonds La Vallière, n" 44), se trouvent soixante et un Proverbes très ingénieusement figurés. Celui que l’artiste a intitulé Mar- (jaritas aille Porcos est représenté par plusieurs pourceaux renversant un panier de Heurs, avec ce distiijue .
Relies raisons qui sont mal entendues Bcssomhlciil fleurs à pourceaux estenducs.
Je signalerai encore parmi les compositions les plus remarquables : Tant va le pot à l’eau qu’il brise. — Tel refuse qui après muse. — Il faut voler bas par les branches. — Mal sur mal nesl pas santé. — En forgeant on devient forgeron. — Battre le fer pendant qu'il est chaud. — L'habit ne fait pas le moine. — A petit mercier petit panier. — Le pain aux folz est le premier mangé, etc. Un quatrain renfermé dans un cartouche explique chaque sujet. Ce précieux recueil, qui ne fut achevé qu’après la mort du connétable, comme nous l’apprend une inscription en vers [ilacée au bas de son portrait équestre, en costume de bataille, prouve que cet illustre capitaine , à l’exemple du roi Salomon , ne dédaignait pas de s’occuper de Proverbes.